Introduction
La lactation des brebis est un facteur déterminant de la production laitière, en particulier dans les systèmes d'élevage axés sur la fabrication de fromages spécifiques comme le Roquefort. Comprendre et optimiser les dates de lactation est donc crucial pour les éleveurs. Cet article explore les dates de lactation des brebis, en mettant l'accent sur les pratiques d'élevage, les facteurs influençant la production laitière et les stratégies pour améliorer la fertilité et la santé des brebis.
Cycle de Production Laitière et Reproduction
Période de Lactation et Reproduction Saisonnée
La production laitière pour le Roquefort est rythmée par un cycle annuel, avec une période d’ouverture des laiteries du 15 novembre au 31 août. Ce calendrier influence fortement la reproduction, avec une seule mise-bas par campagne, généralement à l’automne. La majorité des éleveurs suivent ce calendrier pour synchroniser la production laitière avec les besoins de l'industrie fromagère.
Synchronisation des Mises-Bas
La période de reproduction est volontairement concentrée pour regrouper les mises-bas et l'entrée en traite de l'ensemble des brebis. La lutte (période de reproduction) a lieu en mai-juin pour les brebis adultes, et souvent un mois plus tard pour les agnelles (jeunes brebis) âgées de 8 mois. La durée de gestation est d'environ 147 jours. L’agnelage (mise-bas) est ainsi centré sur les mois de novembre-décembre pour les brebis adultes et décembre-janvier pour les agnelles.
Gestion des Agneaux et Sevrage
Les agneaux, pesant environ 4 kg à la naissance (pour les portées simples), sont allaités par leur mère pendant au moins 28 jours, conformément à un accord interprofessionnel. Ils sont sevrés (séparés de leur mère) à un poids moyen de 13 à 15 kg. Les agnelles destinées au renouvellement du troupeau sont sélectionnées au sevrage, à l’âge de 4 semaines. Le taux moyen de renouvellement d'un troupeau est d'environ 28 % au sein de la race.
Sélection Génétique
Dans les élevages utilisant l'insémination (CLS), les femelles gardées pour la reproduction sont souvent issues d’insémination avec des pères améliorateurs. Dans les élevages de sélection, toutes les femelles gardées sont issues d’insémination. La moitié sont des filles de mâles confirmés, dont la descendance est connue, tandis que l’autre moitié est issue de jeunes béliers en cours de testage sur descendance, avec un génome connu et favorable. Cette sélection permet d’évaluer la valeur génétique des jeunes mâles. L’objectif est d’obtenir une mise-bas vers 13 mois pour les agnelles.
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Période de Traite et Alimentation
Transition Allaitement-Traite
Pendant le premier mois de lactation, les brebis sont à la fois allaitantes et traites, car leur potentiel laitier dépasse les besoins des agneaux. Le lait produit durant cette période n’est généralement pas commercialisé. La traite effective commence après le sevrage des agneaux et dure de 6 à 8 mois.
Rythme de Traite
Dans le système "Roquefort", les brebis sont traditionnellement traites deux fois par jour, à environ 12 heures d’intervalle.
Alimentation des Brebis Laitières
L’alimentation des brebis laitières est adaptée à leur stade physiologique et aux aliments disponibles sur l’exploitation, avec des apports extérieurs limités. Les éleveurs distribuent généralement une ration équilibrée deux fois par jour, composée de fourrages (foin, enrubannage, ensilage) et de céréales ou d’aliments complets. Une brebis consomme annuellement entre 700 et 750 kg de matière sèche (MS) de fourrage, en fonction de sa taille. En moyenne, cela représente 2 kg de MS par jour, diminuant à 1,5 kg pendant le quatrième mois de gestation et à 1,3 kg le dernier mois.
Importance du Pâturage
Il est crucial de maximiser le pâturage tout au long de l'année pour optimiser l'utilisation de l'herbe et réduire les coûts d'alimentation. Même si cela peut être complexe, il est recommandé de sortir les brebis en lactation (au printemps et en automne) sur les meilleures parcelles. Les brebis peuvent être sorties avec leurs agneaux dans des parcelles proches de la bergerie, ou les agneaux peuvent rester à l'intérieur pendant que les brebis pâturent. Pour réussir l'engraissement des agneaux au pâturage, une surveillance du parasitisme (strongles et ténia) est essentielle. L'utilisation de nourrisseurs à l'herbe pour les agneaux peut également favoriser le sevrage.
