Hassan II, figure emblématique du Maroc contemporain, a marqué l'histoire de son pays par un règne long de 38 ans, de 1961 à 1999. Né le 9 juillet 1929 à Rabat, il est le fils du roi Mohammed V et de Lalla Abla. Son parcours, depuis son éducation jusqu'à son accession au trône, est intimement lié à l'histoire du Maroc et à ses enjeux politiques. Son règne, bien que controversé, a laissé une empreinte indélébile sur le Maroc moderne.

Jeunesse et formation

Appelé Moulay Hassan durant sa jeunesse, Hassan II a reçu une éducation soignée, combinant enseignement traditionnel et moderne. Il commence des études de droit au Centre des Hautes Études marocaines. Après de brillantes études universitaires à Rabat et à Bordeaux (France), Sa Majesté le Roi obtint, en 1951, le Diplôme d'Etudes Supérieures en droit public. Licencié en 1951, il poursuit sa formation à la faculté de Bordeaux dont il sort diplômé en 1952. Dès son plus jeune âge, Sa Majesté Hassan II évolua dans un environnement marqué par le patriotisme, l'héroïsme et la mobilisation. Son père, feu Sa Majesté Mohammed V, fit bénéficier son fils aîné d'une éducation conjuguant la tradition avec la modernité et d'une formation fondée sur les valeurs arabo-islamiques et sur les principes de la civilisation universelle.

En 1953, Hassan II subit l’exil de sa famille. Le sultan Mohammed V, en faveur de l'émancipation politique du Maroc, est destitué par le gouvernement français. Il part alors se réfugier en Corse puis à Madagascar. Le prince héritier revient au Maroc le 23 novembre 1955 et est proclamé chef d’Etat major, l’année suivante. Le 9 juillet 1957, Moulay Hassan fut proclamé officiellement Prince Héritier.

Accession au trône et premières années de règne

À la mort de son père Mohammed V, le 3 mars 1961, Moulay el-Hassan est proclamé roi du Maroc. Il devient ainsi Hassan II. Il avait 32 ans en 1961 lorsqu’il accédait au trône.

En ce temps-là aussi, les rumeurs les plus folles avaient circulé : lors d’une banale opération chirurgicale, il aurait demandé au médecin anesthésiste suisse de « forcer la dose » pour favoriser le décès de son père, Mohamed V, alors âgé de 51 ans seulement. L’objectif ? Tordre le cou aux leaders nationalistes de l’Istiqlal et de l’Union nationale des forces populaires (UNFP), une scission menée par Mehdi Ben Barka au sein de l’Istiqlal en 1959 qui étaient à deux doigts d’engloutir les pouvoirs de la monarchie pour en faire un simple figurant.

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Pour mettre un terme à l’hégémonie de ces nationalistes assoiffés de pouvoir, et aguerris aux joutes politiciennes, le jeune roi décida de s’appuyer sur l’élite politique, administrative et surtout militaire berbérophone, francophile et résolument anti-istiqlalienne, formée par les Français à partir des années 1930 au collège berbère d’Azrou, un petit village niché au cœur du Moyen Atlas. La figure la plus emblématique de cette élite est un certain… Mohamed Oufkir.

Un règne marqué par l'autoritarisme et les "années de plomb"

Le règne d'Hassan II fut marqué par des pratiques autoritaires et dictatoriales, un absolutisme total, et des violations des droits de l'homme, en particulier pendant les années de plomb. La mort de Mohamed V est la fin d’une époque et le début d’une autre, qu’on appellera plus tard les « année de plomb » : une répression sans merci des opposants nationalistes.

Pour Hassan II, l’absolutisme devait être habillé juridiquement. Il promulgue en 1962 une Constitution sur mesure, rédigée par le constitutionnaliste français Maurice Duverger. Elle est fortement inspirée de celle de la Ve République, sauf que le roi s’arroge à la fois les pouvoirs du président et du premier ministre français.

Mais la situation sociale au milieu des années 1960 se dégrade et devient rapidement intenable. À Casablanca, le nerf de l’économie marocaine, les lycéens qui protestent, en mars 1965, contre une circulaire limitant l’âge de l’accès aux lycées sont réprimés dans le sang : des centaines de jeunes tués en quelques jours. En juin de la même année, Hassan II dissout le Parlement et proclame l’état d’exception. Il gouverne ses « sujets » en dictateur à la romaine. Quelques jours après, il déclare à son entourage qu’il a « besoin de son ancien prof de maths pour résoudre une équation ». Le 29 octobre de la même année, Mehdi Ben Barka est enlevé en plein Paris, vers 12 h 30, et est probablement assassiné. Son corps n’a jamais été retrouvé.

