Les accidents de la vie courante représentent une menace sérieuse pour la santé et la sécurité des enfants en France. Plus fréquents qu’on ne le croit, ils constituent la première cause de décès chez les enfants de 1 à 4 ans et la seconde cause de décès chez les enfants de 5 à 14 ans. La plupart d’entre eux sont pourtant évitables grâce à des mesures de prévention. Il est donc essentiel de disposer de données détaillées et actualisées sur leurs caractéristiques afin de mieux cibler les actions de prévention.

Les Accidents de la Vie Courante : Une Définition Essentielle

Par « accidents de la vie courante », le code de la santé publique entend l’ensemble des "traumatismes non-intentionnels, à l’exception des accidents de circulation et des accidents du travail". Ils regroupent les accidents domestiques (à la maison et ses alentours), de sports et de loisirs, les accidents scolaires, etc.

L'Étude AVICOU : Un Éclairage Crucial

Jusqu’à présent, des données relatives aux accidents de la vie courante dans l’hexagone étaient disponibles grâce à l’analyse des données de mortalité et des recours aux urgences. C’est la raison pour laquelle une récente étude, intitulée AVICOU, a été menée par des chercheurs de l’Inserm et de Sorbonne Université, à la demande de la Direction générale de la santé. L’étude AVICOU, dont les résultats ont été publiés le 24 septembre, menée par des équipes de l’Inserm et de Sorbonne Université, a analysé les données recueillies auprès de 162 médecins généralistes et 31 pédiatres libéraux sur une période d’un an, de mai 2022 à juin 2023.

Le réseau "Sentinelles" désigne un réseau de surveillance et de recherche en soins primaires au sein de notre pays. Au total, ce sont 162 médecins généralistes et 31 pédiatres libéraux répartis sur l’ensemble du pays qui y ont participé. Durant toute période de l’étude, les praticiens ont ainsi rapporté le nombre de cas d’accidents de la vie courante vus en consultation ainsi que leurs caractéristiques.

L’objectif de cette étude était de décrire les caractéristiques de ces accidents, d'estimer les taux d’incidence et de décrire les caractéristiques des accidents de la vie courante chez les enfants vus en consultation et n’ayant pas recours aux urgences.

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Principales Constatations de l'Étude AVICOU

Après analyse des données, il en ressort que le nombre de consultations en médecine de ville liées à un accident de la vie courante chez les enfants de moins de 15 ans s’élève à plus de 550 000 par an (environ 476 000 consultations chez les médecins généralistes et 77 000 chez les pédiatres). Dans trois-quarts des cas, les victimes de ces accidents n’ont pas consulté les services d’urgences. Ce qui ne signifie pas pour autant l’absence de gravité, puisque 80 % des consultations pour accidents de la vie courante ont nécessité une prescription (médicaments, soins, inaptitude au sport, absence scolaire).

L’étude révèle également que la nature des accidents évolue avec l’âge. Chez les moins de 10 ans, le domicile est le lieu principal de l’accident, avec une implication fréquente du mobilier chez les plus jeunes. Pour les plus de 10 ans, les activités sportives et de loisirs à l’extérieur sont davantage impliquées. Notons que, quel que soit l’âge les chutes restent la cause principale des accidents. Plus précisément, le mobilier était le plus souvent impliqué chez les moins de 5 ans ; chez les plus de 5 ans, les chutes étaient souvent spontanées (lors de jeux en trébuchant).

Cette étude livre par ailleurs des informations quant aux circonstances de survenue des accidents de la vie courante chez les enfants. S’ils ont lieu le plus souvent à domicile pour les enfants de moins de 10 ans, ces accidents surviennent plutôt à l’extérieur, à l’occasion d’activités sportives ou de loisirs pour les enfants de plus de 10 ans. La principale cause identifiée de ces accidents tous âges confondus ? Les chutes.

Analyse des Causes de Décès par Âge

Enfants de Moins de 1 An

Chez les enfants de moins de 1 an, le taux de mortalité s’élève à 397,6 pour 100 000 enfants. Plus de la moitié des décès d’enfants de moins de 1 an concerne une affection dont l’origine se situe dans la période périnatale et près d’un sur cinq est dû à une malformation congénitale ou une anomalie chromosomique.

En 2016, les suffocations accidentelles causées par l’inhalation et l’ingestion d’aliments provoquant une obstruction des voies respiratoires a été la cause principale avec 84% du total des décès par suffocations. Elles ont entraîné 2.8% des décès par AcVC chez les moins de 1 an et ont été la première cause de décès par AcVC dans cette classe d’âge. Chez ces très jeunes les noyades représentent la troisième cause d’AcVC (10%) suivies des chutes (5%). En deuxième position avec 30% des cas viennent les AcVC de cause indéterminée.

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Enfants de 1 à 4 Ans

Pour les enfants de 1 à 4 ans, les AcVC ont été responsables de 20% de l’ensemble des décès. En 2016, chez les 1-4ans ce sont les noyades qui arrivent en tête des causes de décès avec 1.2%. Les chutes sont peu responsables de décès jusqu’à 4 ans puisque seuls 0.3% des décès tant chez les moins de 1 an que chez les 1-4 an sont consécutifs à une chute. Les noyades chez les seuls 1-4 ans, ont représenté 36% des décès par AcVC, suivies des suffocations (11%) puis des chutes (10%). Les accidents en lien avec une exposition à la fumée, au feu ou aux flammes ont représenté 10% des décès chez les 1-4 ans. Ils demeurent toutefois la première cause de décès chez les enfants de 1 à 4 ans représentant 20% des décès totaux de cette classe d’âge devant les tumeurs (13%) et les malformations congénitales et anomalies chromosomiques (11%).

