Le monde de la médecine, et plus particulièrement celui de la pédiatrie, a été profondément marqué par la disparition du Docteur Philippe Reinert. Cet article se veut un hommage à sa carrière exceptionnelle, à son humanisme et à son engagement sans faille envers les enfants et leurs familles.
Un clinicien exceptionnel et un esprit novateur
Philippe Reinert (1938-2017) était avant tout un clinicien exceptionnel, doté d'une curiosité insatiable et d'un savoir immense. Il était reconnu par ses pairs comme un médecin humaniste, plaçant l'humain et les valeurs humaines au-dessus de tout. Son regard bleu intense, dissimulé sous des sourcils broussailleux, ne quittait jamais son interlocuteur, témoignant de son écoute attentive et de son empathie.
Au-delà de ses qualités humaines, Philippe Reinert était un véritable pionnier dans son domaine. Il a fait preuve d'un esprit d'innovation remarquable tout au long de sa carrière. Nombreuses sont les situations cliniques dans lesquelles il a fait preuve d'inventivité, de créativité et d'originalité, proposant souvent le premier en France, voire dans le monde, un nouveau traitement ou une nouvelle prise en charge, toujours avec une justification rigoureuse.
Parmi ses nombreuses innovations, on peut citer son utilisation précoce des quinolones en pédiatrie dès 1983, à une époque où ces molécules étaient contre-indiquées chez l'enfant. Il avait rapidement identifié leur potentiel dans certaines situations spécifiques. De même, en 1990, il a été l'un des premiers à proposer l'utilisation de l'azithromycine pour traiter les mucoviscidoses, s'inspirant des succès observés avec les macrolides dans la panbronchiolite oblitérante au Japon.
Philippe Reinert ne s'est pas limité à l'innovation thérapeutique. Il a également anticipé la nécessité d'adapter l'organisation professionnelle, tant à l'hôpital qu'en ville. Dès 1987, il a plaidé pour l'importance cruciale d'un référent antibiotique au sein de chaque hôpital, et dès 1988, il a promu la mise en place de la recherche clinique ambulatoire.
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Un engagement constant envers les patients et la formation
Philippe Reinert était constamment sollicité pour donner son avis, que ce soit par des médecins généralistes ou par ses collègues. Il ne savait pas refuser son aide et se montrait toujours disponible pour enseigner aux plus jeunes comme aux plus expérimentés dans son service à Créteil. À la faculté de Créteil, il assurait avec dévouement les cours de pédiatrie.
Avec ses patients et leurs familles, il était toujours attentif, passionné, énergique, déterminé à les aider, et empathique face aux difficultés. Sa longue carrière a été marquée par un intérêt particulier pour la pathologie infectieuse, la mucoviscidose, la vaccinologie, la drépanocytose, les fièvres périodiques, la panencéphalite de rougeole, les déficits immunitaires et l'allergologie.
Il participait activement à de nombreuses sociétés savantes, telles que le GPIP, la SHIP, le CTV et Infovac. Il a également créé, il y a 40 ans, Développement et Santé, un journal de formation destiné aux infirmiers francophones d'Afrique, qu'il a récemment transformé en site web.
Un acteur majeur de la santé publique
Philippe Reinert a occupé de nombreuses fonctions importantes au sein du système de santé. Il a été président de la Commission médicale d'établissement pendant 7 ans, président du Collège des pédiatres de l'IDF, président du Conseil d'éthique de l'hôpital, membre du Conseil de famille, directeur du CAMPS et fondateur d'Activ.
Il a également participé activement aux travaux du ministère de la Santé, notamment au sein de la Commission d'Autorisation de mise sur le marché des médicaments (AMM) et de la Commission ministérielle de règlement à l'amiable des accidents vaccinaux.
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Même très récemment, il continuait à assurer une consultation de pédiatrie à la PASS de Créteil, venant en aide aux enfants en situation de précarité, souvent migrants.
La méningite : un combat permanent
La méningite, en particulier la méningite à méningocoque, était une préoccupation constante pour le Professeur Reinert. Cette maladie, souvent mortelle, survient plus fréquemment en période hivernale, lorsque les organismes sont fragilisés. Elle nécessite une prise en charge rapide pour permettre une guérison.
Le Professeur Reinert déplorait l'absence de vaccin contre la méningite B, responsable de la plupart des décès en France, considérant cela comme « un échec des recherches en vaccination ». Il soulignait l'importance de la vaccination contre les méningites bactériennes de types A et C, bien que celle-ci ne soit pas obligatoire en raison du faible nombre de cas en France. Il insistait également sur la nécessité d'une prise en charge rapide des patients atteints de méningite grâce à l'administration d'antibiotiques, tels que la ceftriaxone.
Un héritage impérissable
Philippe Reinert a laissé une marque indélébile parmi ses élèves, ses collègues et ses patients. Son dévouement, son expertise et son humanisme resteront gravés dans les mémoires. Son héritage continue d'inspirer les nouvelles générations de médecins à placer l'intérêt de l'enfant au cœur de leur pratique.
Il laisse derrière lui son épouse, Françoise Reinert (†), née Horeau, ses enfants, Catherine, Nicolas et Marianne (†), ses gendres et sa belle-fille, Eric Perdriau, Anne-Christelle Reinert-Roffé et Claudio Soto, ainsi que ses petits-enfants, Juliette, Clémentine, Gustave, Félix, Achille, Adélaïde et Pablo.
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La profession médicale et la société ont perdu un grand homme, mais son esprit et son œuvre perdureront.
Vaccination : un enjeu de santé publique
Philippe Reinert était un fervent défenseur de la vaccination, considérant qu'elle représente un outil essentiel de prévention contre de nombreuses maladies infectieuses. Il était particulièrement attentif aux questions relatives à la disponibilité des vaccins et aux schémas vaccinaux à suivre.
Il soulignait l'importance de respecter le calendrier vaccinal recommandé, en particulier pour les nourrissons, afin de les protéger précocement contre des maladies telles que la coqueluche, l'haemophilus et le pneumocoque. Il était également conscient des réticences de certains parents à faire vacciner leurs enfants et plaidait pour une information claire et transparente sur les bénéfices et les risques de la vaccination.
Il s'intéressait de près aux recherches sur les vaccins et suivait avec attention les conférences de consensus et les recommandations des sociétés savantes en matière de vaccination. Il était également impliqué dans les commissions ministérielles chargées d'évaluer les médicaments et les vaccins.
Grippe : une vigilance constante
Philippe Reinert était particulièrement attentif à la grippe, en raison de sa contagiosité et de son potentiel de complications, notamment chez les jeunes enfants et les personnes âgées. Il soulignait l'importance de la vaccination contre la grippe, en particulier pour les populations à risque, afin de réduire le risque de décès et d'hospitalisation.
Il suivait de près l'évolution des souches virales et les recommandations des autorités sanitaires en matière de vaccination contre la grippe. Il était également conscient des difficultés liées à la production et à la distribution des vaccins contre la grippe, en raison de la variabilité des souches virales.
Tuberculose : un dépistage indispensable
Philippe Reinert était également attentif à la tuberculose, en particulier chez les populations migrantes. Il soulignait l'importance du dépistage de la tuberculose, notamment par la recherche de cicatrices de BCG et par l'intradermoréaction (IDR).
Il était également conscient des problèmes d'approvisionnement en tuberculine et suivait de près les recommandations des autorités sanitaires en matière de vaccination contre la tuberculose.
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