L'essor des petites et moyennes entreprises (PME) est un moteur essentiel de la croissance économique et de la création d'emplois. Cependant, ces entreprises rencontrent souvent des difficultés pour accéder aux financements nécessaires à leur développement. Dynamiser le segment boursier des PME-PMI est donc un enjeu majeur pour favoriser leur croissance et renforcer la compétitivité de l'économie.

Importance des PME et défis rencontrés

Au premier janvier, la France comptait un nombre important d'entreprises de moins de 250 salariés dans l’industrie, le commerce et les services. Cette progression a été forte, avec un nombre important de créations de petites et moyennes entreprises (PME). Cet essor récent est à mettre en relation avec les politiques menées au cours des dernières années, et en particulier des lois Jacob et Dutreil qui ont favorisé la création d’entreprises. D’autre part, l’évolution économique du territoire français, qui a conduit à la suppression de nombreux emplois dans les grandes entreprises, s’est accompagnée de la création d’emplois dans les petites entreprises, artisanales notamment.

Néanmoins, la comparaison avec d'autres pays européens, notamment l'Allemagne, révèle que les PME françaises ont un taux de mortalité élevé et peinent à se développer. L’économie française ne peut se fonder, comme les économies allemande ou italienne, sur un tissu de grandes PME assez nombreuses, capables de s’ouvrir au marché international. Plusieurs études récentes ont mis en avant la faiblesse de la croissance des PME en France et la baisse de leur rentabilité lorsque, ayant atteint un certain nombre de salariés, elles ne grandissent plus.

Le premier obstacle important à surmonter est l’amorçage, le passage de la très petite entreprise (TPE) à la petite entreprise (PE), puis au stade de la PME. Ensuite, des milliers d’entreprises ont l’ambition de passer du statut de PME au statut de moyenne entreprise : les PME françaises connaissent comparativement des difficultés de croissance plus dirimantes que celles des pays européens comparables. La deuxième étape cruciale, en particulier pour les entreprises innovantes, est le développement de nouveaux marchés : de nouveaux fonds sont alors nécessaires qu’il est souvent difficile de lever. Le troisième obstacle intervient lors de la cession, nationale ou internationale, de l’entreprise. Enfin, le développement d’une innovation technologique au sein d’une PME est également peu encouragé par le système français de soutien à l’investissement malgré les efforts importants réalisés ces derniers temps en faveur du crédit d’impôt recherche. Outre la difficulté de se financer, l’entreprise affronte le conservatisme des donneurs d’ordres et leur crainte de traiter avec une PME dont le risque de défaillance est plus grand que si l’on traite avec une société déjà solide.

Propositions pour dynamiser l'introduction en bourse des PME

Plusieurs mesures peuvent être envisagées pour encourager l'introduction en bourse des PME et dynamiser ce segment du marché :

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  • Réforme des modalités de la contribution obligatoire : Réformer les modalités de la contribution obligatoire en faveur de la création d’emplois de compensation instaurée par la loi.
  • Incitation fiscale pour les grandes entreprises : Instituer un dispositif fiscal incitatif inspiré du crédit d’impôt recherche (CIR), permettant aux grandes entreprises de déduire une partie de l’aide à l’amorçage qu’elles apportent à une PME par souscription directe au capital de celle-ci.
  • Déduction des intérêts d'emprunt : Autoriser la déduction des intérêts d’emprunt contracté par l’entrepreneur dans le cadre du rachat des parts détenues par un investisseur en capital.
  • Bourse centralisée de repreneurs potentiels : Développer, sous l’égide d’Oséo, une bourse centralisée de repreneurs potentiels d’entreprises, tout en préservant la confidentialité des informations. La base de données pourrait comporter deux parties : la première recensant les entreprises à la recherche d’un partenaire, la seconde recensant les investisseurs potentiels.
  • Prolongation de "l'avantage Madelin" : Reconduire pour une certaine durée « l’avantage Madelin » dans ses deux versions, au-delà d'une date butoir.
  • Portail d'accès unique pour le conseil aux entreprises : Instituer par voie législative, une fois pour toutes, un portail d’accès unique, avec des accès au niveau des départements, pour le conseil à la création, au développement et au financement des entreprises.

Le rôle de Bpifrance

La création de la Banque publique d’investissement (BPI), - dénommée Bpifrance -, répond à un engagement du candidat François Hollande pendant la campagne présidentielle. Véritablement opérationnelle à partir d'une date, Bpifrance ne s’est pas bâtie sur du vide : elle réalise la fusion de trois structures déjà existantes. Aux termes de la loi, les missions confiées à Bpifrance sont très larges : de l’amorçage à l’internationalisation des entreprises, en particulier des PME et des ETI, en passant par le soutien en fonds propres des entreprises, de manière directe ou via des fonds de fonds, Bpifrance possède un large éventail d’outils, qui lui permettent d’agir simultanément comme société de financement et comme investisseur institutionnel.

