Laurent Fignon, une figure emblématique du cyclisme français, a marqué son époque par son talent, son franc-parler et son destin tragique. Né le 12 août 1960 à Paris et décédé le 31 août 2010, il a conquis le cœur des passionnés de cyclisme grâce à ses victoires éclatantes et son caractère bien trempé.

Un début de carrière prometteur

Laurent Fignon grandit à Tournan-en-Brie (Seine-et-Marne). Contrairement à la plupart des futurs champions, il ne s'investit pas dans le sport cycliste dès l'enfance. Il s'initie au cyclisme en 1975, en voyant des amis pratiquer. Débutant sur le vélo de marque Vigneron de son père, il apprécie immédiatement ce sport et parvient à suivre ses amis plus expérimentés. En 1976, il prend sa première licence à la Pédale Combs-la-Villaise. Il intègre le club de Combs-la-Ville à seize ans, mais suit un cursus scolaire complet et obtient un baccalauréat scientifique.

Il débute en amateur à 18 ans, remportant le championnat de France militaire en 1981. Sa carrière professionnelle débute en 1982, au sein de l'équipe Renault-Gitane dirigée par Cyrille Guimard. Dès sa première année, il remporte une épreuve prestigieuse, le Critérium international.

L'ascension fulgurante : les Tours de France 1983 et 1984

L'année 1983 marque un tournant dans la carrière de Laurent Fignon. Bernard Hinault, le leader de la formation Renault-Gitane, doit se faire opérer du genou. En l'absence du « Blaireau », le Tour de France privé de « patron » s'avère débridé. Il semble d'abord promis à Pascal Simon, mais celui-ci, victime d'une chute, est contraint à l'abandon. Le public découvre alors ce jeune homme anticonformiste de moins de vingt-trois ans à la franchise cassante : chevelure blonde triomphante, lunettes cerclées, bachelier, parisien, il constitue le contraire de l'archétype du champion cycliste dont l'image demeure alors associée à la ruralité. Quelques jours plus tard, il allait remporter ce Tour 1983. Impossible de passer à côté de ce double clin d'œil spatio-temporel. 30 ans, jour pour jour. Comme si, par-delà l'anecdote, il fallait nous rappeler que Fignon est mort. Pas la peine. On ne le sait que trop. Je ne le sais que trop.

L'année 1984 est pour Laurent Fignon celle de la flamboyance. Certes, il ne remporte pas le Giro : l'Italien Francesco Moser, poussé par les tifosi dans les Dolomites avec la complicité de l'organisateur de l'épreuve Vincenzo Torriani, propulsé dans le contre-la-montre de Vérone par les pales de l'hélicoptère de la R.A.I. Mais, dans le Tour de France, il humilie Bernard Hinault, qui court désormais dans la formation La Vie claire montée par Bernard Tapie : le Breton est débordé vers L'Alpe-d'Huez, où il ne peut opposer que son panache à la force insolente de son rival, et se voit relégué à plus de 10 minutes à Paris. Tous les spécialistes s'accordent : Laurent Fignon va régner sur la Grande Boucle durant plusieurs années. Irrésistible cette saison-là, le Français se fera tout de même "voler" le Giro par Francesco Moser et les organisateurs du Tour d'Italie, peu scrupuleux. Il fût également sacré champion de France. En 1984, il remporte cinq étapes du Tour de France, un record pour l’époque.

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Les années de galère et la résurrection

Mais les chemins de la gloire ne sont pas linéaires. En 1985, il doit se faire opérer du tendon d'Achille gauche, ce qui marque le début de trois années de souffrance. 1985: il ne dispute pas le Tour de France à la suite d'une opération à une cheville rendue nécessaire par une tendinite récurrente.1986: il se fracture une clavicule en janvier. Il abandonne le Tour à cause d'une forte angine.1987: il est contrôlé positif en mai au GP de Wallonie. Dans le Tour, la tête ailleurs après avoir appris la naissance de son fils, il lâche plus de neuf minutes dans le contre-la-montre du Mont Ventoux gagné par Jean-François Bernard.1988: victime de deux chutes sérieuses (fracture du scaphoïde dans Liège-Bastogne-Liège, blessure à un genou au Midi Libre), il abandonne le Tour à cause d'un ver solitaire.

