Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est un phénomène courant chez les nourrissons, suscitant souvent l'inquiétude des parents. Cet article vise à fournir une définition claire du RGO chez le nourrisson, à explorer ses causes, à identifier les symptômes associés et à présenter les différentes options de prise en charge, allant des mesures simples aux traitements médicaux.
Introduction au RGO chez le Nourrisson
Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est défini comme la remontée du contenu de l'estomac dans l'œsophage. Chez les nourrissons, il est souvent considéré comme physiologique, c'est-à-dire normal, en raison de l'immaturité de leur système digestif. Cependant, dans certains cas, le RGO peut devenir pathologique et nécessiter une intervention médicale.
Définition et Types de RGO
Le reflux gastro-œsophagien (RGO) chez le nourrisson est le flux rétrograde du contenu gastrique dans l’œsophage. Lors de la déglutition le cardia (sphincter situé à l’entrée de l’estomac) se relâche s’ouvre et permet au contenu alimentaire de passer dans l’estomac. Lorsque celui-ci s’ouvre en dehors de la déglutition cela provoque un reflux. Il va du simple renvoi d’une petite quantité de lait après la tétée à des vomissements importants.
Il existe deux types de reflux :
- Régurgitations simples ou physiologiques : Elles sont sans conséquence pour le développement du bébé. Ceci ne doit pas constituer une source d’inquiétude pour les parents dont l’enfant émet de tels rejets ou petites régurgitations, les quantités régurgitées pouvant être plus ou moins importantes selon les bébés. Différentes études ont montré que le volume réellement régurgité était très largement surévalué par les parents : quand une maman annonce que son bébé a régurgité tout son biberon, il ne s’agit en réalité que de quelques dizaines de millilitres. Un petit nettoyage, un gros câlin et l’épisode est déjà oublié ! En effet, ces régurgitations ne signifient pas que votre enfant a mal digéré ce qu’il vient de manger, mais que, son tube digestif n’étant pas encore mature, la fermeture de son estomac n’est pas très performante. La quantité que les bébés boivent est d’ailleurs très élevée par rapport au grand enfant et à l’adulte (en moyenne 700 à 750 ml à deux mois, pour un poids moyen de 5kg, donc 15-20% du poids corporel par jour).
- RGO (reflux gastro-œsophagien) : Il est accompagné de troubles, signes d’une maladie nécessitant un suivi particulier. Les nourrissons présentant un RGO pathologique ont toujours des régurgitations, d’importance variable, qui peuvent avoir des conséquences sur leur santé. Un RGO dit « interne », sans aucune régurgitation extériorisée, est sans cesse évoqué alors qu’il est très rare. Fort heureusement, de telles manifestations demeurent rares. En effet, les régurgitations concernent plus de la moitié des nourrissons mais moins de 10% sont qualifiées de RGO. Lorsque le comportement général de l’enfant semble inhabituel, il est essentiel de consulter un médecin.
Prévalence et Facteurs de Risque
Le RGO est très fréquent chez le nourrisson, avec un pic vers 4 mois. Il est le plus souvent physiologique, en raison d’une alimentation lactée importante et d’une relaxation inappropriée du sphincter inférieur de l’œsophage.
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Le RGO est fréquent dans la petite enfance : 50% des nourrissons, 67% des enfants à 4 mois. Il est considéré comme « physiologique » avant 2 mois. Il disparaît la plupart du temps avant l’âge d’un an. Cependant celui-ci persiste parfois jusqu’à 2 ans. Il est fréquent que l’enfant en présente un à l’âge de 9-10 ans.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer au RGO chez le nourrisson :
- Immaturité du système digestif : La jonction entre l’œsophage et l’estomac, appelée cardia, qui empêche les remontées du contenu gastrique, est immature.
- Facteurs anatomiques : La présence d’une malposition cardio-tubérositaire ou d’une hernie hiatale altère le tonus du SIO.
