L'œuvre de Mohamed Magani, écrivain algérien contemporain, offre une perspective unique sur la question écologique dans la littérature algérienne. Ses romans, notamment Rue des Perplexes et Quand passent les âmes errantes, mettent en évidence les atteintes à l'environnement et aux droits environnementaux des citoyens, à travers le regard critique du personnage Mahyou sur une société en décadence. Cet article propose une analyse éco-centrée et zoo-centrée de ces œuvres, en explorant la représentation de la nature et des animaux, ainsi que le plaidoyer écologique déployé par l'auteur.
Mohamed Magani : Un Écrivain Engagé dans la Cause Écologique
Mohamed Magani, auteur de dix-sept ouvrages dont treize romans en français, se distingue par une orientation écologique dans ses œuvres récentes. Cette thématique, souvent perdue de vue par la littérature algérienne contemporaine, prend une place centrale dans Rue des Perplexes et Quand passent les âmes errantes. À travers ces romans, Magani raconte une journée d'emprisonnement du personnage Mahyou, qui porte un regard critique sur sa société en décadence à cause d'un modernisme intempestif. L'auteur incite le lecteur à réfléchir sur les enjeux éthiques de la société contemporaine, en établissant un dialogue entre le beau et l'horreur.
L'écriture de Magani met à mal les schèmes discursifs traditionnels, en inventant un nouveau langage susceptible de changer le regard de l'homme vis-à-vis de l'écologie. La nature et les vivants occupent le devant de la scène diégétique et le focus de la narration. Pour mettre en évidence cet état de choses, nous envisageons d'effectuer une analyse composée de deux volets étroitement corrélés : un volet éco-centré et un volet zoo-centré.
Un Plaidoyer Écologique à Travers la Narration
Le premier axe de notre réflexion s'emploie à souligner le déploiement du discours narratif en tant que plaidoyer écologique, dans une société où le modernisme aveugle entraîne la destruction de tout sur son passage, au profit d'une minorité égoïste composée de suborneurs et d'affairistes, véritables ennemis de la nature. En matière d'écriture écologique, la description est essentielle ; elle y est remise à l'honneur en retrouvant ainsi une place privilégiée parmi les unités constitutives du discours romanesque contemporain, caractérisé par un regain d'intérêt pour le référent.
La narration est perpétuellement interrompue pour mettre en lumière les affinités qu'entretiennent ses personnages avec la biophilie et la nature en général. Le narrateur porte un regard enthousiaste sur les biophiles et les fervents défenseurs de la cause écologique. Parmi les espaces faisant l'objet d'une description obsessionnelle, « la voie de garage des chemins de fer » ponctue le récit-discours et occupe une place privilégiée dans la narration. Chargée de souvenirs euphoriques, elle est considérée comme un microcosme représentatif d'une nature restée encore vierge, loin de la présence néfaste de l'homme.
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La « Voie de Garage des Chemins de Fer » : Un Espace Idyllique et Symbolique
Dans le diptyque de Mohamed Magani, la nature et les vivants occupent le devant de la scène diégétique et le focus de la narration. La représentation est focalisée sur une problématique écologique en vertu de laquelle le récit met en scène un triptyque indissociable : « la voie de garage des chemins de fer », espace féérique, idyllique resté encore à l'état vierge, et suscite donc la rêverie romanesque. Le deuxième élément principal du triptyque est une chienne errante. Et enfin, nous avons un personnage, Mahyou, un cynophile amoureux, chantre et défenseur de la nature.
