Georges Brassens, né le 22 octobre 1921 à Sète, est une figure emblématique de la chanson française. Son œuvre, riche et variée, continue d'inspirer et de résonner auprès de nombreuses générations. À travers ses textes poétiques, son humour mordant et ses mélodies simples mais efficaces, Brassens a marqué durablement le paysage culturel français. Cet article se propose de retracer les grandes étapes de sa vie et de mettre en lumière les aspects les plus marquants de son œuvre.
Les jeunes années sétoises : une enfance bercée par la musique et la poésie
La ville de Sète, dans l’Hérault, non loin de Montpellier, a vu naître et grandir Georges Brassens. Né le 22 octobre 1921, Georges est le fils d’Elvira et de Jean-Louis Brassens, ouvrier maçon. Ses grands-parents, eux, sont de Castelnaudary, dans l’Aude. Dès son plus jeune âge, il est bercé par la musique. Toute la famille chante : Henri Garat, Ray Ventura, des airs napolitains… « Dans ma famille tout le monde chantait, disait-il, j'ai passé mon temps à tout écouter. »
À l’école, le jeune Georges est peu studieux. Il préfère la plage aux bancs de la communale. Pour le punir, sa mère lui interdit de suivre des cours de solfège. Mais un professeur de français, Alphonse Bonnafé, lui donne, à quinze ans, le goût de la poésie. En 1936, il s'ouvre à la poésie grâce à son professeur de français, Alphonse Bonnafé, alias « le boxeur ». Au collège Paul Valéry, il fait la connaissance de jeunes gens, comme lui passionnés de musique, d’art sous toutes ses formes et qui rêvent de « monter à Paris », parmi eux, Henri Delpont et Victor Laville. L’occasion pour Georges de changer d’horizon va se présenter plus tôt que prévu : son intérêt pour la poésie ne lui ôte pas le goût de faire les « 400 coups ». À l’adolescence, l’élève, peu studieux, se passionne pour la poésie, découverte grâce à son professeur de français, tout en faisant les quatre cents coups avec ses amis. Arrêté par la police, il est récupéré par son père… qui ne le jugera pas.
L'arrivée à Paris et les années de bohème
À l’âge de 18 ans, Brassens quitte Sète pour Paris. Vite expédié à Paris, il est hébergé chez une tante… qui possède un piano. Venu à Paris à l’âge de 18 ans, le Sétois Georges Brassens (1921-1981) travaille à devenir poète et écrivain. Pendant la guerre, échappé du STO (Service du Travail Obligatoire), il vit chez la fameuse Jeanne, à laquelle il dédie une chanson. En 1943, il part pour le Service de Travail Obligatoire en Allemagne. Il en revient clandestinement en 1944 et se cache chez la couturière de sa tante (La cane de Jeanne). Là, il vit dans des conditions très dures et compose, cherche des interprètes pour ses chansons, se produit hors programme dans des cabarets parisiens sans grand succès. Abandonnant le cabaret, où l’« on a trop l’impression de chanter pour quelques privilégiés qui paient le troubadour », Brassens se réserve pour un tour de chant annuel au music-hall.
Brassens fréquente alors les bibliothèques et découvre Villon, Verlaine, Baudelaire et Victor Hugo. Entre-temps, il s’est passionné pour la poésie, celle de Villon, de La Fontaine, de Victor Hugo (dont il connaît le Ruy Blas par cœur), de Verlaine, de Mallarmé et de son compatriote sétois, Paul Valéry. Lui-même a déjà publié deux recueils. À la Libération, il commence à faire le tour des éditeurs de chansons - sans succès. Complètement désargenté, il ne doit de survivre qu’aux Planche - il leur dédiera la chanson la Cane de Jeanne (1953). Il écrit sous le pseudonyme de Géo Cédille au journal Le Libertaire. Il chantera toujours pour la Fédération anarchiste.
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La rencontre avec Patachou et le début de la gloire
Avec sa première guitare, Brassens fait quelques passages, furtifs et anonymes, dans divers cabarets parisiens, jusqu’à ce jour de 1952 où il obtient un contrat dans le restaurant que tient la chanteuse Patachou, à Montmartre. Pierre Galante, une relation de Victor Laville, le présente à Patachou. Georges Brassens débute en 1952 dans son cabaret et chante des chansons aux textes osés pour l’époque. L’année de ses 30 ans, il passe des auditions pour faire connaître la trentaine de chansons qu’il a écrites. Un an plus tard, en 1952, la chanteuse Patachou lui prend quelques textes et le pousse à interpréter lui-même les autres. En janvier 1952, il interprète pour la première fois ses compositions devant la célèbre chanteuse. Le 24, il chante en fin de soirée dans son cabaret. Patachou, enthousiaste dès la première chanson, sur le point de partir en tournée, l’emmène avec elle. Immédiatement, une partie du public se montre sensible à la poésie des textes et savoure leur irrévérence.
