La détresse respiratoire chez l'enfant est une situation alarmante qui nécessite une attention rapide et précise. Elle se manifeste par une difficulté à respirer et peut être causée par divers facteurs, allant des infections respiratoires courantes à l'inhalation de corps étrangers. Cet article vise à explorer les causes, les symptômes et les approches de prise en charge de la détresse respiratoire chez l'enfant, en s'appuyant sur les informations fournies et les connaissances médicales actuelles.
Comprendre la Détresse Respiratoire
La dyspnée aiguë, ou détresse respiratoire, se caractérise par une perception anormale et désagréable de la respiration. Chez les nourrissons et les jeunes enfants, qui ne peuvent pas exprimer verbalement leur malaise, l'entourage doit être attentif aux signes tels qu'une respiration rapide ou irrégulière, des accès de toux, des bruits respiratoires anormaux, des signes de lutte respiratoire et des difficultés alimentaires. Il est crucial de noter que les normes de fréquence respiratoire (FR) varient en fonction de l'âge, de la fièvre, de l'agitation et de l'anxiété.
La dyspnée est une sensation de difficulté à respirer ou d'essoufflement qui peut survenir soudainement (dyspnée aiguë) ou progressivement (dyspnée chronique) et varier en intensité. Cette sensation est ressentie dans une situation qui, normalement, n’entraîne aucune gêne respiratoire. La dyspnée peut être le signe important d’un large éventail de maladies pouvant aller de problèmes respiratoires aux troubles cardiaques, en passant par des causes psychologiques. Elle survient lorsqu’il existe un déséquilibre entre les besoins en oxygène du corps et la difficulté qu’a le système respiratoire à répondre à ce besoin. Ce déséquilibre survient brutalement en cas de dyspnée aiguë et peut être dû à une anomalie récente des voies aériennes, une maladie récente de la plèvre ou des poumons, l’aggravation brutale d’une maladie ancienne, ou une défaillance du cœur qui peut être brutale ou due à une décompensation d’une maladie chronique. Il est important de ne pas confondre la dyspnée aiguë et l’essoufflement à l’effort. L’essoufflement après un effort physique est tout à fait normal, tandis que la dyspnée aiguë survient lors de gestes et mouvements de la vie quotidienne.
Causes de la Détresse Respiratoire chez l'Enfant
Les causes de la détresse respiratoire chez l'enfant sont variées et peuvent être classées en plusieurs catégories :
Obstruction des Voies Respiratoires
L'obstruction des voies respiratoires est une cause fréquente de détresse respiratoire aiguë chez l'enfant. Elle peut survenir brutalement en cas d'inhalation d'un corps étranger, surtout chez le jeune enfant. D'autres causes incluent la laryngite, l'épiglottite et l'œdème de Quincke. L'inhalation d'un corps étranger doit être évoquée systématiquement devant une détresse respiratoire aiguë du nourrisson et de l’enfant. Le terrain le plus fréquent étant l’âge où les nourrissons portent tout à la bouche, 75 % des cas avérés sont chez des enfants entre 9 mois et 3 ans. Il s’agit le plus souvent de cacahuètes même si d’autres corps étrangers végétaux et des petits objets de jeux sont régulièrement retrouvés.
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Causes Pulmonaires
Les infections pulmonaires, telles que la pneumonie bactérienne ou virale (grippe, Covid-19, bronchiolite), sont des causes courantes de dyspnée. D'autres causes pulmonaires incluent les maladies de la plèvre (pneumothorax, épanchement pleural), l'aggravation de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) ou la décompensation d'une insuffisance respiratoire chronique, la crise d'asthme, l'embolie pulmonaire, la mucoviscidose et les séquelles de la tuberculose.
Maladies du Cœur et des Vaisseaux
Un dysfonctionnement cardiaque peut entraîner un essoufflement brutal. Cela peut être dû à une décompensation cardiaque ou défaillance du cœur, une péricardite (inflammation des enveloppes du cœur), un trouble du rythme cardiaque ou une hypertension artérielle pulmonaire.
Anomalies de la Cage Thoracique et des Muscles
Le dysfonctionnement de la cage thoracique peut être à l’origine d’une dyspnée, impliquant des maladies telles que les paralysies du diaphragme, les maladies des muscles, la cyphoscoliose et l’obésité.
