Introduction

La prostitution, un phénomène complexe et multiforme, s'inscrit historiquement au cœur de l'espace urbain. Cet article se propose d'explorer la prostitution à travers une analyse socio-historique et médicale, en s'appuyant sur des études et des réflexions de divers chercheurs et historiens. Il s'agira d'examiner la manière dont la prostitution a été perçue, gérée et réglementée au fil des siècles, en mettant en lumière les attitudes ambivalentes des autorités et de la société à son égard. L'objectif est de comprendre la place et le rôle assignés aux femmes impliquées dans ce commerce, en tenant compte des dimensions spatiales, morales, médicales et juridiques.

La Prostitution : Un Phénomène Urbain Inhérent

Parent-Duchâtelet, dès 1836, soulignait que "Les prostituées sont aussi inévitables, dans une agglomération d'hommes, que les égoûts, les voiries et les dépôts d'immondices". Cette citation percutante met en évidence l'association intrinsèque entre la prostitution et le milieu urbain. La prostitution, inscrite, délimitée et circonscrite dans l'espace de la ville par des règlements, recensée, taxée et contrôlée par les autorités communales et médicales, fait partie intégrante de l'écosystème urbain.

Contrairement à la prostitution rurale, plus cachée et moins tolérée, la prostitution urbaine est reconnue et gérée par les pouvoirs publics. Elle représente un lieu de passage obligé dans une recherche consacrée à la place des femmes dans la ville, même si elle n'a pas le monopole du développement des amours vénales.

La Prostituée : Figure Emblématique de la Criminalité Féminine au XIXe Siècle

La littérature criminologique du XIXe siècle érige la prostituée en figure emblématique de la femme criminelle. Lombroso, dans son ouvrage "La femme criminelle et la prostituée" (1896), affirme que "si l'on supprime les phénomènes sexuels, la femme criminelle n’existe plus et encore moins la prostituée". Cette vision réductrice associe la criminalité féminine à la sexualité et à la prostitution.

Marginalité et Intégration : Une Ambivalence Constante

La prostituée est à la fois marginale dans la société et marginalisée par le discours des juristes, des médecins, des criminologues, des autorités communales et des philanthropes du XIXe siècle. Cependant, elle est également reconnue comme un élément nécessaire, indispensable et "inévitable" de la vie urbaine. Cette ambivalence se traduit par une attitude oscillant entre la tolérance et la répression.

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L'image de la prostituée véhicule toute la réprobation attachée à l’infâme commerce qu’elle fait de ses charmes, la fascination et la peur du "sexe", la terreur de la menace qu'elle fait peser sur la santé publique et l'inévitable désordre qu'entraîne la débauche au sein de la société. Tous les pouvoirs et tous les savoirs s'en préoccupent : elle est au centre des débats de l'Académie de médecine, des ligues de moralité publique comme des conseils communaux.

Définitions Juridiques et Morale : Un Discours Ambigü

Edmond Picard, dans les Pandectes, définit la prostitution comme "l’usage vil, abject, méprisable ou criminel que l'on fait d’une chose". Au point de vue des moeurs, la prostitution est l’abandonnement à l'impudicité, à la luxure, à la paillardise, au libertinage, à la lubricité. Selon le digeste, la prostituée est la femme qui fait métier de se livrer à tous venants et sans choix, moyennant une rémunération.

La construction d'un discours spécifique sur la prostitution est toujours marquée par l'ambiguïté : fascination, tolérance, réprobation, condamnation. Les attitudes alternent, selon les époques, autour d’une problématique oscillant entre la tolérance et la répression.

La Prostituée : Héritière de la Sorcière

Héritière de la sorcière - la prostituée du diable ou "maquerelle" (macrale) - la prostituée du XIXe siècle en a conservé tous les traits, à commencer par une sexualité débridée et dévorante, voire dévoreuse, et pour tout dire "pathologique". "Impudicité, luxure, paillardise, libertinage, lubricité" : toute la responsabilité de la prostitution pèse sur la prostituée, femme perverse et lubrique, coupable de s'adonner par plaisir, même si c'est moyennant finances, à la débauche. D'où la médicalisation du discours, ou, si l’on veut, la légitimation du discours hygiéniste qui joue sur deux tableaux : danger de la pathologie individuelle qui entraîne au vice, danger pour la santé publique (le spectre de la syphilis).

