Tino Rossi, de son vrai nom Constantin Rossi, né le 29 avril 1907 à Ajaccio, est une figure emblématique de la chanson française et internationale. Son parcours, depuis une enfance modeste en Corse jusqu'à une carrière jalonnée de succès, témoigne d'un talent exceptionnel et d'une persévérance à toute épreuve.

Une Enfance Ajaccienne Bercée par la Musique

Constantin Rossi grandit dans une famille de huit enfants. Son père, Laurent, est artisan tailleur, travaillant avec sa mère dans l'atelier familial. L'enfance de Tino est déjà marquée par une passion pour le chant. Dès son plus jeune âge, il accompagne régulièrement son père à l'Opéra d'Ajaccio. Il déserte volontiers les cours pour suivre les muletiers sur les sentiers montagneux environnants, où il se sent libre et chante volontiers avec eux au cours de ses escapades. À l'adolescence, il possède déjà un répertoire étoffé de chants corses, auquel il ajoute pour son plaisir Les Vêpres siciliennes.

Une anecdote raconte qu'un jour, alors qu'il se promène avec sa mère, une gitane prédit qu'il deviendra aussi illustre que « ce grand conquérant ». Dès l'âge de dix ans, Tino annonce à son père qu'il sera chanteur.

Les Débuts Difficiles d'un Artiste Passionné

Les débuts de la vie d'artiste de Tino Rossi sont difficiles. S'il assouvit sa passion pour le chant en se produisant dans des bars, il est toutefois obligé d'enchaîner les petits boulots pour subvenir à ses besoins. En été 1925, à l’âge de 18 ans, il rencontre à Ajaccio Anne-Marie Mornand, l’une des cinq violonistes venues donner un concert à la terrasse du Café Napoléon au cours de cet été, sur le cours ajaccien du même nom. Dans la foulée, Tino est appelé sous les drapeaux en 1926. Il est incorporé le 19 mai 1927 dans le 25ème bataillon de Chasseurs Alpins basé à Menton. Le 22 septembre 1927, il épouse Anne-Marie Mornand à Toulon, au cours d’une cérémonie discrète. En effet, il devient 4 mois après la fin de ses obligations militaires le jeune père d’Yvonne Eugénie Rossi, dite Pierrette.

En 1930, Tino Rossi, lassé de Marseille et de ne point trouver d’issue favorable à sa situation, s’installe désormais à Aix-en-Provence. D’ailleurs, c’est au Terminus qu’il croise le baryton-basse provençal Adrien Legros qui le remarque, lui donne des conseils pour mieux respirer et poser sa voix. Tino ne l’oubliera jamais ; il enregistrera même un 78 tours avec lui quelques années plus tard…

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Alors qu’un jour Tino Rossi chante encore une fois pour ses collègues du Café du Terminus, un pianiste du coin, Marcel Vadon, le repère. Tino Rossi croise donc, dans le Casino d’Aix, le fameux Petit-Louis, qui est reçu par la Direction du Casino avant Tino. Mais Tino Rossi est un grand timide… Il hésite, étreint une nouvelle fois par l’angoisse et la timidité, et il refuse… Petit Louis n’insiste pas, mais lui en reparle dès le lendemain, ainsi que les jours suivants… Aussi, après l’avoir travaillé au corps durant plusieurs jours, Petit-Louis lui propose-t-il, pour ne pas le brusquer, de commencer par un premier essai dans un petit village de l’arrière-pays provençal où personne ne le connaît, pour un tour de chant plutôt intimiste, dans une toute petite salle avec un public peu nombreux afin de pouvoir se tester face à un public d’inconnus… Tino, plutôt rassuré par cette proposition, finit par accepter.

Un soir, alors qu’il avait chanté pour des collègues corses pendant plus de deux heures dans un bar marseillais du cours Belsunce, le patron, très impressionné par la qualité de son chant lors de ce concert improvisé, retient Tino et lui propose de l’embaucher immédiatement pour remplacer son chanteur-musicien habituel (payé 80 francs par soirée) tombé malade… Tino reste bouche bée. Il lui est impossible de parler… Rien que le fait de penser à chanter pour un public le paralyse et l’angoisse lui tenaille l’estomac.

La Rencontre Déterminante avec Adrien Legros et Louis Allione

Sa rencontre avec Adrien Legros est déterminante. Ce dernier l'aide à perfectionner sa technique et le présente à Louis Allione qui lui permet d'accéder à la scène. C’est en voulant offrir à sa mère un disque sur lequel il enregistre une de ses interprétations que Tino tape dans l’œil d’un représentant d’une maison de production qui l’invite à Paris pour effectuer un véritable enregistrement.

