L'assistance médicale à la procréation (AMP), un chemin semé d'espoir pour de nombreux couples et femmes célibataires, implique souvent des délais, surtout lorsqu'elle requiert un don de gamètes. Le don d'ovocytes, en particulier, est marqué par une attente significative, un défi pour ceux qui aspirent à fonder une famille. Cet article explore les tenants et aboutissants du délai d'attente pour un don d'ovocytes, les raisons de cette attente, et les perspectives pour l'avenir.
Un Acte d'Espoir : Le Don d'Ovocytes en France
Le don d'ovocytes est un acte volontaire et gratuit, encadré par la loi de Bioéthique. Il offre une possibilité de parentalité à des femmes confrontées à l'absence ou à l'épuisement prématuré de leur capital folliculaire, à des anomalies ovocytaires, ou encore au risque de transmettre une maladie génétique. Le don d'ovocytes peut concerner les femmes présentant une absence ou un épuisement prématuré du capital folliculaire. Dans ces cas, un traitement hormonal substitutif préparatoire doit compenser la carence hormonale. Le don d’ovocytes peut s’adresser aussi aux patientes avec atteinte génétique ou anomalies ovocytaires. La mauvaise réponse à la stimulation ovarienne peut parfois représenter une indication après réflexion pluridisciplinaire.
En France, toute femme âgée de 18 à 37 ans, en bonne santé, ayant ou non déjà eu des enfants, peut devenir donneuse d'ovocytes. La démarche, réalisée dans un Centre d'Etude et de Conservation des Œufs et du Sperme Humains (CECOS), est anonyme et gratuite. Cependant, les donneuses restent moins nombreuses que les receveuses, ce qui contribue aux longs délais d'attente.
Pourquoi une Telle Attente ?
Plusieurs facteurs expliquent les délais d'attente pour un don d'ovocytes.
- Pénurie de donneuses: Depuis l'ouverture de la PMA à toutes les femmes par la loi de bioéthique de 2021, le nombre de demandes a explosé, tandis que le nombre de donneuses reste insuffisant. L'Agence de biomédecine estime qu'il y a trois fois plus de demandes que de donneuses. En 2023, seules 890 femmes ont effectué ce geste.
- Exigences médicales: Les gamètes doivent être exempts de maladies et de risques de malformations génétiques, et doivent bien résister à la congélation. De nombreux tests sanguins sont donc nécessaires, ce qui prend du temps. Des sérologies, un bilan hormonal et un bilan anesthésique sont pratiqués. La donneuse consent à la pratique d’un caryotype et d’une enquête génétique.
- Anonymat et absence de préférences: Le couple receveur ne peut choisir sa donneuse ni exprimer de préférences physiques. Cependant, l'équipe médicale sélectionne certaines caractéristiques (couleur de la peau, des yeux, des cheveux) pour que l'enfant ne se doute pas de sa conception par PMA si les parents souhaitent garder le secret. La France fait aussi face à une concurrence à l'extérieur de ses frontières, en Espagne. Là-bas, le don est un acte rémunéré à hauteur de 1100 euros environ. Ce dédommagement est totalement interdit en France pour des raisons éthiques. Les critères d'âge sont aussi plus souples, certaines cliniques privées acceptant des donneuses jusqu'à l'âge de 50 ans.
- Répartition géographique: La France compte 29 CECOS, mais tous ne sont pas aussi bien approvisionnés ou autant demandés. Les listes d'attente peuvent donc varier considérablement d'un centre à l'autre. La moyenne nationale s’élève à 12 à 18 mois pour un don de sperme et 12 à 24 mois pour un don d'ovules.
Le Parcours du Don d'Ovocytes : Étapes et Contraintes
Le parcours du don d'ovocytes est un processus rigoureux qui comprend plusieurs étapes :
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- Prise de contact avec un CECOS: La première étape consiste à contacter le CECOS le plus proche de chez soi pour prendre rendez-vous.
