Introduction

Démocrite d'Abdère, né vers 460 avant J.-C. et décédé vers 370 avant J.-C., est un philosophe grec souvent classé parmi les Présocratiques, bien qu'il soit contemporain de Socrate. Son œuvre, dont il ne reste que des fragments, a exercé une influence considérable sur la pensée antique et moderne, notamment à travers sa théorie atomiste. Ce texte propose une exploration de sa vie, de son œuvre et de l'impact de ses idées.

Biographie

Comme c'est souvent le cas pour les savants de l'Antiquité, la vie de Démocrite est principalement connue à travers des récits postérieurs, ce qui introduit des incertitudes. Il naît à Abdère, en Thrace (au nord de la Grèce). Démocrite, troisième fils d'Hégésistrate, d’Athénacrite ou de Damasippe, est né dans la 80e olympiade (460-457), ou, selon d’autres, dans la 77e (en 470 - 469).

Voyages et Enseignement

Démocrite semble avoir été un voyageur infatigable. Selon Diogène Laërce, il fut éduqué par des mages perses qui lui apprirent la théologie et l’astronomie, après que Xerxès Ier, roi des Perses, eut atteint Abdère en 480 av. J.-C. Il aurait voyagé en Égypte, apprenant la géométrie auprès des prêtres, en Perse, où il aurait étudié l'astrologie, et même en Inde, où il aurait rencontré les gymnosophistes, ainsi qu'en Éthiopie et en Babylonie. Ces voyages lui auraient permis d'acquérir un savoir encyclopédique. « De tous mes contemporains j’ai parcouru la plus grande partie de la terre, en étudiant les sujets les plus grands. J’ai vu le plus de climats et de pays.

Démocrite devint le disciple de Leucippe, actif vers 440 av. J.-C., considéré comme son maître et l'un des fondateurs de l'atomisme. Vers 420 avant JC, il fonde sa propre école dans sa ville natale.

Anecdotes et Fin de Vie

Plusieurs anecdotes circulent sur la vie de Démocrite. On raconte qu'il aurait dilapidé sa fortune en voyageant et qu'il aurait ensuite été entretenu par son frère Damaste. Une autre anecdote, similaire à celle attribuée à Thalès, raconte comment Démocrite aurait prouvé à ses concitoyens qu'il était capable de s'enrichir, bien que cela ne l'intéressât pas, en spéculant sur le cours de l'huile.

Lire aussi: Retour sur le parcours de Fernando Alonso

Il mourut vers l’âge de 103 ans, et fut enterré aux frais de l’État. Il semble s’être laissé mourir (cf. Lucrèce, III, v. 1039), en mangeant de moins en moins, pour quitter la vieillesse qui affaiblissait sa mémoire, et mourut d’épuisement. « On raconte que Démocrite d'Abdère prit lui-même la décision de mettre fin à ses jours en raison de sa vieillesse, et se priva de nourriture quotidienne; c'était l'époque où avaient lieu les Thesmophories. Mais les femmes de sa maison le prièrent de ne pas mourir pendant la fête, afin de pouvoir se consacrer entièrement à sa célébration; et après s'être laissé convaincre, il leur ordonna de lui apporter un pot rempli de miel; il survécut ainsi un nombre de jours suffisant en se contentant de humer le miel; après quoi, il fit enlever le miel et mourut.

Un Savoir Encyclopédique

Démocrite était considéré comme un sage aux connaissances encyclopédiques, portant sur de nombreux domaines. Démocrite avait dévellopé un savoir encylopédique avant Aristote. Cicéron disait de Démocrite : « Il n'est rien dont il ne traite ». Il connaissait la physique, l’éthique, les mathématiques, les arts, et possédait une vaste culture générale. Il semble avoir été un partisan des pythagoriciens, et il admirait Pythagore (un des ouvrages que l’on lui attribue a pour titre Pythagore, ou de l’état de la sagesse).

L'Œuvre et la Philosophie de Démocrite

Démocrite aurait rédigé cinquante ouvrages, mais ceux-ci ont été perdus. Ses pensées et quelques fragments de son ouvre nous ont été transmis par d’autres auteurs de l’Antiquité, comme Aristote.

L'Atomisme

Démocrite est avant tout connu pour avoir développé la théorie de l'atomisme. Dans la filiation d'Empédocle et de Leucippe,Démocrite d'Abdère, contemporain de Socrate, est le fondateur de l'atomisme, philosophie selon laquelle l'être se partage en corps impassibles et impérissables. Ce non-être, pour Démocrite, a une existence : c'est le vide qui permet le mouvement. Quant à l'être de Parménide, Démocrite le partage en corps insécables, les atomes, qui sont, comme l'être parménidéen, impassibles et impérissables. Ils ne se distinguent que par des déterminations spatiales. C'est la « figure » qui fait d'eux des formes (en grec « idées ») rondes ou anguleuses ou crochues, etc. C'est l'assemblage, l'accrochage de ces atomes dans le vide qui constitue les corps. Il se produit un tourbillon, au sein duquel s'effectue un triage. Et ainsi se forment les mondes, par des causes purement mécaniques.

