Introduction

Dominique Venner (1935-2013) fut un essayiste, historien et militant politique français, figure marquante de l'extrême droite. Son parcours est marqué par un engagement constant envers ses idées, un intérêt profond pour l'histoire et une fin tragique. Cet article explore sa vie, ses engagements politiques, son œuvre intellectuelle et les circonstances de sa mort.

Jeunesse et engagement politique

Né à Paris le 16 avril 1935, Dominique Venner est le fils de Charles Venner, architecte, et d'Odette Manson. Il étudie au collège Bossuet à Paris, puis à l'Oaklands College et à l'École supérieure des arts modernes. Son père, Charles Venner, a dirigé plusieurs sociétés immobilières et a notamment réalisé l'église Saint-Jean-Baptiste du Plateau d'Ivry-sur-Seine et l'église Sainte-Odile d'Antony.

Volontaire pour la guerre d'Algérie, il sert comme sergent au sein du 4e bataillon de chasseurs à pied, combattant le FLN près de la frontière tunisienne jusqu'en octobre 1956. Son expérience en Algérie marque un tournant dans sa vie et le pousse à s'engager politiquement.

À son retour en métropole, il rejoint Jeune Nation, un mouvement néo-fasciste, et participe à la mise à sac du siège du PCF en 1956. En 1958, il co-fonde le Parti nationaliste avec Pierre Sidos et adhère au Mouvement populaire du 13-Mai du général Chassin. Son engagement en faveur de l'Algérie française le conduit à soutenir le putsch des généraux d'avril 1961.

L'OAS et la théorisation du nationalisme

Venner participe à la structuration de l'OAS-Métropole, organisation terroriste pro-Algérie française, ce qui lui vaut une incarcération de dix-huit mois à la prison de la Santé de 1961 à 1962.

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En prison, il rédige un manifeste intitulé Pour une critique positive, souvent comparé au Que faire ? de Lénine. Ce texte, considéré comme fondateur par une partie de l'ultra-droite, préconise la création d'une organisation unifiée et hiérarchisée pour le combat nationaliste. Très influencé par Karl Marx et Lénine, il analyse le communisme comme un mode d'organisation et une approche stratégique efficaces. Il s’inspire également des luttes anticolonialistes et développe l'idée que les mouvements nationalistes européens doivent adopter la rhétorique des mouvements d'indépendance nationale.

Europe-Action et le GRECE

En janvier 1963, Venner fonde et dirige Europe-Action, un mouvement d'extrême droite fascisant qui rassemble d'anciens SS français, des membres de la Fédération des étudiants nationalistes, d'anciens membres de l'OAS-Métropole et des intellectuels collaborationnistes. Europe-Action prône un nationalisme racialiste et néo-paganisant, assimilant la civilisation européenne à une « race blanche supérieure » et dénonçant le métissage comme un « génocide lent ». Le mouvement a été soupçonné de proximité avec le néonazisme, notamment en raison de la présence d'anciens Waffen-SS et de la présentation élogieuse du Drame des juifs européens de Paul Rassinier.

En 1968, sous le pseudonyme de Julien Lebel, il contribue à la fondation du GRECE (Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne). La même année, avec Thierry Maulnier, il crée l'Institut d'études occidentales, auquel il adjoint en 1970 la revue Cité-Liberté. Cet institut, qui réunit des intellectuels autour de l'anticommunisme et de la défense des « valeurs occidentales », disparaît en 1971.

Carrière d'historien et d'essayiste

Après son retrait du militantisme politique, Dominique Venner se consacre à l'écriture et à l'édition. Il fonde en 1991 la revue Enquête sur l'histoire, qu'il dirige jusqu'à sa disparition en 1999. En 2002, il crée La Nouvelle Revue d'histoire (NRH), un bimestriel dans lequel écrivent des personnalités comme Bernard Lugan, Jean Tulard et Alain Decaux. Il conserve la direction de la NRH jusqu'à sa mort.

