Le déni de grossesse, un phénomène complexe et souvent mal compris, touche chaque année des milliers de femmes en France. Essentiellement connu du grand public en raison de cas extrêmes dévoilés par la presse, le déni de grossesse toucherait 1 500 à 3 000 femmes par an. Ce phénomène reste difficile à comprendre, y compris par les femmes qui le vivent. Cet article vise à explorer en profondeur le déni de grossesse, ses causes, ses manifestations, ses conséquences et les options de prise en charge disponibles. Il aborde également la question de l'avortement spontané et son impact émotionnel.
Qu'est-ce que le Déni de Grossesse ?
Un déni de grossesse se caractérise par une grossesse invisible dont la femme n’a absolument pas conscience. Cette dénégation de grossesse touche environ 3 000 femmes chaque année en France. Le corps ne montre aucun signe habituel. Pas de ventre qui s’arrondit. Pas de nausées matinales. La prise de conscience survient parfois très tard, au-delà du premier trimestre. Les symptômes classiques d’une grossesse sont absents ou mal interprétés. Cette situation peut générer beaucoup d’incompréhension. La grossesse n’est pas juste un processus physiologique permettant la croissance de bébé. C’est aussi un processus psychique pour la mère en devenir. Dans le cas d’un déni de grossesse, le processus physique propre au développement du bébé se déroule normalement. Cependant, le processus psychologique qui permet à la femme de se rendre compte de son état est totalement bloqué. Tout comme la grossesse nerveuse, durant laquelle la femme est persuadée d’être enceinte alors qu’elle ne l’est pas, le déni de grossesse tient d’un processus psychique.
Il s’agit donc d’une grossesse que l’on peut qualifier “d’invisible”. C’est de ce fait l’extrême inverse de la grossesse nerveuse où une femme peut paraître enceinte sans l’être réellement.
Les Différents Types de Déni de Grossesse
Il existe deux types principaux de déni de grossesse :
Déni de grossesse partiel : Le déni de grossesse partiel survient lorsqu'une femme découvre sa grossesse après le premier trimestre, après la quatorzième semaine d'aménorrhée, mais avant le terme. La future mère prend conscience de son état de manière tardive (souvent à l'occasion d'une consultation médicale ou d'un examen). Dans le cadre d’un déni partiel, la découverte de la grossesse a souvent lieu lors d’un examen gynécologique de routine. La femme se rend chez son médecin généraliste, son gynécologue ou sa sage-femme pour une consultation de suivi. En plus d’un frottis vaginal, le praticien peut être amené à réaliser une échographie de contrôle et ainsi repérer la grossesse. Parfois la femme fait une prise de sang car elle se sent fatiguée ou a une infection urinaire. On détecte alors un taux élevé de Hcg, l’hormone de la grossesse.
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Déni de grossesse total : Le déni de grossesse total se produit lorsque la femme apprend qu'elle est enceinte seulement le jour de l'accouchement. Elle ne réalise pas qu'elle porte un enfant jusqu'à ce moment précis. Ce phénomène est rare et très impressionnant. Le déni de grossesse total représente environ 38 % des cas selon le Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français. En cas de déni total, il n’y a pas de diagnostic.
Si une femme découvre qu'elle est enceinte avant la quatorzième semaine d'aménorrhée (environ trois mois de grossesse), il ne s'agit pas d'un déni de grossesse, car le phénomène du déni est caractérisé par une absence de prise de conscience prolongée. Le caractère tardif du déni de grossesse est important car, en France, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) n'est légale que jusqu'à la 14e semaine d'aménorrhée.
Symptômes et Manifestations du Déni de Grossesse
Le déni de grossesse représente un phénomène complexe où le corps et l’esprit se coordonnent pour masquer tous les signes de grossesse. Lorsqu’elle tombe enceinte, une femme présente généralement des signes qui permettent de diagnostiquer rapidement sa grossesse. La défense psychique bloque pourtant toute manifestation physique visible. Les signes physiques d’une grossesse peuvent être totalement absents ou mal interprétés.
Absence de symptômes classiques : L’absence de nausées et la fatigue inhabituelle passent souvent inaperçues. Elles n’ont pas de nausées ou de vomissements ou bien les attribuent à des problèmes digestifs.