Bpifrance s’engage, aux côtés des collectivités territoriales, au premier rang desquelles les Régions, pour renforcer le soutien nécessaire dans les phases clés d’évolution des entreprises. En effet, dans l’environnement économique que nous connaissons, l’accompagnement des mutations des PME en ETI est essentiel, et c’est dans ce sens que l’articulation des relations entre Bpifrance et les nouvelles grandes Régions va être décisive.

Facteurs clés de succès pour les PME en bourse

Pour que les PME puissent tirer pleinement parti des opportunités offertes par la bourse, il est essentiel de :

  • Améliorer la compétitivité : Poursuivre l’amélioration de la compétitivité des entreprises, premier moyen pour elles de disposer de fonds propres. Contenir la hausse des prélèvements obligatoires fait partie de l’enjeu de la rentabilité et de la compétitivité.
  • Réduire les délais de paiement : La longueur du délai légal de paiement admise en France, qui laisse place selon les secteurs à des pratiques encore plus défavorables, constituait jusqu’à présent une grave anomalie et un facteur considérable de fragilisation pour nos PME.
  • Simplifier la réglementation : À cette profusion s’ajoute la complexité des dispositions réglementaires d’application, que l’investisseur ou le contribuable sont pourtant supposés connaître ! Le législateur détient une responsabilité particulière à cet égard et doit refuser à l’avenir une telle prolifération de règles et de dispositifs.
  • Assurer la sécurité juridique : Enfin, l’État doit assurer aux acteurs économiques une sécurité juridique, fiscale et sociale ; la modification trop fréquente de nos dispositifs juridiques, souvent parce qu’il s’agit de demi-mesures insuffisamment efficaces dès le départ, est très nocive pour les petites et moyennes entreprises. Il faut mettre un terme à cette instabilité.

Les petites valeurs : un regain d'intérêt

Après plusieurs années de désaffection, les petites valeurs remontent la pente depuis le printemps dernier, soutenues par des valorisations très attractives, une embellie économique progressive et un regain de confiance des investisseurs. Leur résilience face aux chocs successifs - guerre commerciale, tensions géopolitiques et évolution des taux - peut-elle s’inscrire dans la durée ? Comment ces entreprises, souvent plus domestiques et agiles que les grandes capitalisations, peuvent-elles tirer parti des nouvelles thématiques d’investissement - souveraineté, défense, réindustrialisation, innovations technologiques - qui redessinent les priorités des marchés ? Par ailleurs, les initiatives se multiplient en France et dans d’autres pays européens pour dynamiser ce segment de la cote. Suffiront-elles à relancer les introductions en Bourse ?

Depuis le printemps, on constate un rebond des petites valeurs. Paradoxalement, un événement a servi d’électrochoc : l’Europe s’est reprise en main et a réagi avec des décisions fortes et des annonces de plans d’investissement qui crédibilisent la perspective d’une accélération progressive de la croissance européenne et rétablissent la confiance des investisseurs. Les small caps de la zone euro, plus domestiques et cycliques, sont aussi moins sensibles aux effets de change et aux tensions commerciales, ce qui a encouragé les flux en faveur de la classe d’actifs. Toutefois, malgré la surperformance relative enregistrée depuis quelques mois, les valorisations restent à des niveaux historiquement bas. Les décotes sont importantes alors que les perspectives macroéconomiques sont plus favorables : les PMI repartent à la hausse, le plan allemand va commencer à produire ses effets.

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Facteurs de performance des small caps

Il faut distinguer les performances des small caps dans la zone euro et en Europe. En effet, elles ont souffert au Royaume-Uni alors qu’il y a eu une surperformance en zone euro. Par ailleurs, gardons en tête que les small caps ne sont pas directement corrélées aux taux d’intérêt, contrairement aux valeurs de croissance. Leur performance est avant tout liée à l’activité économique. Et de ce point de vue, la situation s’améliore.

Il serait prématuré de l’affirmer, mais les conditions d’un rebond durable sont réunies. Les valorisations de la classe d’actifs ne peuvent pas être le seul argument, sinon les small caps auraient rebondi depuis longtemps ! Le premier point favorable à la classe d’actifs est le redressement de l’économie après une période compliquée marquée par l’éclatement de la guerre en Ukraine et des hausses de taux pour maîtriser l’inflation. Ensuite, les valorisations des large caps sont aujourd’hui élevées, proches des niveaux de 2007. Donc, si la croissance européenne poursuit sa normalisation, les petites capitalisations ont un vrai potentiel de revalorisation alors que les hausses de cours des large caps pourraient être limitées.