Réglementation et Contrôle : Une Gestion Spatiale et Sociale

Les hésitations du droit - ou de la doctrine - pour statuer sur le sort à réserver à ce "mal absolu" mais en même temps "nécessaire", se traduisent dans le silence de la législation et dans le renvoi de cette difficile question vers d'autres instances : les autorités communales qui devront en réglementer l’accès et l'exercice.

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Puisque le mal est reconnu comme inévitable, voire nécessaire et qu'il faut le tolérer pour éviter de plus grands désordres, il s'agit donc de le contrôler, le circonscrire, lui assigner, dans la ville, un lieu particulier à la fois caché mais aisément identifiable. Quartiers "réservés", lumières rouges et rideaux tirés : la prostitution sera en même temps cachée à la vue des honnêtes gens, mais facilement repérable par l'oeil du policier, voire du client.

Il est important de noter que les hommes, débauchés, libertins, maris volages, n'apparaissent qu'au second plan ; non pas que les pouvoirs les ignorent, mais c'est la femme, à peu près toujours, que vise la réprobation et que frappe la sanction.

Recherches et Études Récentes : Un Intérêt Continu

Depuis la fin des années 1970, d'innombrables travaux ont paru sur le sujet, tels ceux de Rossiaud, de Benabou, d'Aron, de Corbin, de Flandrin, de Solé en France, de Barret-Ducrocq pour l’Angleterre. En Belgique, ceux de M.Vincineau, A.Van Haecht, le récent congrès de l'Ecole de criminologie de l'ULB, la thèse de Sophie De Schaepdrijver les articles de Luc Keunings et Colette Huberty, les recherches de T. Keuppens et de Virginie Baré ont largement balisé le terrain.

Problématique Réglementariste/Abolitionniste : Un Débat Toujours Actuel

L'objectif est de reprendre la problématique du vieux débat "réglementariste/abolitionniste" du XIXe siècle, sous l'angle de la place et du rôle assignés à une catégorie particulière de femmes dans l'espace urbain du XIXe siècle. Il s'agit aussi de réinscrire celui-ci dans un champ plus large, dans la longue durée, en centrant plus particulièrement le regard sur la question de l'espace.

  • Espace public/espace privé : filles "publiques", "filles de rue" et "maisons closes".
  • Eco-système urbain, gestion de l'espace, des espaces dans la ville : qu'est-ce qui relève du public, du privé, de l'interdit, du toléré ?

Réglementer c'est reconnaître, c'est accepter, c'est "intégrer" ce qui demeure néanmoins une "marginalité". Une marginalité qui n'est pas à proprement parler réprimée, mais dont les bornes sont nettement délimitées, circonscrites dans des espaces précis, contrôlés par la police urbaine. Une profession dont l'accès est lui aussi réglementé et contrôlé : le livret de la prostituée, analogue au livret ouvrier, au livret du détenu libéré, au livret des domestiques, devient le laisser-passer de la "femme publique" qui abandonne à la police son passeport et tous ses papiers privés. Elle est continuellement sous haute surveillance ; sa liberté de circuler est strictement limitée aux rues autorisées, ou, plus souvent, elle est enfermée, "parquée", dans un endroit clos, analogue à un couvent ou à une prison. Enfin et surtout, elle fait l'objet d'une marginalisation plus intime, elle aussi contrôlée, dans son corps même, par les médecins ; c'est le sens de la fameuse "visite" hebdomadaire - voire bi-hebdomadaire - auxquelles sont soumises les prostituées sous peine de sanctions.