Il est alors lancé : cette même année, le Gorille sort sur disque, marquant l’acte de naissance de sa carrière de chanteur-compositeur-parolier, mais la chanson reste interdite à la radio jusqu’en 1956. Dans le cabaret de Patachou, puis aux Trois Baudets, il plaît tout en faisant scandale. Le Gorille et La Mauvaise Réputation, deux des premiers titres qu’il enregistre en 1952, sont interdits de passage à la radio. S’ensuit un Brassens qui ne connaîtra plus jamais la pauvreté et les échecs : entre 1952 et 1954, il sort douze 78 tours et 3 25 cm, totalisant un répertoire de vingt-neuf chansons, toutes devenues des classiques. Le 8 mars, il fait ses débuts officiels devant la presse. “Tout, ensuite, est allé très vite et je le dois à Patachou, jamais je ne cesserai de le dire. A ce moment-là, j’avais 31 ans et j’étais un peu désespéré, je commençais à penser que ça ne marcherait jamais.”
Le succès et la reconnaissance : un poète qui chante
Avec Hécatombe, Le Cocu, Les Trompettes de la renommée et bien d’autres, il s’arroge le record du nombre de chansons censurées par le comité d’écoute, en place jusqu’en 1964. En 1953, Georges Brassens se produit dans ce qui deviendra sa salle de prédilection : Bobino. Il parcourt 34 villes de France, Belgique et Suisse. Certains se scandalisent à cause du “Gorille” et d’”Hécatombe”, on l’accuse d’être le responsable principal de la délinquance juvénile, pendant que d’autres applaudissent “Le Parapluie” ou “La chasse aux papillons”. Pour ou contre, mais le poète n’aura plus à supporter la cruelle indifférence de ses débuts. En 1955, la naissance d’une radio, Europe n°1, permettra la diffusion, pour la première fois, du “Gorille” et d’autres chansons jusque-là interdites d’antenne. Entre rires et protestation, trois ans après sa création, le gorille fait à nouveau parler de lui. Brassens, cette année-là, est consacré “Révélation de la chanson”. Jour de consécration pour Georges Brassens le 23 février 1954 : il passe pour la première fois à l’Olympia, le plus célèbre music-hall de Paris.
En 1960, Brassens en tournée se produit quatre semaines à l’Olympia. Le Parisien du 27 janvier écrit : “Il est l’un des dix artistes de variétés dont le nom suffit à remplir une salle.” À cette époque, il n’était pas rare, dans la même année, de se produire à l’Olympia et deux mois après à Bobino. 53 villes de France viennent applaudir le faiseur de mots crus et de chansons inoubliables. On note cette année-là la parution du premier ouvrage sur Brassens: “Georges Brassens ou la poésie quotidienne de la chanson”, de Jacques Charpentreau. S’ensuit une tournée triomphale au Québec en 1961, où il est accueilli par Félix Leclerc. En 1964, toute la France et les pays francophones chantent “Les copains d’abord” (composé pour le film “Les Copains” d’Yves Robert). Une autre chanson qui en indigne plus d’un dans la presse, “Les deux oncles”, chanson provocante, mal comprise, que Brassens, quoique désolé, ne reniera pas. Cette année-là, on compte 120 000 spectateurs venus l’applaudir pendant deux mois à Bobino. Ce succès ininterrompu sera sans cesse terni par la souffrance insupportable d’une maladie chronique, les coliques néphrétiques, qu’il devra supporter une grande partie de sa vie.
En 1965, il compose la fameuse chanson : Les Copains d’abord. (pour la B.O. En 1967, il devient le premier chanteur à recevoir le Grand Prix de poésie de l’Académie française. Reconnaissante à un orfèvre du langage, qui manie toujours ce dernier avec justesse, esprit et invention - jusque dans l’usage de la langue verte -, l’Académie française décerne à Brassens, en 1967, son grand prix de poésie.
