La maltraitance infantile est un problème grave et persistant en France, et Rennes n'est pas épargnée. Les chiffres révèlent une réalité alarmante, et de nombreuses associations se mobilisent pour venir en aide aux enfants victimes et lutter contre ce fléau.

Des chiffres alarmants et une réalité souvent cachée

Les derniers chiffres disponibles montrent l'ampleur du problème. En 2022, le numéro national de l’enfance en danger, le 119, a traité la situation de 40 334 mineurs et jeunes majeurs considérés en danger. Cependant, ce chiffre est sans doute inférieur à la réalité, en raison des situations non signalées. En 2021, le ministère de l’Intérieur a constaté une augmentation de 16 % des violences intrafamiliales non conjugales par rapport à 2020, avec une augmentation encore plus marquée pour les violences sexuelles (+ 26 %). La libération de la parole explique probablement en partie ces augmentations.

Le service national a constaté une légère prédominance des filles (51,7 %) par rapport aux garçons (48,3 %) parmi les enfants en danger. Les garçons sont en moyenne un peu plus concernés par une situation de danger avant l’âge de 11 ans. Les enfants en danger ou en risque de l’être vivent « beaucoup moins dans des familles traditionnelles que leurs pairs ». Souvent, plusieurs types de dangers sont évoqués pour un même enfant au cours d’une même sollicitation.

La violence psychologique est la plus signalée, une tendance observée ces dernières années. Un peu plus d’une sollicitation sur deux concerne une violence psychologique. Les négligences envers l’enfant et les violences physiques sont les deux autres natures de dangers les plus évoqués. Les filles sont beaucoup plus exposées à des situations de violences sexuelles (69,8 %) que les garçons (26,8 %). La majorité des auteurs présumés proviennent de l’entourage familial des enfants en danger. Les beaux-pères apparaissent comme la troisième catégorie d’auteur présumé la plus signalée.

Les associations rennaises en première ligne

À Rennes, plusieurs associations se consacrent à la protection de l'enfance et à la lutte contre la maltraitance. Parmi elles, Enfance et Partage est particulièrement active. L'association a besoin de dons pour venir en aide aux enfants victimes de maltraitances, dont le nombre a explosé durant la période de confinement.

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"Or le confinement a fait exploser le nombre de ces violences", s’alarme Claudine Jeudy, la responsable d’Enfance et Partage en Ille-et-Vilaine. Les chiffres nationaux sont alarmants, avec environ 1 000 appels par jour au 119 pendant le confinement, contre 700 en temps normal. Le comité d’Ille et Vilaine a mis en place une ligne d’écoute et de soutien au 02 30 03 95 90.

Enfance et partage, qui vit de subventions, dons et legs, n’est pas riche. Le comité de Rennes a donc ouvert une cagnotte sur Leetchi afin que chacun puisse faire un geste de solidarité. La cagnotte est en ligne sur leetchi.com/c/enfance-et-partage-rennes. Un numéro vert national est également disponible : 0800 05 12 34, du lundi au vendredi, de 10 h à 17 h (accueil, écoute, soutien, conseils anonymes et gratuits).

L’association CVM regroupe des professionnels impliqués dans la protection de l’enfance : médecins, pédiatres, psychologues, infirmières puéricultrices, assistantes sociales, gendarmes, sociologues. Ces experts, bénévoles et salariés, sont confrontés aux violences et à la maltraitance des mineurs. La mission d'information de CVM s'est traduite en 2024 par la mise à jour ou la création de quatre mallettes pédagogiques. La mallette pédagogique de sensibilisation sur l'exploitation des mineurs et la mallette de sensibilisation sur les violences dans le sport ont chacune été complétées par quatre vidéos.

Mobilisation nationale et revendications

Face à l'ampleur de la crise, le collectif les 400.000 organise régulièrement des mobilisations nationales pour demander davantage de moyens pour la protection des mineurs. Composé d'un peu plus de 70 organisations, dont la Convention Nationale des Associations de Protection de l'Enfant (CNAPE), ce collectif tire son nom d'un chiffre : "Négligences, délaissements, maltraitances, violences, décès : plus de 400.000 enfants doivent être protégés par les pouvoirs publics".

Des défilés sont prévus dans neuf villes de France, dont Rennes. Le collectif a quatre revendications principales :

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  1. Mettre fin aux listes d'attentes : les mesures de protections ordonnées par les juges doivent être mises en œuvre sans délai excessif.
  2. Davantage de soutien aux familles en difficulté afin de prévenir la maltraitance et éviter les mesures de protection plus radicales.
  3. Améliorer les conditions de travail des travailleurs sociaux, qui se détériorent avec la diminution de leur nombre.
  4. Garantir un avenir prometteur aux jeunes majeurs qui sortent de l'aide sociale à l'enfance, en leur offrant un soutien continu pour leur intégration dans la société.

Pierre-Alain Sarthou, le directeur général de la CNAPE, réclame un "budget protégé" pour le secteur, avec une loi de programmation pluriannuelle, comme c'est le cas pour l'Éducation nationale ou l'Armée. Il regrette que les plans d'actions annoncés par les différents ministres ne se traduisent pas en actions concrètes.

Un rapport parlementaire alarmant

Un rapport parlementaire a dénoncé "la crise profonde" que traverse le secteur de l'aide sociale à l'enfance (ASE) en France. Une crise dont "les premières victimes" sont les enfants placés, selon ce rapport, qui pointe du doigt un système "qui craque de toutes parts" et exhorte les pouvoirs publics à agir rapidement.

Initiatives et actions de l'État

L'État a mis en place un système de vérifications des antécédents judiciaires, qui a permis d'écarter plus de 1.700 personnes qui intervenaient auprès d'enfants et qui avaient été condamnées pour détention d'images pédopornographiques ou infractions sexuelles.

Après la disparition d'un ministère dédié dans le gouvernement, Emmanuel Macron a annoncé la mise en place d'un haut-commissariat à l'Enfance. Des ressources sont mises à disposition du grand public pour prévenir les violences, informer les parents, aider à repérer les signes de violences et accueillir la parole d'un enfant victime.

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