- Entretiens et examens: La donneuse potentielle rencontre un médecin, un psychologue (si elle n'a pas eu d'enfant) et un biologiste. Des examens médicaux sont réalisés pour vérifier sa santé et sa fertilité. Un ou plusieurs entretiens préalables au don sont organisés entre l'équipe médicale et la donneuse. Au cours de cet entretien, le médecin collecte les informations suivantes : Identité de la donneuse, Données identifiables de la donneuse : Âge, État général au moment du don, Caractéristiques physiques, Situation familiale et professionnelle, Pays de naissance, Motivations écrites concernant ce don. Les données concernant l'identité et les données non identifiables de la donneuse sont collectées dans un formulaire-type.
- Consentement éclairé: La donneuse reçoit des informations complètes sur la procédure, les risques, et les implications légales du don. Elle doit donner son consentement écrit. Au cours de l'entretien préalable, le médecin vérifie que la donneuse remplit les conditions prévues pour faire le don. L'entretien préalable permet aussi de l'informer : De la réglementation liée au don de gamètes et notamment de l'impossibilité pour la receveuse et vous de connaître les identités respectives, Des conséquences de ce don par rapport à la filiation : aucune filiation légale ne pourra être établie entre vous et la personne issue du don, Qu'une information préalable de la faisabilité du don sera faite par l'équipe médicale, Des règles concernant l'accès des personnes conçues par AMP avec tiers donneur à vos données non identifiantes et votre identité et de la nécessité de consentir à la communication de ces données pour réaliser le don, Que le dossier médical anonyme, faisant état notamment des antécédents médicaux, du nombre d'enfants issus du don, de la date des prélèvements, du consentement écrit, sera conservé pendant 40 ans minimum, Des conditions de la stimulation ovarienne et du prélèvement d'ovocytes, ainsi que des risques et des contraintes liés à ces techniques. Après les entretiens, l'équipe médicale recueille par écrit votre consentement. Vous donnez votre accord, pour chaque don, à la transmission de : Vos données non identifiantes (exemples : âge, caractère physique), Votre identité. Ces données pourront uniquement être communiquées aux personnes nées de ce don à leur majorité, si elles en font la demande. À noter Lorsque le don a été fait avant le 1er septembre 2022, votre identité et vos données non identifiantes ne sont pas communiquées aux personnes issues de ce don qui ont fait une demande d'accès. Votre accord est nécessaire. Toutefois, vous pouvez donner spontanément son accord à la communication de votre identité et de vos données non identifiantes en vous adressant à la Commission d'accès des personnes nées d'une assistance médicale à la procréation (CAPADD). Votre accord à la communication de votre identité et de vos données non identifiantes est recueilli dans un formulaire-type. Ce formulaire est conservé par l'établissement de santé. Votre consentement est libre et peut être retiré à tout moment, jusqu'à utilisation des ovocytes. Une étude de suivi vous est proposée. Vous devez l'accepter par écrit.
- Stimulation ovarienne et ponction: La donneuse suit un traitement hormonal pour stimuler ses ovaires. Les ovocytes sont ensuite prélevés par ponction, généralement sous anesthésie. Le prélèvement des ovocytes a lieu : Pendant la journée à l'hôpital, Sous échographie par voie vaginale, avec une analgésie simple ou une anesthésie générale de courte durée. Après le prélèvement, les ovocytes sont confiés au laboratoire jusqu'à leur attribution à des personnes receveuses pour une assistance médicale à la procréation.
- Attribution et fécondation: Les ovocytes sont attribués à une receveuse compatible. Ils sont fécondés avec les spermatozoïdes du conjoint ou d'un donneur. Après stimulation et ponction de la donneuse, les ovocytes recueillis font l’objet d’un partage éventuel entre plusieurs patientes receveuses.
- Transfert embryonnaire: L'embryon (ou les embryons) est transféré dans l'utérus de la receveuse. L’endomètre de la femme receveuse est préparé par un traitement hormonal et son cycle est synchronisé avec celui de la donneuse (synchronisation inutile en cas de vitrification ovocytaire).
