Ultra Vomit, un groupe de grindcore formé à Nantes (Loire-Atlantique) en 1999, a opéré une transformation audacieuse vers le métal satirique, accentuant volontairement les aspects les plus ridicules de l'imagerie métal. Cette métamorphose a permis au groupe de se forger une identité unique et de conquérir un public toujours plus large.
Genèse et influences : Nantes, berceau du métal décalé
À la fin du siècle dernier, Nantes n'était pas encore le pôle d'innovation technologique qu'elle est aujourd'hui. Cependant, la ville abritait une scène alternative effervescente, où la sueur et la bière coulaient au rythme de concerts underground. C'est dans ce contexte que Nicolas « Fetus » Patra a fondé Ultra Vomit, un projet initialement influencé par le grindcore.
Porté par Fetus, dont la voix évoque celle d’un crooner possédé par la bêtise post-pubertaire, Ultra Vomit multiplie les prestations dans les bistrots et squats nantais. Baignant dans une époque où le métal français tente désespérément de s’émanciper de la tutelle anglo-saxonne, le groupe fait immédiatement de la dérision son étendard. Difficile alors de discerner la frontière entre hommage, parodie et autodérision. L’environnement culturel nantais contribue alors à forger cet humour métal si particulier : ultra référencé, ratissant large entre Johnny Hallyday, enfant menteur de la variété, et l’underground le plus abyssal. Rapidement, la formation voit défiler différentes sections rythmiques, mais l’ADN du groupe reste invariable : décalage maximal, satire tous azimuts, amour sincère d’une musique qui tabasse mais ne pète jamais plus haut que sa double-pédale. Preuve que, même dans la comédie, la discipline est une question de survie.
L'environnement culturel nantais a contribué à façonner cet humour métal si particulier, ultra référencé, ratissant large entre Johnny Hallyday et l'underground le plus abyssal.
Composition du groupe : Un quatuor déjanté
Aujourd'hui, Ultra Vomit est composé de :
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- Nicolas « Le roi Fetus » Patra : guitare, chant
- Emmanuel « L'elfe Manard » Colombier : batterie, chœurs
- Fabien « Jojo Framboise ou Le nain Flockos » Le Floch : guitare principale, chœurs (depuis 2005, originellement bassiste)
- Matthieu « Le fardadet » Bausson : basse (depuis 2014)
Ces musiciens accomplis jonglent avec brio entre la brutalité d'un heavy metal extrême et des références culturelles issues de la publicité ou des dessins animés, créant un mélange détonnant et souvent rendu encore plus loufoque par des reprises totalement décalées de chansons enfantines.
Discographie : Un parcours semé d'embûches et de succès
La chronologie d’Ultra Vomit, c’est un peu celle d’un stroboscope : éclats de rire, éclats de voix, éclats de carrière.
Ultra Vomit a sorti son nouvel album, Le Pouvoir de la Puissance, le 27 septembre 2024 via Verycords.
Leur discographie témoigne d'une évolution constante, marquée par une maîtrise instrumentale rare et un humour dévastateur. Elle comprend :
- Albums studio
- 2004 : M. Patate (Obliteration Records)
- 2008 : Objectif : Thunes (Listenable Records)
- 2017 : Panzer Surprise !
- 2024 : Le Pouvoir de la Puissance (Verycords)
M. Patate (2004) : Les balbutiements grindcore
Les débuts officiels sur disque arrivent en 2004 avec “M. Patate”, un manifeste grindcore à l’humour glacial, distribué à l’époque entre deux bières tièdes.
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"Monsieur Patate" commence comme un disque de grind : les morceaux sont courts (comme sur un disque de grind), les growl et grognements sont bien gutturaux (comme sur un disque de grind), les paroles sont de vraies chef-d’œuvre (comme sur un disque de grind).
Mais…! En effet, les trois musiciens semblent affublées de bonnes bases techniques : tant sur la batterie que sur les gros riffs sortie par Fetus mais aussi sur sa capacité de vocalise intéressante (sera bien mieux mise en avant sur l'opus suivant). Ainsi entre deux morceaux courts où l'on a à peine le temps de se dire « Hey mais c'est une reprise de…euh..c'est quoi déjà ? » que le groupe nous sort un gros riff qui envoie la purée, un break pataté à la Papin (n'est ce pas Monsieur) ou un blast tonnerre de Nantes qui donne la frite ! Les morceaux comme "Monster Mosh" , '6j" ou le tiguiguidi guidi guidi "Musashimaru" ont de sacrés passages bien grouvant que pas mal de groupes se voulant très sérieux voudraient avoir dans leur besace. Bien sur on n'oublie pas le "poil pubien" chanté / pesté car probablement sur le bout de la langue tout le long de la chanson (histoire de comparer les deux ambassadeurs du Grind burlesque : Gronib' et UL)! Et pour finir on se délecte des reprises sérieuses ou inspirations goûteuses comme le Slipknotien "people = Frite" , le classique 80's remodelé Ultra Vomit "Phone to Death" (Captain Sensible : "Wot") ou le Dance 90's I like to Vomit : Vrai 2 vrai in French avec un Jacques Chirac en Featuring. On finit avec un "Judas -Prost' dont le clip est probablement le meilleur de tous les temps tout genre confondu.
