Le don d'ovocytes représente une voie vers la maternité pour de nombreuses femmes confrontées à l'infertilité. Cependant, ce processus complexe est souvent accompagné de défis psychologiques importants. Cet article explore les aspects émotionnels et psychologiques liés au don d'ovocytes, tant pour les receveuses que pour les donneuses, en mettant en lumière les enjeux, les étapes d'acceptation et l'importance d'un accompagnement adéquat.
Le Deuil Génétique: Une Étape Incontournable
Pour les femmes qui envisagent le don d'ovocytes, le processus commence souvent par un deuil génétique. L'idée de ne pas pouvoir transmettre son propre patrimoine génétique à son enfant peut être source de douleur et de remise en question. Comme l'indique Natalia Romera, psychologue clinicienne, il est nécessaire de passer par des adieux à la possibilité d'avoir un enfant avec sa propre charge génétique.
Au départ, les femmes imaginent une grossesse naturelle, avec leurs propres gamètes, au moment désiré. La réalité peut être différente, et l'esprit a besoin de comprendre cette nouvelle façon d'avoir un enfant pour l'accepter. Ce deuil implique de ressentir une douleur occasionnée par la perte de cette possibilité.
Des sentiments de jalousie peuvent émerger, liés à l'idée qu'une autre femme participera à la création de l'enfant. La simple question de l'identité de cette femme inconnue, de ses motivations et de sa personnalité peut engendrer de l'anxiété et des pensées intrusives. Des craintes peuvent surgir, comme la peur de rejeter l'enfant ou de ne pas l'aimer autant.
L'Acceptation et la Gratitude: Un Cheminement Personnel
Malgré ces défis, de nombreuses femmes parviennent à accepter le don d'ovocytes et à ressentir de la gratitude envers la donneuse. Elles réalisent qu'une personne merveilleuse leur a permis de réaliser leur rêve de devenir mère. Elles apprennent l'importance de la générosité et du partage, en comprenant que la donneuse a partagé une cellule essentielle pour leur bonheur.
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Un enfant n'est pas qu'une cellule, et le lien affectif est ce qui compte réellement, bien plus que la génétique. L'amour inconditionnel, souvent idéalisé, prend tout son sens dans la relation avec un enfant conçu par don d'ovocytes. Cet amour naît dès la décision de le faire venir au monde, et il est possible d'aimer cet enfant avant même de voir son visage.
Le processus d'acceptation n'élimine pas la peur, mais il permet de faire en sorte que cette peur ne soit pas un facteur déterminant dans la réalisation du rêve de maternité. Un dialogue interne peut aider à contrer les pensées négatives et à se rappeler que, pendant la grossesse, une fusion se produit entre les cellules de la mère et de l'enfant.
Le Cadre Légal et l'Accès aux Informations
La loi de Bioéthique a ouvert l’accès à l’AMP aux couples de femmes et aux femmes non mariées, et le double don de gamètes n’est plus interdit. Depuis le 1er septembre 2022, tout enfant conçu par PMA avec tiers donneur peut demander à accéder, à sa majorité, s’il le souhaite, à des données identifiantes et/ou non identifiantes.
En France, les donneurs et donneuses sont anonymes, aux yeux des enfants comme des parents. Aux États-Unis, en revanche, toutes les caractéristiques et l’identité de la donneuse ou du donneur sont disponibles sur Internet. Dans certains pays, comme le Royaume-Uni, l’Autriche, la Suède, l’Australie, les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande, les enfants issus d’un don d’ovules ont librement accès à l’identité du donneur s’ils la demandent.
Les Risques et les Complications
Il faut noter cependant que ces grossesses sont plus souvent compliquées même pour les singletons (du fait de l’âge plus élevé des patientes receveuses, de la fréquence de la primarité, de facteurs utérins potentiels et de facteurs immunologiques). On observe plus d’hypertension artérielle gravidique (30%) et plus de diabète gestationnel (24%). Le taux de césariennes est plus élevé après don d’ovocytes (60-70%). Le devenir périnatal est cependant favorable avec un développement physique et psychologique des enfants normal.
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Le Profil de la Donneuse
La donneuse doit avoir entre 18 et 37 ans inclus (soit avant le jour du 38ème anniversaire) et être en bonne santé. Des sérologies, un bilan hormonal et un bilan anesthésique sont pratiqués. La donneuse consent à la pratique d’un caryotype et d’une enquête génétique.
Depuis la Loi de Bioéthique, il est possible de faire le don et d’autoconserver ses gamètes dans un contexte non médical, mais il s’agit de deux démarches distinctes. La donneuse d’ovocytes bénéficie de la prise en charge intégrale des frais occasionnés par le don et d’une autorisation d’absence de son employeur pour effectuer les examens et se soumettre aux interventions nécessaires à son don.
Les Receveurs et le Parcours Médical
Le don d’ovocytes peut concerner les femmes présentant une absence ou un épuisement prématuré du capital folliculaire, ou celles avec atteinte génétique ou anomalies ovocytaires. La mauvaise réponse à la stimulation ovarienne peut parfois représenter une indication après réflexion pluridisciplinaire.
Dans notre Centre, le couple receveur doit pouvoir apporter la preuve d’une vie commune ou du mariage. La femme receveuse doit être âgée de moins de 40 ans au moment de l’ouverture du dossier de demande de don d’ovocytes car les délais du centre restent longs (autour de 2 ans).
Le couple ou la femme non mariée doit donner son consentement au notaire, qui lui délivre une information préalable sur les règles de filiation. Aucune filiation ne pourra être établie entre l’enfant issu du don et la donneuse. Cet enfant est celui du couple receveur ou de la femme non mariée qui reçoit ce don.