Ce processus implique des contraintes pour la donneuse, notamment des déplacements au CECOS, une hospitalisation de jour pour la ponction, et des effets secondaires possibles liés au traitement hormonal et au prélèvement. Dans les heures ou les jours qui suivent le RDV de prélèvement, la donneuse peut ressentir une sensation de pesanteur ou des douleurs pelviennes et constater de légers saignements vaginaux. Ces effets secondaires sont liés à la fois au traitement de stimulation et au prélèvement. Ces signes nécessitant un examen clinique doivent conduire la donneuse à contacter sans attendre le centre qui l’a suivie pour le don ou un service d’urgences. Elle sera immédiatement prise en charge. D’autres complications sont liées au geste chirurgical de prélèvement (hémorragie, infection, problème anesthésique…), mais elles sont rares. Depuis fin 2006, les professionnels de santé ont l’obligation de déclarer à l’Agence de la biomédecine les événements indésirables qui peuvent survenir dans le cadre de ce processus. À l’issue du don, l’équipe médicale et paramédicale propose aux donneuses un suivi de leur état de santé. Durant tout le cycle, il est recommandé d’utiliser une contraception mécanique (préservatifs) jusqu’aux prochaines règles, sauf si un stérilet a été laissé en place. Aucune conséquence à long terme des traitements liés au don d’ovocytes n’a été rapportée à ce jour.
Impact de la Loi de Bioéthique de 2021
La loi de Bioéthique de 2021 a eu un impact significatif sur le don d'ovocytes. Elle a ouvert l'accès à l'AMP aux couples de femmes et aux femmes non mariées, ce qui a entraîné une augmentation de la demande de dons de gamètes. Le double don de gamètes n’est plus interdit.
Depuis le 1er septembre 2022, tout enfant conçu par PMA avec tiers donneur peut demander à accéder, à sa majorité, à des données identifiantes et non identifiantes sur le donneur.
La loi a également modifié les règles concernant l'autoconservation des ovocytes. Depuis la Loi de Bioéthique parue en août 2021, suivie du décret d’application du 30 décembre 2021, il n’est plus possible de garder une partie de ses ovocytes dans ce contexte. Il est possible de faire le don et d’autoconserver ses gamètes dans un contexte non médical, mais il s’agit de deux démarches distinctes.
Solutions et Perspectives d'Avenir
Pour réduire les délais d'attente, plusieurs pistes sont envisagées :
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- Sensibilisation et recrutement de donneuses: L'Agence de la biomédecine mène des campagnes d'information pour encourager les femmes à faire un don d'ovocytes. L'Agence de la biomédecine lancera mi-septembre un tour de France pour sensibiliser les femmes au don d'ovocytes. Via son tour de France et sa campagne #FaitesDesParents, l'Agence de biomédecine espère ainsi attirer particulièrement les étudiants : "Nous irons chercher les jeunes dans les endroits où ils sont, dans les facs, dans les quartiers sympas de centre-ville", a expliqué à l'AFP Marine Jeantet, directrice générale de l'Agence.
- Harmonisation des pratiques entre les CECOS: Une meilleure coordination entre les centres pourrait permettre de mieux répartir les donneuses et de réduire les délais dans les CECOS les plus sollicités.
- Recherche sur les techniques de préservation de la fertilité: Les progrès dans la vitrification ovocytaire (congélation ultra-rapide des ovocytes) pourraient permettre de mieux gérer les stocks d'ovocytes et de réduire les pertes.
Risques et Grossesse après Don d'Ovocytes
Il faut noter cependant que ces grossesses sont plus souvent compliquées même pour les singletons (du fait de l’âge plus élevé des patientes receveuses, de la fréquence de la primarité, de facteurs utérins potentiels et de facteurs immunologiques). On observe plus d’hypertension artérielle gravidique (30%) et plus de diabète gestationnel (24%). Le taux de césariennes est plus élevé après don d’ovocytes (60-70%). Le devenir périnatal est cependant favorable avec un développement physique et psychologique des enfants normal.
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