Objectif : Thunes (2008) : L'affirmation du style parodique
En 2008, “Objectif : Thunes” commence à forcer l’admiration des puristes comme des profanes. Plus structuré, plus réfléchi dans sa démesure, l’album marque l’arrivée officielle au rang de phénomène.
Cette galette de vingt-quatre courtes pistes passait au Français pour parodier Michel Delpech (« Pour Un Mosh ») et voyait le chanteur Carlos asservi à la moulinette Marilyn Manson (« Machanical Chiwawa ») et Joe Cocker à celle de Morbid Angel (« Morbid Cocker »).
Fonçant tête baissée dans le piège du « tout stupide » qui devrait en théorie reléguer la musique au second plan et nuire à l'album, Ultra Vomit s’en sort pourtant haut la main sur la durée, la faute à son talent indéniable pour retranscrire à merveille toutes les caractéristiques essentielles des styles musicaux et groupes parodiés. Bref, un album monstrueusement con et très solide musicalement parlant qui enterrerait presque leurs efforts passés. Grosse grosse réussite donc pour Ultra Vomit qui cette fois plus que jamais nous fait headbanguer dans la joie et la bêtise.
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Panzer Surprise! (2017) : La consécration
En 2017, l’anthologique “Panzer Surprise!” fait l’effet d’une massue sur une scène métal parfois engoncée dans ses dogmes. Porté par les singles “Kammthaar” ou “Evier Metal”, l’opus propulse Ultra Vomit sous les projecteurs du Hellfest, à l’Olympia, et les installe durablement comme locomotive du métal parodique hexagonal.
« Panzer Surprise!” a joué le rôle de déclencheur avec des titres comme “Kammthaar”, “Evier Metal” ou “Calojira”, ballastant la bande FM et multipliant les affiches sold-out.
Ultra Vomit, incarnation sonore de l’absurde version 33 tours, incarne depuis un quart de siècle le paradoxe de la scène métal française : rigueur musicale maximale, humour distillé à la sulfateuse. Le combo nantais, toujours mal peigné mais jamais mal accordé, s’est imposé là où certains ne voient qu’un gag scénique, érigeant la parodie en discipline olympique du riff. Derrière les jeux de mots et les refrains tarabiscotés, le groupe cache une maîtrise instrumentale rare, flirtant entre trash et pastiche. Ultra Vomit, ce n’est pas un simple calamar dans l’océan de la musique métal française : c’est une pieuvre polymorphe qui s’invite à toutes les fêtes, de la kermesse locale à la grand-messe du Hellfest, agitant le métal comme une bouteille de Ricard au soleil. Portée par une fanbase hétéroclite et grandissante, la carrière d’Ultra Vomit démonte les barrières entre genre et autodérision, imposant ses tubes improbables (“Je Collectionne des Canards”) et des concerts à la limite de la catharsis collective.
Le Pouvoir de la Puissance (2024) : La maturité parodique
C'est donc avec un quatrième opus studio qu'Ultra Vomit nous donne rendez-vous sept ans après son dernier effort. Le nouveau venu s'intitule « Le Pouvoir de la Puissance ». Si le fond est à la franche déconnade, la forme ne souffre aucune légèreté. La production en béton de l'ex-Watcha Fred Duquesne vous saisit dès le premier morceau. Les références pleuvent sur le cinéma (« Dead Robot Zombie Cop from Outer Space II », « The Gruge », Jean-Pierre Bacri) et la chanson française (Renaud, Hallyday) à grands renforts d'imitations. Mais la qualité saupoudre l'album. Globalement, « Le Pouvoir de la Puissance » explore thrash, power metal, pop/punk, grunge et new-wave en version Nawak Deluxe. Suffisamment établi, le groupe se permet de s'autoparodier explicitement (« Kings of Poop », « Mollo sur le Caca »). C'est particulièrement chiadé. Les références sautent aux oreilles, et l'album vient en droite ligne de « Panzer Surprise ! ». Ce nouveau long format conforte allègrement la pole-position d'Ultra Vomit sur le marché du Metal parodique. C'est indiscutable. Caméléon facétieux, il force sur les couleurs pour notre plus grande joie, et assure un album encore supérieur à son prédécesseur, pourtant disque d'or. Nous verrons si le nouveau venu suivra le même parcours. « Le Pouvoir de la Puissance » est disponible chez Verycords (Cali, Ange, Danko Jones) depuis le 27/09/2024. Ultra Vomit est en tournée.
