La perte d'un bébé est une épreuve dévastatrice, plongeant les parents dans un sentiment de désarroi profond. Face à cette réalité bouleversante, il est essentiel de trouver des repères et un soutien adapté pour traverser le deuil périnatal. Cet article vise à explorer les différentes facettes de ce deuil spécifique, en offrant des informations, des conseils pratiques et des pistes de réflexion pour les parents, les familles et les professionnels de la santé.
Comprendre le deuil périnatal
Le deuil périnatal englobe la perte d'un bébé pendant la grossesse, à la naissance ou peu après. Cette expérience douloureuse peut engendrer une multitude d'émotions complexes et intenses, telles que la tristesse, la colère, la culpabilité, l'anxiété et le désespoir. Il est crucial de reconnaître la légitimité de ces émotions et de s'autoriser à les exprimer.
Les émotions spécifiques du deuil périnatal
Le deuil périnatal se distingue des autres types de deuil par plusieurs aspects spécifiques. Tout d'abord, il s'agit de la perte d'un être qui n'a pas eu la chance de vivre pleinement, ce qui peut susciter un sentiment d'injustice et d'incompréhension. Ensuite, la relation avec le bébé décédé est souvent idéalisée, ce qui peut rendre le deuil encore plus difficile à surmonter. Enfin, le deuil périnatal peut avoir un impact profond sur l'identité des parents, en particulier pour la mère qui a porté l'enfant pendant plusieurs mois.
L'évolution possible du deuil
Le deuil périnatal est un processus long et complexe, qui évolue différemment pour chaque personne. Il n'y a pas de "bonne" ou de "mauvaise" façon de vivre son deuil, et il est important de respecter son propre rythme. Certaines personnes peuvent ressentir un soulagement après quelques mois, tandis que d'autres peuvent avoir besoin de plusieurs années pour se reconstruire. Il est également possible de ressentir des vagues de tristesse intense même après une période de deuil apparemment terminée.
Faire face aux décisions immédiates
Après la perte d'un bébé, les parents sont souvent confrontés à des décisions difficiles et douloureuses concernant les funérailles, les démarches administratives et les souvenirs à conserver. Il est important de prendre le temps de réfléchir à ces questions et de se faire accompagner par des professionnels si nécessaire.
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Les funérailles et les rituels
Organiser des funérailles ou un rituel d'adieu peut être une étape importante dans le processus de deuil. Cela permet de reconnaître la réalité de la perte, de rendre hommage au bébé décédé et de se recueillir en famille et entre amis. Les parents peuvent choisir d'organiser une cérémonie religieuse ou laïque, de faire incinérer ou enterrer le corps, ou de créer un espace de mémoire personnel.
Les démarches administratives
Le décès d'un bébé entraîne également des démarches administratives, telles que la déclaration de décès, l'enregistrement de l'enfant à l'état civil et la gestion des questions liées à la sécurité sociale et à l'assurance. Il est important de se faire aider par des professionnels pour effectuer ces démarches et de connaître ses droits en matière de congé de deuil d'enfant.
Les souvenirs à conserver
Conserver des souvenirs du bébé décédé peut être une façon de maintenir un lien avec lui et de l'intégrer dans l'histoire familiale. Les parents peuvent choisir de garder des photos, des vêtements, des objets personnels, ou de créer un album de souvenirs. Il est également possible de réaliser des empreintes de mains ou de pieds du bébé, ou de faire réaliser un moulage de son visage.
Le soutien psychologique et social
Le deuil périnatal est une épreuve difficile à traverser seul. Il est essentiel de rechercher un soutien psychologique et social auprès de professionnels, de groupes de paroles, d'associations ou de proches.
L'importance de l'accompagnement professionnel
Un accompagnement psychologique peut aider les parents à exprimer leurs émotions, à comprendre leur deuil et à développer des stratégies d'adaptation. Les psychologues spécialisés dans le deuil périnatal peuvent offrir un espace d'écoute et de soutien, ainsi que des outils pour surmonter les difficultés et se reconstruire.
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Les groupes de paroles et les associations
Les groupes de paroles et les associations de soutien aux parents endeuillés peuvent être une source précieuse d'écoute, de réconfort et de conseils. Ils permettent de rencontrer d'autres personnes qui ont vécu une expérience similaire, de partager ses émotions et de se sentir moins seul. Une liste d’associations généralistes sur le deuil ou spécilaisées sur le deuil périnatal peut être utile. L’association Sparadrap a édité un guide qui donne des informations, des conseils pratiques sur les décisions à prendre dans les jours qui suivent le décès, et sur les conduites à tenir avec la fratrie et l’entourage.
Le rôle des proches
L'entourage familial et amical peut jouer un rôle important dans le soutien aux parents endeuillés. Il est important de se sentir écouté, compris et entouré, sans être jugé ou culpabilisé. Les proches peuvent offrir une présence, une écoute active, une aide pratique et un soutien émotionnel.
