La durée de lactation chez la truie est un facteur crucial qui influence à la fois la santé et la productivité de la truie, ainsi que la croissance et le développement des porcelets. Déterminer la durée optimale de lactation nécessite une compréhension approfondie des besoins nutritionnels de la truie, des performances de croissance des porcelets et des implications pour la fertilité post-sevrage de la truie. Cet article examine les facteurs clés qui influencent la durée de lactation optimale, en s'appuyant sur des données actuelles et des études récentes.

Performances de Lactation et Croissance des Porcelets

Les truies modernes sont capables de performances exceptionnelles en lactation, à condition que leurs besoins soient satisfaits et qu'elles soient en bonne santé. Selon les données de l'INRA en 2017, la croissance des portées se situe entre 2,5 et 3,0 kg par jour, et certains producteurs argentins ont même rapporté des chiffres allant jusqu'à 3,5 kg par jour. Cet effort métabolique intense nécessite une gestion attentive de l'alimentation et de l'environnement de la truie.

Impact Quantitatif des Facteurs Déterminants

Plusieurs facteurs clés peuvent réduire considérablement le potentiel de lactation de la truie. En dehors de la santé, dont l'importance est bien connue, les facteurs suivants ont un impact quantitatif significatif :

Consommation Alimentaire

La consommation alimentaire de la truie en lactation est un facteur déterminant de la production laitière et de la croissance des porcelets. Les études récentes se concentrent sur les schémas de consommation alimentaire des truies en lactation et utilisent des techniques d'apprentissage automatique pour classer les modèles de consommation alimentaire, en établissant qu'ils sont liés aux performances reproductives. Près de la moitié des truies doivent faire l'objet d'une attention particulière pendant la lactation, car elles ont tendance à s'écarter de l'ingéré idéal, en particulier les cochettes. Les systèmes modernes fournissent des informations sur la qualité dans la salle de mise bas elle-même, en signalant les écarts en temps réel.

Parité

Les truies de faible parité, en particulier les primipares, consomment moins d'aliments et sont plus exposées à une baisse de la consommation d'aliments. La gestion de l'alimentation des truies primipares est particulièrement exigeante, car elles ont des besoins nutritionnels spécifiques liés à leur croissance continue.

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Une faible ingestion pendant tout ou partie de la lactation, en particulier au cours de la première semaine, est fréquemment associée à un taux de mise bas plus faible au cours du cycle suivant, à une mortalité pré-sevrage plus élevée et à un intervalle sevrage-insémination plus long.

Durée de Lactation et Croissance des Porcelets

Prolonger la lactation d'une semaine augmente significativement le poids des porcelets au sevrage. Cependant, cette différence n'est plus significative à 69 jours d'âge. Les pertes de graisse dorsale et de poids corporel maternels sont plus élevées pour les truies avec une lactation de 4 semaines par rapport à 3 semaines, mais la consommation alimentaire moyenne ne diffère pas significativement.

Durée de Lactation : 3 Semaines vs 4 Semaines

Une étude a examiné l'incidence d'une durée de lactation de 3 ou 4 semaines sur les performances de lactation des truies et la croissance des porcelets pendant les 10 premières semaines de vie.

Impact sur la Truie

Une sous-consommation d'aliment des truies va impacter le retour à la reproduction après le sevrage. Une truie qui ne consomme pas assez va compenser en puisant dans ses réserves. Une mobilisation des réserves lipidiques et protéiques excessive en lactation aura des conséquences sur le cycle suivant, telles que l’allongement de l’intervalle sevrage-oestrus, la baisse du taux de mise bas, une taille de portée réduite.

Directive Européenne et Bien-Être Animal

Si le tarissement anticipé peut être intéressant pour préserver les réserves de la truie, la question se pose au niveau du porcelet pour lequel un sevrage réalisé 1 semaine avant 28 j d’âge présente un caractère dérogatoire à la Directive UE 2008/120 et nécessite selon ce texte des conditions de logement et une conduite adaptée.

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Facteurs Influant sur la Consommation Alimentaire

Le niveau d’ingestion spontané de la truie est en général tout juste suffisant pour couvrir ses besoins. Il varie notamment en fonction de l’ambiance (température, hygrométrie etc.), du rang de portée, de la génétique, de la concentration énergétique de l’aliment. La consommation d'aliment chez la truie est particulièrement réduite dans le cas de stress thermique résultant d’une température ambiante trop élevée : été, climat tropical, consigne de réglage de chauffage de la salle… Ces températures ont pour effet de diminuer l’appétit de la truie. La consommation sera également limitée par la capacité d’ingestion propre à l’animal, particulièrement chez les primipares. En effet, au sein d’un même troupeau, la consommation spontanée de truies primipares en lactation peut facilement être de 20-25% inférieure à celles des multipares. Dans le même temps, ces jeunes truies ont en plus un besoin de croissance à satisfaire.

Stratégies pour Maximiser l'Ingestion Alimentaire

Dès la mise bas, l’objectif est d’atteindre rapidement un niveau d’ingestion maximal, grâce à un bon démarrage en consommation et donc en lactation, ce qui permettra de maximiser la production laitière. La conception d’aliments de qualité doit permettre l’apport de nutriments nécessaires à la couverture des besoins des truies primipares et des multipares. L’accès à l’eau est un élément crucial pour la production laitière. Une truie qui ne boit pas suffisamment ne mangera pas non plus comme il faut. La gestion des repas : multiplier la fréquence des repas (3 au lieu de 2), les distribuer aux heures les plus fraîches (tôt le matin ou en fin de journée) dans le cas de températures élevées.