Gestion du Pâturage et Réforme
Le chargement (nombre de brebis par hectare) est de l'ordre de 15 à 20 brebis par hectare au printemps et de 6 à 10 en été. Il est impératif d'estimer la quantité d'herbe disponible et d'ajuster le nombre de brebis en conséquence pour éviter le surpâturage. Les brebis doivent être déplacées lorsque la hauteur d'herbe atteint 3 à 5 cm. La réforme des brebis improductives est une mesure radicale pour réaliser des économies, surtout en cas de distribution de paille ou d'insuffisance d'herbe.
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Suivi de l'État Corporel
Le suivi de l'état d'engraissement des brebis aux différents stades physiologiques est indispensable. Les éleveurs effectuent une palpation dorsale au niveau des reins sur un échantillon représentatif du troupeau (une vingtaine de brebis). En fin de gestation et à la mise-bas, les brebis doivent être en bon état corporel pour assurer un poids de portée suffisant et une bonne lactation.
Gestion de la Fertilité
Il est conseillé de réaliser une détection de gestation 45 jours après la lutte pour allotter (séparer) les femelles vides, celles portant un agneau et celles portant deux agneaux ou plus. Le coût du diagnostic de gestation est compensé par les économies réalisées sur l'alimentation. Sauf en système herbager, il est préférable d'éviter de modifier les dates de reproduction, car cela peut diminuer la fertilité et rendre difficile le recalage des luttes l'année suivante.
Optimisation de la Fertilité
Pour une bonne fertilité, les brebis mises en lutte doivent être en reprise de poids. Un "flushing" (augmentation de l'apport alimentaire) peut être pratiqué en distribuant 300 g de céréales trois semaines avant la lutte, pendant la lutte et 21 jours après (pour favoriser la nidation du fœtus). Les luttes durent de 5 à 6 semaines à contre-saison et de 4 à 5 semaines en saison sexuelle. Il faut prévoir 25 à 30 brebis par bélier à contre-saison et jusqu'à 40 en saison. Il est impératif de réserver le bon foin pour les brebis en lactation et en fin de gestation.
Gestion des Fourrages
Il n'est pas possible de nourrir les brebis avec peu de foin ou de paille. Elles doivent consommer suffisamment de fourrage grossier pour ruminer et être rassasiées. Des rations composées uniquement de paille peuvent être utilisées pour les animaux ayant de faibles besoins (entretien et début de gestation). Pour les brebis en fin de gestation et en lactation, une partie du foin peut être remplacée par de la paille, mais une complémentation plus conséquente sera nécessaire, en tenant compte du coût de la ration. Les brebis peuvent consommer différents types de fourrage, y compris de l'ensilage de maïs.
Alimentation en Fin de Gestation et Début de Lactation
Même si les brebis peuvent s'adapter à des variations alimentaires, il est crucial de bien les alimenter en fin de gestation (quatrième et cinquième mois) pour assurer un poids de naissance suffisant des agneaux, et en début de lactation pour favoriser la croissance des agneaux. Il est important de séparer les mères allaitant un seul agneau de celles allaitant des jumeaux pour adapter l'alimentation. Un agneau lourd à la naissance (3,5 à 4,5 kg pour les doubles, 5 à 6 kg pour les simples selon le type génétique) et ayant une bonne croissance consommera moins de concentré et aura un poids de carcasse supérieur. Une différence de 1 kg à la naissance peut se traduire par au moins 1 kg de carcasse supplémentaire.
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Facteurs Influant sur la Qualité du Lait et la Santé des Brebis
Préparation à la Lactation
La qualité de la préparation des brebis en fin de gestation est déterminante pour la qualité des agneaux à naître. Les soins apportés aux brebis gestantes dans les 6 semaines précédant l’agnelage sont essentiels. C’est pendant cette période que l’agneau grandit le plus et que la mamelle de la brebis se prépare à la lactation.
Besoins Nutritionnels en Fin de Gestation
Parallèlement au développement des agneaux, la brebis a tendance à moins manger en raison de l’encombrement. Les besoins en énergie et protéines peuvent doubler entre une brebis gestante d’un seul agneau à 1,5 mois du terme et une brebis gestante de trois agneaux à 2 semaines du terme. Les apports d’oligoéléments (comme le sélénium) et de vitamines sont également importants. La qualité de la ration peut être vérifiée en mesurant des paramètres sanguins (glycémie, Béta OH) sur quelques brebis au moins 3 semaines avant la mise-bas.