- Alimentation : Le fait que le jeune enfant reçoit une alimentation lactée de volume important (120 mL/kg/j). Les régimes riches en graisse augmentent la défaillance du sphincter œsophagien.
- Position : La position de décubitus dorsal augmente le RGO.
- Facteurs génétiques : Si la maman a des antécédents de RGO le risque pour l’enfant d’en présenter un est majoré. Les bébés caucasiens font plus de RGO que les autres.
- Autres facteurs : Cela peut être dû à une défaillance du sphincter inférieur de l’œsophage, à une mobilité œsophagienne inefficace, à un retard de la vidange gastrique ou à une quantité de lait inappropriée.
Symptômes du RGO
Les symptômes du RGO peuvent varier d'un nourrisson à l'autre. Il est important de noter qu'une régurgitation n'est pas systématiquement synonyme de RGO pathologique.
Les manifestations cliniques peuvent inclure :
- Régurgitations : Remontées extériorisées du contenu alimentaire lacté, survenant sans effort.
- Pleurs : L’enfant peut être irritable ou pleurer de manière inexpliquée, notamment après la prise d’un biberon ou d’un repas.
- Difficultés à s’alimenter : En cas de RGO sévère, l’enfant peut refuser de se nourrir.
- Troubles du sommeil : Agitation nocturne.
- Toux chronique
- Troubles ORL
- Retard staturo-pondéral (arrêt de la croissance et du gain de poids) : Ce qui doit amener à consulter le médecin. C’est pourquoi le RGO constitue un sujet d’inquiétude pour les parents.
Diagnostic du RGO
Le diagnostic de RGO chez le nourrisson est avant tout clinique, fondé sur un interrogatoire détaillé et un examen physique. Il n’y a pas d’examen de référence permettant d’affirmer le diagnostic de RGO non compliqué du nourrisson.
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Cependant, certains examens complémentaires peuvent être discutés, notamment en cas de signes d’alarme ou de suspicion de complications :
- Endoscopie œsogastroduodénale (EOGD) : Permet de diagnostiquer les complications du RGO pathologique comme les différents stades évolutifs de l’œsophagite peptique (de l’aspect d’érosions plus ou moins profondes et étendues à la présence d’endobrachyœsophage [EBO] ou d’une sténose peptique) mais aussi de poser les diagnostics différentiels comme l’œsophagite à éosinophiles grâce à l’analyse anatomopathologique des biopsies œsophagiennes.
- pH-métrie des 24 heures
- Transit œsogastroduodénal (TOGD) : Il a une place dans l’évaluation des nourrissons présentant des signes d’alerte ou des symptômes sévères et persistants pouvant faire évoquer une anomalie anatomique susceptible d’être corrigée chirurgicalement (fistule œsotrachéale, hernie hiatale, malrotation intestinale, sténose pylorique ou duodénale…).
Prise en Charge du RGO
Une fois le type de régurgitations identifié (troubles fonctionnels bénins ou RGO), il est plus aisé de trouver des solutions pour les diminuer, voire les prévenir !
Mesures non Médicamenteuses
Dans le cadre d’un RGO physiologique du nourrisson ne nécessitant à première vue pas d’examen complémentaire, il convient de mettre en place une stratégie thérapeutique initiale non médicamenteuse reposant sur les éléments suivants :
- Alimentation :
- Épaississants du lait : Alimentation modifiée à l’aide d’un lait spécifique. Utilisation de “laits à formule épaissie” (épaississement par ajout d’amidon à une dose ne dépassant pas 2 g/100ml) vendus en grande distribution et en pharmacie ou de “laits AR”, plus efficaces, vendus exclusivement en pharmacie. Il existe 2 types de laits AR, soit par l’ajout d’amidon (plus de 2 g/100 ml), soit par l’ajout de caroube.