Le patron du Café Porte, Monsieur Bouquet, embauche la troupe de Petit-Louis ; à charge ensuite pour Petit-Louis de payer les artistes et d’organiser le spectacle. Petit-Louis, chargé d’introduire le spectacle, lance alors à l’auditoire : « Tino Rooooossi ! Mon ami, Monsieur Tino Rossi ! Au moment de monter sur scène, Tino subit un blocage. Petit-Louis, ne se laissant pas démonter hurle à nouveau : « Voici Monsieur Tino Rooooossi ! Il est là ! Mais rien n’y fait. Tino Rossi commence son premier récital en public en chantant donc son premier titre… (Tino Rossi précise lui-même ce premier titre dans un entretien au magazine Confessions le 20 novembre 1936. À la fin de l’air, Tino est ailleurs… D’un coup, le public exulte, se met à hurler dans tous les sens, à l’applaudir frénétiquement ! Tino reste prostré, tétanisé par cette pluie d’applaudissements. Alors, le pianiste entame dans la foulée le second morceau : Manon, le rêve des Grieux… Et Tino de redémarrer machinalement et l’interpréter d’une voix de maître. Le miracle se produit : le public rural de Lauris tombe alors sous le charme de Tino. Les applaudissements redoublent ! Tino Rossi commence à se reprendre… Il commence à se « réveiller »… Sortant de sa demi-inconscience, il réalise que quelque chose de spécial se produit. Le public lui réclame alors une troisième chanson. Mais Tino Rossi n’a rien préparé. Il est pris au dépourvu. Tino ne peut pas chanter autre chose. C’est Petit-Louis qui va rétablir la situation et prendre sur lui. Il monte sur la scène et déclare cérémonieusement : « Monsieur Tino Rossi serait heureux de vous chanter autre chose. Puis une voix véhémente monte du fond de la salle et jette ce coup de semonce : « Qu’il chante les mêmes ! Petit-Louis, lui même désarçonné par cet oukase lointain, dit à Tino : « Tu as entendu ? Alors Tino s’exécute et rechante ses deux chansons. Dans la foulée, Petit-Louis envoie Tino Rossi prendre quelques cours de chant classique chez M. Cazotte, professeur de chant à Aix-en-Provence. Quelques mois plus plus tard, estimant ne plus avoir rien à lui apprendre de plus, M. Cazotte le confie à M.

L'Ascension Fulgurante vers la Gloire

Columbia, la maison de disques, finit par entendre parler de lui. Ensemble, ils enregistrent notamment La Sérénade de Toselli. La voix si particulière de Tino plaît tout de suite au public. Il s'ensuit des titres tout aussi bien accueillis, tels que Ô Corse, île d’amour et Vieni… Vieni… Ces chansons sont en phase avec l'amour que ressent Tino Rossi pour sa Corse natale. En 1933, Tino est engagé en qualité de ténorino à l’Alcazar puis au théâtre des Variétés. Sa carrière est lancée quand il signe un contrat avec la Columbia et sort ses premiers titres : La Sérénade de Toselli, J’ai rêvé d’une fleur, Le Tango de Marilou ou encore Venise et Bretagne. Tino côtoie les grands artistes Lucienne Boyer, Mireille, Jean Sablon…Il perce encore plus le milieu de la chanson en intégrant le music-hall. Il obtient même une ovation dès sa première représentation grâce aux titres que vient de composer Vincent Scotto : Ô Corse, île d’amour et Vieni… Vieni… Cette collaboration va durer jusqu’au décès de Vincent. Sa présence à la radio et son physique attractif lui permettent de vendre beaucoup de disques.

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Le 13 novembre 1932, Tino Rossi passe pour la première fois à la radio, sur le poste Marseille-PTT (315 mètres en Ondes Moyennes), dans un Concert radiophonique organisé par le Comité de Gestion Artistique du Poste Marseille-Provence ! Participe aussi Charles Humel. Au piano, M. De cette première émission radiophonique, Tino Rossi recevra une lettre (et une seule) d’une admiratrice inconnue. Une lettre signée Marinella. Mais c’est aussi le jour même de la réception de ce courrier capital que Tino, qui se traîne une grippe depuis déjà quelques jours, se voit obligé de consulter, à Marseille, un Médecin réputé de la ville, spécialiste ORL. En effet, Tino craint que cette grippe persistante ne finisse par lui abîmer sa voix. C’est là que le verdict du spécialiste tombe comme un couperet fatal : «Vous souffrez d’une étrange anomalie : l’une de vos cordes vocales est longue et mince, alors que l’autre est courte et épaisse».

Le 18 février 1933, Tino Rossi participe à un concert radiodiffusé en direct sur le poste Marseille PTT (316 mètres), où il interprète Nini-Nanna et O Ciuciarella, accompagné par le duo des frères guitaristes Jean et Paul Bozzi ; Tino interprète ensuite, accompagné par Edmond Méradou et son orchestre les titres suivants : Vous !