Durant son règne, le roi subit de nombreuses contestations de la part de l’opposition de gauche. Il fait notamment face en mars 1965, à la contestation lycéenne à la suite de sa réforme sur le brevet. Hassan II échappe également à plusieurs tentatives de coup d'État et d’assassinats. Le 10 juillet 1971, Hassan II fête avec ses hôtes son anniversaire en grande pompe sur les pelouses verdoyantes du palais de Skhirat, une station balnéaire à 40 kilomètres de Rabat. Le lendemain, un coup d’État est perpétré par l’élite militaire sur laquelle il s’était appuyé. C’est un carnage. Oufkir est sans doute au courant, mais constatant l’échec du putsch, il « sauve » le roi en se cachant avec lui dans des toilettes. Après avoir rétabli la situation en sa faveur, Hassan II déclare qu’il changera sa façon de gouverner. Mais moins d’un an plus tard, il fait face à un second coup de force militaire. De retour de Paris, son avion est attaqué par des pilotes de chasse, mais il parvient à atterrir sans dégâts majeurs. Cette fois le général Oufkir est dans le coup. Mais Oufkir n’était pas le seul dans le coup.

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Très fragilisé par ces deux coups d’État en moins d’un an, Hassan II décide de promulguer une nouvelle Constitution en novembre 1972, en vain : l’essentiel des partis politiques la boycotte. Il continue de végéter dans son autoritarisme en se méfiant de tout le monde, jusqu’en 1975.

La Marche Verte et la consolidation du pouvoir

Apprenant l’agonie et la mort imminente du chef d’État espagnol, le général Franco, il imagine avec son ami Alexandre de Marenches, directeur général du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) français depuis 1970, une « cause nationale » capable de mobiliser les Marocains, partis compris, autour de la monarchie : la Marche verte pour la récupération du territoire du Sahara occidental, occupé par l’Espagne. L’objectif de cette opération est double : se débarrasser d’une partie de l’armée marocaine (une menace potentielle) en l’envoyant s’embourber dans les sables mouvants de ce désert de 266 000 km2 ; inciter les partis d’opposition, dans un élan patriotique appelé « unanimité nationale », à intégrer un jeu politique dont il restera le seul marionnettiste. Et, le 6 novembre 1975, La Marche Verte: répondant à l'appel de leur souverain, 350.000 volontaires franchissent la frontière artificielle entre le nord et le sud saharien du Royaume.

Objectif atteint : un an plus tard, lesdits partis participent aux élections municipales et, en 1977, aux législatives. Le roi Hassan II organise la "marche verte" afin de s’approprier le Sahara espagnol. Depuis 1974, il s’oppose à l’indépendance du territoire et au Polisario. Ce sont des centaines de milliers de civils qui franchissent ensemble les limites des terres sahariennes. L’Espagne signera les accords de Madrid quelques jours plus tard, partageant le territoire entre le Maroc et la Mauritanie.

L'organisation de la Marche verte, en 1975, lui permet de renforcer sa popularité. Toutefois, lorsqu'il décide d'annexer le Sahara occidental, il se met à dos aussi bien l'ONU, l'Algérie, le Front Polisario que la Libye. Les conflits s'aggravent au fil des années et il envisage alors l'organisation d'un référendum au Sahara occidental ainsi qu'un cessez-le-feu.

Politique étrangère : équilibre et alliances

Sur le plan diplomatique, Hassan II développe un équilibre quasi acrobatique avec le monde arabo-musulman et Israël : d’un côté, il enregistre en 1965, au profit du Mossad, les travaux d’une réunion secrète des dirigeants arabes destinée à évaluer leur capacité à attaquer l’État hébreu. Parallèlement à cela, il saura profiter du contexte international de la guerre froide. Il se range sans complexe du côté américain, tout en entretenant des relations « apaisées » avec le camp soviétique. Mais c’est avec la France gaullienne, ainsi qu’une partie de son élite médiatique et financière de la métropole que le roi Hassan II a développé les meilleurs rapports. Dans les cercles influents de la métropole, il était « l’ami », le « pote ».

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Il se rapproche de l'Occident et soutient le Koweït lors de la guerre du Golfe (1990). Sur la question de sa politique étrangère, il développe de bons rapports avec l’Occident notamment les Etats-Unis ou encore la France.

