La question du port du masque lors de l'accouchement dans le contexte de la pandémie de Covid-19 a suscité de nombreux débats et préoccupations. Entre la nécessité de protéger le personnel soignant et le vécu des femmes enceintes, il est essentiel de comprendre les recommandations, les témoignages et les alternatives possibles.

Recommandations Officielles et Avis des Experts

Le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) a émis des recommandations concernant les mesures de prévention de la transmission du SARS-CoV2 durant l'accouchement en période de forte circulation virale. Ces recommandations prennent en compte la position du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) ainsi qu'une synthèse des recommandations internationales.

Le HCSP a établi que lors de l'accouchement, et notamment lors de la phase d'expulsion, le risque d'émission d'aérosols n'est pas clairement tranché par la littérature scientifique et ne fait pas consensus, mais reste néanmoins possible. En période de forte circulation virale, le HCSP recommande, par précaution, un double masquage avec le port d'un masque à usage médical (par le(s) professionnel(s) et la femme qui accouche, présentant ou non des symptômes du Covid-19) lors des efforts expulsifs avec hyperventilation.

Cependant, le HCSP souligne que le port du masque pendant l'accouchement peut être mal toléré par la femme enceinte. C'est pourquoi il recommande que le port du masque par la femme qui accouche ne soit pas rendu obligatoire et tienne compte du souhait de la femme enceinte et de sa tolérance. De plus, il n'est pas recommandé de porter un masque de type FFP2 pour une femme qui accouche.

La réalisation d'un test par RT-PCR, RT-LAMP ou antigénique est vivement recommandée pour faciliter la connaissance du statut infectieux de la femme parturiente et permettre d'adapter les mesures de protection.

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Témoignages et Vécu des Femmes

De nombreuses femmes, associations et professionnels de santé jugent cette pratique inhumaine et violente, rendant encore plus difficiles les conditions de l'accouchement. L'impact du port du masque pendant l'accouchement est réel et peut provoquer des traumatismes et des complications, comme le prouvent de nombreux témoignages récents recueillis par le collectif « stop aux violences obstétricales et gynécologiques ».

Certaines femmes témoignent de la difficulté d'inspirer et d'expulser l'air avec un masque pendant l'accouchement, ce qui peut rendre les efforts expulsifs encore plus éprouvants. D'autres expriment le sentiment de respirer leur propre dioxyde de carbone, ce qui peut être désagréable et potentiellement anxiogène.

Cependant, il est important de noter que certaines maternités font preuve de souplesse et ne forcent pas les femmes à porter un masque durant l'effort expulsif. L'équipe médicale peut être très humaine et tenir compte du vécu de la patiente. C'est donc à la femme et à sa sage-femme d'en parler, et d'aviser le jour J.

Alternatives et Mesures de Protection

Afin d'éviter à la patiente d'avoir à porter un masque, il est possible de lui proposer une visière adaptée au visage de façon à faciliter ses efforts et la communication avec l'équipe soignante. Si la patiente n'a ni masque ni visière, le personnel doit impérativement porter un masque FFP2, ainsi que des lunettes de protection.

Mme Laurence Cohen interroge M. le ministre des solidarités et de la santé sur le port du masque lors des accouchements dans le contexte pandémique de Covid-19. Si bien évidemment la protection des soignants, notamment des sages-femmes, doit être une priorité, elle lui demande pourquoi ne pas faire plutôt le choix d'équiper ces mêmes soignants de masques FFP2 et de lunettes de protection afin d'éviter tout risque de contagion. Cet équipement maximal permettrait ainsi aux parturientes d'accoucher et d'accueillir leur nouveau-né dans les premiers instants sans masque.

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Aussi, elle lui demande, d'une part, s'il entend prendre en compte la voix de ces femmes dans cette période particulière de leur vie et, d'autre part, s'il entend équiper toutes les équipes soignantes des maternités du matériel de protection nécessaire à assurer leur sécurité et à garantir aux patientes un accouchement le plus « normal » possible dans ce contexte anxiogène. Enfin, elle lui demande s'il entend définir un protocole national commun à toutes les maternités pour bannir le masque lors de l'accouchement et le travail mais également pour permettre la présence du conjoint ou de la conjointe à la maternité, même en période de Covid 19. Elle rappelle que certains pays, eux, ne recommandent pas le port du masque pendant l'accouchement afin de mieux tenir compte de l'intérêt des femmes et des nouveau-nés.

Gestion des Cas Spécifiques

Patiente Cas Contact

Dans une telle situation, la patiente doit réaliser un test RT-PCR et s’isoler pendant 7 jours. Elle ne doit pas consulter à l’hôpital, sauf urgence ou apparition des signes cliniques.

Patiente Non Suspecte d’être Infectée

Dans une telle situation, il n’y a pas de raison d’isoler la patiente. Le (la) conjoint(e) peut être présent(e) s’il(elle) est asymptomatique et respecte les règles d’hygiène (masque, distanciation, lavage des mains). Le dépistage systématique de la covid-19 en salle de naissance n’est pas recommandé mais doit être adapté en fonction des cas et de l’évolution locale de l’épidémie.

Patiente ayant déjà eu une infection à la covid-19

Passé un délai de 30 jours après sa contamination à la covid-19, une patiente peut être prise en charge comme une patiente non contaminée. Pour les consultations et les échographies, le respect d’un délai de 14 jours semble raisonnable, ce qui ne dispense pas de respecter les mesures barrières recommandées.