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Les thèmes de son œuvre : amour, mort et anarchie
Fidèle à ses premières amours envers la poésie, Brassens met en musique et chante de nombreux poèmes de Villon, Hugo, Verlaine, Aragon…, mais il se distingue surtout par les cent cinquante chansons dont il écrit les paroles. Brassens a fait découvrir aux Français certains des plus beaux textes de la poésie française. Sa façon de mettre en musique des textes d'Hugo, de Verlaine, de Paul Fort, de Villon, de Lamartine ou d'Aragon a rendu populaires des vers jusqu'à alors peu connus. Il met aussi en musique de nombreux poètes, surtout Paul Fort (le Petit Cheval, 1952 ; l’Enterrement de Verlaine, 1961), mais aussi Villon (Ballade des dames du temps jadis, 1952), Jammes (la Prière, 1953) ou encore Aragon (Il n’y a pas d’amour heureux, 1954). S’il écrit une vingtaine de chansons par an, il en jette la moitié. « Souvent, admet-il, je bute sur un mot. Je garde alors le texte deux ou trois mois jusqu’à ce que je trouve le mot juste. Je suis très exigeant. » Cette exigence vaudra à ses chansons d’être étudiées au lycée et, plus généralement, de faire partie intégrante du patrimoine français.
Mêlant mots recherchés et argot, références littéraires et tranches d’humanité, vers en alexandrins et humour, il devient en 1967 le premier chanteur à recevoir le Grand Prix de poésie de l’Académie française. S’il s’illustre par sa finesse d’écriture, Brassens est aussi un compositeur accompli. On a parfois dénigré ses musiques, jugées trop simples. Ce qui revient à nier leur grande richesse mélodique et rythmique. Sa "Chasse aux papillons", un de ses premiers disques enregistrés en 1952, ressemble à un texte du XVIe siècle. L'agencement des strophes, les rimes, les répétitions calculées de certains vers, rapprochent l'écriture de Brassens de celle des poètes anciens. Il cherche à faire partager sa vision humaniste (les Amoureux des bancs publics, 1953 ; les Copains d’abord, 1964), tout en raillant les tabous de la société française, à commencer par le sexe (la Chasse aux papillons, 1955 ; Cupidon s’en fout, 1976) et la religion (le Mécréant, 1960 ; Tempête dans un bénitier, 1976). Il possède dans sa besace de nombreux titres écrits durant ces dernières années. Immédiatement, une partie du public se montre sensible à la poésie des textes et savoure leur irrévérence. Le ton du chanteur restera le même jusqu'à sa mort, il n'aura de cesse de critiquer la bourgeoisie, la religion et les esprits étriqués.
La mort s’invite dans plus de la moitié des chansons de Brassens. Le mot figure dans soixante-sept d’entre elles, selon le site Analyse Brassens. Souvent questionné à ce propos, il dit penser à la mort « comme tout le monde » et « aimer plaisanter » avec elle.
Brassens fréquente alors les bibliothèques et découvre Villon, Verlaine, Baudelaire et Victor Hugo. Il chantera toujours pour la Fédération anarchiste. L'’écrivain René Fallet dira de lui dans Le Canard enchaîné du 29 avril 1953 : « La voix de ce gars est une chose rare et qui perce les coassements de toutes ces grenouilles du disque et d’ailleurs. Une voix en forme de drapeau noir, de robe qui sèche au soleil, de coup de poing sur le képi, une voix qui va aux fraises, à la bagarre et… à la chasse aux papillons.
Vie privée : amours et amitiés
Georges Brassens a toujours refusé le mariage. Il rencontre Joha Heimann en 1947, qu’il surnomme « puppchen » (petite poupée). Georges Brassens n’est pas encore chanteur quand il la rencontre en 1947. La jeune femme est alors mariée. Leur histoire d’amour durera plus de trente ans ; excepté lors des vacances et des tournées, ils n’ont jamais vécu ensemble. Il lui dédiera “J’ai rendez-vous avec vous”, “Je me suis fait tout petit”, “Saturne”, “La Non-Demande en mariage”.
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Amie de sa tante, Jeanne Planche accepte, avec son mari Marcel, de cacher le jeune Brassens fuyant le service du travail obligatoire (STO), en vigueur dans la France occupée par les nazis, en mars 1944.
Les dernières années : la maladie et la disparition
Dès le début des années 1970, Brassens ne publie plus que deux albums, puis il renonce à la scène et limite ses apparitions en public à de rares exceptions. Agé de 51 ans, la maladie contraint Georges Brassens à abandonner la scène. Son dernier album date de 1976. En 1972, sortie de son 13ème album : Fernande. C’est l’avant-dernier projet de Georges Brassens et probablement son meilleur opus. Outre la chanson-titre, crue et drôle, dans laquelle Brassens nous explique pour qui il bande et ne bande pas, on y trouve aussi le grandiose “Mourir Pour Des Idées”, dans laquelle Brassens dénonce les idéologies ; “Les Passantes”, poème d’Antoine Pol - qui est mort un an avant la sortie de l’album - mis en musique, et devenu un classique absolu ; “A L’Ombre Des Maris”, sur le cocufiage et l’adultère ; “Stances A Un Cambrioleur”, dans laquelle Brassens donne un coup de chapeau au fictif Arsène Lupin, et fait des allusions caustiques aux cambriolages dont fut victime, une fois mise en vente, sa maison de Crespières ; et “Sauf Le Respect Que Je Vous Dois”, qui parle de l’adultère, là aussi, et particulièrement des femmes volages rendant leurs maris malheureux. Comme on le voit, ce disque de 1972 est un classique, un album remarquable et gavé de grandes chansons.
