Le dosage de la progestérone au jour 3 du cycle menstruel (J3) est un élément important dans l'évaluation de la fertilité féminine. Cette analyse, effectuée dans le cadre d'un bilan hormonal, fournit des informations précieuses sur le fonctionnement ovarien et peut aider à identifier d'éventuels problèmes d'ovulation ou de réserve ovarienne.
Importance du bilan hormonal à J3
Le bilan hormonal réalisé au jour 3 du cycle menstruel est une étape clé dans l'exploration de la fonction ovarienne. Si la femme présente des cycles réguliers, l'exploration doit être réalisée à J3 du cycle. Il permet d'apprécier le niveau de l'activité gonadotrope, de mesurer la réserve ovarienne et de s'assurer de l'existence de l'ovulation. Ce bilan comprend généralement le dosage de plusieurs hormones, dont la FSH (hormone folliculostimulante), l'estradiol et la progestérone. Les dosages de testostérone et de prolactine sont utiles en cas de troubles du cycle.
Pourquoi doser la progestérone à J3 ?
En début de cycle, et avant l’ovulation, la valeur de la progestérone doit être basse. Un taux élevé de progestérone à J3 peut indiquer un problème, tel qu'une ovulation prématurée ou la présence d'un kyste ovarien.
Les hormones clés du cycle menstruel
Pour bien comprendre l'importance du dosage de la progestérone à J3, il est essentiel de connaître le rôle des principales hormones impliquées dans le cycle menstruel :
FSH (hormone folliculostimulante) : C'est une hormone secrétée par l'hypophyse qui stimule la maturation des follicules présents dans les ovaires, organes féminins chargés de la reproduction ainsi que la sécrétion d'estrogènes. Elle contribue à la régulation du cycle menstruel.
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- Taux normaux dans le sang :
- Première partie du cycle (phase folliculaire) : 1,3-5,9 mUI/ml.
- Au moment de l'ovulation : 6,4-9,2 mUI/ml.
- Deuxième partie du cycle (phase lutéale) : 1,1-2,8 mUI/ml.
- Après la ménopause : 10-37 mUI/ml.
- Chez l'homme : 1-5 mUI/ml.
- Taux normaux dans le sang :
LH (hormone lutéinisante) : La LH ou hormone lutéinisante est une hormone fabriquée par l'hypophyse (glande du cerveau) qui stimule les ovaires chez la femme pour provoquer l'ovulation. Elle a un rôle important dans le bon fonctionnement du cycle menstruel chez la femme.
- Taux normaux dans le sang :
- Première partie du cycle (phase folliculaire) : 0,5-5,8 mUI/ml.
- Au moment de l'ovulation : 16 -40 mUI/ml.
- Deuxième partie du cycle (phase lutéale) : 0,5-5,8 mUI/ml.
- Après la ménopause : 5-27 mUI/ml.
- Chez l'homme : 0,8-4 mUI/ml.
- L’intérêt du dosage de la LH plasmatique est de détecter précocément une élévation de son taux qui indiquerait une ovulation prématurée.
- Taux normaux dans le sang :
Estradiol (E2) : Principal oestrogène sécrété par les follicules ovariens, on le mesure par une prise de sang entre le 1er et le 3ème jour du cycle. En grandissant et en mûrissant, les follicules produisent de l’E2, faisant épaissir l’endomètre. L'Oestradiol est une hormone oestrogénique, synthétisée par les ovaires et dont l'augmentation participe à l'ovulation.
- Chiffres normaux dans le sang :
- Première partie du cycle (phase folliculaire) : 13-228 pg/ml.
- Au moment de l'ovulation : 140-300 pg/ml.
- Deuxième partie du cycle (phase lutéale) : 50-210 pg/ml.
- Après la ménopause : 5-52 pg/ml.
- Chez l'homme : 10-40 pg/ml.
- Chiffres normaux dans le sang :
Progestérone : La progestérone est une hormone stéroïde qui joue notamment un rôle important lors de l’installation puis l’évolution d’une grossesse. Elle est toutefois importante même en dehors des grossesses, pour le maintien de la fonction des organes génitaux. Elle est principalement produite par les ovaires et le placenta (dès le deuxième mois de grossesse, prenant le relais du corps jaune). Pendant la grossesse, elle permet la migration de l’œuf fécondé jusqu’à l’utérus, puis facilite sa nidation, entre autres.
Taux de progestérone et cycle menstruel : Le taux de progestérone dans le sang varie au cours du cycle menstruel. Il est bas pendant la phase folliculaire, augmente brusquement lors de la phase lutéale pour atteindre un maximum 5 à 10 jours après le pic de LH (l’hormone lutéinisante, qui déclenche l’ovulation). Les taux diminuent ensuite, sauf en cas de grossesse.
- À titre indicatif, les concentrations sanguines normales de progestérone en dehors de toute grossesse sont inférieures à 1,5 ng/mL pendant la phase folliculaire, comprises entre 0,7 et 4 ng/mL au moment du pic ovulatoire et entre 2 et 30 ng/mL pendant la phase lutéale (reflet de la présence du corps jaune).