Les événements les plus saillants de la diégèse gravitent essentiellement autour de la voie de garage des chemins de fer. Cet espace emblématique devient par la suite l'eldorado secret de Mahyou. Ce lieu diégétique est le deuxième facteur commun responsable de la relation affinitaire entre les deux frères. Ainsi, avant sa fugue, le frère aîné accompagnait Mahyou vers ce lieu idyllique de détente, de lecture et, surtout, de ses projets futurs d'après le témoignage du narrateur : « Il choisissait toujours la voie de garage des chemins de fers pour me lire des textes en lien étroit avec ses desseins futurs, [en l’occurrence, l’installation en Asie]. L’endroit le fascinait. »
Du point de vue représentatif, cet espace privilégié est décrit dans le récit comme un lieu idyllique de paix et de romance. Ainsi, après avoir pris rendez-vous avec une dame fortunée qu'il avait rencontrée par un heureux hasard, le narrateur est captivé par sa biophilie, un trait qui l'attire encore plus vers elle. Il nous dépeint ainsi leur relation avec la terre et la nature d'une manière presque charnelle et sensuelle : « Arrivés à l'ombre du wagon, elle s'allongea sur le dos, sans cérémonie, sur l'herbe tendre et grasse.
L'Engagement de Mahyou pour la Cause Écologique
Dans sa quête passionnée et sa lutte acharnée pour la cause écologique, Mahyou, le narrateur homodiégétique, s'efforce de persuader sa bien-aimée ainsi que le reste des habitants de la Cité des Enseignants de s'engager activement. Pour la convaincre davantage de la justesse de sa cause, le narrateur avance à la femme un argument d'autorité : « C'est le dernier sanctuaire de verdure en ville, ajoutai-je, vous y verrez la nature à l'état vierge, sachant que je ne pouvais rien lui proposer dont elle n'eut fait l'expérience à titre de femme visiblement fortunée » Dans un autre passage, il spécifie bien cet espace idyllique en ajoutant : « C'est probablement le seul endroit où vous pouvez voir des gerboises. Elles ont disparu depuis pas mal de temps.
Envoûtée par cet endroit enchanteur, la femme est captivée par le contraste saisissant entre son jardin, espace clos et artificiel de verdure, et la voie de garage, lieu où la nature s'épanouit à l'abri des ravages occasionnés par l'homme. Ainsi, en s'adressant à son ami, le narrateur, la femme, émerveillée, lui déclare : « Je ne manque pas de verdure dans mon jardin, fit-elle, mais ici c'est différent. Cette nature à l'état pur vous insuffle des bols d'oxygène à vous faire décoller !
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Afin d'offrir à son personnage une échappatoire, le narrateur le/nous transporte, par le biais d'un discours diégétique, pendant environ l'espace de trois pages, vers ce lieu emblématique pour le protagoniste : la voie de garage des chemins de fer. La chienne sur les talons, il prenait la direction du seul endroit où il aimait disparaître à sa manière. Il le fréquentait depuis l'enfance. La voie de garage des chemins de fer lui avait si souvent procuré l'endroit idéal où cacher ses larmes à cause d'un gros chagrin ou lorsque les vicissitudes de la vie le contraignaient au recul. Au niveau figuratif de surface, l'obsession pour ce lieu est exprimée par l'imparfait à valeur d'habitude, qui ponctue l'extrait ci-dessus (trois occurrences), associé à l'adverbe souvent, et à l'adjectif épithète seul ayant pour effet d'individuer, de spécifier cet endroit enchanteur pour le héros.
Le Thériomorphisme : Un Plaidoyer en Faveur des Animaux
Le deuxième axe de notre réflexion est consacré à une monstration systématique du thériomorphisme dans le récit, pour souligner que la fiction qui s'y déploie est, plus spécifiquement, un plaidoyer en faveur des « animots », ces âmes animalières aussi sensibles que l'homme. Dans le passage extrait de la première phrase de l'incipit du premier volet du diptyque : « Aux premiers moments de son arrivée dans la cité, coin paisible, sans histoire […], son regard prend possession d'elle et le degré de fascination ne cesse de grimper. Il l'invita chez lui si la chose est possible … » , on a affaire à un récit à la troisième personne, qui s'inaugure in medias res. Nous apprenons dans la suite que le sujet regardant s'appelle Mahyou, personnage principal de l'histoire, et le sujet regardé est une chienne errante venue de nulle part que le premier adoptera par la suite, en la traitant comme un humain à part entière.