Le Cinéma: Un Tremplin Supplémentaire

Le cinéma lui fait les yeux doux et c’est dans Marinella que Tino triomphe à nouveau. S’en suivent d’autres films qui confortent son statut d’icône. En 1934, bénéficiant de l'avènement du cinéma parlant, Tino Rossi prête sa voix à un pécheur dans Justin de Marseille de Maurice Tourneur. La même année, il est doté d'une silhouette dans L'Affaire Coquelet de Jean Gourguet. En 1936, il rencontre le succès avec Marinella de Pierre Caron : cheveux gominés, sourire charmeur et voix langoureuse, Tino Rossi joue le rôle d'un chanteur qui devient célèbre. Durant toute sa carrière cinématographique, il occupe surtout des rôles de chanteurs, et sa filmographie constitue une importante partie de son répertoire discographique. En 1937, il est chanteur de trattoria dans Naples au baiser de feu d'Augusto Genina. Dans Fièvres (1941) de Jean Delannoy, il incarne un homme fatal, chanteur d'opéra, et nous offre un fabuleux Ave Maria. La même année, il a le privilège de tourner Le soleil a toujours raison de Pierre Billon, dont l'adaptation et les dialogues sont signés Jacques Prévert. Il y interprète, entres autres, Le Chant du gardien, promis à la célébrité. Ces rôles se multiplient : Tino Rossi est tour à tour un chanteur célèbre frappé d'amnésie dans Mon amour est près de toi (1943) de Richard Pottier, un chanteur en vogue dans Destins (1946) du même réalisateur, film dans lequel il interprète Petit Papa Noël, chanson devenue un classique universel. L'année 1948 marque un tournant dans sa carrière. Il est choisi par Marcel Pagnol pour incarner Schubert dans La Belle meunière. Dans Paris chante toujours (1951) de Pierre Montazel, il révèle deux airs, désormais célèbres : Adieu, Venise provençale et le Plus beau de tous les tangos du monde. En 1953, Tino Rossi décide de se retirer du cinéma. Il cède néanmoins à son ami Sacha Guitry qui lui propose le rôle du gondolier de Louis XIV dans Si Versailles m'était conté et fait sa dernière apparition à l'écran dans Une drôle de bourrique (1969) de Jean Canolle, jouant son propre rôle dans cette comédie corse.

La Consécration avec "Petit Papa Noël"

Le titre Petit Papa Noël, quant à lui, est indéniablement celui qui reste dans toutes les mémoires. Incontournable de chaque période de fêtes de fin d’année, le classique de Tino Rossi reste le plus grand succès commercial de l’histoire de la chanson française, au point que les chiffres exacts de ses ventes restent encore aujourd’hui difficiles à établir. Composée en 1944, le morceau évoquait à l’origine la prière d’un enfant au père Noël pour le retour de son père parti au front.

Les Années de Guerre et l'Après-Guerre

Cette gloire fait écho jusqu’au États-Unis où sa chanson Vieni… Vieni… fait un tabac. Il reste le seul français à caracoler en tête des hit-parades pendant aussi longtemps. Malgré les appels d’Hollywood, la France manque à Tino. Mais la Seconde Guerre mondiale éclate et sa carrière est logiquement au ralenti mais pas à l’arrêt. Il continue de tourner, en zone libre, notamment avec Pierre Brasseur, Micheline Presle, Charles Blavette, Édouard Delmont… Les années 1940 s’avèrent mouvementées pour le chanteur : inquiété pour ses amitiés avec le milieu corse qui a collaboré avec l’occupant allemand (malgré ses actes de résistance avec son épouse Lilia Vetti pour sauver certains artistes juifs), il est arrêté en octobre 1944 et enfermé à la prison de Fresnes pendant trois mois.

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Vie Privée: Amours et Famille

Côté vie privée, le chanteur se marie une première fois avec Annie Marlan, avec qui il a une fille, Pierrette. Séducteur et volage, Tino Rossi s’est marié à trois reprises. Sa première union en 1927 avec la violoniste Annie Marlan sera brève, malgré la naissance de leur fille Pierrette. Au début des années 1930, il rencontre au casino d’Ajaccio où il travaille la secrétaire de direction Faustine Fratani, qu’il épouse en septembre 1934 jusqu’à leur divorce en février 1938. Mais à l’été 1941, Tino Rossi rencontre sa troisième épouse, qui deviendra la femme de sa vie, la danseuse et actrice Rosalie Cervetti, dite Lilia Vetti, de seize ans sa cadette. Ils auront ensemble un fils, Laurent, né deux mois avant leur mariage le 14 juillet 1948. Lilia Vetti a tourné dans une dizaine de films de son mari, dont Le chanteur inconnu d’André Cayatte ou La belle meunière de Marcel Pagnol, un des premiers films en couleur du cinéma français.