Modifications corporelles minimes : L’utérus s’allonge le long de la colonne vertébrale, dissimulant ainsi le ventre. Les modifications corporelles restent minimes ou inexistantes pendant plusieurs mois. Elles n’ont pas le ventre qui s’arrondit car l’utérus ne va pas augmenter son volume en largeur mais seulement en longueur. Le fœtus se développe différemment lors d’un déni de grossesse. Il se positionne le long de la colonne vertébrale. Cette position particulière masque le ventre rond habituel. Le bébé grandit verticalement dans l’utérus. Les organes de la mère s’adaptent naturellement. Dans le cas d'un déni de grossesse, l'utérus se développe verticalement. Le fœtus se trouve alors sous les côtes de la mère. Les muscles de l'abdomen restent quant à eux tendus.
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Persistance des saignements : Les femmes peuvent continuer à avoir des saignements ressemblant à leurs règles. Pas de retard de règles : l’arrêt des règles est le premier symptôme qui laisse penser qu’une femme puisse être enceinte. Cependant, dans le cas d’un déni de grossesse, une femme peut tout à fait avoir des « fausses » règles, d’autant plus si ses cycles menstruels sont irréguliers ou qu’elle est sous contraception hormonale. Des saignements de début de grossesse peuvent également être observés et confondus avec des règles. La pilule provoque des saignements artificiels, que certaines femmes peuvent confondre avec des règles normales. Certaines continuent de prendre une contraception orale, d’où les saignements réguliers.
Absence de mouvements fœtaux perçus : Les mouvements du fœtus peuvent être ressentis par une femme enceinte à partir de la 20e semaine de grossesse. Les hormones interviennent dans le développement de la grossesse, mais leur action peut passer inaperçue dans le cas d'un déni. Pour beaucoup de femmes, elles ne sentent pas le fœtus se mouvoir.
Examens médicaux non concluants : Les examens médicaux de routine ne détectent pas toujours la situation. Ainsi, lors d’un examen de routine chez votre médecin ou gynéco, avec une échographie ou une prise de sang, la femme peut se rendre compte qu’elle est enceinte.
Il faut noter que parfois l’un ou l’autre de ces symptômes sont présents mais sont mal ou pas interprétés. Une femme qui a des nausées mais continue d’avoir ses règles normalement peut ne pas faire le rapprochement avec une grossesse.
Les Causes du Déni de Grossesse
Classé parmi les troubles psychiatriques, le déni de grossesse tire son origine de l’histoire personnelle vécue par la future mère. Les causes peuvent être multiples, mais toutes sont liées à une blessure émotionnelle trop forte que l’esprit de la femme ne veut pas revivre. Dans certains cas, des femmes font un déni de grossesse, en raison d’une vie trop remplie qui ne laisse pas de place à une grossesse et à un futur bébé. La femme est tellement persuadée de ne pas pouvoir tomber enceinte ou elle ne veut tellement pas l’être que son corps occulte les signes de grossesse. Son inconscient enclenche un processus défensif et commande à son corps de masquer sa grossesse afin qu’elle ne doive pas affronter la réalité.
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Plusieurs facteurs augmentent le risque de déni. Une agression sexuelle peut déclencher ce mécanisme. Un contexte familial difficile joue aussi un rôle. L’absence de désir d’enfant ou un traumatisme antérieur constituent des facteurs importants.
Facteurs psychologiques : Ainsi, des femmes ayant une angoisse de porter un enfant, d’enfanter et/ou d’être mère peuvent déclencher ce mécanisme de défense. Le déni de grossesse est un mécanisme de défense psychologique extrêmement puissant. Il ne s’agit pas d’un simple “refus” de la grossesse, ni d’un manque de lucidité. Ce phénomène se produit quand une grossesse est inimaginable pour une femme à un moment donné de sa vie.
Expériences traumatiques : Un passé douloureux peut être un déclencheur. Le cerveau met en place un “mécanisme de survie”. Le déni de grossesse est un mécanisme du corps et de l'esprit encore méconnu, mais on sait qu'il peut aussi se produire après une fausse couche ou une grossesse terminée prématurément dans des circonstances traumatiques (dans le cadre d'une interruption médicale de grossesse, par exemple).
Croyances et convictions : Certaines femmes ont grandi avec la certitude qu’elles ne pourraient pas avoir d’enfants. Parfois, c’est parce qu’un médecin leur a dit qu’elles étaient infertiles.
