L'éducation de la petite enfance joue un rôle essentiel dans le développement des enfants, jetant les bases de leur réussite future. En Afrique, où le nombre d'enfants non scolarisés reste élevé, l'accès à une éducation maternelle de qualité représente un enjeu majeur. Cet article explore les défis et les opportunités liés à l'expansion de l'école maternelle en Afrique, en mettant en lumière des exemples concrets et des initiatives prometteuses.
Les défis de l'accès à l'éducation préscolaire en Afrique
En Afrique subsaharienne, une proportion importante d'enfants en âge d'aller à l'école maternelle n'a pas accès à un enseignement adapté à la petite enfance. Plusieurs facteurs contribuent à cette situation :
- Obstacles financiers : Les coûts liés à l'éducation, tels que les frais de scolarité, les uniformes et le matériel pédagogique, peuvent être prohibitifs pour les familles les plus pauvres.
- Manque d'infrastructures : Dans les zones rurales, les écoles maternelles sont souvent rares et mal équipées, avec des classes surpeuplées et un accès limité à l'eau et à l'électricité.
- Pénurie d'enseignants qualifiés : Le manque d'enseignants formés et motivés, en particulier dans les zones rurales, compromet la qualité de l'enseignement.
- Mariage précoce et grossesses adolescentes : Dans certains pays, les filles sont contraintes d'abandonner l'école en raison du mariage précoce ou de grossesses adolescentes, ce qui limite leur accès à l'éducation préscolaire et ultérieure.
Initiatives et exemples prometteurs
Malgré ces défis, de nombreux pays africains s'efforcent d'améliorer l'accès à l'éducation préscolaire et de promouvoir des approches pédagogiques innovantes.
Le Ghana : une approche axée sur le jeu
Au Ghana, Sabre Education œuvre depuis 19 ans à la promotion de l'éducation de la petite enfance en favorisant l'adoption de méthodes d'enseignement par le jeu approuvées par l'État. En juillet 2023, le ministère ghanéen de l'Éducation a officiellement lancé son nouveau programme de formation des enseignants de maternelle axé sur le jeu, élaboré en collaboration avec Sabre et ses partenaires. L'approche adoptée par Sabre pour transformer l'éducation de la petite enfance tient compte du contexte et des défis éducatifs propres au Ghana. En 2007, le Ghana a été l'un des premiers pays d'Afrique subsaharienne à instaurer deux années de scolarité obligatoire en maternelle et, en 2012, le taux brut de scolarisation avait atteint 99,4 %. Au niveau national, environ 90 maîtres formateurs ont également suivi ces ateliers de formation aux côtés des partenaires Right To Play et Innovations for Poverty Action. En outre, Sabre a soutenu la création de deux salles de maternelle de démonstration, ainsi que de trois centres de ressources sur l'éducation de la petite enfance dans cinq instituts pédagogiques du Ghana. Depuis 2013, Sabre fournit une assistance technique aux autorités ghanéennes en vue du pilotage, de l'expérimentation et de l'adoption de programmes et outils à l'échelle nationale. Au cours des 12 prochains mois, Sabre Education continuera d'aider le ministère ghanéen de l'Éducation à élaborer un plan national pour la formation continue des enseignants de maternelle qui sera d'un bon rapport coût-efficacité et fondé sur des données probantes. Les enseignants des écoles maternelles du Ghana influencent profondément la vie des enfants du pays, en jetant les bases de leur parcours éducatif.
Le Niger : l'école des maris pour faire évoluer les mentalités
Au Niger, pays où le taux de fécondité est élevé, une initiative originale appelée "l'école des maris" vise à impliquer les hommes dans la promotion de la santé maternelle et du planning familial. L'idée est de sensibiliser les hommes aux enjeux de la santé de leurs épouses et de les encourager à soutenir leur accès aux soins et à l'éducation. Cette approche novatrice contribue à faire évoluer les mentalités et à améliorer les conditions de vie des femmes et des enfants.
