Le deuil périnatal, une réalité douloureuse et souvent taboue, touche des milliers de familles chaque année. En France, près de 7 000 femmes et couples sont confrontés au décès d'un bébé pendant la grossesse, à la naissance ou peu après. Cet article explore les témoignages poignants de parents endeuillés et les différentes facettes de ce deuil si particulier, en mettant en lumière les défis rencontrés et les ressources disponibles pour accompagner les familles dans leur cheminement.

La réalité du deuil périnatal

Le deuil périnatal englobe un large éventail de situations, allant de la fausse couche spontanée à l'interruption médicale de grossesse (IMG), en passant par la mort in utero et le décès du nouveau-né dans les premiers jours de sa vie. Ces événements tragiques laissent des cicatrices profondes et durables chez les parents, qui se sentent souvent isolés et incompris face à cette perte immense.

Isabelle Conti, psychologue clinicienne spécialisée dans la périnatalité, souligne que les couples ne se sentent parfois pas reconnus comme parents aux yeux du monde. L'enfant attendu, rêvé et imaginé n'a pas eu le temps d'être rencontré, ou à peine. Les mères peuvent ressentir un sentiment d'échec, de culpabilité et de honte, ayant l'impression d'avoir failli à leur mission de donner la vie. Les vécus différents entre le père et la mère peuvent entraîner un sentiment de solitude et d'incompréhension au sein du couple.

Témoignages poignants

Vanessa et Aurélien : La perte d'Alexandre

Vanessa et Aurélien ont perdu leur fils Alexandre il y a trois ans. Après un long parcours pour devenir parents, ils apprennent avec joie la grossesse de Vanessa en mars 2020. Tout se déroule bien jusqu'à ce qu'une insuffisance vasculaire du placenta soit diagnostiquée lors d'un rendez-vous de routine. Malgré une surveillance intensive, l'état d'Alexandre se détériore et l'équipe médicale propose une IMG.

Le 26 août 2020, le cœur d'Alexandre s'arrête. Après l'accouchement, les équipes médicales préparent Alexandre pour que ses parents puissent le rencontrer. Vanessa et Aurélien décident de se faire accompagner par une psychologue et de participer à des groupes de parole pour échanger avec des personnes qui les comprennent.

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Les premiers mois après l'accouchement sont extrêmement difficiles pour Vanessa, qui ne bénéficie d'aucune rééducation ni suivi physique. Le retour au travail et les maladresses des collègues sont de nouvelles épreuves pour Aurélien. Ensemble, ils témoignent pour lever les tabous autour du deuil périnatal et inciter les proches à en parler.

Aujourd'hui, Vanessa et Aurélien ont une petite fille, Simone, mais Alexandre occupe toujours leurs pensées.

Camille : Le deuil à quelques jours du terme

Camille, une "mamange", a perdu son fils quelques jours avant le terme. Après plusieurs fausses couches, elle tombe enceinte et vit une grossesse difficile, marquée par des nausées et des vomissements. Lors de l'échographie du neuvième mois, tout va bien. Pourtant, quelques jours plus tard, elle ne sent plus son bébé bouger.

À la maternité, l'annonce terrible tombe : le cœur de son fils a cessé de battre. Camille doit accoucher par voie basse et refuse d'abord cette idée, avant de comprendre l'importance de cette étape pour faire son deuil. Elle donne naissance à Aymeris dans le silence et la douleur.

Avec le soutien de son mari Arthur, de sa famille et de ses amis, Camille organise les obsèques de son fils. Les résultats des examens révèlent qu'Aymeris est décédé d'une hémorragie fœto-maternelle massive, une pathologie rarissime.

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Aujourd'hui, Camille et Arthur se reconstruisent et avancent vers l'avenir, en gardant Aymeris dans leur cœur.

Récit d'une accompagnante : Au-delà de la mort, une rencontre

"R. m'a appelée de suite après la naissance de Mathis, afin que je puisse intervenir rapidement. J'étais à ce moment là en rdv, je me suis excusée auprès de ma cliente et j'ai filé à la maternité du CHU de St-Etienne. Une fois sur place les équipes m'ont fait patienter dans une salle d'attente avant que je rejoigne R et C en salle de naissance. Je faisais les cent pas, me demandant comment j'allais réagir face à la souffrance de ce couple si cher à mes yeux. Quand j'ai enfin pu les rejoindre, j'ai très simplement découvert la rencontre d'une nouvelle famille. Il est important pour moi de véhiculer cette image au delà de la mort. J'avais déjà pu voir quelques bébés venir au monde, et je dois avouer que rien a été l'égale de ce moment en terme d'intensité. J'ai été touchée en plein coeur par ce moment suspendu. Mathis s'est envolé a environ 7 mois de grossesse, je ne m'attendais pas à voir un bébé absolument constitué, il était simplement plus petit qu'un nouveau-né à terme. Je l'ai trouvé tellement beau ce petit coeur. Ses parents cherchaient la ressemblance avec leur aîné, ils le découvraient, l'admiraient, l'embrassaient, le câlinaient. Ils aimaient leur fils."

