Le déclenchement artificiel de l'accouchement est une intervention médicale visant à initier le travail avant qu'il ne commence spontanément. Bien que cette pratique puisse être nécessaire dans certaines situations médicales, elle suscite des interrogations quant à ses indications, ses risques potentiels et son impact sur le déroulement naturel de la naissance.

Augmentation du déclenchement artificiel

En France et dans les pays industrialisés, le déclenchement artificiel intervient de plus en plus tôt, dès la trente-neuvième semaine. Le déclenchement artificiel de l’accouchement augmente. Si, dans certains cas, il est nécessaire - dépassement du terme, qui, en France, est de quarante et une semaines et cinq jours d’aménorrhée, rupture prématurée de la poche des eaux, hypertension artérielle -, il progresse aussi chez les femmes qui n’ont aucune indication médicale nécessitant un déclenchement. Et peut survenir à quarante semaines, voire à trente-neuf semaines. Aux Etats-Unis, le taux de déclenchement a bondi à plus de 30 % en 2020. En Europe, tous les pays sont concernés par une augmentation, même les Scandinaves, réputés pour leur limitation de la médicalisation du travail, qui consiste à provoquer des contractions utérines.

Indications médicales du déclenchement

Le déclenchement artificiel du travail est envisagé lorsque la poursuite de la grossesse présente des risques pour la santé de la mère ou de l'enfant. Les indications médicales les plus courantes incluent :

  • Dépassement du terme : En France, une grossesse est censée durer 41 semaines d’aménorrhées (41 SA). Le dépassement de terme se calcule donc à partir de cette 41ème semaine. L’accouchement est déclenché si le travail n’a pas commencé à 41+3j et cela peut aller jusqu’à 41+6j pour les établissements les plus tolérants. En Suisse, le terme de la grossesse est calculé sur la base de 40 SA. C’est la même chose en Belgique, en Espagne et en Angleterre.
  • Rupture prématurée des membranes: Le déclenchement est aussi utilisé quand la poche des eaux s’est rompue mais que les contractions n’ont pas encore commencé.
  • Pathologies maternelles : C’est le cas lorsque la maman présente des pathologies qui mettent sa vie, sa santé ou celle de son bébé en jeu. Lors d’un diabète gestationnel mal régulé, d’une crise de pré-éclampsie, d’une tension trop élevée, d’une cholestase, d’un ralentissement inquiétant des mouvements fœtaux, d’une calcification du placenta ou d’un manque de liquide amniotique, etc.
  • Macrosomie fœtale suspectée : Le déclenchement est aussi utilisé quand une macrosomie fœtale est suspectée par exemple (poids du bébé estimé à + de 4kg à terme) ou d’un retard de croissance avéré. Toutefois, cette option du déclenchement pour macrosomie reste discutable. En effet, les estimations de poids pendant les échographies de fin de grossesse ne sont que des estimations. Elles comportent parfois des erreurs à +/- 15%. Un bébé pourra être estimé à 4,3 kg à terme alors que dans la réalité il ne pèsera que 3,8 kg. De plus, la corpulence du bébé n’est pas vraiment ce qui pose le plus de problème pendant l’accouchement. Important à savoir aussi : la corpulence du bébé est souvent assortie à celle de la mère. Des parents très grands vont plus souvent avoir des grands bébés avec un poids pouvant dépasser les 4kg. Et la mère est parfaitement “équipée” pour faire naître son propre bébé. C’est la même chose avec des parents de petit gabarit qui vont avoir des bébés estimés à - de 3kg sans que ça signifie que que le bébé a un problème de développement. En conclusion, les déclenchements liés à l’estimation du poids de naissance doivent être discutés ouvertement avec les médecins et réfléchis avec beaucoup de bon sens !