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Tanzanie : développement de l'éducation de base en milieu rural
Depuis le début du siècle, la Tanzanie s'est engagée dans un vaste plan de développement de l'éducation de base, particulièrement notable dans les régions rurales faiblement dotées. Pour autant, cette expansion rapide qui repose sur la construction d'écoles dites « communautaires » s'est parfois réalisée au détriment de la qualité. Depuis sa création en avril 1964, la République unie de Tanzanie a favorisé le développement de l’école rurale. Dirigé jusqu’en 1985 par un ancien instituteur, Julius K. Nyerere, le pays a parfois été présenté comme un modèle africain en matière d’éducation. Le développement de l’école rurale répondait à un double objectif : celui d’éduquer le plus grand nombre - une très large majorité de la population résidant en zone rurale - et celui de former des futurs paysans, l’agriculture constituant alors la base du développement économique du pays. À côté des enseignements fondamentaux et de l’éducation politique propageant des valeurs socialistes et d’unité nationale, l’agriculture était enseignée et pratiquée dans l’enseignement primaire et secondaire. Toutes les écoles rurales étaient donc, dans l’idéal, pourvues d’un champ cultivé par les élèves aidés de leurs enseignants, ce qui leur fournissait une expérience pratique des travaux agricoles en même temps qu’une source alimentaire répondant ainsi à l’objectif de l’auto-suffisance. De même, pour relier l’éducation scolaire aux activités économiques et sociales, et « mettre l’école à portée de tous les élèves », les écoles rurales étaient préférentiellement implantées dans les villages communautaires connus sous le nom de villages ujamaa.
La fin des années 1980 est marquée par un changement d’orientations éducatives dicté dans une large mesure par les bailleurs de fonds à l’origine de l’implantation de plans d’ajustement structurel. La décentralisation de la gestion et de l’administration des écoles aux niveaux des autorités locales et des communautés (du canton) représente l’une des mesures phares de ce plan. Désormais, les rôles se repartissent ainsi : le ministère de l’éducation gère les programmes scolaires, répartit les enseignants sur le territoire, contrôle le budget et finance la viabilisation des bâtiments scolaires nouvellement construits, tandis que l’administration de district se charge de déployer le contingent d’enseignants attribué au district dans les différentes écoles et de coordonner l’implantation de nouvelles écoles. C’est selon ce schéma d’organisation et de financement que sont créées la plupart des écoles primaires et secondaires que l’on nomme alors « communautaires » depuis la fin des années quatre-vingt-dix. Ces écoles communautaires sont publiques mais initiées, construites et en grande partie financées par les habitants eux-mêmes. Au niveau de l’enseignement primaire, ces écoles communautaires viennent enrichir le nombre d’écoles gouvernementales et ne diffèrent de ces dernières que par leur mode de financement initial (par la communauté), tandis qu’au niveau secondaire, la différence est également une distinction de statut.
Malgré une urbanisation croissante, la population rurale représente environ 70 % de la population du pays et le secteur de l’agriculture occupe plus de 70 % des actifs. Les zones rurales concentrent par ailleurs l’immense majorité des personnes pauvres de Tanzanie. Pour être enregistrée comme école publique et être pourvue en enseignants et en matériel pédagogique par le gouvernement, l’école communautaire doit en principe comprendre au minimum une salle de classe par niveau, des sanitaires, des locaux pour l’administration et des habitations pour les enseignants - le tout devant être meublé -, auxquels s’ajoutent un laboratoire pour les écoles secondaires et au minimum deux dortoirs (pour les garçons et pour les filles) dans le cas des internats. Or nombre de cantons, notamment ceux situés dans les zones rurales isolées qui abritent souvent les familles les plus pauvres, remplissent difficilement les conditions nécessaires à l’ouverture des établissements ou ne les remplissent que provisoirement, le temps de leur inscription sur les registres officiels. Faute de fonds, toutes les écoles programmées ne peuvent être construites, dans la mesure où les financements de l’État n’interviennent qu’une fois le gros œuvre réalisé. Le développement rapide de l’infrastructure scolaire sur l’ensemble du territoire via les constructions d’écoles communautaires s’est souvent fait au détriment de la qualité d’enseignement. À ces mauvaises infrastructures scolaires s’ajoute le fait que les ménages qui composent ces cantons n’ont souvent pas les moyens de payer les frais de scolarité de leurs enfants. Que l’école primaire soit gratuite depuis la fin de l’année 2001 n’empêche pas les frais annexes, tels l’achat d’uniforme, les contributions « volontaires » que les écoles demandent parfois aux parents, le matériel pédagogique - théoriquement fourni par l’État mais pour lesquels les parents sont régulièrement sollicités - et d’une façon plus générale, le coût d’opportunité que représente la scolarisation d’un enfant qui, lorsqu’il est à l’école, n’aide plus dans les champs ou à garder le bétail. Le manque de ressources, mais également l’économie rurale agricole ou pastorale qui nécessite la participation des enfants de façon régulière ou saisonnière influe sur l’assiduité des élèves et sur leur maîtrise des apprentissages. Par ailleurs, en l’absence de matériel ad hoc, cette dernière repose souvent sur la récitation ou la mémorisation de ce que dicte l’enseignant.