Longévité des Truies

La longévité des truies dépend de leurs performances de reproduction, principalement en début de carrière. Les problèmes d’aplombs, les choix de conduite et les accidents (canicule, maladies) sont également déterminants. La longévité est une composante essentielle du résultat économique. Si les réformes anticipées sont pénalisantes, un excès de truies âgées et/ou peu productives n’est pas non plus optimum. Avec la prise en compte croissante du bien-être animal, la longévité se trouve maintenant au cœur de nouveaux enjeux éthiques et sociétaux.

Facteurs Influant sur la Longévité

L’analyse a permis d’identifier six facteurs qui ont des effets significatifs et identiques sur tous les critères de longévité. Ainsi, les femelles achetées et les génétiques sino-européennes ont une meilleure longévité et des carrières plus productives que celles d’autres types génétiques ou issues d’autorenouvellement. Un âge à la première mise bas tardif (>420 jours) diminue à la fois la durée de carrière et le nombre cumulé de porcelets sevrés. Attention, l’effet favorable d’une mise à la reproduction précoce suppose une bonne conduite alimentaire des cochettes et primipares, pour éviter un épuisement rapide. La durée d’allaitement (3 vs 4 semaines) n’explique pas les écarts de longévité. Par contre en cas de sevrage à 4 semaines les écarts de consommations d’aliment ont un effet sur la carrière, avec des longévités et porcelets produits maximums pour 1 250 à 1 350 kg/truie/an. L’étude confirme qu’une mise en groupe dès le sevrage n’a pas d’effet négatif sur la longévité, à la différence d’une libération vers 8-15 jours. Cette période correspondant à la fixation des embryons est un stade sensible avec des risques accrus d’interruption de gestation et donc de réforme anticipée. Les sols paillés en gestation sont associés à une meilleure longévité que sur caillebotis intégral (5,1 vs 4,8 portées et 75 vs 70 nés totaux).

Indicateurs de Longévité

L’Ifip propose d’utiliser quatre critères complémentaires pour une meilleure analyse de la carrière productive des truies. Le taux de réalisation de trois portées est essentiel pour évaluer le bon démarrage des carrières et l’aptitude des cochettes à « survivre » au syndrome de 2e portée. Cet indicateur de robustesse intéresse de plus en plus les schémas génétiques. Les trois critères correspondant aux nombres cumulés de porcelets (nés totaux, vivants, sevrés) sur la carrière évaluent la qualité des carrières productives. Ils permettent de comparer les carrières de truies réformées au même rang.

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Optimisation de l'Alimentation en Maternité

Les rations quotidiennes sont élevées, avec des progressions journalières rapides (+400 grammes par jour pour les truies de rangs 1 et 2, + 500 grammes par jour pour les rangs 3 et +, et des plafonds de 8 et 9 kilos respectivement). La distribution est répartie sur deux périodes dans la journée en première partie de lactation, trois en seconde partie quand les quantités d’aliment à ingérer deviennent importantes. Durant ces périodes, l’appareil délivre des doses d’aliment de 130 grammes dès que l’auge est vide. Ce sont des sondes situées dans le fond des auges qui n’autorisent la distribution que si elles sont découvertes, ce qui supprime le risque de gaspillage, et la fastidieuse corvée de nettoyage si la truie ne consomme pas tout. « Le fractionnement des apports permet des consommations élevées », constate l’éleveur. Les Maternéo ont la particularité de distribuer également de l’eau en même temps que l’aliment. Chez Frédéric Baudet, la dilution est fixée à trois litres par kilo d’aliment. En complément, les truies peuvent recevoir entre les repas autant d’eau qu’elles le souhaitent. La distribution d’une dose d’eau de 600 ml ne peut se faire que si les sondes sont découvertes. « Dans les jours qui précèdent le sevrage, les truies consomment 38 litres d’eau par jour en moyenne. Mais certaines atteignent jusqu’à 50 à 60 litres ! » Des quantités indispensables pour une production laitière abondante. De même, l’éleveur a constaté un pic de consommation d’eau quasiment systématique dans les heures qui précèdent la mise bas. « Elles peuvent boire jusqu’à 30 litres d’eau en quelques heures. Une distribution soupe ne peut répondre à ce besoin physiologique », estime-t-il.

Fertilité Post-Sevrage

La fertilité post-sevrage dépend fortement de la phase de lactation. Pendant la lactation, la succion des porcelets stimule la sécrétion de prolactine, qui inhibe l’activité ovarienne via une baisse de la libération de GnRH. Une perte excessive de poids ou de réserves corporelles pendant la lactation retarde le retour en chaleur et diminue la qualité ovocytaire. Les truies présentant des follicules de petite taille au moment du sevrage avaient des intervalles sevrage-œstrus plus longs, une incidence plus élevée d’anoestrus post-sevrage (mauvaise chaleur) et des portées plus petites.

Préparation à la Mise-Bas

La mise-bas est un événement clé dans le cycle de reproduction de la truie. Elle marque l’aboutissement de la gestation et le démarrage de la phase de lactation. Du point de vue hormonal, le fait d’avoir un excès de graisse impacte le stockage des hormones liposolubles comme la progestérone. A plusieurs égards, le fait d’avoir des truies constipées autour de la mise-bas peut être pénalisant : douleur, gêne physique et obstruction des voies génitales et formation d’endotoxines rejoignant la mamelle. Une étude a comparé l’impact d’un régime alimentaire riche en fibres (7% de cellulose brute) contre un régime faible en fibres (3,8% de cellulose brute) distribuée à partir de 21j avant mise-bas.

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