La dépression du post-partum (DPP) est un trouble de l'humeur fréquent qui survient dans les 12 mois suivant l'accouchement. Elle affecte une part importante de nouvelles mères et peut avoir des conséquences significatives sur leur bien-être, ainsi que sur celui de leur enfant et de leur famille.
Prévalence de la Dépression Post-Partum
La DPP est un problème de santé publique non négligeable. Selon une nouvelle étude de Santé publique France, réalisée deux mois après la naissance, environ une mère sur six (16,7 %) est concernée par la DPP. Aux États-Unis, la commercialisation d’un antidépresseur d’action rapide particulier (zuranolone) vient d’être autorisée dans le traitement des dépressions du post-partum. D'autres études indiquent que la DPP toucherait entre 10 et 20 % des mères dans l’année suivant l’accouchement. Cette variation peut être due à différentes méthodologies de recherche et populations étudiées.
L’Enquête nationale périnatale de 2021 a recensé 16,7% de femmes déprimées à deux mois post-partum.
Il est important de noter que ces chiffres pourraient être sous-estimés, car la DPP est souvent passée sous silence par la mère qui en souffre. Reconnaître que l’on est triste et indifférente après la naissance de son enfant est difficile, ce qui peut retarder le diagnostic et la prise en charge.
Disparités Régionales
L’enquête de Santé publique France révèle également des disparités régionales concernant la prévalence de la DPP. Cette dernière est en effet significativement plus fréquente en Centre-Val de Loire (21,7 %), en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) (20,5 %) et en Île-de-France (19,3 %). D'autres régions présentent des prévalences significativement inférieures, comme les Hauts-de-France, le Grand Est, la Bourgogne-Franche-Comté et la Nouvelle-Aquitaine. Ces disparités peuvent être liées à des facteurs socio-économiques, culturels et environnementaux spécifiques à chaque région.
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Facteurs de Risque
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de développer une DPP. Les antécédents de dépression, surtout lors d’une grossesse antérieure, pèsent lourd. Les complications pendant la grossesse ou l’accouchement, l’isolement social, les conflits de couple, la précarité et les événements stressants favorisent également la survenue d’une dépression. Une dépression pendant la grossesse multiplie fortement le risque après l’accouchement. Récemment, une étude danoise est venue enrichir cette liste d’un nouveau facteur de risque. En effet, à la suite de la première prescription de contraceptifs hormonaux, certaines jeunes femmes présentent des symptômes dépressifs. Ceux-ci semblent plus fréquents les 2 premières années de prise (HR = 1,71, IC95 [1,55-1,88] dans l'étude de Johansson et al. Menée à l’aide de registres nationaux, cette étude a analysé des données concernant 118 648 mères (première grossesse), dont 5 722 avaient auparavant présenté des symptômes dépressifs dans les 6 mois après la prescription de contraceptifs (symptômes identifiés par un diagnostic hospitalier ou une prescription d’antidépresseurs). L’absence de soutien de l’entourage est également un facteur de risque important.
Symptômes de la Dépression Post-Partum
La dépression post-partum mêle les signes habituels de la dépression à des manifestations propres à cette période. Les symptômes de la dépression post-partum se caractérisent par une tristesse profonde et persistante, ainsi qu’une anhédonie - perte de la capacité à ressentir le plaisir - et un sentiment d'incapacité à créer un lien maternel. Les femmes rapportent une tristesse intense et durable, une incapacité à ressentir du plaisir, une fatigue écrasante. Le sommeil se dérègle, que ce soit par excès ou par défaut. L’appétit change, le poids aussi. La concentration devient difficile, les mouvements ralentissent. L’anxiété accompagne souvent la dépression. L’Enquête nationale périnatale 2021 montre que 83,2% des femmes déprimées après l’accouchement souffrent aussi de symptômes anxieux. Certains signes sont spécifiques au post-partum. Le lien avec le bébé se construit difficilement. Les mères se sentent incompétentes, incapables de s’occuper correctement de leur enfant. Des phobies d’impulsion apparaissent : la peur terrible de faire du mal au nourrisson, sans intention de passer à l’acte. Le risque suicidaire nécessite une vigilance constante. L’Enquête nationale périnatale 2021 révèle qu’environ une femme sur vingt a des idées suicidaires à deux mois.