Risques potentiels associés au déclenchement

Bien que le déclenchement artificiel puisse être bénéfique dans certaines situations, il n'est pas sans risques. Il est essentiel d'informer les patientes des risques potentiels avant de prendre une décision. Ces risques incluent :

  • Hyperstimulation utérine : L’ocytocine de synthèse agit très vite, une fois injectée en intraveineuse. Elle va déclencher le travail en seulement 30 sec à 5 minutes. Les contractions artificielles sont directement très intense. La maman est souvent scotchée par la douleur.
  • Souffrance fœtale : Des souffrances fœtales, nécessitant une césarienne.
  • Accouchement par césarienne : Le déclenchement sur col non mûr est associé à un risque important de césarienne.
  • Rupture utérine : L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a mis en garde, vendredi 8 mars, contre les dangers potentiels d'utiliser un médicament anti-ulcéreux, le Cytotec, pour déclencher un accouchement, évoquant des risques de rupture de l'utérus, d'hémorragie ou d'anomalie du rythme cardiaque du fœtus.
  • Nécessité d'un monitoring continu et de la péridurale : Le problème avec un déclenchement c’est que le contrôle par monitoring est obligatoire. Il va durer 2 heures après votre déclenchement.
  • Impact psychologique : Quand on rêve d’un projet physio, la nouvelle d’un déclenchement sonne comme une sentence… Presque une punition. Les mots sont un peu forts mais les témoignages des mamans sont sans détour. “Quand on m’a annoncé qu’on allait me déclencher, mon rêve d’accouchement naturel est parti en fumée”. Et la question que ces femmes se posent est légitime : “vais-je réussir à supporter la douleur des contractions après un déclenchement ?”. La réponse est oui. C’est possible d’accoucher sans péri après un déclenchement.

Méthodes de déclenchement

Plusieurs méthodes peuvent être utilisées pour déclencher le travail, chacune ayant ses avantages et ses inconvénients. Les méthodes les plus courantes comprennent :

Lire aussi: Déclenchement : ce que les mamans en disent

  • Techniques naturelles : Petit conseil : si le déclenchement est nécessaire, préférez les techniques mécaniques plutôt que les déclenchements chimiques. En tout cas, commencez toujours par des techniques naturelles (quelques jours avant la date prévue du déclenchement).

    • L’acupuncture peut aider à faire maturer le col et déclencher les contractions. C’est une méthode plutôt efficace. L’ostéopathie peut aussi préparer le corps à la naissance et favoriser le début du travail.
    • La méthode italienne (qui s’appelle la méthode à la française partout ailleurs dans le monde 🙂 !!!) : il s’agit d’avoir des rapports sexuels répétés en fin de grossesse. Sur un col favorable, le contact du sperme (qui contient des prostaglandines naturelles), peut aider à faire maturer le col ou à déclencher le travail. Et dans tous les cas, le plaisir est très indiqué en fin de grossesse.
  • Décollement des membranes : Il est pratiqué par une sage-femme ou un obstétricien. Lors d’un examen, elle va simplement glisser un doigt puis effectuer un mouvement circulaire dans le col de votre utérus, afin de décoller les membranes de la paroi utérine. Le décollement favorise la mise en route spontanée du travail, c’est particulièrement efficace si votre col est déjà bien mature et la tête de votre bébé déjà bien basse.

  • Ballonnet : La méthode consiste à introduire une sonde souple en caoutchouc dans le col de l’utérus. Une fois la sonde en place, un petit ballonnet est progressivement gonflé avec de l’eau. Il permet d’ouvrir le col et de décoller les membranes. Le ballonnet est souvent posé le soir, au cours d’un examen gynécologique, à l’aide d’un spéculum. Sa pose peut être désagréable. Même avec le ballonnet en place, vous pouvez marcher, manger, aller aux toilettes ou prendre un douche. Cette technique est à privilégier surtout en fin de travail quand le bébé tarde à s’engager. Parfois, cette rupture va entrainer la naissance dans les minutes qui suivent. Toutefois, je ne recommande pas cette méthode en début de travail ou comme technique de déclenchement.