Du fait de l’augmentation exponentielle des établissements scolaires et notamment des écoles secondaires et de la faiblesse de formation des enseignants, le taux de scolarisation à ce niveau étant demeuré très faible pendant de nombreuses années, la Tanzanie fait face à une pénurie d’enseignants particulièrement criante en milieu rural. Les zones rurales rebutent en effet de nombreux enseignants et notamment les plus qualifiés, qui préfèrent s’installer en ville ou en périphérie pour un salaire équivalent. Ainsi, la pénurie générale d’enseignants est accentuée par le fait que ceux qui sont disponibles tendent à se détourner des écoles rurales.
Afrique du Sud : un système éducatif en transformation
L’éducation en Afrique du Sud, marquée par un système scolaire héritier de l’apartheid et des inégalités persistantes, suscite de nombreuses interrogations sur son fonctionnement, ses défis et les opportunités qu’il offre. Cet article explore en détail la structure du système éducatif, les types d’écoles (publiques, privées, internationales), la diversité linguistique, ainsi que les enjeux comme les disparités entre zones urbaines et rurales. Les écoles publiques en Afrique du Sud sont financées par l’État et catégorisées selon les quartiers. Les écoles publiques, notamment dans les zones rurales, rencontrent des défis liés aux infrastructures, à l’accès à l’eau et à l’électricité. Le secteur privé comprend des écoles indépendantes et internationales, offrant des programmes comme le baccalauréat international. Les écoles internationales, présentes à Pretoria, Cape Town et Johannesburg, proposent des programmes britanniques, américains ou l’IB. Les écoles alternatives, comme Daktari Bush School, montrent un impact positif sur les communautés en intégrant l’éducation environnementale et l’écotourisme. L’Afrique du Sud reconnaît 11 langues officielles dans sa Constitution de 1996. Les programmes visent à renforcer l’usage des langues locales. Le multilinguisme sud-africain offre des avantages cognitifs mais soulève des défis. Des programmes comme l’enseignement en langue maternelle pendant sept ans sont expérimentés. Les recherches montrent que l’anglais comme langue d’enseignement désavantage certains élèves. Les corrélations entre langue d’instruction et réussite scolaires révèlent des inégalités. Les réformes post-apartheid, incluant la Constitution de 1996 garantissant le droit à l’éducation, ont visé à corriger ces inégalités. Les écoles rurales manquent d’infrastructures adéquates, avec des classes surpeuplées et un accès limité à l’électricité. Le système éducatif sud-africain se distingue par sa structure bicéphale, la diversité linguistique et les défis hérités de l’apartheid. Les familles doivent évaluer les options entre écoles publiques, privées ou internationales, en tenant compte des ressources et besoins spécifiques.
