Depuis plus de vingt ans, Djubaka, un nom qui résonne comme un pseudonyme improbable, s'est imposé comme une figure incontournable de France Inter. Programmateur musical, il est à la fois une tête chercheuse et un mélomane empathique, façonnant l'identité sonore de la radio et défendant la musique indépendante avec passion.
Un Artisan de l'Architecture Sonore
Avec trois comparses, Djubaka programme la musique sur France Inter et rythme ou accompagne le ton d’une émission en suivant un seul cap, l’esprit maison. Mais au fait, comment on fabrique sa ligne sonore ? Explications.
Au sein de la direction de la musique de France Inter, Djubaka, aux côtés de Muriel Perez, Jean-Baptiste Audibert et Thierry Dupin, est chargé de "construire une architecture sonore". Ce travail consiste à accompagner les voix, la personnalité du producteur et le rythme d'une émission en fonction de son horaire de programmation. Il s'agit d'un dialogue constant, où la musique s'inscrit comme une respiration, sans apporter d'information contradictoire, en tenant compte du sujet, de l'invité, de son âge et de son éventuelle difficulté d'élocution.
La mission de Djubaka et de son équipe est plus large : choisir les partenariats et préparer les événements spéciaux comme les journées Camille ou Biolay. La répartition des émissions est confiée par le directeur de la musique, Jocelyn Perrotin, à l'instar de Bernard Chérèze ou Didier Varrod avant lui. Cette rotation permet d'évoluer et de faire évoluer les rendez-vous, car les sensibilités, les connaissances et les spécialisations de chacun sont très différentes.
L'ADN Musical de France Inter
Djubaka et ses collègues se considèrent comme des enfants d'Inter, ayant la mémoire de ce qui s'est fait ici, des émissions sur le reggae, le rap, le rock, l'électro, et du travail que des musiciens ont fourni sur des jingles ou des génériques. Certains titres sont des standards sur Inter et nulle part ailleurs, comme certaines chansons de Massive Attack, Johnny Cash ou Arthur H.
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La programmation musicale consiste donc à préserver cet ADN, à le nourrir en créant les madeleines de Proust de demain, mais aussi à mettre en évidence les talents d'aujourd'hui en les soutenant, en dehors de toute considération économique.
Le Processus de Sélection Musicale
Lorsque la productrice Eva Bester (ou la réalisatrice de Remède à la mélancolie, Eliane Girard) arrive dans son bureau, Djubaka connaît les choix musicaux effectués par l'invité et s'est renseigné sur lui. Il demande aussi qu'on lui raconte les choses : comment la productrice (ou le producteur) envisage son interview, comment elle/il pense intervenir, ce qu'elle/il a envie de raconter. À son tour, il imagine comment devenir une des ressources de l'émission, et poser trois points musicaux importants. C'est là que réside la particularité de la programmation de France Inter : dans ce contact interne.
Dans certains cas, Djubaka écoute les enregistrements faits à l'avance, comme pour la série d'Anne Pastor sur les peuples autochtones d'Outremer ou pour Autant en emporte l’histoire, de Stéphanie Duncan. Cependant, d'une façon générale, il écoute rarement les émissions en amont, car l'antenne étant ouverte 24 heures sur 24, il n'en a pas le temps.
La Ligne Musicale de "Remède à la Mélancolie"
Le point de départ de la ligne musicale de "Remède à la mélancolie" est le dimanche matin à 10 heures. Les gens ont dormi plus longtemps, c'est un moment de réveil, peu travaillent. Comme le temps d'écoute est plus long, on peut se permettre non pas des choses plus compliquées, mais qui réclament une écoute différente, car les auditeurs les remarquent plus.
Le cahier des charges impose de défendre la nouveauté, de diffuser des artistes en développement et de respecter les quotas. Mais avoir des titres fédérateurs ne l'est pas moins, car ils ont été écoutés par des générations entières. C'est une contrainte à l'intérieur de laquelle on peut s'éclater. Une nouveauté sur France Inter, c'est autant Tinariwen que le dernier Camille, Clara Luciani, tandis qu'un standard, ça peut être un Massive Attack ou un morceau de soul à la Otis Redding.
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Un Mélomane Biberonné à France Inter
Un bon programmateur est forcément un ancien auditeur de France Inter. Djubaka écoute la radio depuis l'âge de 5-6 ans et a été biberonné à France Inter. Il n'a aucune obligation quant au nombre de nouveaux titres à rentrer dans la playlist chaque semaine. C'est le disque lui-même qui le fait réfléchir, pas la notoriété d'un artiste ou les ventes qu'il va réaliser. Chaque nouveauté de la playlist a fait l'objet d'un vote, ce qui signifie que même lorsqu'on n'est pas amoureux d'un titre, on l'assume, et on l'inclut dans nos choix. Il doit être joué au moins une fois dans la semaine. La playlist compte environ 80 titres (un peu plus en été), et chaque disque a une durée de vie sur l'antenne de deux, voire trois mois.
À ces chansons qui font l'actualité s'ajoutent toutes les autres, classées dans les têtes, que l'on va rechercher en fonction des références, des textes, des humeurs, des ambiances. Chacun des programmateurs travaille avec sa sensibilité, ses connaissances professionnelles et ses connaissances de cœur, d'où ce résultat non egocentré.
Un Musicien Respectueux des Artistes
Djubaka fait de la scie musicale, du thérémine, mais il a trop de respect pour les musiciens pour prétendre en être un. Jouer d'un instrument lui permet de savoir qu'il doit un peu de respect au gars qui vient de passer deux ans à faire son disque, même si ça ne lui plaît pas. Il a eu la chance de grandir dans une famille où l'on écoutait de la musique tout le temps.
Chroniqueur et Passionné de Radio
Djubaka est également chroniqueur dans "Si tu écoutes, j'annule tout". Il adore le micro et l'énergie que cela lui procure. Il a travaillé pendant dix ans à RFI, puis à Europe 1, et enfin avec Anne, chez Laurence Pierre.
Il considère son métier comme un paradis sur terre : quel autre taf permet d'écouter autant de musique chaque jour, et de la partager ? Il est conscient que c'est un luxe d'antenne, mais il est convaincu qu'aucun algorithme ne pourra jamais remplacer l'humain dans la sélection musicale.
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Djubaka : Un Personnage Inclassable
Tatouages, piercings, sweat-shirts à capuche et gouaille de baroudeur au grand coeur, Djubaka a un look qui tranche dans les couloirs de la Maison de la Radio. Il est un enfant de la scène punk française des années 1980 et du Do it Yourself. Avec sa femme, ils deviennent tour à tour galeristes, puis journalistes pour divers magazines de musique et d'art.
Il est un fervent défenseur du service public et ne serait pas intéressé de travailler pour une radio privée où il y a un rapport d'argent avec les maisons de disques et la publicité. À France Inter, il a un lieu où il peut s'exprimer, laisser une patte, amener un avis et contribuer à l'éclosion de gens, comme on pourrait le faire dans le cadre d'un festival.
En plus de son travail de programmateur, Djubaka est conseiller pour Hey!, une revue trimestrielle consacrée à l'art underground, qu'il a créée avec sa femme, Anne, en 2010. En 2014 et 2015, le couple est commissaire de l'exposition Tatoueurs, Tatoués, au musée du Quai Branly.
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