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La Prostitution Médiévale : Une Organisation Hiérarchisée

Dans un ouvrage remarquable consacré à la prostitution médiévale, Jacques Rossiaud repère quatre "étages" dans la prostitution urbaine qui s'institutionnalise entre 1350 et 1450 :

  • Le "prostibulum publicum" : bordel municipal construit, entretenu et régi par les autorités publiques, princières ou municipales, voire ecclésiastiques, et confié à la direction d’une abbesse ou à un tenancier qui détient le monopole de la profession.
  • Les bains publics (étuves) : dont l'inventaire des meubles révèle qu'ils contiennent bien plus de lits que de bains. Les propriétaires en sont des notables laïcs ou ecclésiastiques.
  • Les petits bordels privés : tenus par des maquerelles qui disposent de quelques filles à demeure, auxquelles viennent s'adjoindre des occasionnelles pour les jours de marché et de foire, lors des pèlerinages.
  • Les filles "légères" : qui travaillent pour leur compte, à leurs risques et périls, si elles ne bénéficient pas de solides protections car la concurrence est dure.

Cette hiérarchisation met en évidence les différents niveaux de la profession, les conditions d'accès et d'exercice de cette profession, et le fait que la prostitution est non seulement tolérée, mais reconnue, voire "protégée", organisée, réglementée, par les plus hautes autorités, en ce compris le clergé.

L'Attitude des Autorités : Officialisation et Répression

L'attitude des autorités est "d'officialiser" la prostitution pour l'utilité commune ou "l'intérêt de la chose publique". Jusqu'au XVIe siècle, les tentatives de répression sont rares, éphémères et inefficaces. Dès la fin du XVe siècle cependant, des prédicateurs s'emploient à moraliser la société en dénonçant la débauche et en exigeant des mesures contre les filles de joie : exclusion, enfermement ou punitions à l'instar des "criminelles".

La chasse aux hérétiques et aux sorcières va de pair avec la chasse à l'adultère et à la luxure qui font un bond dans "le hit parade" des péchés capitaux. La nouvelle morale familiale prônée par le Concile de Trente qui exalte les vertus du mariage et de la chasteté est répandue par les nouveaux soldats du Christ, les Jésuites notamment et les manquements sont sanctionnés par les tribunaux laïques.

Révolution Morale et Répression

Révolution morale, imposée par la contrainte des juristes, relayant les théologiens : le Conseil Provincial de Luxembourg promulgue en 1582 une ordonnance contre les concubines des gens d'Eglise.

En France, l'ordonnance royale de 1560 entraîne la fermeture des "bourdeaux de Paris", les lupanars disparaissent et l'amour vénal devient clandestin. Au XVIIe siècle, la chasse aux courtisanes s'inscrit dans la tentative de "grand renfermement" des vagabonds, des mendiants et des filles de joie, confondus dans les hôpitaux généraux. La Salpétrière devient la terreur des prostituées parisiennes. On les enferme aussi dans des maisons de refuge, sortes de couvents-prisons dont on trouve l'exact équivalent dans la Belgique autrichienne.

Châtiments et Discrimination

L'ordonnance de Marie-Elizabeth du 18 août 1732 définit les châtiments à infliger aux prostituées bruxelloises. Elle rejette une requête visant à enfermer les prostituées dans une cage exposées aux quolibets du public, en raison des inconvénients et des scandales que cela engendrait.

Pour éviter ces désordres, l'ordonnance distingue, selon l'origine des prostituées deux types de châtiments : les prostituées sont placées sur un échafaud, attachées à un poteau, avec un collier de fer et un écriteau sur leur poitrine contenant leur crime. Toutefois, l'ordonnance excepte de ce châtiment les "filles de bonnes familles et d’honnêtes parents au lieu de les exposer publiquement, celles-ci seront désormais enfermées, loin des regards, dans un couvent prison, dans la maison de la Sainte-Croix, pour y faire pénitence.

Cet exemple illustre la collaboration entre les autorités religieuses, urbaines et l'Etat, qui acceptent "de coopérer au bien public et au salut des âmes qui périssoient misérablement à l'occasion des scandales journaliers causés par les femmes et filles débauchées".

Marginalisation et Représentation Littéraire

Chassées de la vie sociale, exclues ou du moins cachées aux yeux du public, la prostituée, l'entremetteuse, la courtisane deviennent des personnages littéraires. Le théâtre italien, allemand, anglais et français est rempli de ces courtisanes, "femmes déchues" dont la corruption est vilipendée.

Informations sur le Dr. Alexandre TAYART DE BORMS

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