L'album a été écrit et composé en l'An 2023, en hommage à tous les fanatiques du groupuscule Ultra Vomit, que l'on surnomme désormais “Les Clients”. Merci à vous, fidèles clients, car c'est grâce à votre pogn… passion, pardon, que nous gardons toujours ce même désir de parcourir l'univers pour aller à votre rencontre et vous exploser les tympans. Merci, pour tout l'arg… l'amour, bien sûr, que vous nous transmettez. Vous nous donnez le pouvoir d'être puissant… Que dis-je… La puissance d'être pouvant. Le Pouvoir de la Puissance est le 4ème opus de l'orchestre Ultra Vomit, en seulement 25 ans d'existence !
La tracklist de l'album est la suivante :
- Kings of Poop
- Dead Robot Zombie Cop from Outer Space 2
- Le Coq
- Doigts de Metal
- Toxoplasma Gondii (Felinus Sanctus)
- Ricard Peinard
- Mortal Konkass
- The Gruge
- Tikawahukwa
- Patatas Bravas (Feat. Crisix)
- Mouss 2 Mass (Feat. Mouss de Mass)
- Auto-Thunes
- Ültrus Crew
- GPT (À l'instant)
- Mollo sur le Caca
- La Puissance du Pouvoir
- A.N.U.S
L'humour comme arme de destruction massive
L’humour est une signature : chaque chanson, chaque album mêlent références potaches, parodies assumées et détournements. Ultra Vomit s’inspire d’une culture pop hétéroclite : on y croise des références aux dessins animés, aux blockbusters des 90’s, à la culture Youtube ou à la publicité d’autoroute. Aucun dogme n’est à l’abri, et derrière la farce, le travail d’arrangement musical tutoie parfois la schizophrénie.
Toujours autant facétieux, les Ultra Vomit ont sorti leur premier album intitulé M. Patate.
Performances scéniques : Un spectacle à part entière
Les tournées sont soigneusement préparées : chaque show est pensé comme une performance scénique où la setlist alterne tubes parodiques et surprises.
Avant de faire la Une des festivals, Ultra Vomit stagne dans des salles où l’insonorisation est un concept lointain, s’inspire du quotidien ou du n’importe quoi comme d’autres écoutent la radio. Chacun s’accorde à ce moment-là sur un point : la scène française n’a jamais vu un tel alliage entre brutalité et autodérision, excepté peut-être les obsessions scato-midi-claire de Ludwig von 88.
Ultra Vomit cultive son art du dérapage contrôlé : lors d’une prestation en Bretagne, le groupe débarque costumé en version “chicken run”, envahissant la scène accompagné d’un fan déguisé en boîte de Ricard. Même hors scène, le groupe ne résiste pas à la tentation du gag. Durant la promo de “Doigts de Métal”, une fausse dispute avec Orelsan sur les réseaux sociaux fit le tour des forums, piégeant médias et fans dans un tourbillon de captures d’écran plus bidons que nature. Il n’est pas rare non plus de les voir détourner la conférence de presse d’un festival - comme aux Eurockéennes de Belfort -, exiger des chips au vinaigre et installer un canard gonflable dans la piscine.
Reconnaissance et influence : Un groupe qui a marqué son époque
Sur la scène française, Ultra Vomit s’est imposé en fer de lance du métal parodique, forçant le respect de formations plus sérieuses (Gojira, Tagada Jones, Mass Hysteria) et suscitant un mimétisme décomplexé chez une nouvelle génération de groupes mêlant metal et autodérision.
En 2024, Ultra Vomit reçoit un hommage inattendu mais éloquent : plusieurs groupes européens (allemands et espagnols, notamment) se lancent dans le “métal parodique”, citant ouvertement les Nantais comme pionniers du genre sur le Vieux Continent.
Le passage au Hellfest, retransmis sur des chaines nationales, a donné à Ultra Vomit une visibilité rarissime pour un groupe métal français, validant leur impact bien au-delà des frontières de la Loire-Atlantique. Ultra Vomit figure également dans plusieurs jeux vidéo à la française, disséminant des samples ou des clins d’œil dans les menus - artefacts culturels autant qu’œufs de Pâques musicaux. Que ce soit lors de la parodie d’un tube international façon “Mortal Konkass”, dans l’apparition surprise de membres du groupe dans une web-série YouTube, ou à travers la simple présence de leur merchandising dans les festivals grand public, Ultra Vomit s’est imposé comme un acteur central de la culture populaire métal.
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