Contraception : Oui, la contraception n’empêche pas le déni de grossesse. Les mécanismes de défense psychologiques peuvent survenir même sous pilule. La femme continue souvent à prendre sa contraception pendant la grossesse. A noter que les femmes qui font un déni de grossesse proviennent de tous les milieux sociaux et professionnels. On pense souvent que le déni de grossesse est un phénomène très rare.
Conséquences et Risques Associés au Déni de Grossesse
Un déni de grossesse, par conséquent sans suivi médical adapté, peut engendrer une grossesse à risque aussi bien pour la mère que pour le fœtus. Cela peut engendrer des répercussions physiques sur la femme et sur l’enfant sur le domaine médical et psychologique, allant d’une normalité à une pathologie gravissime. Aucun suivi médical n’a été réalisé, ce qui signifie qu’aucun examen n’est à jour. En revanche, selon la psychiatre du CHU de Grenoble Annie Poizat, les femmes sont peu demandeuses de suivi. Elle dit que “ce n’est pas le déni qui va être le motif de la demande, mais cela va être autre chose, par exemple une fragilité quelconque”. Il faut savoir qu’un bébé né d’un déni de grossesse n’a pas de retard sur sa croissance. Mais le déni de grossesse peut exposer l’enfant à des complications telles que l’augmentation du risque de prématurité chez l’enfant, un faible poids à la naissance qui est souvent inférieur à 2,5kg, un retard de croissance intra-utérin qui s’est normalisé à l’âge de 9 mois. Mais également le taux de mortalité périnatale* atteint les 5 %.
Risques pour la mère : Le premier risque réside dans les habitudes de la femme. Vous n’êtes pas sans savoir qu’une grossesse implique généralement une modification de certains rituels quotidiens. Arrêt de la cigarette, arrêt de l’alcool, adaptation médicamenteuse, modification de l’alimentation… il est facile de s’adapter quand on a conscience qu’un fœtus est en train de se développer dans son ventre.
Risques pour l'enfant : Le développement du bébé reste généralement normal. Les cas d’infanticides sont très rares. La plupart des enfants naissent en bonne santé.
Conséquences psychologiques : Les conséquences psychologiques peuvent être importantes. Le choc de la découverte demande un accompagnement professionnel. Les femmes ressentent souvent de la culpabilité. Le lien mère-enfant nécessite du temps pour se construire. Le déni de grossesse est extrêmement traumatisant, surtout lorsqu’il est total. La femme qui découvre qu’elle est enceinte au moment de son accouchement est généralement déboussolée et en état de choc.
Difficulté à créer un lien mère-enfant : L’établissement du lien mère-enfant demande parfois plus de temps. Les mamans qui choisissent de garder les enfants issus d’un déni de grossesse parviennent le plus souvent, grâce à une aide psychologique, à tisser un lien affectif profond avec leur enfant même si cela peut prendre un peu plus de temps. Parfois l’allaitement est plus compliqué car la lactation tarde à venir.
Prise en Charge et Accompagnement
La prise en charge d'un déni de grossesse dépend du moment où il est découvert et des circonstances entourant la situation. dès que la grossesse est découverte, une consultation médicale est nécessaire pour évaluer l'état de santé de la mère et du fœtus. En cas de déni levé tardivement, un suivi médical intensif est mis en place pour compenser l'absence de soins prénataux habituels (échographies, analyses, etc.). un déni de grossesse peut avoir des répercussions psychologiques importantes, que la femme en ait pris conscience avant ou après l'accouchement. Le déni est souvent lié à des mécanismes de défense inconscients. si le déni de grossesse survient dans un contexte de précarité ou de difficultés sociales, les services sociaux peuvent intervenir pour apporter un soutien adapté.
Le déni de grossesse nécessite une prise en charge rapide par des professionnels de santé. Les équipes médicales proposent un suivi personnalisé. Ce soutien permet d’éviter les situations dramatiques.
Suivi médical : Un suivi médical rapproché s’avère nécessaire après la découverte. Une consultation médicale est nécessaire pour évaluer l'état de santé de la mère et du fœtus. En cas de déni levé tardivement, un suivi médical intensif est mis en place pour compenser l'absence de soins prénataux habituels (échographies, analyses, etc.). Lorsqu’un déni de grossesse est découvert, une multitude d’examens est réalisée afin de rattraper le retard des derniers mois qui sont passés sous silence.