  • Prostaglandines : En fonction des modifications du col, on peut vous proposer un médicament contenant des prostaglandines. Les prostaglandines existent sous 2 formes : le tampon (ex: propess) ou le gel. Elles sont appliquées par voie vaginale (au contact du col). Les prostaglandines permettent de faire maturer le col. La procédure dure en général 24 à 72 heures. Des contractions utérines de forte intensité peuvent apparaître. Un enregistrement du rythme cardiaque fœtal est fait pendant au moins une demi-heure avant la pose des prostaglandines, puis pendant 2 heures suivant la pose.

  • Ocytocine de synthèse : C’est la technique de déclenchement que redoutent toutes les femmes qui ont un projet de naissance physiologique. L’ocytocine de synthèse agit très vite, une fois injectée en intraveineuse. Elle va déclencher le travail en seulement 30 sec à 5 minutes. Les contractions artificielles sont directement très intense. La maman est souvent scotchée par la douleur. Un détail qui n’arrange rien, les mamans qui sont déclenchées chimiquement doivent être surveillées par un monitoring continu de 2 heures. Le point positif, c’est que le produit lance le travail et a une durée d’action limitée pouvant aller de 30 minutes à 3 heures.

    Lire aussi: Rupture de la poche des eaux et déclenchement

Conseils pour un vécu positif du déclenchement

Malgré les défis potentiels associés au déclenchement, il est possible de vivre une expérience positive et respectueuse de la physiologie de la naissance. Voici quelques conseils :

  • Préparation : En vous préparant à un accouchement sans péri, vous allez apprendre plein de choses sur la physiologie de la naissance. Vous serez formée en quelque sorte. Et si votre obstétricien ou votre maternité vous parle de déclenchement vous serez un peu plus armée pour leur répondre ou pour négocier tout simplement. Le déclenchement va a l’encontre de la physiologie. Mais en connaissant le sujet sur le bout des doigts, vous pourrez trouver toutes les astuces pour conserver une naissance naturelle malgré l’environnement médicalisé. Alors préparez vous comme un sportif de haut niveau !
  • Mobilité : Dans le cas d’un déclenchement, il faut vraiment rester très concentrée dès le départ. Il faut vous focaliser sur les vagues des contractions et les accompagner dès le début par des sons graves ou par le souffle. Il n’y aura pas vraiment de crescendo, alors il faut “s’engager” tout de suite dans le travail. Les mamans qui ont réussi un accouchement sans péri avec un déclenchement racontent qu’elles sont restées mobiles tout le long. Essayez de demander un monitoring mobile ou sans fil pour conserver votre mobilité à chaque instant. Installez vous sur le ballon ou restez debout.
  • Techniques de gestion de la douleur : Les techniques d’auto-hypnose marchent très bien (visualisations positives entre autre). Le mouvement est essentiel aussi. Les mamans qui ont réussi un accouchement sans péri avec un déclenchement racontent qu’elles sont restées mobiles tout le long.
  • Préservation de la poche des eaux : Si je peux vous donner un conseil, essayez de « garder » la poche des eaux intacte le plus longtemps possible. Sauf si elle se fissure naturellement (et dans ce cas là, c’est la nature qui décide). N’optez pas pour une rupture provoquée de la poche des eaux.
  • Utilisation du bain : Le bain peut aussi être d’une grande aide pour absorber la douleur des contractions (mais pas avant 5 de dilatation, sinon ça peut ralentir le travail).
  • Positions verticales : Quand les contractions seront très intenses, privilégiez les positions debout et demandez à votre partenaire de vous appuyer très fort sur la région lombaire, ça soulage énormément !

Le Cytotec et le Gymiso : Mise en garde

L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a mis en garde contre les dangers potentiels d'utiliser un médicament anti-ulcéreux, le Cytotec, pour déclencher un accouchement, évoquant des risques de rupture de l'utérus, d'hémorragie ou d'anomalie du rythme cardiaque du fœtus. Cette mise en garde s'applique également au Gymiso (laboratoire Linepharma France), qui contient la même molécule que le Cytotec, le misoprostol.

Lire aussi: Déclenchement : comprendre la durée de l'accouchement

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