Autres Causes
La dyspnée peut également survenir en cas d’attaque de panique, d’anémie aiguë, d’intoxication au monoxyde de carbone, d’anomalie neurologique cérébrale de la commande respiratoire, de tumeur ORL, de tabagisme, d’anxiété et de stress.
Bronchiolite
La bronchiolite est l’une des infections respiratoires de l’hiver les plus courantes chez les enfants en bas âge. Elle est majoritairement provoquée par le Virus Respiratoire Syncytial (VRS). Chaque année un nourrisson sur 3 fait une bronchiolite. Pour la majorité, soit 89% la maladie est le plus souvent bénigne. Cependant, chez 2 à 3% des nourrissons de moins de 1 an, elle peut conduire votre bébé à l’hospitalisation, voire en réanimation. La bronchiolite est une infection virale des voies respiratoires, très contagieuse, épidémique, due à une inflammation aiguë des petites bronches (les bronchioles) qui atteint les nourrissons et bébés de moins de 2 ans. Avant deux ans, 70% des cas sont dus au VRS, plus particulièrement avant 6 mois. Le VRS circule toute l’année, mais il présente un pic épidémique en général entre octobre et mars, époque ou surviennent aussi les épidémies de grippe et de gastro-entérite. Les nourrissons sont ainsi fragilisés et peuvent passer d’une maladie à une autre. Les bébés très jeunes (moins de trois mois, les prématurés surtout ceux de moins de 33 semaines), ou particulièrement fragiles (maladie préexistante telle qu’une cardiopathie, une maladie respiratoire, un déficit immunitaire etc.) sont particulièrement sujets aux formes graves. La bronchite et la bronchiolite peuvent paraître assez semblables à première vue (tant dans leur nom que par le fait que ces maladies affectent toutes les deux les voies du système respiratoire). Toutefois, elles sont en réalité deux infections virales distinctes. La bronchiolite atteint les bronchioles (petites voies respiratoires), tandis que la bronchite affecte les bronches (plus grandes). La bronchiolite est principalement une préoccupation chez les nourrissons, tandis que la bronchite peut se manifester tant chez le nourrisson et l’enfant plus grand que chez l’adulte.
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Laryngite aiguë
La laryngite aiguë se manifeste typiquement par une toux rauque survenant en 2e partie de nuit. Il s’agit d’une infection fréquente pour laquelle on retrouve le plus souvent un contage infectieux dans l’entourage, une rhinorrhée les jours précédant la détresse respiratoire, une fièvre modérée. En cas de mauvaise tolérance, l’enfant peut présenter une dyspnée inspiratoire avec des signes de lutte respiratoire. Chez le nourrisson de moins de 6 mois, le diagnostic différentiel à évoquer est la présence d’un angiome sous-glottique (absence d’histoire infectieuse, parfois autres angiomes sur le corps).
Facteurs de Risque
Certains facteurs de risque peuvent augmenter les chances de développer une dyspnée, notamment le tabagisme, l'exposition à des polluants ou à des substances irritantes, la sédentarité, les antécédents de maladies respiratoires ou cardiaques, et un profil psychologique anxieux (dyspnée psychosomatique). Les facteurs de risque favorisant les infections respiratoires chez l’enfant sont notamment le tabagisme passif (dès la grossesse) et la pollution de l’air. Le tabagisme passif est responsable d’une augmentation des cas d’asthme et d’une aggravation de l’asthme de l’enfant exposé.
Symptômes Associés à la Dyspnée
L’essoufflement est éprouvé et ressenti différemment, selon sa cause. En plus de la difficulté à respirer, d'autres symptômes peuvent accompagner la dyspnée, notamment : difficulté à reprendre son souffle, respiration sifflante, douleur, inconfort ou oppression dans la poitrine, respiration rapide et superficielle, peau pâle ou d'aspect bleuâtre, en particulier autour des ongles et de la bouche, accélération de la respiration ou du rythme cardiaque, peau froide et moite, toux et sueurs nocturnes.