Fignon retrouve un peu de sa splendeur en 1988 : en fin stratège, il remporte Milan-San Remo (il renouvellera ce succès l'année suivante). Il connaît une totale résurrection en 1989, mais le jeune champion insouciant a laissé la place à un homme assombri, hermétique, plus solitaire encore. Il gagne ce Giro qu'on lui avait volé en 1984, puis se présente ambitieux au départ du Tour de France. Il s'était pourtant adjugé le Giro deux mois plus tôt, un juste retour des choses après les arrangements italiens de 1984 destinés à favoriser Francesco Moser. Il aurait pu conclure ce festival par un titre de champion du monde mais il ne pût se défaire de LeMond et de Kelly dans le final à couper le souffle de Chambéry où il termina le sprint à la 6e place, laissant le Yankee s'emparer des lauriers de la gloire, une fois de plus. Une fois de trop ?

Le Tour de France 1989 : une défaite cruelle

Pourtant, son nom reste curieusement gravé dans la mémoire collective d'une France que l'on pensait débarrassée du « syndrome de Poulidor » en raison d'une improbable défaite pour 8 secondes lors du Tour de France 1989.

Mais c'est surtout en 1989 que Laurent Fignon rata un triplé légendaire. 1989: dans les dernières étapes, il est gêné par une induration à la selle. Il perd le Tour pour 8 secondes à l'issue du dernier contre-la-montre. Deux mois plus tard, il est déclaré positif dans une course aux Pays-Bas (amphétamines). Faute de chance et (peut-être) d'un manque de sens tactique à certaines occasions, le champion francilien perdit le Tour pour huit petites secondes au profit de son grand rival, Greg LeMond, au terme de l'ultime contre-la-montre Versailles-Paris. Il possédait pourtant 50 secondes d'avance avant ce chrono mais une induration à la selle et le guidon de triathlète de l'Américain eurent raison de son talent. Considéré comme le dernier champion parisien de cyclisme, né dans la capitale le 12 août 1960, Laurent Fignon a incarné la jeunesse triomphante au début des années 1980. Puis le perdant magnifique du Tour 1989, pour 8 secondes, la plus petite marge de l'histoire, face à son rival américain Greg LeMond. Je n'ai plus jamais chialé pour du sport. Alors, oui, il m'aurait raconté ces huit secondes. Il aurait souri et aurait remis une tournée. J'aurais voulu que ça se passe comme ça. Mais ce fut un gigantesque fiasco. Fignon, ce jour-là, rimait vraiment avec tête de con et il m'avait envoyé sur les roses, je ne sais plus trop ni comment ni pourquoi. En rentrant, déconfit, humilié, je me disais "non mais quel connard ce type". Il parait qu'il ne faut jamais rencontrer ses idoles. Ça doit être vrai. Puis j'ai réfléchi. Je me suis dit qu'en fait, c'était pour tout ça que j'aimais Fignon.

Toujours-est-il que Fignon ne retrouvera jamais son meilleur niveau après ses immenses déceptions.

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Fin de carrière et reconversion

Il termina sa carrière au sein de l'équipe italienne Gatorade (1992-1993) comme lieutenant de Gianni Bugno, remportant de nouveau une étape du Tour à Mulhouse en 1992. 1990: il chute dans le Giro puis abandonne dans le Tour.1991: il chute dans le Giro (déplacement du bassin). La dernière pirouette d'un géant de la route qui a toujours pris soin de regarder devant lui.