Ce témoignage poignant d'une accompagnante révèle la beauté et l'intensité de la rencontre avec un bébé décédé. Malgré la douleur, les parents découvrent leur enfant, l'aiment et créent des souvenirs précieux.

Les étapes du deuil périnatal

Capucine Foulon, psychologue clinicienne, décrit les différentes étapes du deuil périnatal :

  1. L'annonce : Un choc qui engendre un état de stupeur et de sidération.
  2. La réappropriation de l'événement : Accompagner le bébé et préparer un accouchement le plus apaisé possible.
  3. Le post-accouchement et la reprise du travail : Périodes compliquées où les femmes se sentent souvent seules.

Elle souligne l'importance d'un accompagnement psychologique et de la participation à des groupes de parole pour les parents endeuillés.

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Les choix offerts aux parents

Selon la loi, si le décès intervient après 15 semaines d'aménorrhée, les parents peuvent :

  • Inscrire l'enfant sur le livret de famille
  • Prendre en charge les obsèques ou laisser l'hôpital s'en charger
  • Donner un prénom à l'enfant
  • Déclarer l'enfant
  • Lui donner une sépulture

Le rôle des psychologues est d'amener les parents à une autonomie décisionnelle, en leur laissant le temps nécessaire pour élaborer leur deuil.

L'accouchement par voie basse : une étape fondamentale

Dans la plupart des cas de mort in utero ou d'IMG, l'accouchement par voie basse s'impose à la mère. Bien que cette étape puisse sembler insurmontable, elle est fondamentale pour le processus de maternité et favorise la reconstruction de soi.

La préparation à cet accouchement est essentielle, avec un accompagnement pluridisciplinaire pour que la mère accouche le plus sereinement possible. Il est important d'encourager les parents à ralentir le temps, à réinvestir ce bébé avant d'accoucher, à se le représenter et à refaire du lien.

Le rôle du deuxième parent

Il est crucial de faire une place au deuxième parent dans cette épreuve. Chez la femme, la maternité s'appuie sur un vécu corporel, tandis que chez l'homme, le rôle de père se fonde sur l'imaginaire et la parole de sa femme.

Les hommes ont souvent tendance à soutenir leur compagne en n'osant pas parler du bébé, ce qui peut être interprété comme un manque d'intérêt. Il est important qu'ils puissent exprimer leur tristesse et bénéficier d'un accompagnement individuel si nécessaire.

Chemins vers la reconstruction

On n'oublie jamais la perte d'un enfant, mais on apprend à vivre avec. Le deuil périnatal est une blessure narcissique qui ébranle l'estime de soi. La reconstruction passe par la confiance en soi, la créativité et la sublimation par l'art, le sport, le milieu associatif ou une reconversion professionnelle.

Il est essentiel de sortir de l'isolement en participant à des groupes de parole, des consultations en PMI ou des ateliers de parents. Les mères ont besoin de lire des témoignages, de parler de leur bébé et de se sentir comprises.

Envisager un enfant après le deuil

La grossesse qui suit un deuil périnatal est souvent vécue dans le silence et l'angoisse. La mère a le sentiment de ne pas avoir le droit de vivre une belle grossesse et de trahir l'enfant perdu.

Il est important de donner une place à l'enfant décédé en parlant des deux bébés pendant la grossesse et en l'intégrant à l'histoire familiale. Avec les enfants, il est préférable de ne rien cacher et d'en parler avec des mots simples.

Ressources et accompagnement

De nombreuses associations et professionnels proposent un accompagnement aux parents endeuillés :

  • Agapa : Accompagnement en groupe et individuel, café-rencontres.
  • Le Laps (Lien accueil parentalité et soin) : Groupes de parole.
  • Groupe de parole et d’entraide pour les parents qui ont perdu leur bébé : Piloté par la Métropole de Lyon.
  • Maternités : Équipes médicales et psychologues spécialisés dans le deuil périnatal.

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