Diagnostic de la Détresse Respiratoire
Le diagnostic de la détresse respiratoire repose sur plusieurs éléments :
- Antécédents médicaux : Le médecin va se renseigner sur les antécédents médicaux en posant des questions sur les symptômes, les précédents problèmes de santé, etc. L’interrogatoire doit faire préciser le terrain, en particulier l’âge de l’enfant et les antécédents de maladie chronique connue comme l’asthme. Le premier élément permettant d’orienter le diagnostic est l’évaluation du temps de la dyspnée. Il renseigne sur le niveau de l’obstruction : dyspnée inspiratoire (obstruction des voies respiratoires hautes), dyspnée aux 2 temps (obstruction trachéale), dyspnée expiratoire (obstruction des voies respiratoires basses). Les autres caractéristiques de la détresse respiratoire aiguë à rechercher sont le mode d’apparition, les facteurs déclenchant, et les signes associés.
- Examen physique : Le médecin auscultera les poumons et le cœur du patient et vérifiera sa tension artérielle, sa fréquence cardiaque, son pouls.
- Examens d'imagerie : Une radiographie pulmonaire, une tomodensitométrie (TDM), un électrocardiogramme, une bronchoscopie, etc., peuvent être utilisés pour visualiser les poumons et le cœur, afin de rechercher des anomalies. Une radiographie du thorax (fig. 3) doit être réalisée. Elle est le plus souvent normale mais peut montrer la présence d’un corps étranger radio-opaque ou une asymétrie de transparence pulmonaire, atélectasie ou distension thoracique.
- Examens de laboratoire : Des analyses de sang tels que la formule sanguine complète peuvent être réalisées pour rechercher des signes d'infection, d'anémie ou d'autres maladies. D’autres tests tels qu’une exploration fonctionnelle respiratoire, un test de fonction pulmonaire (spirométrie) ou encore un test de la capacité de diffusion pulmonaire peuvent être envisagés.
Prise en Charge et Traitement
Le meilleur moyen de gérer la dyspnée est d’en traiter la cause. En effet, une fois la cause connue, le médecin saura proposer les soins médicamenteux adaptés. Les médicaments employés pour gérer la dyspnée peuvent comprendre les antidouleurs (opioïdes), les anxiolytiques, les corticostéroïdes, les bronchodilatateurs, les antibiotiques, les anticoagulants et les diurétiques.
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Plusieurs autres thérapies non médicamenteuses peuvent être envisagées :
- Les techniques d’autosoins (adoption de certaines positions pour mieux respirer, technique de respiration contrôlée, exercices de relaxation ou méditation, etc.).
- L’oxygénothérapie pour apporter de l’oxygène supplémentaire.
- La thoracentèse pour drainer l’accumulation anormale de liquide dans la cavité pleurale.
- La paracentèse pour drainer une accumulation anormale de liquide dans l’abdomen.
En cas de dyspnée aiguë et sévère, une hospitalisation peut être nécessaire pour administrer un traitement d'urgence et stabiliser l’état du patient. Dès son arrivée, 3 mesures sont nécessaires pour faciliter la respiration et permettre une bonne oxygénation (positionnement, désobstruction, oxygénation). L’enfant doit être positionné au calme, en position demi-assise. En cas de détresse respiratoire, il ne doit jamais être positionné en décubitus dorsal. Les voies aériennes supérieures doivent être libérées (aspiration nasopharyngée si nécessaire). Si nécessaire, une oxygénothérapie avec pour objectif une SpO2 > 91 % doit être mise en place avec un support adapté (fig. 2). L’examen clinique et la réalisation des gaz du sang permettent d’évaluer la nécessité d’une prise en charge réanimatoire. Dès la cause de la détresse respiratoire identifiée, un traitement spécifique doit être mis en place.
Prise en charge spécifique de l'inhalation de corps étranger
Si l’enfant suffoque (respiration bloquée), effectuer la manœuvre de Heimlich chez les plus de 1 an, 5 tapes dorsales douces chez les moins de 1 an. L’inhalation de corps étranger nécessite une hospitalisation pour surveillance, un avis spécialisé et la réalisation d’une endoscopie bronchique. En cas de suspicion de corps étranger trachéobronchique, une endoscopie souple doit être réalisée pour confirmer ou infirmer le diagnostic. Celle-ci peut être réalisée en état vigile avec prémédication. En cas d’inhalation évidente ou de confirmation à l’endoscopie souple, le corps étranger doit être extrait.
