Serigne Mountakha Mbacké, figure emblématique du mouridisme, incarne les valeurs fondamentales de cette confrérie soufie. Sa vie, marquée par un dévouement sans faille à l'œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba, est un exemple de piété, de travail et de service à la communauté. Cet article explore les différentes facettes de sa biographie, de son enfance à son rôle actuel de Khalife Général des Mourides, en passant par son parcours d'éducateur, d'agriculteur et de bâtisseur.
Jeunesse et Formation
Serigne Bassirou Mbacké est né à Galla Yel, dans l'arrondissement de Coky du département de Louga. Il a eu comme premier maître coranique Serigne Abdourahmane Lô, qui avait pris en charge l'instruction et l'éducation des enfants des nombreux guides religieux et autorités sociales et royales du Baol et du Cayor. De retour d'exil, son père, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, l'envoya auprès de Cheikh Aboubacar Diakhaté, fils de Madiakhaté Kala, le célèbre cadi ou juge musulman sous le règne du Damel Lat Dior au Cayor.
Serigne Mountakha Bassirou Mbacké a grandi dans l'ombre de ses frères. Il a étudié le Coran et les préceptes de son grand-père, Cheikh Ahmadou Bamba, d'abord sous l'égide de son père Serigne Bassirou, puis en Mauritanie.
L'installation dans le Saloum et le Développement Agricole
Aujourd'hui connu et aimé dans le Saloum, il avait eu connaissance de la région car il était très fréquent à Porokhane durant sa jeunesse ; Porokhane où se trouve la tombe de sa grand-mère vénérée Sokhna Diarra Boussou, la mère de Khadimou Rassoul. Son installation dans le Saloum pour faire du prosélytisme islamique en enseignant la philosophie du mouridisme s'est faite sans grandes difficultés administratives dans ses rapports avec l'administration française grâce à l'intervention de Alioune Sow dit Mboutou. Ce dernier avait fait connaissance avec Ahmadou Bamba Mbacké et avait noué avec le saint homme de bonnes relations solides car Mboutou Sow était l'interprète à la gare de Thiès lors de son passage sur la route de l'exil.
Selon Serigne Moussa Bassirou Mbacké, son père s'est d'abord installé à Mbirkilane où le chef de canton Silman Soumaré lui avait cédé des terres d'habitation et d'agriculture. Le marabout avait jugé trop exiguës les terres à sa disposition, donc de dimensions insuffisantes pour ses activités agricoles pour les talibés de plus en plus nombreux. Grâce à l'intervention de Mboutou Sow, il avait obtenu un terrain beaucoup plus large à Pakatiare derrière Ndoffane où il séjourna pendant 3 ans. Il retourna ensuite à Darou Salam Kaél dans l'actuel département de Mbacké.
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Fondateur de Darou Salam Kaél
Il avait fondé Darou Salam (demeure de la paix) à l'image de Darou Salam qui fut le premier village fondé par son père Khadimou Rassoul ; village totalement religieux où l'unique tâche du fondateur du mouridisme était d'éduquer l'âme de ses disciples en leur inculquant les fondements et les principes de l'Islam. Selon Serigne Bassirou Mbacké dans son livre intitulé "MINNA BAKHI AL KHADIM" grande bibliographie dédiée à son saint père, Khadimou Rassoul disait : " la raison pour laquelle j'aime Touba et Darou Salam plus que les autres villages résident dans la sincérité de l'intention de les construire. Je m'y suis installé uniquement pour adorer Dieu, l'Unique avec Son Autorisation et Son Agrément ; Qu'il soit exalté ».
A l'image de ce Darou Salam fondé par son père, Serigne Bassirou Mbacké avait fondé Darou Salam près de Kaél au sud du département de Mbacké dans la région de Diourbel donc toujours proche de son fief du Saloum. Il avait fait de Darou Salam Kaél un lieu de prière, d'études du mouridisme, d'apprentissage du Coran et de la Sunna (tradition) du prophète Mahammad (PSL) et de dévotion totale et d'une adoration parfaite à Dieu comme l'avait recommandé son père Serigne Touba.