Soutien psychologique : Après un déni de grossesse, un accompagnement psychologique est souvent recommandé. Un suivi psychologique post-grossesse aide la mère à surmonter les émotions contradictoires qu’elle peut ressentir, comme l’angoisse, la culpabilité ou la peur. L’accompagnement psychologique n’est pas systématique, mais il est souvent proposé par les médecins ou gynécologues qui détectent un besoin de suivi émotionnel chez la femme.
Avortement Spontané : Une Épreuve Douloureuse
L’interruption spontanée de grossesse peut être précoce (pendant le 1er trimestre) ou tardive. Du fait de leur fréquence, les fausses couches précoces tendent à être considérées comme un « non-évènement ». Pour autant, elles représentent une perte mais qui reste floue : en effet, de quelle perte s’agit-il? Nous considérons la fausse couche comme un événement dans la vie d’une femme et d’un couple qui colore selon différentes tonalités le rapport et le vécu à la fécondité. La fausse couche en s’inscrivant en écho à d’anciens événements peu ou pas élaborés risque de former des « kystes de souffrance » fragilisant un futur « être enceinte ». De plus il semblerait que la fausse couche, en réactualisant certaines angoisses du féminin impliquerait profondément l’image du corps de la femme et sa dynamique psychique.
Impact Psychologique de l'Avortement Spontané
Blanche a découvert qu’elle était enceinte à 21 semaines de grossesse, pour finalement faire une fausse couche. Une épreuve terrible dont elle a du mal à se relever. Le choc … comment mon corps a pu me cacher cela ? Nous décidions donc de nous lancer dans cette nouvelle aventure de futurs parents. Nous l’avions annoncé a très peu de monde … et 15 jours plus tard, je suis prise de douleurs infernales au ventre. La nuit arrive je me suis dis que ça va passer. Mon chéri m’amène à la maternité en urgence… Je vais aux toilettes et là il était trop tard. Bébé est là, descendu, sa tête commence à passer. Tout se bouscule dans ma tête, mais aucune larme ne coule. Je suis abasourdie par cet enchaînement d’évènements. On m’annonce que bébé n’est pas viable. Malheureusement ça arrive, mais il faut essayer de positiver.
Soutien et Accompagnement Après un Avortement Spontané
Des professionnels sont là vous, n’ayez pas peur de les consulter. Lors des séances, le professionnel tentera de décortiquer le contexte, les conflits internes et les motifs qui ont conduit à cette situation.
Grossesse Nerveuse : Un Trouble Psychique Distinct
La grossesse nerveuse est un trouble psychique étonnant. Si elle fascine autant, c’est notamment car les femmes qui en souffrent ressentent les mêmes symptômes qu’une véritable grossesse. Quelles sont les causes de ce trouble ? Comment faire la différence entre une vraie et une fausse grossesse ? Une grossesse nerveuse, est un trouble psychique aussi connu sous le nom de « fausse grossesse », « pseudocyesis » (qui signifie fausse conception) ou encore « grossesse virtuelle ». Déni de grossesse et grossesse nerveuse sont des troubles sensiblement opposés. Le premier désigne une absence totale de conscience de la grossesse.
Les causes d’une grossesse nerveuse sont multiples et résultent bien souvent d’une peur excessive d’être enceinte ou au contraire, du désir impérieux d’avoir un enfant. Plusieurs facteurs externes peuvent y être associés. Dans des cas plus rares, l’origine de la grossesse nerveuse n’est pas psychique, mais physique. Cela s’observe lors de la présence d’une tumeur au niveau de l’ovaire.
Les symptômes d’une grossesse nerveuse sont l’élément le plus déroutant de ce trouble, car selon les témoignages, ils correspondent en tout point avec ceux d’une grossesse normale. Même si l’origine est avant tout psychique, le corps œuvre en défaveur de la femme atteinte, en provoquant de réels changements.
La prise en charge d’une grossesse nerveuse fait principalement appel à un traitement par psychothérapie. L’objectif du psychologue ou du psychiatre va être de convaincre sa patiente qu’elle n’est pas enceinte. Le suivi d’une thérapie cognitivo-comportementale, seule ou familiale, est recommandé dans le cas d’une grossesse nerveuse.
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