En 1975, le Grand Prix de la ville de Paris lui est décerné. On le sait, le poète n’aime pas les honneurs. En revanche, il avoue avoir toujours aimé Paris : “Je suis un vieux parisien, depuis 1940, et je n’ai jamais vécu en dehors de Paris. J’ai toujours aimé passionnément cette ville.” En 1979, Brassens s’accorde un grand bonheur : l’enregistrement de vingt-trois de ses chansons jouées en Jazz. Il y chante un unique titre : “Élégie à un rat de cave”. Pour ce double album, il partage avec Moustache le Grand Prix du disque de l’Académie du disque français. Un an plus tard, c’est pour son ami Lino Ventura qu’il enregistre 27 chansons de différents auteurs qui ont enchanté ses jeunes années. Le double album réalisé par Radio Monte-Carlo porte le titre : “Georges Brassens chante les chansons de sa jeunesse”. Il ne paraîtra qu’en 1982 et sera vendu au profit de l’association.
Georges Brassens est mort à 60 ans d’un cancer généralisé, peu avant la Toussaint 1981. En mai 1981, il participe à l’émission “Escale en Languedoc”, d’Evelyne Pagès. Tournée 5 mois avant sa mort, l’émission est particulièrement émouvante. Le chanteur retrouve ses racines et ne sait pas encore que c’est sa dernière apparition sur le petit écran. On le voit chanter dans sa ville natale, sur les lieux même de son enfance. Il est très malade, mais malgré sa maigreur, personne ne s’imagine qu’il ne lui reste que 5 mois à vivre. Le 29 octobre 1981, “Le mal mystérieux dont on cache le nom” finit par avoir raison de lui. Georges Brassens a vécu sa dernière année aux portes de Montpellier, à Saint-Gély-du-Fesc, où il est décédé le 29 octobre 1981. L’auteur de la Supplique pour être enterré à la plage de Sète - qui voulait que cette chanson donne envie de connaître ce lieu - sera cependant inhumé au cimetière Le Py, à Sète, dans le caveau familial. Sa compagne, Joha Heiman, l’y a rejoint en 1999. Georges Brassens venait de fêter ses 60 ans quand le cancer l’a emporté, le 29 octobre 1981.
Hommages et héritage
Après sa disparition, d’un cancer généralisé, en 1981, le monument de la chanson qu’est Brassens est peu repris. Le premier hommage collectif sort en 1991, suivi en 1996 de disques de Renaud et de Maxime Le Forestier, son héritier le plus direct, avec Pierre Perret. En 1999, dix-huit ans après la mort de Georges Brassens, sa compagne, Joha Heiman, est enterrée aux côtés du Sétois. On lui a consacré aujourd'hui plus de cinquante thèses, on le chante partout : au Japon, en Russie, en Amérique du Nord, en Italie, en Espagne, etc. Depuis, Maurice est décédé. Son fils Jacques a bien grandi, lui aussi est devenu chirurgien. Sa dernière guitare, il nous l’a offerte, à ma sœur Françoise et à moi. Elle est chez moi. Elle n’est pas sanctuarisée, c’est un objet de vie, je suis en train de m’y remettre. C’était celle de Bobino 1972. Il chantait avec tous les jours.
La ville de Sète, dans l’Hérault, célèbre son plus célèbre troubadour, Georges Brassens, qui y vit le jour le 22 octobre 1921. C’est là aussi qu’est enterré l’artiste, emporté par un cancer le 29 octobre 1981. Dans toute la ville de Sète, on pourra aussi voir des portraits de Georges Brassens parus dans Paris Match.
Aujourd’hui, il reste l’un des auteurs les plus prolixes de la chanson française. A travers ses recueils de poèmes, ses romans et ses chansons, Georges Brassens s’est imposé comme le “maître des mots” en France. Auteur exigeant et perfectionniste, il a conté à ses publics des bribes de sa vie et livré un regard incisif sur le monde environnant.
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