Au-delà des symptômes classiques de la dépression, des manifestations spécifiques à la période post-partum peuvent survenir. Les mères peuvent développer une anxiété excessive concernant la santé de leur bébé, des phobies d’impulsion (peur de commettre un acte irréversible envers elles-mêmes ou leur enfant), ou encore des pensées suicidaires.
Il est crucial de différencier la DPP du "baby blues", qui est une réaction émotionnelle passagère et bénigne touchant entre 50 et 80% des accouchées. Le baby blues apparaît entre le 2e et le 5e jour après la naissance, puis disparaît spontanément en quelques jours. Les symptômes restent modérés et s’estompent seuls. Les émotions fluctuent, les pleurs surviennent sans raison apparente, l’anxiété monte, le sommeil se fragmente. Aucun traitement n’est nécessaire. La dépression post-partum survient plus tard, généralement entre la 2e et la 8e semaine, parfois après le 6e jour seulement.
Dépistage et Diagnostic
Depuis juillet 2022, toutes les femmes se voient proposer un entretien postnatal précoce entre la 4e et la 8e semaine après l’accouchement. Cet entretien permet d’utiliser l’échelle d’Édimbourg (EPDS), un questionnaire de 10 questions que la patiente remplit elle-même. L’Échelle de Dépression Postnatale d’Édimbourg (EPDS) est un questionnaire simple dont le score varie de 0 à 30, un score élevé indiquant une santé mentale plus fragile de la mère après la naissance. Il capture donc un large éventail de situations, des cas légers aux plus sévères. Il s’agit d’une échelle de mesure de risques, et non d’un outil de diagnostic. Toutefois, un score supérieur à 11 est fortement prédicteur d’un diagnostic de dépression post-partum lorsque la personne va voir un médecin.
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Pour identifier la dépression post-partum, les professionnels de santé disposent de l’échelle d’Édimbourg (EPDS). Ce questionnaire auto-administré comporte 10 questions et permet d’évaluer les risques de dépression post-partum en fonction d’un score. L’EPDS est particulièrement utile pour les professionnels de santé de première ligne, comme les gynécologues, les sage-femmes, les pédiatres ou les travailleurs sociaux, qui ne sont pas nécessairement spécialisés en santé mentale. Grâce à cet outil, une patiente présentant un score élevé peut être dépistée et donc orientée vers un professionnel spécialisé (psychiatre, pédopsychiatre) afin d’avoir un diagnostic clinique approfondi et une prise en charge adaptée.
De plus, le site « Nos 1 000 premiers jours » propose aux mères 10 questions en ligne pour faire rapidement le point sur leur bien-être émotionnel (questionnaire EPDS).
Traitements et Prise en Charge
La psychothérapie reste le premier traitement à proposer, même dans les dépressions sévères. Deux approches ont fait leurs preuves : les thérapies cognitivo-comportementales et les thérapies interpersonnelles. Les TCC travaillent sur les pensées négatives automatiques et les comportements qui maintiennent la dépression. Les TIP s’attachent aux relations avec l’entourage et à l’adaptation au nouveau rôle de mère. Les thérapies mère-bébé travaillent spécifiquement sur les interactions précoces et renforcent le lien d’attachement. Les antidépresseurs interviennent dans les dépressions modérées à sévères, toujours associés à une psychothérapie. Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine constituent le premier choix. Certaines molécules passent très peu dans le lait maternel, avec des concentrations indétectables dans le sang des nourrissons allaités. L’allaitement peut se poursuivre sous surveillance médicale. L’hospitalisation concerne les formes graves : risque suicidaire élevé, troubles majeurs du lien mère-enfant, échec des traitements en ambulatoire. Les unités mère-bébé permettent d’hospitaliser la mère avec son enfant. Sous traitement, l’amélioration survient généralement en quelques semaines ou quelques mois.