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Après stimulation et ponction de la donneuse, les ovocytes recueillis font l’objet d’un partage éventuel entre plusieurs patientes receveuses. L’endomètre de la femme receveuse est préparé par un traitement hormonal et son cycle est synchronisé avec celui de la donneuse (synchronisation inutile en cas de vitrification ovocytaire).
Le Don de Sperme: Une Alternative pour les Hommes
Le don de spermatozoïdes est une autre option pour les couples confrontés à l'infertilité masculine. Le donneur doit être majeur et âgé de moins de 45 ans. Des sérologies sont pratiquées, et le donneur consent à la pratique d’un caryotype et d’une enquête génétique.
Le don de spermatozoïdes s’adresse à des couples composés d’un homme et d’une femme pour lesquels l’homme présente une absence de spermatozoïde, des échecs de tentative d’AMP intra-conjugale avec altération marquée des caractéristiques spermatiques ou lorsqu’il existe un risque génétique de transmission d’une maladie. Depuis août 2021, ce don s’adresse également aux couples de femmes et aux femmes non mariées.
Le couple ou la femme non mariée doit donner son consentement à un notaire qui lui délivre une information préalable sur les règles de filiation. Aucune filiation ne pourra être établie entre l’enfant issu du don et le donneur. Cet enfant est celui du couple receveur ou de la femme non mariée qui reçoit ce don.
Les Défis Psychologiques pour les Donneuses
Une grande étude a récemment été menée pour suivre les donneuses d’ovocytes sur le long terme et ainsi pour mieux les conseiller au moment de leur choix. Sur les 161 femmes qui ont reçu un questionnaire, seulement 22,4 % ont répondu. La moitié des femmes étaient âgées de 25 à 30 ans au moment de leur premier don d’ovocytes. Par ailleurs, 4 femmes sur 10 n’avaient effectué qu’un seul don d’ovocytes, et un peu plus de 25 % des femmes avaient donné au moins 4 fois leurs ovocytes.
Concernant leur santé psychologique, 52,9 % des femmes ont déclaré avoir reçu un traitement pour la dépression ou l’anxiété depuis leur don d’ovocytes. Globalement, la majorité des femmes (80 %) se déclarent satisfaites de leur décision d’avoir donné leurs ovocytes et 58 % recommanderaient à d’autres femmes de donner ses ovocytes.
Si la dépression semble fréquente chez les donneuses d’ovocytes, aucun élément ne permet de déterminer un éventuel lien de cause à effet entre le don d’ovocytes et le risque de dépression ou d’anxiété. Alors qu’elles se disent satisfaites d’avoir donné leurs ovocytes, nombreuses sont les femmes à présenter des signes anxieux ou dépressifs.
L'Importance de l'Accompagnement Psychologique
Avant de suivre un traitement par don d’ovocytes, il est recommandé d’avoir une consultation avec un conseiller spécialisé dans le traitement de l’anxiété ou de la dépression liées à l’infertilité. Le don d’ovocytes est un traitement très efficace, mais il implique souvent la prise d’hormones et de sacrées montagnes russes émotionnelles. Le processus de FIV peut être épuisant et il y a tout un tas de problèmes auxquels vous et votre partenaire devrez faire face.
Lors de la première séance, le psychologue ou le thérapeute évaluera votre état de préparation pour commencer le traitement. Il vous guidera pas à pas tout au long du processus en tenant compte de l’impact psychologique de l’infertilité et des traitements hormonaux et de votre bien-être psychologique après un éventuel échec.
Certains couples infertiles sont capables de surmonter la plupart des problèmes sans être accompagnés. Vous pouvez faire face à certaines de ces préoccupations avec l’aide et le soutien de votre partenaire ou de vos amis ou même par vous-même. Une conversation ouverte et honnête est inévitable. Discutez avec votre partenaire ou avec votre thérapeute et partagez les choses qui vous sont le plus difficiles ou qui ont un impact négatif sur votre vie.
Cette évaluation psychologique implique à la fois des examens médicaux et psychologiques du couple infertile. Il s’agit principalement de discuter de leurs sentiments au sujet du don d’ovocytes, du don d’embryons, du choix entre une donneuse anonyme, une donneuse non anonyme ou une donneuse ouverte. Un aperçu de vos préoccupations et de vos inquiétudes aidera le thérapeute à comprendre votre cas.
La plupart des problèmes psychologiques liés à l’infertilité peuvent être résolus avec l’aide d’un thérapeute professionnel ou d’un coach en fertilité. Si vous êtes en dépression, il est prioritaire de vous occuper d’abord de votre santé mentale avant de procéder à un traitement de fertilité.
La Vérité à l'Enfant: Un Enjeu Délicat
Connaître les circonstances de sa naissance, son origine, est fondamental pour un enfant. Comprendre son identité, c’est mieux se connaître soi-même, se rattacher à tout un tas d’antécédents, quels qu’ils soient, et en jouer pour avancer dans sa vie. Plus sûr de lui-même, l’enfant est alors plus autonome.
Outre ces aspects psychologiques cruciaux, dire la vérité à l’enfant est également bénéfique sur le plan médical. En cas de graves problèmes de santé ou d’accident, connaître son héritage génétique peut s’avérer déterminant.
Si la vérité peut renforcer le lien de confiance qui unit parents et enfant, elle peut aussi se révéler un facteur de fragilité psychologique qui pourrait gêner le développement des aptitudes sociales de l’enfant. Le risque majeur est que l’enfant se retourne contre ses parents, qu’il ne considère plus comme authentiques, voire développe un trouble réactionnel de l’attachement (DRA).
Annoncée tôt, les conditions singulières de sa conception sont mieux assimilées par l’enfant, qui apprend à les digérer avec le temps. Il n’est pas possible de donner un âge, même approximatif, où il serait le plus avantageux de tout révéler à l’enfant.
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