Patiente Présentant de la Fièvre

Si la patiente est fiévreuse, les causes de fièvre autres que celle liée à la covid-19 doivent également être recherchées. Le personnel d’accueil des urgences doit porter un masque chirurgical à changer au maximum toutes les 4h. Dans l’idéal, toute patiente ou tout visiteur se présentant à l’accueil général (avant même le passage aux urgences) doit avoir une prise de température non invasive et se voir administrer un questionnaire à la recherche de symptômes. Cela permettra soit d’interdire une visite, soit d’engager la patiente sur un parcours spécifique diagnostique covid-19.

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Conduite à Tenir Devant un « Cas Possible »

Il faut : prévenir le senior de garde ; prendre les précautions contre les gouttelettes et le contact, à savoir : installer la patiente dans une pièce fermée et apposer l’affiche isolement sur la porte du box (isolement gouttelette et contact) ; faire porter un masque de soin à la patiente ; pour les soignants : porter un masque chirurgical, des gants non stériles, des lunettes de sécurité, une charlotte, et une surblouse. Un test doit être réalisé pour toute femme enceinte « cas possible ». Le prélèvement doit être fait en prenant soin de porter le masque FFP2, des lunettes de sécurité (ou une visière) et une surblouse. Dans cette situation, l’accompagnant est à risque d’être infecté et doit donc être orienté pour être dépisté et, le cas échéant, isolé (7 jours). S’il est symptomatique il ne doit pas accompagner sa femme. S’il est asymptomatique sa présence est conditionnée au respect strict des mesures d’hygiène et des conditions d’acceptation locales. Un test PCR peut lui être prescrit.

Prise en charge en salle de travail d’une patiente avec infection possible ou prouvée < 30 jours

Les recommandations sont les suivantes : limiter le contact avec le personnel ; prévoir le nécessaire pour une réanimation néonatale dans la salle d’accouchement lorsque cela est possible ; une sage-femme doit être dédiée à la patiente dans la mesure du possible ; voie d’accouchement : pas de modification de la voie d’accouchement en raison de l’infection ; maintenir les indications obstétricales classiques ; prendre des précautions contre les gouttelettes et le contact en se munissant d’une casaque stérile à usage unique ; limiter le personnel au minimum indispensable lors de l’accouchement ; attention aux selles qui peuvent être porteuses de la covid-19 ; le conjoint asymptomatique peut être présent.

Autres Mesures et Considérations

Présence du Père et Visites Post-Natales

La présence du père est souhaitable au maximum, y compris pendant une éventuelle césarienne. En ce qui concerne les visites post natales, elles doivent être limitées afin de restreindre la circulation de personnes dans l’hôpital et la maternité. A cet égard, les visites de fratries ne sont pas recommandées. Cette mesure est à adapter en fonction de la situation de chaque maternité (locaux, volume d’activité, nombre de personnels). Le retour rapide au domicile est encouragé.

Suivi de la Grossesse et Accouchement

Le suivi de la grossesse, les examens réalisés et les éléments recueillis vont permettre à l’équipe médicale de définir une conduite à tenir. Si une césarienne est nécessaire, elle sera programmée. S’il est nécessaire de déclencher le travail, ce sera fait comme d’habitude. Si la patiente entre en travail spontanément, la surveillance aura lieu comme toujours avec le suivi de la maman et de son bébé. Rien ne change au niveau médical, mais il ne sera pas possible d’être accompagnée par l’autre parent. Cependant les équipes, bien conscientes de ces circonstances particulières, feront tout pour donner un accompagnement humain, afin que la venue au monde du bébé soit un moment privilégié pour lui et sa maman. Les différences seront dans le lieu, les mesures d’hygiène, la réduction des personnes présentes et des intervenants afin d’éliminer toute contamination.

Ne soyez pas effrayée par les tenues du personnel soignant, simplement toutes les précautions sont prises afin qu’il ne soit pas contaminé.

Déroulement de l'Accouchement

  1. Vous pouvez accoucher normalement. Les directives limitent le nombre de personnes qui doivent vous prendre en charge. La même sage-femme si possible durant tout le travail, sauf changement de garde. L’anesthésiste si vous souhaitez une péridurale ou si une intervention est nécessaire. L’obstétricien pour cette intervention, forceps ou ventouse. La surveillance reste la même. Vous portez un masque comme tout le personnel.
  2. Vous devez avoir une césarienne. L’intervention se déroulera de manière habituelle, avec une équipe réduite, 1 anesthésiste, 2 obstétriciens et 1 sage-femme. Le pédiatre sera présent dans la salle d’accueil du bébé.

Prise en Charge du Bébé

Elle sera la même que d’habitude. L’adaptation du bébé à la naissance sera évaluée par le score d’Apgar. Si son état le nécessite, il sera pris en charge. Des prélèvements seront faits afin de rechercher la présence du virus. Si tout va bien le bébé sera avec sa maman en peau à peau, sa maman devra porter un masque. Lorsque la maman souhaite allaiter au sein, la première tétée pourra se faire. Il faudra simplement nettoyer le mamelon. L’enfant sera toujours avec sa maman, si elle va suffisamment bien.

Suites de la Naissance

  1. Immédiatement après la naissance. La prise en charge ne change pas. Surveillance dans la salle de naissance ou en salle de réveil pour une césarienne. On s’assure que tout est normal pour la maman et le bébé. Si tout est normal au bout de 2 heures, la maman et le bébé vont dans une chambre dédiée.
  2. Le séjour en maternité. Le suivi sera fait à la fois par l’équipe « COVID » et l’équipe obstétricale. La maman devra porter un masque, surtout lorsqu’elle s’occupe de son bébé. La maman sera épaulée dans les soins au bébé. Tous les examens obligatoires seront faits. Si l’état de la maman est satisfaisant et que le bébé va bien, dès que possible ils rentrent au domicile.

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