Tino Rossi fut le père de deux enfants. Née le 15 août 1927 de sa brève union avec Annie Marlan, Pierrette Rossi tenta à la fin des années 1940 une courte carrière de comédienne, intégrant quelque temps la célèbre troupe comique des Branquignols de Robert Dhéry. Elle apparut dans une poignée de films dont La belle meunière aux côtés de son père en 1948. Elle meurt à Propriano, en Corse, le 23 septembre 1978 à l’âge de cinquante et un ans.

En 1974, il fonde avec Claude Morgan le groupe Bimbo Jet, pour surfer sur la mode du disco qui s’apprête à arriver en France. Leur plus gros succès sera El Bimbo, qui devient un tube mondial à l’été 1984 grâce à son utilisation dans la comédie culte Police Academy. Devenu par la suite producteur et musicien pour le cinéma, Laurent Rossi était aussi le principal gestionnaire du patrimoine familial laissé par son père. Il meurt brutalement le 20 août 2015, à l’âge de soixante-sept ans, emporté par un infarctus à son domicile parisien.

Les Dernières Années et l'Héritage d'une Légende

Il passe de l’opérette à la télévision et jouit encore de belles années de sa carrière sans commune mesure. En 1983, Tino Rossi semble infatigable et il chante "La vie commence à 60 ans". A 75 ans, au Casino de Paris, il fait ses adieux après 50 ans de chanson. mois d'intense émotion devant des salles bondées.

Affaibli par un cancer du pancréas, il meurt le 27 septembre 1983 chez lui, à Neuilly-sur-Seine, à l’âge de soixante-seize ans. Après un office religieux à l’église de la Madeleine le 29 septembre, son corps est rapatrié en voiture entre Bastia et Ajaccio, recevant l’hommage de tous les élus et habitants de l’île sur son passage.

Une discographie impossible à énumérer tant elle est fournie, des ventes d’albums records jamais égalées à travers le monde pour un Français, une pluie de récompenses : Tino Rossi est bien plus qu’un chanteur, c’est bel et bien une icône de la scène artistique française et internationale. À ce jour plus de 30 millions de disques ont été vendus !

Quelques Chansons Inoubliables

  • Petit Papa Noël: Le titre Petit Papa Noël, quant à lui, est indéniablement celui qui reste dans toutes les mémoires. Incontournable de chaque période de fêtes de fin d’année, le classique de Tino Rossi reste le plus grand succès commercial de l’histoire de la chanson française, au point que les chiffres exacts de ses ventes restent encore aujourd’hui difficiles à établir. Composée en 1944, le morceau évoquait à l’origine la prière d’un enfant au père Noël pour le retour de son père parti au front.
  • Venise et Bretagne: Chanson méconnue du répertoire de Tino Rossi, ce succès de jeunesse de 1933 avait pourtant une fan célèbre à l’époque : ni plus ni moins que l’ancienne reine d’Angleterre Elizabeth II.
  • Marinella: Lorsque Tino Rossi se voit offrir son premier rôle au cinéma en 1936, il est déjà en train de s’imposer comme le chanteur le plus populaire du pays à la radio, qui n’en est encore qu’à ses balbutiements, mais qui commence à entrer dans les foyers français. Dans Marinella, il joue un peintre, Tino Pirelli, chanteur à ses heures perdues. Un clin d’œil à la passion de Tino Rossi pour la peinture et le dessin, qu’il pratiquait en amateur.
  • Tchi-Tchi: Mais Marinella n’est pas le seul "tube" issu du film de Pierre Caron et de sa bande-son composée par Vincent Scotto, prolifique compositeur marseillais auquel on doit notamment J’ai deux amours de Joséphine Baker. C’est aussi le cas de Tchi-Tchi, bluette amoureuse envoyée à la mystérieuse "Catarinetta bella". Morceau anecdotique du film d’origine, Tchi-Tchi connaît le succès grâce à la popularité de Tino Rossi auprès des partisans du Front populaire, que le chanteur venait soutenir sur les piquets de grève.
  • Le plus beau tango du monde: C’est l’un des nombreux classiques du répertoire de Tino Rossi à n’avoir pas été à l’origine conçu pour lui. En effet, cette chanson de 1935 avait été créée, déjà par Vincent Scotto, pour l’opérette Un de la Canebière. Interprétée par le duo formé par Alibert et Mireille Ponsard, elle connaîtra de nombreuses reprises avant que Tino Rossi en enregistre la version la plus célèbre en 1951, sur la bande-son du film Au pays du soleil de Maurice de Canonge.

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