Prolactine : La prolactine est une hormone fabriquée par l'hypophyse et dont le rôle est de stimuler la glande mammaire.
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Interprétation des résultats
L'interprétation des résultats du dosage de la progestérone à J3 doit être effectuée par un professionnel de santé, en tenant compte des valeurs de référence du laboratoire et du contexte clinique de la patiente. Les valeurs normales peuvent varier d'un laboratoire à l'autre.
Valeurs de référence
Bien que les valeurs puissent varier, voici une indication des valeurs normales de progestérone à J3 :
- Entre 0,1 et 0,8 UI/L (selon certaines sources)
- Inférieures à 1,5 ng/mL (en dehors de toute grossesse, pendant la phase folliculaire)
- Phase folliculaire : 0.1 - 1.10 (selon les normes d'un laboratoire)
Que signifie un taux élevé de progestérone à J3 ?
Un taux élevé de progestérone à J3 peut indiquer :
- Une ovulation prématurée : Si le taux de progestérone est élevé en début de cycle, cela peut suggérer que l'ovulation a eu lieu plus tôt que prévu.
- La présence d'un kyste ovarien : Certains kystes ovariens peuvent produire de la progestérone, ce qui peut entraîner une élévation du taux hormonal en début de cycle.
- Une interférence médicamenteuse : Certains médicaments peuvent affecter les niveaux de progestérone.
Que signifie un taux bas de progestérone à J3 ?
Un taux bas de progestérone à J3 est généralement considéré comme normal, car la progestérone est principalement produite après l'ovulation.
Autres examens complémentaires
En fonction des résultats du dosage de la progestérone à J3 et du contexte clinique, d'autres examens peuvent être prescrits pour affiner le diagnostic :
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- Dosage de l'AMH (hormone anti-müllérienne) : L'AMH OU HORMONE ANTI-MÜLLERIENNE est sécrétée par les cellules des petits follicules en croissance et représente actuellement le meilleurs facteur prédictif de la réponse ovarienne. Par ailleurs elle peut être dosée à n’importe quel moment du cycle et a rendu obsolète le dosage de l’inhibine B. C’est le marqueur qui est le mieux corrélé au compte des follicules antraux (voir le chapitre sur l’échographie pelvienne). Une diminution de sa valeur reflète une altération précoce de la réserve ovarienne ; à l'inverse le risque d'hyperstimulation est plus élevé chez les femmes présentant une AMH élevée dans un syndrome des ovaires micro-polykystiques.
- Échographie pelvienne : L'échographie endovaginale est réalisée en début de cycle (J2-J3) pour le comptage des follicules antraux (CFA). Ces follicules sont ceux qui sont susceptibles d'être stimulés par un traitement inducteur de l'ovulation.
- Hystéroscopie : L'hystéroscopie inspecte en direct la cavité utérine. Elle peut être réalisée en consultation en première partie de cycle.
- Dosages hormonaux en cours de cycle : Lorsqu'il est dosé en cours de cycle (naturel ou stimulé), l'œstradiol témoigne de la qualité de la sécrétion des ovaires ; en début de cycle sa valeur doit être basse, et un taux supérieur à 80 pg/ml au 3ème jour du cycle est généralement le témoin d'une diminution de la réserve ovarienne (en dehors de tout traitement stimulant).
Évaluation de la réserve ovarienne
La probabilité de concevoir est directement liée au capital en follicules de l’ovaire que l’on appelle “réserve ovarienne”. Une diminution de ce capital folliculaire et ovocytaire s’accompagne d’un taux de grossesse diminué et de fausses couches augmenté. La baisse de la réserve ovarienne est la principale responsable de la diminution de la fertilité avec l’âge.
L’élévation de la FSH est le facteur le plus péjoratif. 14 UI/l serait le seuil au delà duquel la grossesse devient difficile. Sur plusieurs cycles, une seule valeur de FSH élevée serait de mauvais pronostic. Le taux d’AMH diminuerait bien avant que la FSH n’augmente, ce qui pour certains auteurs en ferait un marqueur précoce de l’épuisement ovarien.
Cependant, même si la triple analyse de la FSH, de l’œstradiol et de l’AMH permet de se faire une idée claire de l'aspect quantitatif de la réponse ovarienne à laquelle on peut s’attendre (nombre de follicules sélectionnés, nombre d’ovocytes recueillis), l’âge reste le meilleur facteur prédictif de la grossesse. C’est en effet l’âge qui est le mieux corrélé à la qualité embryonnaire et une FSH élevée est plus péjorative chez une femme de plus de 38 ans que chez une femme jeune.
L’appréciation de la réserve ovarienne permettra de distinguer les cas favorables, les cas préoccupants conduisant à adapter la posologie en cas de stimulation et à ne pas trop attendre avant d’envisager la FIV diagnostique et les cas défavorables conduisant à proposer d’emblée une FIV diagnostique et à adapter les propositions thérapeutiques en cas d’échec (renouvellement de la FIV, don d’ovocytes, adoption).
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