La douleur de l'accouchement est un sujet redouté par de nombreuses futures mamans. Cette douleur, bien que subjective et influencée par de nombreux facteurs, est souvent perçue comme l'une des plus intenses qu'une personne puisse vivre. L'objectif de cet article est de démêler le vrai du faux concernant la douleur de l'accouchement, d'explorer les facteurs qui l'influencent, de la comparer à d'autres types de douleurs, et de présenter les options disponibles pour la gérer.
Subjectivité et perception de la douleur
Il est crucial de comprendre que la douleur de l'accouchement est une expérience très subjective. Une étude menée par John Bonica au début des années 1980 a révélé que près de 15 % des femmes décrivaient une douleur absente ou faible, 35 % une douleur modérée et 50 % une douleur sévère à très sévère. Cette variabilité souligne l'importance de ne pas généraliser et de considérer chaque expérience comme unique.
Plusieurs facteurs peuvent influencer la perception de la douleur, notamment l'état psychologique de la future maman, sa perception de son corps, sa capacité à endurer, son niveau de stress et son histoire personnelle. Comme le souligne Charline Gayault, il est essentiel de comprendre pourquoi une patiente pose la question de la comparaison de la douleur de l'accouchement. La réponse réside souvent dans la crainte d'avoir mal.
Les contractions : Le moteur de la douleur
La principale source de douleur pendant l'accouchement réside dans les contractions utérines. Une contraction est une manifestation de l’utérus qui se réduit, se durcit - comme si vous contractiez un muscle ! - puis se relâche. Ces contractions, qui durent généralement entre trente secondes et une minute, provoquent l’effacement et la dilatation du col de l’utérus.
L'intensité des contractions augmente en fonction de l'avancée du travail. Au début, vous pouvez ressentir comme des douleurs équivalentes à celles des règles. D’ailleurs, l’utérus se contracte aussi pendant les menstruations. La douleur des contractions peut être indifféremment ressentie au niveau du ventre ou au niveau des reins. Lorsqu’elles sont ressenties dans le ventre, les contractions ressemblent à de grosses douleurs de règles - un peu plus intenses !
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Chez un quart des femmes, la douleur irradie plutôt dans le bas du dos, ce que l'on appelle communément « l’accouchement par les reins ». Ces contractions dorsales sont souvent réputées pour être les plus douloureuses.
Comparaison avec d'autres douleurs
Bien qu'il soit difficile de comparer la douleur de l'accouchement à d'autres types de douleurs, certaines analogies peuvent aider à mieux la comprendre. Certaines femmes comparent les contractions de la grossesse à de grosses douleurs de règles, tandis que les contractions de travail sont souvent comparées aux douleurs ressenties lors de coliques néphrétiques ou hépatiques.
Dans son échelle d’intensité de la douleur, le chercheur Ronald Melzack place la douleur de l’accouchement en dessous d’une amputation digitale mais largement au dessus d’une fracture. Un douleur donc peu commune !
Il est important de noter que la douleur de l'accouchement est une douleur temporaire et entrecoupée, qui a une fonction précise : signaler que le travail progresse. C'est un indicateur que le corps fonctionne correctement et comme prévu.
L'évolution et la douleur de l'accouchement
Selon Wenda Trevathan, anthropologue biologiste américaine, l'accouchement humain est devenu plus douloureux au fil de l'évolution. La bipédie et l'augmentation du volume du cerveau ont imposé des contraintes pour l'accouchement, rendant le passage plus étroit pour le bébé.
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La taille du cerveau humain, qui est passée de 600 cm³ à 1500 cm³, accentue la douleur lors de l'expulsion du bébé. Des douleurs auxquelles viennent s’ajouter les contractions utérines, responsables de la dilatation du col de l’utérus. Pour 4 femmes sur 6 d’après une étude menée par Élise Bouquet, sage-femme, ces douleurs prenaient le pas sur celles des efforts expulsifs. À l’inverse, seulement une sur six a décrit les efforts expulsifs comme plus douloureux que les contractions utérines.
De plus, l'accouchement humain est l'un des plus longs du règne animal, pouvant durer entre 8 et 14 heures pour une femme primipare.
Gérer la douleur : Options et approches
Heureusement, de nombreuses options sont disponibles pour aider les femmes à gérer la douleur de l'accouchement.
La péridurale
La péridurale est une forme d’anesthésie qui occupe une place prépondérante dans les salles d’accouchements françaises. Elle permet de réduire considérablement la douleur en bloquant les sensations au niveau du bas du corps. Selon les enquêtes Naître en France de 1981 à 2010, seulement 3,9% des femmes en 1981 avaient recours à la péridurale durant leur accouchement contre 70% en 2010. Depuis 1994, l’accès à la péridurale est pris en charge à 100% par l’assurance maladie.
Cependant, il est important de noter que la péridurale n'est pas toujours une alliée. Elle peut ralentir le travail, bloquer en partie les mouvements et majorer le recours aux instruments (ventouses et forceps).
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Méthodes non pharmacologiques
En absence de péridurale ou lorsque celle-ci ne fonctionne pas bien, différents outils peuvent aider les femmes à mieux supporter la douleur.
- Préparation à l'accouchement : La respiration, les étirements sur un ballon, la sophrologie, l’auto-hypnose ou encore le chant peuvent aider à gérer la douleur.
- Mouvement et positionnement : Changer fréquemment de position, marcher - tant que les contractions le permettent ! - s’accroupir, se mettre à quatre pattes ou encore se suspendre à des lianes dans une salle de naissance, peut aider à mieux les supporter.
- Massages et acupression : Solliciter votre partenaire et à lui demander de vous masser le dos ou de stimuler des points d’acupression en appuyant fortement au niveau du sacrum.
- Acupuncture : L’acupuncture est aussi souveraine pour diminuer les pics douloureux ressentis dans le dos pendant les contractions.
- Hormones : Ocytocine, endorphines, adrénaline, prostaglandine : certaines hormones jouent un rôle essentiel pendant l’accouchement. L’ocytocine, par exemple, va provoquer les contractions de l’utérus tout au long du travail et de l’accouchement. Cerise sur le gâteau, l’ocytocine joue aussi un rôle antistress car elle est souvent accompagnée d'une production d’endorphines, un antidouleur naturel surnommé l’hormone du bonheur.
- Pratiques complémentaires : Homéopathie, acupuncture, massages, sophrologie, hypnose : les pratiques complémentaires ont toute leur place pour faciliter l’accouchement et mieux appréhender les contractions. L’hypnose, par exemple, va aider les futures mères à diminuer leur perception de la douleur tandis que la sophrologie, basée sur des exercices de respiration, contribue à prendre conscience de son corps et à se détendre. Très utile dans la gestion de la douleur, la pratique de l’acupuncture participe aussi à la dynamique des contractions utérines et la dilatation du col de l’utérus.
- Méthode Bonapace : Mise au point au Québec par Julie Bonapace, la méthode Bonapace repose sur la compréhension du rôle de la douleur et de ses mécanismes de transmission. Elle associe trois techniques : la digitopression, les massages et la relaxation qui permettent de mieux appréhender l’intensité des contractions. Lorsque la future mère ressent des douleurs au cours de l’accouchement, elle peut demander à son partenaire de presser certains points précis du corps (appelés zones gâchettes ou trigger points) pour créer un deuxième point douloureux à distance et faire diversion.
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