La dysplasie de la hanche est une anomalie congénitale qui peut avoir des conséquences graves sur le développement de l'enfant si elle n'est pas détectée et traitée à temps. L'échographie de la hanche est un outil précieux pour le diagnostic précoce de cette condition. Cet article aborde en détail les indications de l'échographie de la hanche chez le nourrisson, ainsi que les méthodes de diagnostic et les options de traitement disponibles.
Introduction
La dysplasie de la hanche est une malformation qui affecte le développement de l'articulation de la hanche chez les bébés. Bien que rare, elle peut entraîner une luxation congénitale de la hanche (LCH) si elle n'est pas détectée et traitée rapidement. En France, la LCH touche environ 6 enfants sur 1 000. Les cas non détectés et développant des séquelles sont, quant à eux, de 8,4 pour 100 000 enfants d'après la Haute Autorité de Santé (HAS). Le dépistage précoce est donc essentiel pour éviter des complications à long terme.
Qu'est-ce que la dysplasie de la hanche ?
Le terme "dysplasie" indique la malformation d'un organe due à un trouble de développement de l'embryon pendant la grossesse. La dysplasie de hanche est donc une anomalie dont le principal danger est d'exposer le bébé au risque de Luxation congénitale de la hanche (LCH). La dysplasie de la hanche est présente dès la naissance et, si elle est négligée, elle peut s'aggraver.
Causes et facteurs de risque
Les causes de la dysplasie de la hanche chez les bébés sont multiples. Certaines sont d'ordre mécanique, comme la compression de la hanche pendant la grossesse, entraînant une cause laxante. La position pendant la grossesse, notamment la présentation par une position de siège, surtout si une césarienne a été nécessaire, peut également jouer un rôle. La génétique, le sexe de l'enfant et les origines géographiques peuvent aussi être liés à l'apparition de dysplasies de la hanche. En France, la région Bretagne et à moindre titre le Massif central étaient considérés comme des zones plus à risque de LCH. En Afrique, c’est le Maghreb. Aux Etats-Unis, les Indiens Navajo ont aussi été un modèle.
Les trois facteurs de risque de LCH reconnus sont :
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- La présentation par le siège (y compris tardive)
- Antécédent familial de LCH au 1er degré
- Syndrome postural : torticolis, genu recurvatum, déformation sévère des pieds.
Les autres facteurs de risque régulièrement évoqués, mais non prouvés statistiquement sont :
- Gros poids de naissance
- Grossesse gémellaire
- Primiparité
- Oligoamnios
- Césarienne
- Sexe (prédominance féminine).
Symptômes et diagnostic
Importance de l'examen clinique
Juste après la naissance de votre enfant, il est important d'avoir les bons réflexes pour diagnostiquer au mieux une potentielle dysplasie de la hanche, car celle-ci est difficile à détecter. Les parents d’un nouveau-né ne doivent pas oublier de signaler les éventuels antécédents familiaux dès la maternité, de même qu’au médecin qui suivra l’enfant. Afin de diagnostiquer une dysplasie de la hanche, l’examen clinique est indispensable, même s'il manque de sensibilité. Il doit se faire sur un nourrisson calme et détendu. Il est pratiqué par le pédiatre lors du séjour initial en maternité, puis répété à chaque examen systématique, jusqu’à la marche de l’enfant.
Signes cliniques à surveiller
Les signes les plus importants varient en fonction de l’âge du bébé. Il peut y avoir des signes d’instabilité, mieux perçus à la naissance, mais qui peuvent disparaître ensuite. On peut aussi constater chez le bébé un écartement des cuisses, non symétriques, ou encore un pseudo-raccourcissement de la cuisse ensuite. Plus tard, à l'âge de la marche, on peut constater une boiterie de l'enfant.
L'examen clinique comporte 3 temps :
- L’inspection du bébé qui apprécie la position spontanée des 2 membres inférieurs avec une possible déviation en coup de vent d’un côté définissant un « bassin asymétrique congénital ». De même, il pourra être utile de rechercher un raccourcissement apparent d’un membre inférieur.
- L’étude de l’abduction est essentielle car elle a une très forte valeur d’orientation, même si elle ne signe pas formellement une luxation. Elle prend d’autant plus d’importance que l’enfant sera plus grand. Il faut rechercher une asymétrie d’abduction ou une limitation de son amplitude. Toute anomalie rend les hanches suspectes et obligera la recherche d’une instabilité ; si la hanche est stable, cette anomalie de l’abduction définit en tout état de cause un « facteur de risque » essentiel.
- L’instabilité de la hanche, définition même de la luxation, doit être recherchée avec soin, par des manœuvres précises et délicates. Une instabilité est d’autant plus facile à percevoir que l’enfant est très jeune. Le signe du ressaut ou Ortolani est le plus classique, mais n’est retrouvé que dans un quart des instabilités environ. Le ressaut disparaît habituellement dans les premières semaines de vie. Le craquement, ou « click », n’est pas un signe clinique de LCH. L’autre signe, essentiel, est représenté par le test de Barlow. Cet examen de la hanche, selon un mouvement en va-et-vient d’avant en arrière (d’où le terme de signe du piston) apprécie un déplacement de la tête fémorale, même en l’absence de ressaut.