Prise en charge spécifique de la laryngite aiguë
En cas de toux rauque isolée, le traitement consiste en une prise unique de corticothérapie per os (1 à 2 mg/kg de prednisolone ou équivalent). En cas de dyspnée inspiratoire associée, un monitoring cardiorespiratoire doit être mis en place, associé à des nébulisations d’adrénaline ± corticoïde. En cas de bonne réponse au traitement, un retour à domicile est possible avec un traitement par corticothérapie systémique de 1 à 2 mg/kg/j pendant 1 à 3 jours.
Traitement de la bronchiolite
À ce jour, il n’y a pas de traitement ni de médicaments spécifiques contre la bronchiolite. La kinésithérapie respiratoire, longtemps préconisée en France, est rarement pertinente selon les recommandations internationales. Il est fortement déconseillé de procéder à l’automédication en cas de bronchiolite chez le nourrisson. Les bronchiolites (d’origine virale) ne nécessitent pas de prise d’antibiotiques. Le traitement de la bronchiolite du nourrisson consiste essentiellement à traiter les symptômes : laver le nez avec du sérum physiologique ou un mouche-bébé afin de les désencombrer et veiller à faire baisser la fièvre si elle est mal tolérée.
Traitement de la pneumonie
Le traitement de la pneumonie diffère selon que celle-ci soit virale ou bactérienne. Si la pneumonie est d’origine virale, le traitement consiste à faire baisser la fièvre et à administrer de l’oxygène si besoin en hospitalisant l’enfant.
Prévention de la Détresse Respiratoire
La prévention de l’essoufflement passe par la modification du mode de vie, notamment l’arrêt du tabac, la pratique régulière et adaptée de l’exercice physique, l’éviction des allergènes et des irritants respiratoires, la perte de poids en cas d'obésité et la gestion du stress et de l’anxiété grâce à des techniques de relaxation. La gestion des maladies chroniques grâce à un suivi médical rigoureux est également essentielle. En raison de la très grande contagiosité du virus de la bronchiolite, il est important d'être très attentifs à l’hygiène (lavage fréquent et soigneux des mains à l’eau et au savon), en évitant les contacts trop proches, en nettoyant régulièrement les biberons, sucettes, doudous, jouets… et enfin en aérant plusieurs fois par jour la chambre de votre bébé et les pièces à vivre de votre logement. Il est conseillé d'éviter de mettre votre bébé en crèche tant qu’il est malade.
Prévention de la bronchiolite
- Vaccination maternelle : Un vaccin maternel (Abrysvo®) peut être fait à la maman entre 32 et 36 semaines de grossesse si son accouchement est prévu en période épidémique.
- Anticorps monoclonaux : Depuis 2024, un anticorps (Nirsevimab) est proposé à la maternité, avant la sortie de l’enfant, si la maman n’a pas été vaccinée entre 32 et 36 semaines. Il est également disponible sur ordonnance en pharmacie de ville pour tous les bébés, même en bonne santé, nés après le 31 janvier 2025. Il est particulièrement recommandé de protéger votre bébé s’il aura moins de 6 mois pendant la période de l’épidémie.
Apnée obstructive du sommeil
L’apnée obstructive du sommeil n’est pas réservée aux adultes : les enfants peuvent également être touchés. L’apnée du sommeil chez l’enfant qui se caractérise par des arrêts fréquents de la respiration pendant le sommeil de l’enfant est appelée « Troubles respiratoires Obstructifs du Sommeil » (TROS). Ces troubles sembleraient toucher les enfants avec une prévalence d’environ 3 % entre l’âge de 3 et 8 ans. Ce trouble est causé par une augmentation des résistances des voies aériennes supérieures. L’air ayant plus de mal à circuler dans les voies respiratoires, les efforts augmentent, la respiration devient bruyante et le sommeil se retrouve perturbé.
Si les amygdales ou les végétations sont la cause des troubles respiratoires, une intervention chirurgicale ORL (adenoïdo-amygdalectomie) pour les retirer peut être proposée. Dans l’attente d’une chirurgie ou des résultats de l’orthodontie et de la croissance, l’utilisation d’un appareil de PPC peut être envisagée.
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