L'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes a suscité un débat passionné en France. Cet article vise à explorer les arguments pour et contre cette mesure, en s'appuyant sur les informations disponibles et les différentes perspectives.
Introduction à la PMA
La PMA, ou procréation médicalement assistée, est une solution proposée aux personnes ayant des difficultés pour concevoir naturellement un enfant. Elle est aussi appelée « assistance médicale à la procréation » (AMP). Elle concerne les couples hétérosexuels infertiles, les couples lesbiens et les femmes seules. En France, trois techniques de PMA sont autorisées par la loi : la fécondation in vitro (FIV), l’insémination artificielle et l’accueil d’embryon. Toutes les PMA ont lieu dans un centre spécialisé : soit un centre public associé à un hôpital, soit une clinique privée. Les équipes intervenant dans ces centres sont constituées à chaque fois d’un gynécologue obstétricien, d’un médecin urologue, d’un médecin biologiste, d’un psychiatre ou d’un psychologue, et d’un assistant social.
Arguments en faveur de l'accès à la PMA pour toutes les femmes
Égalité et autonomie des femmes
Clémence Zamora-Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT, souligne que l'ouverture de la PMA à toutes les femmes est une question d'égalité. Les progrès de la médecine offrent la possibilité de renforcer cette autonomie des femmes. Elle permettra de mettre fin à une inégalité entre celles qui ont les moyens financiers de se rendre à l’étranger et les autres. Cette situation, comme l’interdiction d’IVG par le passé, créatrice d’inégalité et de risques sanitaires, est intolérable.
Anne Hidalgo, la maire de Paris, s'est prononcée en faveur de la PMA pour les couples homosexuels "au nom de l'égalité entre les personnes". Esther Benbassa et Sergio Coronado, respectivement sénatrice et député écologistes, avaient déposé une proposition de loi visant à ouvrir la PMA à "toutes les femmes", en couple ou célibataires.
Réalité des familles monoparentales et homoparentales
Jean-Louis Touraine, député LREM du Rhône, souligne que les femmes ont déjà le droit d'adopter, reconnaissant leur capacité à éduquer seules. Il remet en question pourquoi leur refuser le droit de faire des enfants. Il met en avant que les études montrent que le développement des enfants nés de PMA dans une famille hétérosexuelle, homosexuelle, de femmes seules, n’offre aucune différence avec les enfants nés de façon « naturelle ». Souvent, ils vont même plutôt mieux, car ils arrivent après des années de réflexion, d’attente, un parcours du combattant. Pour un enfant, le schéma « normal », c’est celui qu’il connaît.
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Remboursement et accès aux soins
Le projet prévoit de rembourser la PMA pour toutes. L’Assurance maladie prend déjà en charge des couples qui sont infertiles, mais aussi des couples qui éprouvent des difficultés à faire des enfants mais qui ne sont pas stériles sur le plan médical.
Reconnaissance de la filiation
Nicole Belloubet, la garde des Sceaux, a confirmé que les enfants nés dans un couple de lesbiennes auront sur leur acte de naissance inscrit « mère » et « mère ». Cela abandonne donc la présomption de parentalité pour quelque chose de plus fort et noble, avec une déclaration anticipée volontaire d’assumer cette mission formidable, mais prolongée, d’éduquer un enfant.
Arguments contre l'accès à la PMA pour toutes les femmes
Absence de père et filiation paternelle
La Manif pour tous exprime son opposition à la PMA en l’absence de père, arguant qu'elle conduirait à concevoir des enfants volontairement privés de père et de filiation paternelle. Ces enfants ne connaîtraient jamais leur père et seraient élevés en son absence totale. Prétendre qu’on peut délibérément priver un enfant de père revient à prétendre que les enfants n’en ont pas besoin, ce qui est évidemment faux. Ce serait une injustice terrible et un déni délibéré des conséquences.
L'UMP et Nicolas Sarkozy proposent de modifier la Constitution "pour réserver la PMA aux couples hétérosexuels infertiles". Alain Juppé et Bruno Le Maire sont également contre l'ouverture de la PMA aux couples homosexuels.
Détournement de la médecine et risques de dérives
La Manif pour tous considère que la PMA sans père ne saurait se justifier par un problème d’ordre médical. Autrement dit, autoriser la PMA sans père, ce serait détourner la médecine au profit d’une revendication sociétale, ce serait détourner la médecine de sa finalité. L’ouverture de cette boîte de Pandore conduirait évidemment à la gestation pour autrui et à bien d’autres dérives : dès lors que la médecine ne servirait plus à « réparer » mais à « augmenter » les capacités de l’Homme, le no limit est accepté, ce qu’on appelle le « transhumanisme » ou « post-humanisme ».
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José Bové s'est dit contre la PMA et "contre toute manipulation sur le vivant que ce soit pour des couples homosexuels ou pour des couples hétérosexuels".
Division de la société et manque de consensus
La Manif pour tous souligne que le gouvernement, comme la communauté scientifique (l’Agence de la biomédecine, par exemple) et, davantage encore, les Français sont divisés sur la question de la PMA.
Manuel Valls et le gouvernement ont indiqué qu'ils n'avanceraient "pas plus loin sur cette question" tant qu'ils n'auraient pas "l'avis du Comité consultatif national d'éthique".
Risque de pénurie de sperme
Certains médecins alertent sur le manque de sperme et l’éventuelle baisse de don de gamètes. Dans les autres pays qui ont légalisé la PMA pour toutes, les dons de gamètes ont chuté pendant la première année.
La position des politiques et des institutions
Marlène Schiappa, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a annoncé que l’ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes sera proposée dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique.
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Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) s’est prononcé en faveur de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes.
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