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Zanzibar : Volontariat international au service de l'éducation
Au coeur de Stone Town, un groupe scolaire composé d’une école maternelle et d’une école primaire accueille des bénévoles internationaux pour venir en aide aux équipes enseignantes locales. Ensemble, ils veillent à donner la meilleure éducation possible aux 70 enfants de l’école maternelle et aux 170 enfants de l’école primaire, tous issus de familles défavorisées musulmanes et chrétiennes. Les enfants ont entre 2 et 15 ans et suivent des cours du lundi au vendredi. Après 2 journées d’immersion, les adhérents commencent leur projet. Vous devrez vous montrer flexible car en Tanzanie, les programmes ne sont pas préétablis et les emplois du temps ne sont pas prédéfinis. Votre coordinateur local vous aidera à mettre en place tout sorte d’activités, mais vous devrez proposer et organiser des activités pédagogiques et savoir improviser. Les bénévoles s’engagent un minimum de 4 ou 5 heures par jour (entre 8h00 et 14h30 - les emplois du temps seront à décider sur place avec l’équipe enseignante), 5 jours par semaine sur une période minimum de 3 semaines. Le projet accueille les adhérents (jusqu’à 10 volontaires au même moment) toute l’année sauf pendant les mois de juin et de décembre, qui sont les vacances scolaires. Les tâches varient en fonction des besoins du moment, des profils et des compétences des bénévoles. Vous serez hébergé(e) dans la maison des volontaires à environ 15 mins de Stone Town et à 5 mins de la plage.
Bridge International Academies : un modèle low cost pour l'éducation
Pour assurer une éducation préscolaire et primaire à faible coût dans les quartiers pauvres, Bridge a conçu un modèle verticalement intégré. Celui-ci comprend des ressources pédagogiques continuellement ajustées, des modalités de recrutement et de formation différentes pour les enseignants, le recours aux technologies et à des économies d’échelle. L’objectif : proposer une éducation de qualité à prix abordable. Bridge a ouvert en 2009 sa première école dans le quartier informel de Mukuru à Nairobi, Kenya, avec l’objectif d’améliorer l’accès à une éducation primaire de qualité et abordable pour les familles défavorisées. La société gère actuellement 460 écoles au service de plus de 100 000 élèves au Kenya, en Ouganda et au Nigeria. Bridge exploite technologies, données et économies d’échelle pour réorganiser le cycle éducatif. Afin de créer, gérer et reproduire des écoles à bas coût, elle a mis au point un modèle complet couvrant les systèmes opérationnels, les ressources pédagogiques, le recrutement des enseignants et la formation. La technologie est au cœur du modèle low cost de Bridge. L’entreprise embauche et forme des enseignants locaux qui, pour la plupart, n’ont pas de certificat national mais sont rigoureusement évalués avant d’accéder au programme de formation. Les outils technologiques permettent de les appuyer et de les superviser dans leur travail quotidien, ce qui contribue en outre à réduire les frais généraux et à améliorer les résultats des élèves. Chaque Bridge International Academy n’a qu’un seul directeur, et la plupart des tâches non pédagogiques (facturation, admissions, etc.) sont centralisées et automatisées via des applications de smartphone et des tablettes connectées à un système de gestion ERP (Enterprise Resource Planning). Le directeur peut ainsi se consacrer à des activités plus importantes comme la supervision de l’enseignement en classe ou la gestion des relations avec les parents et la communauté locale.
Une équipe pédagogique centrale composée d’anciens enseignants conçoit et planifie des cours pour toutes les matières et niveaux en fonction du programme national. Ceux-ci sont ensuite transmis chaque jour via des applications de smartphones et tablettes aux enseignants sur le terrain. À cela s’ajoutent du matériel pédagogique personnalisé comme des manuels scolaires, des lectures complémentaires et des livres d’exercices et de devoirs. La nécessité de synchroniser les appareils pour les recevoir garantit la présence des enseignants. De quoi maintenir l’absentéisme à moins de 1 %, contre 47 % en moyenne nationale au Kenya. Les résultats des tests USAID, gérés par une société indépendante de contrôle et d’évaluation, démontrent que les élèves de Bridge acquièrent davantage de connaissances en un an que leurs pairs dans les écoles voisines en deux ans (32 % en plus en anglais et 13 % en plus en mathématiques).
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