Ses ouvrages couvrent des sujets variés, allant de l'histoire militaire à la chasse, en passant par la politique et la civilisation européenne. Parmi ses œuvres les plus connues, on peut citer :

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  • Baltikum (1974)
  • Le Blanc Soleil des vaincus (1975)
  • Le Cœur rebelle (1994)
  • Gettysburg (1995)
  • Les Blancs et les Rouges (1997)
  • Histoire de la Collaboration (2000)
  • Histoire du terrorisme (2002)
  • Le Choc de l'Histoire (2011)
  • Un samouraï d'Occident (2013)

Son travail d'historien a suscité des critiques, notamment de la part du politologue Gwendal Châton, qui l'accuse d'instrumentaliser l'histoire au service de son combat culturel. Son Histoire de l'Armée rouge a cependant obtenu le prix Broquette-Gonin de l'Académie française en 1981.

Thèmes centraux de sa pensée

La pensée de Dominique Venner est marquée par plusieurs thèmes récurrents :

  • L'identité européenne : Venner est un ardent défenseur de l'identité européenne, qu'il conçoit comme étant menacée par l'immigration de masse et le mondialisme. Il prône un retour aux sources païennes de l'Europe et critique le christianisme, qu'il considère comme une religion universaliste incompatible avec la défense des identités nationales.
  • La tradition : Pour Venner, la tradition n'est pas un simple héritage du passé, mais un choix, un ensemble de valeurs et de principes qui guident l'action présente et future. Elle est ce qui ne passe pas, ce qui nous relie à nos origines et nous donne un sens à notre existence.
  • L'honneur et la volonté : Venner accorde une grande importance aux valeurs de l'honneur, du courage et de la volonté. Il admire les figures historiques qui ont fait preuve de ces qualités, comme les samouraïs et les anciens Romains. Il considère que la mort volontaire peut être un acte de protestation et un moyen de réveiller les consciences.
  • La critique de la modernité : Venner critique la modernité, qu'il associe à la laideur, au nihilisme et à la perte de sens. Il dénonce la « zombification » des Européens par l'immigration de masse et la destruction des identités nationales.

Suicide à Notre-Dame de Paris

Le 21 mai 2013, Dominique Venner se suicide par arme à feu devant le maître-autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Quelques heures auparavant, il avait publié un texte sur son blog, intitulé « La manif du 26 mai et Heidegger », dans lequel il appelait à des actions « spectaculaires et symboliques pour ébranler les somnolences ». Il y expliquait que les manifestants contre le mariage homosexuel ne pouvaient ignorer « la réalité de l'immigration afro-maghrébine » et que « leur combat ne peut se limiter au refus du mariage gay », le « péril » étant selon lui « le « grand remplacement » de la population de la France et de l'Europe ».

Dans une lettre laissée sur l'autel, il explique son geste comme un sacrifice pour réveiller les consciences et défendre l'identité de tous les peuples chez eux. Son suicide suscite des réactions contrastées, entre hommage de la part de personnalités de l'extrême droite et condamnation de la part d'autres.

Jean-Yves Camus relève que perdure la « représentation erronée » d'un suicide commis au nom seulement de son opposition au mariage homosexuel. Il considère que ses motivations « sont quasiment incompréhensibles pour celles et ceux qui n’appartiennent pas à sa famille de pensée » : il y voit « d’abord une dimension éthique de l’honneur et de la vie, celle des anciens Romains et des anciens Grecs, qui voulaient choisir leur mort », ainsi que la volonté d'éveiller ses concitoyens contre une menace plus globale : « la destruction programmée, voire déjà largement achevée, de la civilisation européenne par le « mondialisme » ».

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Héritage et influence

Dominique Venner reste une figure controversée, mais son influence sur la droite nationaliste et identitaire française est indéniable. Ses écrits ont contribué à la refondation idéologique de l'extrême droite après les défaites de la guerre d'Algérie. Ses thèses sur l'identité européenne, la tradition et la critique de la modernité continuent d'inspirer les mouvements identitaires contemporains. Son suicide à Notre-Dame de Paris a marqué les esprits et a contribué à faire de lui une figure emblématique de la lutte contre le « grand remplacement ».

L'ensemble des douze émissions tournées en février 2013, et qui composaient ce portrait passionnant, ont été regroupées en un seul programme, permettant ainsi de mieux comprendre la complexité de sa pensée et de son parcours.

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