Les small caps sont souvent plus domestiques que mondiales. Leur performance dépend beaucoup plus de l’environnement macroéconomique de chaque pays. La confiance revient plus vite en Allemagne que dans d’autres pays de la zone euro par exemple, ou qu’aux Etats-Unis. Les valorisations sont globalement faibles par rapport à la moyenne historique, mais c’est cette confiance qui peut faire revenir les investisseurs. Tant que les flux d’investissement ne reviendront pas de façon significative, il n’y aura pas de revalorisation de la classe d’actifs.

En France, deux thématiques ont bien performé depuis le début de l’année : la santé/biotech, qui a concentré les plus fortes hausses sur quelques valeurs, et la défense, qui a profité de la volonté des différents gouvernements d’augmenter les budgets militaires. Même si peu d’acteurs sont purement défense - moins d’une dizaine en France -, de nombreuses entreprises bénéficient indirectement de cette tendance au réarmement et voient leurs carnets de commandes s’étoffer. Au niveau européen, le trio gagnant est : défense, banques-finance et énergie, y compris les infrastructures et utilities.

La souveraineté économique : un facteur porteur

Autre facteur porteur : la thématique de la souveraineté économique qui bénéficie à de nombreuses entreprises françaises positionnées sur des chaînes de valeur locales ou stratégiques. En réaction à la politique de Donald Trump, les Européens pourraient être incités à relocaliser une partie de leur production, favorisant ainsi la souveraineté industrielle.

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L’Europe dispose d’un écosystème solide de valeurs liées à la défense et à la souveraineté. Depuis le début de la guerre en Ukraine, plusieurs sociétés se sont introduites en Bourse, et d’autres suivront, car l’intérêt des investisseurs attire de nouvelles entreprises en Bourse. D’autres, déjà cotées, mais plus petites et moins en vue, gagnent en visibilité et leurs perspectives s’améliorent avec la montée des enjeux de souveraineté et les investissements prévus par les différents plans. La souveraineté inclut d’autres secteurs que la défense ou la tech.

Il y a cinq ans, il n’y avait pas de croissance dans le secteur de la défense. Le début de la guerre en Ukraine a changé la donne et, avec le réarmement de l’Europe, les perspectives de croissance se sont encore améliorées. Les valorisations suivent logiquement, et ce, d’autant que la défense est désormais jugée compatible avec les normes ESG. Ce qui est intéressant dans la défense, c’est l’effet multiplicateur d’un investissement dans ce domaine sur la croissance de l’économie, bien plus important que dans la plupart des secteurs.

La cybersécurité fait, en effet, partie des enjeux de souveraineté. La réglementation évolue : à partir d'une date, les États européens devront par exemple privilégier des serveurs intraeuropéens. Cela profitera aux acteurs locaux et soutiendra ce vivier technologique. Différentes mesures ont été annoncées par les États en faveur de la souveraineté hors secteur de la défense.

Introductions en bourse : un gisement à exploiter

La faible valorisation des small caps a découragé beaucoup de sociétés. À l’échelle européenne, il y a un nombre important de petites valeurs cotées. Le gisement reste important même si, en tant que stock pickers, nous accueillons toujours favorablement les nouvelles Introductions en Bourse. En France et en Allemagne, le gisement a eu tendance à s’appauvrir récemment, mais ce n’est pas une fatalité. En Italie, depuis 10 ans, les introductions en Bourse dépassent largement les retraits de la cote. La Suède a aussi connu des années particulièrement fastes.

En France, le phénomène des retraits de cote est aussi fortement lié au private equity. Ces derniers mois, les fonds ont procédé à moins de retraits de la cote, mais les IPO ne sont pas encore revenues, faute d’intérêt pour le marché français. Si la conjoncture s’améliore, elles reviendront probablement, car les fonds de private equity devront réaliser des sorties. Par ailleurs, d’autres pays sont très dynamiques, comme la Suède ou la Finlande, où nous avons participé à des IPO cette année, ainsi qu’au Royaume-Uni.

On constate également que beaucoup de sociétés restent privées plus longtemps qu’auparavant ; à partir d’une certaine taille, elles s’introduisaient en Bourse. Le gisement européen est conséquent, mais il faut d’abord définir ce qu’on appelle small cap. La définition diffère en fonction des contraintes de gestion de chacun.

Il y a des IPO quand les valorisations sont élevées. Parfois, elles concernent des secteurs en vogue, donc il faut être prudent. Depuis trois ans, la France est assez pauvre en introductions de bourse. Il y a eu quelques beaux succès. Cette dernière est d’ailleurs plutôt une belle introduction puisqu’elle a été largement sursouscrite, ce qui démontre l’intérêt des investisseurs pour cette classe d’actifs. Depuis l’IPO, le titre a également bien performé. Les IPO sont toujours intéressantes : elles permettent de découvrir de nouvelles sociétés et d’agrandir le gisement, même s’il reste important.

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