Vers une ouverture démocratique ?

Tout le jardin secret d’Hassan II est retourné par le livre de Gilles Perrault, qui décrit, avec le talent qu’on lui connaît, cet autre Maroc bien différent de la jolie carte postale qui ornait l’imaginaire de beaucoup de Français. Mais bien que bousculé par ce brûlot paru moins d’un an après la chute du mur de Berlin, Hassan II ne s’est pas renfermé, bien au contraire.

Quelques mois plus tard, il libère tous les détenus et promulgue, en 1992, une nouvelle Constitution reconnaissant dans son préambule « l’universalité des droits de l’homme ». Une première dans le monde arabe. La Constitution de 1992 marque un rééquilibrage des pouvoirs et un alignement sur les normes de l'État de droit qui emportent l'adhésion de la quasi-totalité des forces politiques. En mars 1998, Abderrahmane Youssoufi, le chef de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), se réclamant de Ben Barka est nommé premier ministre.

Famille et vie privée

Côté vie privée, Hassan II du Maroc se marie avec Lalla Latifa Hammou le 9 novembre 1961. Avec Lalla Latifa qu’il épouse l’année de son accession au trône, il a cinq enfants : Lalla Meryem (1962), Mohammed (1963), Lalla Asmaa (1965), Lalla Hasnaa (1967) et Moulay Rachid (1970). Père de famille, S.M. Hassan II ne cesse d'insuffler à ses cinq enfants la même ardeur dans l'acquisition du savoir et dans l'action en faveur de son pays et de son peuple.

Décès et succession

Moins d’un an plus tard, Hassan II rend l’âme le 23 juillet 1999. La rumeur a pris naissance à Rabat en début d’après-midi du vendredi 23 juillet 1999, dans les villas cossues de Souissi et de Bir-Kacem où réside l’élite politique et militaire du royaume, puis elle s’est mise peu à peu à enfler : Hassan II, qui avait régné d’une main de fer pendant 38 ans sur 30 millions de « sujets », était mort !

Comme par magie, le visage d’un célèbre propagandiste et présentateur indéboulonnable du « 20 heures » marocain, Mustapha El-Alaoui, apparaît soudainement sur le petit écran. Hassan II avait rendu l’âme en effet vers 14 h ce jour-là, dans la clinique royale, au 7e étage de l’hôpital Avicenne de Rabat, neuf jours seulement après avoir été l’invité de marque de son ami Jacques Chirac aux cérémonies du 14 juillet, sur les Champs-Élysées. Sur son lit de mort, il était entouré de ses deux fils et de son puissant ministre de l’intérieur, Driss Basri. Pour ce despote et « ami » de la France, né dans l’entre-deux-guerres, c’était le tomber de rideau : la fin de son règne coïncidait étrangement avec celle du siècle.

Ses funérailles, grandioses, sont suivies par des millions de Marocains. Près de deux millions de Marocains étaient rassemblés dans les rues de Rabat, la capitale, pour les funérailles du souverain. Les chefs d'État d'une cinquantaine de pays ont assisté aux obsèques dont le gouverneur général, Roméo Leblanc, qui représente le Canada. La plupart des dirigeants arabes, dont Yasser Arafat, ont assisté aux obsèques. Les funérailles d'Hassan II à Rabat le 25 juillet 1999 furent l'occasion de grandes manifestations de ferveur populaire et de soutien à la monarchie. Lors de la procession funèbre, le cortège est enveloppé par une masse de 2 à 3 millions de personnes venues rendre un dernier hommage à leur roi. Cet événement est retransmis en direct par plus de 80 chaînes de télévisions, dont les principales chaînes arabes et occidentales, représentant 65 pays. Des délégations et des représentants de plus de 60 pays viennent à Rabat pour lui rendre un dernier hommage. Plusieurs chefs d'État participent aux obsèques et font partie du cortège funéraire.

Son fils Mohammed lui succède sous le nom de Mohammed VI. Son fils, Sidi Mohammed, lui succède et porte à son tour le flambeau de la dynastie alaouite. Sous le nom de Mohammed VI, il travaillera sur l’établissement d’un gouvernement démocratique, qui débutera avec le limogeage de Driss Basri (ministre de l'Intérieur). Des élections législatives auront lieu en 2002 pour élire les nouveaux représentants de la Chambre du parlement. L’USFP remportera une fois de plus la majorité des sièges. Il est enterré au mausolée Mohammed V de Rabat, où reposent son père et son frère Moulay Abdellah.

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