Gestion Parasitaire et Maladies
Les brebis porteuses de vers sont plus fragiles. En lutte naturelle avec des agnelages en hiver, un bilan parasitaire est recommandé lors de la rentrée en bergerie, incluant la mesure de l’excrétion d’œufs de strongles gastro-intestinaux et la recherche de la Grande Douve par des prises de sang. Le piétin, la gale du corps et les mammites de tarissement affaiblissent les brebis et affectent la qualité des agneaux à naître. La fin de la gestation est également le moment propice pour certaines vaccinations.
Impact de l'Alimentation sur la Qualité du Lait
L'alimentation est le premier facteur influençant la qualité du lait, en particulier les taux protéique et butyreux. Le flushing est une phase importante pour préparer la reproduction des brebis, en augmentant et maintenant les apports pour favoriser la nidation. Les 100 premiers jours de gestation sont cruciaux pour reconstituer les réserves corporelles de la brebis, tandis qu'au-delà, les apports sont principalement destinés au(x) fœtus.
Suivi de l'État Corporel
L’état corporel des brebis varie au cours de la campagne. Connaître ces variations et les seuils à respecter permet de suivre et de maintenir les brebis en bon état.
La Filière Laitière Ovine en Corse : Un Exemple
Caractéristiques de l'Élevage Corse
L’élevage des petits ruminants est traditionnel en Corse et à vocation laitière. Les races ovines et caprines corses sont rustiques et adaptées aux conditions du relief. Historiquement, le pastoralisme corse suit une double transhumance, avec les troupeaux en estive dans les hautes montagnes de fin juin à septembre, puis redescendant dans les régions littorales et les plaines en hiver. Les savoir-faire fromagers et les pratiques pastorales font partie intégrante du patrimoine et de l’identité corse.
Chiffres Clés de la Filière Corse
- 1 race de brebis corse
- 1 race de chèvre corse
- 72 000 brebis mères
- 30 000 chèvres mères
- 11 millions de litres de lait produits
- 470 éleveurs de brebis
- 320 éleveurs de chèvres
Historique de la Filière Corse
- XIXe siècle: Installation des industriels de Roquefort en Corse pour répondre à la demande croissante de fromages et assurer un approvisionnement en lait toute l'année.
- Années 1970: Organisation de la filière. Retrait progressif des industriels de Roquefort face à la surproduction dans leur région.
- 1985: Création de l'Organisme de Sélection Ovin Corse (FRECSOV).
- 2005: Reconnaissance de l'ILOCC (Interprofession Laitière Ovin et Caprin Corse) en tant qu'interprofession au niveau ministériel.
- Années 2000: Structuration de la filière.
La Chèvre Corse (A Capra Corsa)
La chèvre corse est une race rustique, adaptée aux milieux difficiles. Elle pèse entre 35 et 45 kg pour les femelles et entre 45 et 60 kg pour les mâles. Elle est caractérisée par sa rusticité, son aptitude à valoriser les terrains difficiles et sa facilité de traite. La race corse est reconnue en 2003. Les objectifs de sélection sont l’amélioration de la production (qualité et quantité), l’amélioration morphologique (pointage mamelles) et la préservation des qualités d’élevage.
La Brebis Corse (A Pecura Corsa)
La brebis corse se caractérise par son petit format et son poids de 30 à 40 kg vif. Le bélier peut peser de 50 à 60 kg. Elle est adaptée aux longs déplacements sur des zones difficiles et accidentées. La mamelle est développée et conformée en « pis de chèvre », facilitant la traite. La laine est jareuse et recouvre la totalité du corps, permettant aux troupeaux de rester en plein air toute l'année. Ses qualités maternelles et sa capacité à mettre bas facilement permettent l’agnelage en extérieur sans surveillance particulière.
Systèmes d'Élevage en Corse
- Élevage Pastoral: Système ancestral basé sur l’utilisation de la ressource naturelle, avec transhumance saisonnière. Le cheptel est de 100-150 têtes et le lait est transformé à la ferme.
- Élevage Fourrager: Système pratiqué en plaine, avec exploitation de terres labourables et irrigables pour la production de fourrages et de céréales.
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