Un Inconditionnel de l'Agriculture
A partir de Darou Salam Kael, Serigne Bassirou vint s'installer à Kaolack. Le guide religieux mouride s'installa dans le quartier de Kasnack le fief de Mboutou Sow et fonda "diakaye" (mosquée) mouride. Son arrivée avait soulevé les suspicions des autorités françaises mais dans leurs craintes car il est le fils de Khadimou Rassoul, il y a l'assurance de Mboutou Sow qui a positivement intervenu en faveur du marabout mouride pour tranquilliser l'administrateur de Kaolack.
Avec l'arrivée des nombreux talibés, Kasnack est devenu étroit. Il était obligé de quitter pour aller plus à l'ouest de la ville pour fonder Boustane (jardin en arabe). Cette zone de sols salés argileux ou "tanne" impropres à l'agriculture était quasi devenu inhospitalière pour le marabout mouride ; un vrai inconditionnel de l'agriculture.
Quand son frère Mouhamadou Moustapha, khalife général de Touba après le décès de Khadimou Rassoul en 1927 avait demandé à tous les mourides de cultiver de l'arachide pour pouvoir soutenir le lourd coût financier de la construction du rail Diourbel- Touba entre 1929 et 1931 pour l'acheminement du lourd matériel pour la construction de la mosquée de Touba. Serigne Bassirou devait obligatoirement quitter Boustane impropre à la cuture arachidière qui exige des sols meubles ou sols "dior". Pour ce besoin de terres arables adaptées à la culture arachidière qui intéresse les français, l'administrateur soutena son installation à Ndorong où il fut rejoint par tous les talibés malgré quelques réticences des sérères autochtones. Très vite la personnalité de Serigne Bassirou Mbacké finit par convaincre les autochtones de Ndorong qui rejoignent en masse le fils de Khaddimou Rassoul. Entre 1929 et 1930, Ernest Reynier administrateur de Kaolack mentionna dans ses rapports la popularité grandissante du marabout de Ndorong.
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Stratège Social et Pédagogue
Entre prosélytisme religieux, enseignement du mouridisme et travaux champêtres, Serigne Bassirou Mbacké est connu à Kaolack par son comportement social irréprochable et son charisme avec des relations de bon voisinage avec les autres familles religieuses et les autorités françaises. L'administrateur Rémy a totalement soutenu le guide religieux mouride pour disposer de terres d'agriculture en faisant la médiation en sa faveur face à une certaine réticence des autochtones de Ndorong au début de l'arrivée du marabout mouride. L'administrateur Edmond Louveau avait des fortes relations d'amitié et de confiance avec le marabout de Ndorong ; à la fin de sa mission et son retour en France, Edmond Louveau est revenu à Kaolack pour une visite d'amitié et de courtoisie à Serigne Bassirou Mbacké.
L'évaluation d'une personne à partir de son caractère, de son éducation socio- religieuse est objective et juste si elle part de l'auto réputation c'est à dire de l'image de soi ; en cela Serigne Bassirou Mbacké est un exemple pour les humains. Sa réputation d'un bon mouride qui suit pas à pas les enseignements de son vénéré père Khadimou Rassoul est largement démontré par son caractère charismatique qui lui vaut la ruée des talibés vers lui aussi bien à Ndorong qu'à Darou Salam Kaél. Tous ses actes tant appréciés par tous ceux qui l'ont connu ou qui l'ont côtoyé sont largement déterminés par son éducation socio- religieuse et son haut niveau intellectuel ; deux facteurs personnels qui se sont révélés dans ses entreprises socio- religieuses et personnelles. Il a éduqué ses nombreux disciples par la science religieuse et le travail honnête.
Il est difficile en parlant de Serigne Bassirou Mbacké d'utiliser le mot leader irréprochable, qualificatif qui lui sied parfaitement au regard de ses relations avec tous: talibés, autorités coloniales, voisins, connaissances et concitoyens car dans ses écrits, ses comportements, ses discours religieux et ses déclarations au quotidien, il fait comprendre qu'il est toujours à la conquête de statut de talibé mouride parfait et accompli sous le guide de Khadimou Rassoul pour marcher derrière lui sur les pas du prophète Muhammad (PSL).