Enfants de 5 à 14 Ans

Chez les enfants âgés de 1 à 14 ans, le taux de mortalité est de 10,8 pour 100 000. Les deux premières causes de décès des enfants âgés de 1 à 14 ans sont d’abord les causes externes (30 % des décès) dont les trois-quarts sont des accidents de la vie courante et de transport ; et ensuite les tumeurs (17 % des décès). En 2016, chez les moins de 15 ans, 58% des décès par traumatismes ont concerné un AcVC. En comparaison, ils ont représenté 11% de l’ensemble des décès chez les 5-14 ans.

Mortalité Infantile : Une Perspective Mondiale

Près de cinq millions de bébés et d’enfants sont morts avant d’avoir atteint l’âge de cinq ans dans le monde en 2023, selon l’Organisation mondiale de la santé [1], soit 37 sur 1 000 naissances. Le risque de mourir bébé ou dans la prime enfance est très inégal selon la région du monde. En Europe de l’Ouest, le taux de décès avant cinq ans est de 4 pour 1 000, et de 6 pour 1 000 en Amérique du Nord. En Asie de l’Est, en Amérique latine et dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, le risque de mourir dans les jours ou les années qui suivent la naissance est compris entre 14 et 20 pour 1 000 selon la région. Par rapport à ces régions, il est encore deux fois plus élevé (35 pour 1 000) en Asie du Sud.

Heureusement, les progrès en matière de mortalité des jeunes enfants sont très importants : le nombre de décès des moins de cinq ans a diminué de moitié dans le monde en deux décennies, passant de 10 millions en 2000 à 4,8 millions en 2023. Le nombre de décès a été divisé par quatre en Asie de l’Est et Pacifique, la région qui comprend la Chine. 1,3 million d’enfants y sont morts avant cinq ans en 2000, un chiffre en très nette baisse puisque 300 000 décès ont été recensés en 2023. Le taux de mortalité y est passé de 40 pour 1 000 naissances à 14 sur la période. En Asie du Sud, ce nombre de décès a été divisé par trois, essentiellement sous l’effet du pays le plus peuplé dans la région, l’Inde. Il est passé de 3,7 à 1,2 million en vingt ans, soit de 93 décès pour 1 000 naissances en 2000 à 35 en 2023. En Afrique subsaharienne, la situation s’améliore aussi, même si cela semble plus lent, de 4,1 à 2,8 millions de décès chez les moins de cinq ans au cours de la même période.

Malgré les progrès des conditions sanitaires qui entourent la naissance et les premières années de vie, plus d’un tiers des décès infantiles restent dus à des maladies qui pourraient être évitées grâce à des soins peu sophistiqués. Ainsi, 16 % des décès de jeunes enfants dans le monde surviennent suite à une pneumonie dont le traitement (antibiotique par exemple) est peu coûteux. Cette seule maladie cause la mort de 500 000 enfants par an en Afrique. La diarrhée est encore la cause de 9 % des décès d’enfants de moins de cinq ans dans le monde. L’hygiène et l’accès à une eau correctement traitée sont essentiels pour prévenir cette maladie. Le paludisme continue à tuer également. Il emporte 450 000 jeunes enfants par an, essentiellement en Afrique. Là aussi, les moyens de prévention sont connus : moustiquaires et vaccination permettraient de réduire considérablement ce nombre. Par ailleurs, 4 % des décès chez les moins de cinq ans dans le monde sont dus à des maladies infectieuses et 3 %, à la tuberculose. La première cause de mortalité infantile est la prématurité. Réduire davantage la mortalité des moins de cinq ans relève de mesures concrètes, comme l’amélioration de la qualité de l’alimentation, l’assainissement de l’eau et l’accès à des médicaments de base. Si l’Afrique subsaharienne parvenait à atteindre le même niveau de décès qu’en Asie de l’Est (la Chine et ses voisins), plus de deux millions d’enfants de moins de cinq ans seraient sauvés chaque année. 260 000 mères meurent chaque année dans le monde pour des raisons liées à la grossesse ou lors de l’accouchement, selon l’Organisation mondiale de la santé (donnée 2023). Près de neuf de ces décès sur dix surviennent dans deux régions du monde : en Afrique subsaharienne (70 %) et en Asie du Sud (17 %). Au total, ce phénomène demeure extrêmement rare si on le rapporte aux 140 millions de naissances qui ont lieu dans le monde chaque année.

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Prévention : Une Priorité Absolue

Face à ces constats, la prévention s’impose comme une priorité. Les résultats de cette étude soulignent l’importance de prévenir la survenue de ces accidents de la vie courante chez les enfants. La feuille de route 2024-2030 sur la pédiatrie et la santé de l’enfant prévoit notamment de renforcer les actions préventives, en particulier pour les enfants de 1 à 4 ans.

Parmi les outils de sensibilisation existants, citons un jeu disponible en ligne sur le site des « 1000 premiers jours » et intitulé « Zéro Accident : Un Jeu d’Enfant ! ». Ce jeu sérieux (serious game) est une expérience immersive destinée à renforcer les compétences du grand public sur la prévention des accidents des enfants de moins de 5 ans.

La prévention des AcVC chez les enfants de moins de 15 ans est une priorité dans la stratégie nationale de santé 2018-2022. La baisse des décès par AcVC chez les enfants sur la période 2012-2016, déjà constatée sur la période 2000-2012, pourrait être attribuée en partie aux campagnes de prévention et au renforcement de la réglementation sur les produits manufacturés pour enfants mis en place depuis plusieurs années. Les efforts doivent se poursuivre.

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