Aux États-Unis, la commercialisation d’un antidépresseur d’action rapide particulier (zuranolone) vient d’être autorisée dans le traitement des dépressions du post-partum. La zuranolone est un candidat antidépresseur qui fait partie d’une nouvelle classe thérapeutique, les neurostéroïdes. Il s’agit d’un modulateur positif des récepteurs GABA-1. La particularité de cette classe d’antidépresseurs est d’agir rapidement (en 2 à 3 jours). Depuis quelques années, la zuranolone est étudiée dans le contexte des troubles dépressifs majeurs de l’adulte, avec des résultats contradictoires. L'efficacité de la zuranolone dans le traitement de la DPP a été évaluée dans 2 études multicentriques randomisées, en double aveugle et contrôlées. Dans la première étude, 170 patientes ont reçu 50 mg de zuranolone ou un placebo une fois par jour pendant 14 jours. Dans la seconde étude, 150 ont reçu 30 mg de zuranolone ou un placebo, également pendant 14 jours. Les patientes des groupes traités par zuranolone ont présenté une amélioration significativement plus importante de leurs symptômes dépressifs que celles des groupes sous placebo (qui ont néanmoins aussi significativement amélioré leurs symptômes au cours de l’étude).
Conséquences de la Dépression Post-Partum
Pour la mère, les complications incluent la chronicisation de la dépression, un risque accru de dépressions ultérieures, et un danger suicidaire élevé. L’enfant subit aussi les conséquences. Les troubles du lien d’attachement précoce peuvent entraîner des difficultés émotionnelles, sociales et cognitives. Les troubles alimentaires et du sommeil du nourrisson sont plus fréquents. Au Danemark, dans les familles où la mère est dépressive après la naissance, les enfants ont une plus haute probabilité d’être hospitalisés dans leur première année, d’avoir un développement socioémotionnel retardé durant leurs trois premières années, et le bien-être des parents comme des enfants se voit réduit lors des trois premières années de vie de l’enfant. Ce résultat tient même après ajustement pour les différences socio-économiques, d’âge, d’éducation, de santé maternelle et d’issue de grossesse entre mères dépressives et non-dépressives. Les enfants de mères dépressives présentent un risque accru d’hospitalisation durant la première année et potentiellement des retards de développement socio-émotionnel.
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La dépression postpartum inflige ainsi une double peine : une atteinte directe à la santé mentale des mères, suivie d’une fragilisation de la situation matérielle du ménage. Elle est aussi un thermomètre d’un bonheur familial réduit.
Initiatives et Soutien
Plusieurs professionnels et structures peuvent intervenir. Les sages-femmes, en maternité ou en libéral, assurent un suivi jusqu’au 12e jour après l’accouchement. La Protection maternelle et infantile propose un accompagnement gratuit. En cas de crise, le numéro national de prévention du suicide 3114 répond 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Des professionnels formés écoutent et orientent. Le Ministère de la Santé recense l’ensemble des dispositifs disponibles pour accompagner les femmes touchées par une dépression post-partum.
L'Agence a mis en place un groupe dédié au sein de la commission régionale périnatale qui a conduit à l'élaboration d'un plan régional de santé mentale périnatale, présenté lors des Journées des réseaux de périnatalité en 2021. Le plan d’action régional en santé mentale périnatale repose sur cinq axes principaux :
- Repérage de la dépression périnatale : sensibilisation des professionnels, mise à disposition d'outils et orientation des patientes vers des unités de psychopathologie périnatale en cours de structuration.
- Mise en place de staffs médico-psycho-sociaux en maternité : renforcement des organisations pluridisciplinaires et inter-institutionnelles pour un soutien en prénatale des futures mères en situations de vulnérabilité avec anticipation de la prise en charge familiale après la naissance.
- Développement et renforcement de l’offre de soins : financement depuis 2019 de 20 projets de psychiatrie périnatale à hauteur de 8,67 millions d'euros, avec au moins un projet par département.
- Soutien des structures d'appui : implication des réseaux de périnatalité et des centres experts.
- Évaluation : intégration du dépistage et de la prise en charge de la dépression périnatale dans l'évaluation du PRS3.
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