Ascension au Califat et Continuité de l'Œuvre
Le 30 août 2007, il sort de sa retraite religieuse et se fait connaître des fidèles lorsqu'il reprend le titre de calife du fief familial de Darou Miname à la suite de la mort de son frère Serigne Moustapha Bassirou Mbacké. Une fonction qu'il a assurée pendant dix ans. Au fil des années, il entre dans la sphère des dignitaires de Touba, devenant le bras droit du calife général Serigne Sidi Mokhtar Mbacké qui le charge alors des inaugurations de mosquées. Ce dernier lui accorde sa confiance dans la conduite des affaires religieuses de la cité de Touba, jusqu'à lui laisser l'honneur, en novembre 2017, de l'inauguration du Magal, la plus grande fête religieuse du Sénégal qui commémore le départ en exil du fondateur de la confrérie.
Serigne Mountakha Mbacké a été nommé officiellement, mercredi 10 janvier, huitième calife général des mourides, prenant la place de Serigne Sidy Mokhtar Mbacké, mort mardi dans la ville sainte de Touba, au Sénégal.
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Considéré comme un homme de dialogue, cultivé, rassembleur et respectueux de l'orthodoxie mouride, Serigne Mountakha Mbacké incarne les valeurs fondamentales du mouridisme par excellence. Il a su revitaliser les valeurs du mouridisme à travers ses prêches sur la politesse légale, sur le comportement à adopter par les disciples mais également les journées dédiées au Khassaïdes de Serigne Touba qu'il préside. S'inscrivant dans la continuité, il inaugura l'illustre mosquée Massalikoul Jinane de Dakar et poursuivit les chantiers de Cheikh Sidy Moukhtar, en l'occurrence l'Université Cheikh Ahmadou Bamba de Touba.
Aujourd'hui, gardien du legs du fondateur du mouridisme Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul, le Khalife Général, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, à la tête de la communauté mouride depuis le 10 janvier 2018, tient à perpétuer l'œuvre de ses prédécesseurs.
Relations et Influence
Serigne Mountakha entretient d'excellentes relations avec les familles de Touba et de toutes les autres confréries de Sénégal. En prélude au Grand Magal de Touba, la ville sainte de Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul refuse déjà du monde. Comme à l'accoutumée et à la veille de chaque Magal, la cité religieuse ne cesse d'accueillir la visite de personnalités ou de leaders politiques accueillis soit par Serigne Moussa Nawél Mbacké ou par Serigne Bassirou Abdou Khadre Mbacké, le Porte-parole du Khalife ou encore par Serigne Dame Atta Mbacké avant d'avoir une audience avec le Khalife Général, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké.
Faisant partie des 50 africains les plus influents, pour citer le journal Jeune Afrique, Serigne Mountakha Mbacké, « Le khalife général des mourides est celui face à qui les présidents sénégalais s’agenouillent le plus volontiers, afin de recevoir ses bénédictions. En période électorale, le défilé des leaders politiques à Touba, la ville sainte sainte du mouridisme, s’apparente à une rituelle danse du ventre, même si l’intéressé ne donne jamais aucun ndiguël (consigne de vote).
Héritage et Vision
Lors de son allocution, il a tendu la main aux guides des autres confréries islamiques du Sénégal comme aux autres religions, poursuivant ainsi l'héritage de concorde religieuse et de pacification instituée par ses prédécesseurs. Il a assuré que sa démarche resterait fidèle aux préceptes mouridiques : adoration de Dieu et culte du travail.
L'ouvrage "Serigne Mountakha MBACKÉ, le Calife de la science et des projets" analyse en profondeur la gestion des Affaires publiques à Touba et propose une réorganisation des institutions califales et de la gouvernance de la ville de Touba (la Mairie). La réforme du transport, la réorganisation du contenu du Grand Magal, l'entourage du Calife, la construction des mosquées et l'ouverture des écoles coraniques, l'eau potable, l'administration des cimetières, le tourisme religieux ont été objectivement étudiés avec une approche critico-constructive.
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