La place des frères et sœurs
Le deuil périnatal peut également avoir un impact sur les frères et sœurs du bébé décédé. Il est important de les accompagner et de les aider à comprendre ce qu'il s'est passé, en adaptant le discours à leur âge et à leur niveau de compréhension. Des associations proposent des groupes de paroles spécifiques pour les frères et sœurs afin de leur permettre de mettre des mots sur cette souffrance. L’association Jonathan Pierres Vivantes propose une écoute, de l’entraide pour les frères et sœurs. Un recueil, issu de ces groupes de paroles a été édité. « Vivre sans toi… Témoigner après la mort d’un frère ou d’une sœur » retranscrit les témoignages de frères et sœurs sous forme de poèmes ou de textes. Ce cahier a été écrit par Isabelle de MEZERAC et Céline RICIGNUOLO, psychologue spécialisée dans l’accompagnement des fratries, afin de permettre à chaque enfant de mieux comprendre ce qu’il traverse et ce qu’il vit en famille après le décès de son petit frère ou de sa petite soeur. Ce cahier est personnel, il appartient à chaque enfant et peut être un espace d’expression au travers de dessins libres ou suggérés. Il a suivi les exigences du dépôt légal pour les ouvrages destinés à la jeunesse.
L'expression des émotions
Il est important d'encourager les frères et sœurs à exprimer leurs émotions, qu'il s'agisse de tristesse, de colère, de peur ou de confusion. Ils peuvent avoir besoin de parler de leur bébé décédé, de poser des questions sur la mort, ou de trouver des moyens de lui rendre hommage.
L'adaptation du discours
Le discours sur la mort doit être adapté à l'âge et au niveau de compréhension de l'enfant. Il est important d'utiliser des mots simples et clairs, d'éviter les euphémismes et de répondre honnêtement aux questions. Il peut être utile de lire des livres ou de regarder des films sur le deuil pour aider l'enfant à comprendre ce qu'il se passe.
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Le maintien des routines
Il est important de maintenir les routines et les habitudes de l'enfant autant que possible, afin de lui offrir un sentiment de sécurité et de stabilité. Il peut être utile de continuer à jouer, à lire des histoires, à faire des activités ensemble, ou à passer du temps avec des amis.
Les grossesses suivantes
Après un deuil périnatal, certaines personnes peuvent ressentir le désir d'avoir un autre enfant. Cette décision est personnelle et doit être prise en tenant compte de ses propres émotions, de son état psychologique et de ses besoins.
Le bébé "pansement"
Il est important d'éviter de concevoir un enfant dans le but de "remplacer" le bébé décédé ou de "réparer" le couple. En psychanalyse, on va parler de « modalité de réparation », quand des parents conçoivent un enfant pour réparer un événement vécu comme traumatique. Ça peut être la perte d’un premier enfant, la perte d’un parent… c’est une lutte contre la souffrance en cherchant un média pour se soutenir : en l’occurrence la conception d’un enfant, qui va être considéré comme un support, un soutien, être idéalisé. Parfois l’enfant se fait « pansement » pour ses parents et va les aider à surmonter leur souffrance. Comment se construire quand on naît pour consolider un couple en souffrance ou après la survenue d’un drame ? Comment élever un enfant né pour « réparer » un traumatisme ? Il est essentiel de faire son deuil avant de se lancer dans une nouvelle grossesse, afin de ne pas projeter ses attentes et ses angoisses sur le futur enfant. Il peut y avoir une forme d’hypervigilance ou d’hyperprotection de l’enfant. Des parents qui, traumatisés par la mort d’un premier enfant par exemple, vont interdire toute expérience d’émancipation parce qu’ils craignent que, hors d’eux, hors de leur regard, l’événement ne se reproduise.
L'accompagnement médical et psychologique
Une nouvelle grossesse après un deuil périnatal peut être source d'anxiété et de stress. Il est important de se faire accompagner par des professionnels de la santé, tels que des gynécologues, des sages-femmes et des psychologues, afin de surveiller la grossesse et de gérer les émotions.
La reconnaissance du bébé décédé
Il est important de reconnaître et d'honorer la mémoire du bébé décédé, même après la naissance d'un nouvel enfant. Cela peut se faire en parlant de lui, en regardant des photos, en visitant sa tombe, ou en créant un espace de mémoire familial.
Les Bébés Reborn : Une aide ou un obstacle au deuil ?
Les poupées reborn, ou bébés reborn, sont des poupées très réalistes qui imitent l'apparence d'un vrai bébé. Le phénomène est récemment arrivé en France après avoir conquis les États-Unis. Certaines personnes les collectionnent, quand d’autres les promènent en poussette comme de vrais bébés, allant parfois jusqu’à les changer et leur donner de la vraie nourriture. L'utilisation de ces poupées dans le cadre du deuil périnatal suscite des interrogations.
Une ambivalence soulignée par les spécialistes
La Dre Christine Barois, psychiatre et psychothérapeute à Paris, y voit une ambivalence. D’une part, elle estime que ce peut être en effet une façon « d’alléger la douleur » lors d’un deuil périnatal, en maternant ce faux poupon, en matérialisant l’enfant perdu. Toutefois, sans accompagnement psychologique en parallèle, et si l’utilisation de ce bébé reborn s’inscrit dans la durée, cela peut « empêcher de faire le deuil en vrai ».
Collection ou deuil : une distinction importante
Pour les personnes qui collectionnent les poupées reborn sans vulnérabilité, sans deuil périnatal ou deuil de la maternité, l’usage de ces faux bébés semble moins problématique. « Cela semble moins dangereux parce que ça ne s’inscrit pas dans le travail de symbolisation d’une perte réelle. Ce peut être, pour certaines personnes, une façon de combler une envie d’affection comme un doudou, ou exprimer un désir d’enfant », note la spécialiste. Comme certains collectionnent des timbres ou des cartes Pokémon, d’autres collectionnent donc des poupées reborn.
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