Le 4 mars, le Parlement français, réuni en Congrès à Versailles, a marqué une étape historique en adoptant l'inscription de la liberté de recourir à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution. Avec 780 voix pour et 72 voix contre, la France devient le premier pays au monde à constitutionnaliser explicitement ce droit. Cet événement a été salué comme une "fierté française" et un "message universel" par le président Emmanuel Macron. Le Premier ministre Gabriel Attal, arrivé à Versailles accompagné du fils de Simone Veil, a déclaré que cette constitutionnalisation représente une "étape fondamentale" qui "restera dans l'Histoire".

Un hommage vibrant à Simone Veil

Le discours de Gabriel Attal a été ponctué d'hommages à Simone Veil, figure emblématique de la lutte pour la dépénalisation de l'avortement en France. Yaël Braun-Pivet, première femme à présider un Congrès, a rappelé le discours historique de Simone Veil en 1974 devant une assemblée majoritairement masculine. Gabriel Attal a souligné que la constitutionnalisation de l'IVG offre une "deuxième victoire à Simone Veil et à toutes celles qui ont ouvert la voie". Il a appelé les parlementaires à faire résonner leurs applaudissements pour son combat plus fort que les insultes qu'elle a subies.

Un long chemin vers la liberté

Gabriel Attal a retracé les étapes clés de la lutte pour les droits des femmes en France, depuis Olympe de Gouges pendant la Révolution française jusqu'aux lois récentes renforçant l'accès à l'IVG. Il a rappelé le Manifeste des 343 en 1971, le procès de Bobigny en 1972, et les avancées législatives successives, notamment la loi Veil de 1975, le remboursement de l'IVG par la Sécurité sociale en 1982, et l'allongement du délai légal à 12 semaines en 2001.

Il a souligné que l'inscription de l'IVG dans la Constitution est un aboutissement de plus de deux siècles de luttes, un combat entamé par Olympe de Gouges pendant la Révolution française. Il a évoqué les premières femmes ministres entrées au gouvernement en 1936, le droit de vote pour les femmes en 1944, la loi Neuwirth de 1967 légalisant la pilule, et le Manifeste des 343 en 1971.

La nécessité d'une protection constitutionnelle

Gabriel Attal a insisté sur la nécessité de cette constitutionnalisation face aux menaces qui pèsent sur le droit à l'avortement dans certains pays du monde. Il a cité l'exemple des États-Unis, où la Cour suprême a annulé la jurisprudence Roe vs Wade, ainsi que la situation en Hongrie et en Pologne, où l'IVG n'est plus une liberté consacrée. Il a averti que le droit à l'avortement peut être remis en question en une génération, en une année, voire en une semaine.

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Il a souligné que l'inscription de la liberté d'avorter dans la Constitution est un moyen de fermer la porte au tragique du passé et à son long cortège de souffrances et de douleurs. Il a affirmé que c'est un acte pour que le train de l'oppression ne repasse jamais.

Un consensus politique rare

Le vote massif en faveur de la constitutionnalisation de l'IVG témoigne d'un consensus politique rare sur cette question. Même la droite et l'extrême droite ont majoritairement voté pour cette réforme. Le texte adopté est le fruit d'un compromis entre les différentes sensibilités politiques, garantissant la "liberté garantie" à la femme de recourir à une interruption volontaire de grossesse.

Réactions et perspectives

L'annonce des résultats du vote a provoqué une explosion de joie place du Trocadéro à Paris, où plusieurs centaines de personnes s'étaient rassemblées pour suivre ce moment historique sur écran géant. La tour Eiffel s'est aussitôt mise à scintiller, des inscriptions lumineuses en plusieurs langues apparaissant sur le monument : #MyBodyMyChoice, ou encore #AbortoLegal.

De son côté, le Vatican a redit son opposition à "tout droit à supprimer une vie humaine".

La cérémonie de scellement, dernière étape du processus, est prévue le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes. Le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti apposera alors sur le texte le sceau officiel républicain, authentifiant ainsi la modification de la Constitution.

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Les débats au Sénat et la déclaration de politique générale de Gabriel Attal

Avant ce vote historique, Gabriel Attal avait prononcé sa déclaration de politique générale devant le Sénat, mettant en avant une tonalité territoriale et développant les pistes politiques de son gouvernement. Il avait notamment évoqué la mission confiée à Éric Woerth sur la décentralisation et la simplification de l'organisation territoriale.

Les sénateurs ont exprimé des préoccupations diverses, allant de la crise agricole à la désmicardisation de la France, en passant par le logement, l'éducation et la santé. Certains ont critiqué la politique du gouvernement, tandis que d'autres ont appelé au dépassement des clivages politiques au nom de l'intérêt général.

Bruno Retailleau, chef du groupe majoritaire des Républicains, a exprimé sa défiance envers le gouvernement, tandis que Patrick Kanner, président des sénateurs socialistes, a dénoncé une politique libérale et réactionnaire. Hervé Marseille, président du groupe centriste, a souligné le sentiment d'injustice et d'iniquité qui fragilise la société.

Malgré ces divergences, le Sénat a finalement adopté le projet de loi constitutionnelle, témoignant d'une volonté commune de protéger et de garantir le droit à l'IVG en France.

Conclusion

L'inscription de la liberté de recourir à l'IVG dans la Constitution française est une victoire historique pour les droits des femmes et un hommage à Simone Veil. Elle consacre un long combat pour la liberté et l'autonomie des femmes, et envoie un message fort au monde entier. Cette avancée témoigne de la capacité de la France à se rassembler autour de valeurs fondamentales et à progresser vers une société plus juste et égalitaire.

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