- Diminution des volumes ingérés : Fractionner les repas, tétées ou biberons : faites des pauses pendant son repas pour lui permettre de roter, et d'évacuer ainsi l'ai englouti. Son estomac sera alors moins distendu.
- Modification des intervalles entre les tétées au sein ou au biberon en fonction de l’âge et du poids du nourrisson.
- Biberons adaptés : Préférez les biberons qui ont une valve laissant passer de l'air par le fond plutôt que par la tétine, afin de limiter la déglutition d'air.
- Positionnement :
- Positionnement du nourrisson en proclive : Surélevez la tête de son lit afin que bébé ne soit pas complètement à plat pour éviter que le contenu gastrique ne remonte.
- Après le repas, maintenez votre bébé en position verticale ou semi-assise pendant une trentaine de minutes (ne le couchez pas directement).
- Autres conseils
- Ne manipulez pas trop votre bébé après la tétée.
- Changez la couche de bébé en milieu de tétée ou biberon plutôt qu'à la fin pour éviter de comprimer son abdomen. Le fait de relever ses jambes exerce une pression sur celui-ci et donc sur son estomac, ce qui peut engendrer un reflux.
- N'asseyez pas bébé après la tétée. Essayez de mettre ses jambes dans le prolongement de son corps en le mettant debout contre vous.
- Evitez les couches ou vêtements trop serrés à la taille (qui comportent un élastique par exemple).
- Eviter le tabagisme passif.
Traitement Médicamenteux
Si l’utilisation des épaississants et la prévention de la suralimentation sont insuffisantes pour traiter les symptômes du RGO du nourrisson, il est licite de mettre en place pendant deux à quatre semaines une éviction des protéines de lait de vache (PLV). Celle-ci est réalisée grâce à l’introduction d’un hydrolysat de PLV (HPLV) à la place du lait habituel pour le nourrisson sous lait artificiel, ou d’une formule d’acides aminés chez le nourrisson en allaitement maternel (le lait maternel est l’équivalent d’un HPLV lorsque la mère consomme des PLV). En l’absence d’amélioration après deux à quatre semaines d’éviction des protéines de lait de vache, l’European Society for Paediatric Gastroenterology, Hepatology and Nutrition (ESPGHAN) recommande de prendre l’avis d’un gastroentérologue pédiatre ou d’introduire un traitement d’épreuve par IPP pendant quatre à huit semaines.
Les médicaments utilisés pour traiter le RGO pathologique comprennent :
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- Les antiacides (Maalox®, Rocgel®, Xolaam® Rolaids®, Tums®) qui neutralisent l’acidité gastrique, à prendre en cas de symptômes.
- Les antagonistes H2 (Tagamet®, Raniplex®, Nizaxid®, Azantac®, Axid®, Pepcid®, Zantac®,), qui diminuent la production d’acide par l’estomac.
- Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), si les antiacides ou les antagonistes H2 obtenus en vente libre ne soulagent pas complètement les symptômes.
Traitement Chirurgical
En cas d’échec des traitements médicamenteux, une chirurgie pour traiter le reflux gastro-œsophagien est possible, mais elle est réservée aux personnes souffrant de graves complications comme une (oesophagite sévère ne répondant pas au traitement) liée à une hernie hiatale volumineuse. Elle est très rarement pratiquée.
Ostéopathie
Le reflux gastro œsophagien constitue un motif fréquent de consultation en ostéopathie. L’ostéopathe peut améliorer les RGO. Cependant il ne peut pas traiter les RGO entrainé par une hernie hiatale.
Un dysfonctionnement du 10ème nerf crânien ou nerf vague qui contrôle le tonus du sphincter inférieur de l’œsophage peut entrainer un RGO. Par des techniques adaptées l’ostéopathe va chercher où se situe le dysfonctionnement. Il peut se trouver sur tout le trajet du nerf et les structures qui l’entourent. Le thérapeute recherche aussi des dysfonctionnements mécaniques de l’estomac et/ou de l’œsophage.
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