Les amitiés que tisse le narrateur reposent systématiquement sur une passion commune pour la cynophilie et l'amour de la nature. À cet égard, Lazrag se distingue comme un personnage emblématique. Le portrait élogieux que le narrateur dresse de ce personnage reflète leur biophilie : « [Lazrag est] un homme si proche de son chien de race étrangère, ami des bêtes de longue date, défenseur inflexible de la nature, convaincu de la nécessité de freiner la toute-puissance du béton au détriment des terres vierges et cultivables.
À l'instar de ce qui se produit en littérature écologique, le narrateur nous présente sa chienne comme l'un des fervents défenseurs de la cause écologique. Dans l'une des scènes les plus rocambolesques, parmi plusieurs autres, il nous montre sa bête comme un leadership charismatique capable de guider les hommes dans leur opposition à la transformation de la voie de garage en un espace bétonné, au profit d'une minorité d'opportunistes : « Elle se détacha des hommes et instaura une alliance tout à fait imprévue avec eux. Elle fila sur le terrain en partie terrassé et se planta à quatre ou six mètres devant un bulldozer. En voulant dissuader la chienne par son klaxon, le conducteur d'engin chargé de terrasser la voie de garage n'y parvint pas et, pour cause, c'est la détermination de la bête qui en eut raison : « Après quelques secondes d'indécision, son chauffeur fit hurler son moteur et actionna le klaxon. La chienne resta de marbre. La suite du témoignage du narrateur explicite le dessein militant de sa chienne : « Elle venait de montrer la voie à suivre. Elle engagea la cité des Enseignants dans son premier combat écologique.
Bien au-delà de sa fonction référentielle, la scène baroque évoquée souligne une vérité essentielle : du point de vue des partisans de la nature, les animaux sont nos premiers maîtres de conscience.
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La Critique de la Société et l'Importance de la Responsabilité Humaine
Du point de vue perceptif, le regard du narrateur est aussi bien sélectif qu'incisif en ce qui concerne la nature. Son récit est jalonné d'exemples qui s'apparentent à de véritables plaidoyers pour la cause écologique. En dénonçant l'égoïsme humain, le narrateur établit un lien entre l'absence de la responsabilité de l'homme et la dégradation de la nature ainsi que de la biodiversité. À travers les visites guidées proposées au lecteur, le narrateur opère une « restriction du champ de vision » pour mettre en lumière des lieux sélectionnés avec soin. Ce choix vise à imposer à l'instance lectrice un point de vue surplombant, en adéquation avec la biophilie, dont le narrateur est un fervent défenseur.
Le narrateur fait un rapprochement systématique entre la présence de l'homme et l'état de la nature. D'après lui, le rapport entre les deux entités est exclusif. C'est la leçon qu'il ne cesse de donner tout au long de son récit, comme le montre la suite de ses propos qui ont pour fonction de spécifier l'espace qu'il nous décrit : « Dans ce territoire désolé, interdit aux humains tout au long d'une cinquantaine d'années d'hostilité fratricide, la nature s'est régénérée, a regagné sa puissance intrinsèque et une splendeur, pureté écologique rarement observée sur terre […]»
L'Influence de l'Antiquité et la Cité Céleste
L'œuvre de Tony Garnier témoigne de son admiration pour l'Antiquité, notamment dans ses villas et le stade de Gerland. Entre 1918 et 1935, il commémore sans perdre sa capacité d'invention, mais elle n'est plus tournée vers des questions « modernes ». Il vient de faire l'expérience de l'effondrement d'un monde sous la guerre et l'esprit responsable n'a pas à manier des projets progressistes. En ces années, le tombeau devient pour l'architecte le modèle de l'habitation. La Cité Céleste n'a pas de localisation, hormis une Méditerranéité évidente. Elle est d'un étrange classicisme, épais et vernaculaire, égyptien, assyrien à toits plats, souvent construite autour de patios et dénuée d'ornements. C'est cette architecture qu'il développera dans la construction de ses villas. Le béton et la Méditerranée sont réunis. Cette Cité Céleste, qu'esquisse Garnier est encore présente dans les remparts et promenades.
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