L'échographie : un examen clé
Dans le cas d'une suspicion de dysplasie de la hanche, c'est une échographie qui sera préconisée par le médecin. C'est l’examen complémentaire principal pour effectuer un dépistage. Rassurez-vous, l'échographie n’est pas irradiante. Son indication sera décidée en cas de facteurs de risque ou d’examen anormal ou douteux. Il est à savoir que l’échographie doit être précoce. Elle doit se faire dès que possible en cas d’anomalie à l’examen, vers 4 à 6 semaines en cas de facteurs de risques. En effet, la LCH ne se voit pas sur les échographies réalisées pendant la grossesse.
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L’échographie à 1 mois de vie est complémentaire de l’examen clinique dans le dépistage de la LCH. Les techniques les plus fréquemment utilisées en France sont la technique de Graf, également la plus répandue dans le monde, et la technique de mesure du fond cotyloïdien (FC), décrite par Couture, plus simple à réaliser et peut-être moins opérateur-dépendante.
La technique la plus fiable et reproductible est celle décrite par Couture. Elle permet la mesure du fond cotyloïdien (FC) et la mesure du pourcentage de couverture osseuse (CO). Le FC est mesuré entre le bord médial de l’épiphyse du fémur et le noyau osseux du pubis. Le seuil de normalité ou «cut-off point», définissant l’instabilité de la hanche pathologique, est une mesure de FC inférieure à 6mm.
La mesure de couverture osseuse a été longtemps la seule retenue par les radiologues, au détriment de la mesure de FC. La mesure de FC apparaît donc préférable à celle de CO si l’on souhaite diffuser largement une méthode reproductible.
Radiographie du bassin
La radiographie de bassin a sa place si aucune échographie n’a été réalisée dans les 3 premiers mois de vie. Elle a perdu sa place prépondérante dans le domaine du dépistage mais elle conserve une place irremplaçable pour le diagnostic et l’analyse des lésions, chez l’enfant de plus de 4 mois. Les noyaux épiphysaires fémoraux ne devenant radio-opaques que vers l’âge de 4 mois, la radiographie n’est pas fiable pour le dépistage de la LCH avant cet âge et ne doit plus être pratiquée.
Conséquences d'une dysplasie non traitée
Si votre bébé est atteint d'une dysplasie de la hanche, la conséquence principale est l'apparition d'une Luxation Congénitale de la Hanche. Celle-ci est porteuse de lourdes conséquences si elle n'est pas traitée à temps. La luxation congénitale de hanche (LCH) se manifeste par une instabilité de cette articulation. La tête fémorale en sort, ou peut en sortir, en partie ou en totalité, alors qu’une hanche normale est stable. Non prise en charge, la LCH ne se corrige en général pas seule. Dans sa forme la plus grave, elle entraînera chez le bébé atteint une boiterie sévère dès l’âge de la marche, et perdurera le plus souvent toute la vie. Dans les formes moins graves, elle peut entraîner à l'âge adulte une arthrose invalidante et précoce. La dépister dès la naissance est donc nécessaire, car un traitement simple, instauré dès les premières semaines de vie, peut permettre de corriger cette malformation. Prise en charge plus tard, le traitement sera plus compliqué, parfois chirurgical, et les résultats bien moins bons.
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Traitements
Les traitements dépendront de la gravité de la dysplasie. On utilise le plus souvent des culottes ou des harnais “d’abduction” qui permettent d’écarter les cuisses. L’abduction est le mouvement qui écarte un membre du plan médian du corps. Dans les premières semaines qui suivent la naissance, la hanche du nourrisson est encore malléable, car cartilagineuse (pas encore ossifiée). La culotte ou coussin d’abduction, que l'on appelle aussi “lange câlin”, permet de remettre et maintenir la tête du fémur correctement dans l’articulation, et assurer ainsi le remodelage naturel de celle-ci. De quoi permettre à la hanche de retrouver une mobilité satisfaisante.
Après un diagnostic plus tardif de la dysplasie, entre les 3 et 6 semaines, ce sera un harnais de Pavlik qui devra être porté toute la journée afin de stabiliser la hanche. Ce traitement peut durer plusieurs mois. Il est important de mettre un body à bébé sous le harnais, afin d'éviter les frottements. Évitez les culottes et les collants. Au-dessus du harnais, privilégiez des vêtements amples avec de grandes ouvertures.
Du 1er au 6ème mois, le traitement implique l’utilisation d’une lange Câlin, d’une culotte d’abduction, ou encore d’un harnais de Pavlik. Du 6ème au 12ème mois, ou bien en cas d’échec du harnais, des méthodes plus lourdes sont envisagées, nécessitant une hospitalisation en milieu orthopédique pédiatrique. C’est seulement dans les cas plus graves de luxation de hanche, dépistés plus tard, qu’un traitement chirurgical est indiqué.
Importance du diagnostic initial et suivi
Le diagnostic dans les premiers jours de la vie permet un traitement simple et peu coûteux. La découverte au delà de un an rend le traitement plus complexe et nécessite de longues hospitalisations. C’est cette précocité diagnostique, qui doit être recherchée par les acteurs de santé précités.
Les bébés ayant été traités pour une luxation congénitale de la hanche requièrent un suivi en kinésithérapie pédiatrique. Les séances doivent être effectuées aussi précocement que possible, comme l’ensemble du traitement, pour éviter une boiterie à l’âge de la marche. Les exercices et manipulations pratiqués en rééducation visent donc plusieurs objectifs, notamment le renforcement des articulations, et l’augmentation de l’amplitude des mouvements.
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