Les Atomes et le Vide

À l’origine de toutes choses il y a les atomes et le vide (tout le reste n’est que supposition). Démocrite postule que l'univers est composé de deux éléments fondamentaux : les atomes, qui sont indivisibles et éternels, et le vide, qui permet aux atomes de se déplacer. Le non-être parménidien se confond avec le vide qui rend possible le mouvement des atomes, dont les formes rondes, anguleuses ou crochues leur permettent ou non de s'assembler. Les atomes se distinguent par leur forme, leur taille, leur position et leur arrangement.

Lire aussi: Thibault Rabiet : son engagement dans l'édition

La Génération et la Corruption

Comment s'explique la génération et l'existence de ce qui est - ainsi que le changement et la corruption des êtres ? Les atomes, très petits, multiformes et en nombre infini, s'assemblent en des composés, les corps et l'infinité des mondes dont la variété est l'effet global des différences ci-dessus indiquées. En d'autres termes, l'atomisme n'est pas seulement « mécaniste » ; la nécessité joue aussi sur la forme. Et, pour leur part, la dissolution et la mort seraient la conséquence de la rupture des congruences. Les atomes « restent ensemble jusqu'au temps où une quelconque nécessité plus forte vient du dehors et les secoue et les disperse » (Simplicius, ibid., 295, 11).

L'Âme et la Connaissance

Pour Démocrite, l'âme est également composée d’atomes… L'âme est corporelle. Quant aux impressions sensibles et qualitatives, elles n'ont, pour Démocrite, aucune valeur absolue ni authentique, car elles résultent du passage d'atomes de formes diverses à travers les pores des organes des sens. Il y a deux formes de connaissance : l'une véritable, l'autre obscure. À la connaissance obscure appartiennent : la vue, l'ouïe, l'odeur, le goût, le toucher. La véritable connaissance est toute différente.

Physique et Nécessité

En termes de physique, les atomes interagissent en obéissant à une nécessité absolue. Les atomes interagissent en obéissant à une nécessité absolue (Aetius, Plac. I, 25, 4) et une difficulté se pose à cet égard, car Aristote (selon Eudème) attribue aux atomistes la thèse que les mondes et le ciel proviennent de la fortune et du hasard (cf. Phys., II, 3-4). Mais il semble qu'Aristote veuille seulement exprimer que la nécessité entraîne l'absence d'un dessein et d'un finalisme (dans les Lois, X, 889 b-c, Platon écrit que les explications mécanistes « font découler le hasard de la nécessité »).

Morale et Éthique

Enfin, il nous est parvenu sous le nom de Démocrite un certain nombre de fragments, morceaux, courtes maximes qui prônent modération et sérénité. Démocrite n'y apparaît nullement comme « le philosophe qui rit » de la légende. En matière de morale, le déterminisme conduit à rechercher le calme de l'âme, vidée de toute crainte et de toute superstition. Démocrite s'est préoccupé des affaires de la cité et était considéré comme un sage, réputé pour sa bonne humeur. Il faut que celui qui se propose la tranquillité de l'âme ne se charge que de peu d'affaires, aussi bien à titre de particulier qu'à titre de citoyen ; il ne doit rien entreprendre qui dépasse ses forces et sa nature ; il doit se tenir sur ses gardes, afin de pouvoir négliger la fortune, même quand elle lui est hostile ou qu'elle semble l'entraîner irrésistiblement ; enfin, il ne doit s'attacher qu'à ce qui ne dépasse pas ses forces ; la charge que soutiennent nos épaules doit être moins lourde que facile à porter.

Opposition à Platon

D’ailleurs Platon le détestait, la doctrine matérialiste de Démocrite n’étant en rien conciliable avec sa propre théorie des Idées. Platon ne le mentionne dans aucun dialogue. La philosophie matérialiste de Démocrite était en totale opposition avec la philosophie idéaliste de Platon.

Lire aussi: Le pilier de la vie de Julien Courbet

L'Héritage de Démocrite

L'atomisme de Démocrite a eu une influence profonde et durable sur la pensée occidentale.

Influence sur Épicure et Lucrèce

On sait qu'Épicure adopta la physique démocritienne, à quelques légères modifications près ; le poème de Lucrèce en offre un tableau d'ensemble.

Anticipation de la Science Moderne

De même, les atomistes ont anticipé la distinction entre qualités premières et qualités secondes, qui est au cœur de la pensée moderne : « par convention sont le doux et l'amer, le chaud et le froid, en vérité, il y a les atomes et le vide » (Sextus, Adversus Mathematicos, VII, 135) ; la connaissance par la vue, l'ouïe, le goût, la couleur est « obscure ». Et il n'est pas nécessaire de souligner l'importance de l'atomisme dans la science et la philosophie de tous les temps : qui ne sait que le calcul, aidé de l'expérience, a conduit les savants d'aujourd'hui à des résultats comparables à ceux que Démocrite avait atteints par le seul raisonnement ?

tags: #démocrite #biographie

Articles populaires: