L'avortement en élevage, particulièrement chez les ruminants, représente une source de préoccupation majeure en raison de ses implications économiques et sanitaires. Cet article explore la définition scientifique de l'avortement, ses diverses causes (infectieuses et non infectieuses), les mesures de gestion et de prévention, ainsi que le cadre légal associé, en mettant l'accent sur l'importance de la déclaration et de la surveillance.

Définition scientifique et cadre légal

Au sens large, l'avortement se définit comme toute interruption de gestation avant son terme. Légalement, chez les bovins, il est défini comme l'expulsion d'un fœtus ou d'un veau, soit mort-né, soit mourant dans les 48 heures suivant sa naissance. Cette définition inclut les fœtus de plus de 42 jours nés avant terme, viables ou non. Il faut dépasser 42 jours de gestation pour parler de fœtus. Conformément à la loi, tout avortement d'un bovin doit être déclaré au vétérinaire sanitaire de l'élevage. Cette déclaration est obligatoire et entre dans le cadre de la prophylaxie contre la brucellose. La visite du vétérinaire sanitaire, la prise de sang et la recherche de la brucellose par le laboratoire départemental sont totalement prises en charge par l’État.

En bovin, on considère qu’il y a avortements répétés lorsque deux avortements (ou plus) sont signalés en moins d’un mois ou s’il y a plus de 4% d’avortements sur la campagne.

Importance de la déclaration

Malgré l'obligation légale, une étude récente révèle qu'un éleveur sur quatre seulement déclare les avortements. Cette sous-déclaration peut avoir des conséquences graves, car un avortement doit toujours faire suspecter une maladie infectieuse, en particulier la brucellose, dont les conséquences économiques et sanitaires sont potentiellement graves pour l’élevage et/ou une zoonose. La déclaration et la surveillance des avortements sont les seuls moyens d’identification de ces maladies.

Plusieurs raisons expliquent cette sous-déclaration, notamment la conviction que la recherche sérologique brucellique revient presque toujours négative, que la brucellose est une maladie du passé ou qu'un avortement sporadique n'est pas inquiétant. Toutefois, il est crucial de sensibiliser les éleveurs à l'importance de la déclaration pour préserver la santé de leur troupeau et la santé publique.

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Causes des avortements

Les avortements peuvent avoir des origines diverses, classées en deux catégories principales : infectieuses et non infectieuses. Les avortements en série sont le plus souvent dus à des maladies contagieuses qui peuvent provoquer des pertes importantes.

Causes infectieuses

Divers agents infectieux peuvent provoquer des avortements chez les bovins. Parmi les plus courants, on retrouve :

  • La brucellose : Bien que la France soit indemne de brucellose depuis 2005, la surveillance reste essentielle pour éviter la réapparition de cette maladie bactérienne contagieuse, transmise par Brucella abortus. La brucellose est une zoonose.
  • La Fièvre Q : Cette zoonose bactérienne, provoquée par Coxiella burnetii, peut entraîner des avortements, des infections de l’utérus et des métrites chez les ruminants, avec un impact fort sur la fertilité des animaux. Les animaux infectés peuvent excréter des bactéries par les sécrétions vaginales, le placenta, le lait et les excréments.
  • La BVD (Diarrhée Virale Bovine) : Ce virus peut causer des avortements, des malformations congénitales et des problèmes de fertilité.
  • La Néosporose : Causée par le parasite Neospora caninum, cette maladie est une cause fréquente d'avortement chez les bovins.
  • La Listériose : Cette infection bactérienne, due à Listeria monocytogenes, peut provoquer des avortements, des encéphalites et des septicémies.
  • La Salmonellose : Différentes espèces de Salmonella peuvent causer des avortements, des diarrhées et des septicémies.
  • La Rhinotrachéite Infectieuse Bovine (IBR) : Ce virus peut provoquer des avortements, des problèmes respiratoires et des conjonctivites.
  • La Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) et la Maladie de Schmallenberg : Ces maladies virales, transmises par des insectes, peuvent entraîner des avortements et des malformations congénitales.

Causes non infectieuses

Les causes non infectieuses d'avortement sont variées et peuvent inclure :

  • Les traitements : L'administration de certains médicaments, par méconnaissance de leurs effets ou de l'état de gestation de la femelle, peut provoquer un avortement.
  • Les facteurs environnementaux : Le stress, les interventions douloureuses, les manipulations brutales, les coups, les bousculades, les glissades, le transport et les fortes chaleurs peuvent augmenter les contractions utérines et entraîner un avortement.
  • L'alimentation : Bien que rares en France, les carences énergétiques, en vitamines, en minéraux et en oligo-éléments peuvent provoquer des avortements. Certaines plantes toxiques, telles que les aiguilles de pin, certains genêts et le cyprès, sont connues pour leur propriété abortive. Des toxines produites par les moisissures des fourrages mal conservés, du plomb, des nitrates ou des produits phytosanitaires contaminant l’eau de boisson ou la nourriture des bovins peuvent également être en cause.

Conduite à tenir lors d'un avortement

Lorsqu'un avortement survient, il est essentiel de suivre les recommandations suivantes :

  1. Déclaration obligatoire : Appeler immédiatement le vétérinaire sanitaire pour déclarer l'avortement, comme exigé par la loi.
  2. Isolement de la femelle : Isoler la vache avortée pour limiter les risques de contamination des autres animaux et des humains.
  3. Conservation des produits de l'avortement : Conserver le placenta et l'avorton à l'écart des autres animaux, en attendant la visite du vétérinaire qui effectuera les prélèvements nécessaires.
  4. Analyses : Réaliser des analyses sur l'avorton et/ou sur la mère pour identifier la cause de l'avortement. Des analyses, directement sur avorton, peuvent également s’avérer fort utiles pour poser un diagnostic d’avortement.
  5. Mesures d'hygiène : Prendre des précautions d'hygiène rigoureuses lors de la manipulation de la vache avortée et des produits de l'avortement, en portant des gants et en désinfectant le matériel utilisé.
  6. Écartement du lait : En élevage laitier, le lait des femelles avortées doit être écarté de la consommation humaine et animale jusqu’à un résultat négatif en brucellose et jusqu’à l’arrêt des écoulements vaginaux. De même, si l’animal présente des signes cliniques, c’est-à-dire s’il est malade, il ne doit pas être présenté à l’abattoir.
  7. Surveillance et traitement : Surveiller attentivement la vache avortée pour détecter d'autres troubles de santé et traiter une éventuelle métrite consécutive à la rétention placentaire.

Mesures de prévention

La prévention des avortements repose sur plusieurs axes :

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  • Biosécurité : Mettre en place des mesures de biosécurité rigoureuses pour limiter l'introduction et la propagation d'agents infectieux, telles que le contrôle des animaux entrants, la gestion des effluents et la désinfection régulière des locaux et du matériel. Par mesures de biosécurité, le box de vêlage et l’ensemble du matériel de vêlage doit être nettoyé et désinfecté.
  • Vaccination : Utiliser les vaccins disponibles pour lutter contre certaines maladies susceptibles de provoquer des avortements, telles que la Fièvre Q, la BVD, l'IBR, la FCO, la maladie de Schmallenberg, la chlamydiose et la salmonellose.
  • Alimentation : Veiller à assurer une alimentation équilibrée et adaptée aux besoins des animaux, en évitant les carences et les aliments contaminés par des toxines.
  • Gestion du stress : Minimiser les sources de stress pour les animaux, en évitant les manipulations brutales, les transports stressants et les conditions de logement inconfortables.
  • Surveillance : Il faut bien examiner chaque jour les juments dans les deux derniers mois de gestation (mamelle, vulve…) et consulter son vétérinaire lors de la moindre anomalie.

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