Après sa carrière de cycliste professionnel, Laurent Fignon est resté impliqué dans le monde du cyclisme. Fondateur de de Laurent Fignon organisation (1995), Organisateur de séminaires et d'événements sportifs (1995), Organisateur des courses Paris-Nice (2000-01), Paris-Corrèze (2001), Directeur du Centre Laurent Fignon. Il revendra Paris-Nice à ASO en 2002 avant de devenir consultant pour France Televisions où il commentait les courses et notamment le Tour de France. Il était encore au micro au mois de juillet dernier pour commenter la victoire d'Alberto Contador.

Un homme de caractère

Laurent Fignon, c'était d'abord une gueule. Une gueule d'ange avec ses cheveux blonds et ses petites lunettes qui lui donnaient un air d'étudiant à peine sorti de l'adolescence. C'est ensuite un caractère bien trempé, digne des plus grands coureurs de l'histoire. Avec 76 victoires, il a profondément marqué son époque. Grand puncheur, attaquant intrépide et généreux, le coureur n'a pourtant jamais fait l'unanimité, comme Jacques Anquetil et Bernard Hinault avant lui. Entier et sincère pour les uns, ombrageux et distant pour d'autres, l'homme avait son franc parler, ses maladresses et ses coups de gueule qui le rendaient touchant et attachant. Il pouvait parfois se montrer irritant comme lorsqu'il voulu faire de Paris-Nice un énorme évènement au début des années 2000, sans prendre assez le temps de discuter avec les sponsors historiques de la "Course au soleil". J'ai toujours vu Fignon comme le dernier lien vers un cyclisme qui n'existe plus: ce cocktail de (très) forte personnalité, d'orgueil, de cyclisme pour la gagne, le tout mâtiné d'un caractère aventureux sur le vélo et d'une absence de calcul d'épicier. J'ai aimé d'autres coureurs et j'en aime encore, mais ce n'est plus tout à fait pareil. A 38 ans, je n'ai pas encore tout à fait l'âge d'être un vieux con, mais c'est toujours ainsi que je l'ai ressenti. Ce deuil d'un cyclisme qui n'existe plus, c'est aussi le deuil de l'enfance, bien sûr. Il y a de ça, forcément. Mais je crois quand même que Fignon appartenait à une autre espèce. Il n'était ni un ange ni un saint. C'était même, par bien des aspects, ce qu'on pourrait appeler une tête de con. Quelques personnes qui l'ont connu beaucoup mieux que moi (qui ne l'ai pas connu du tout) ont pu m'en faire partager quelques exemples.

Son caractère: "Je n'ai jamais aimé le copinage. Avec qui que ce soit. Je peux dire que je suis assez fier de cette spécificité." "Tout le monde ne m'aimait pas et je m'en foutais. Moi, j'étais un mec honnête qui disait généralement la vérité." "J'ai perdu un Tour de France pour huit secondes. Si je m'étais arrêté à ça, j'aurais tout laissé tomber. C'est pareil dans la vie. Je me suis endurci. Qui sait, mon coeur est peut-être à moitié fait de pierre." "Je pensais trop. Ceux qui réussissent vraiment pensent moins à vélo. Ce n'est pas qu'ils sont bêtes, mais ils se posent moins de questions que moi.".

La maladie et le décès

Laurent Fignon est décédé le 31 août 2010 à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, des suites d'un cancer avancé des voies digestives. L'établissement hospitalier annonce sa mort via un communiqué où est écrit : « Valérie Fignon son épouse a la douleur d'annoncer le décès de Laurent Fignon aujourd'hui, mardi 31 août 2010 à 12 h 30 à l'hôpital Pitié-Salpêtrière. Malgré la maladie, il avait tenu son poste de consultant sur France télévisions lors des Tours de France 2009 et 2010.

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Dans son ouvrage intitulé "Nous étions jeunes et insouciants", Laurent Fignon avait également reconnu la prise d'amphétamines et de cortisone durant sa carrière de coureur, mais n'avait pas établi un lien direct avec la maladie. "Je ne vais pas dire que cela n'a pas joué. Je n'en sais absolument rien. C'est impossible de dire oui ou non. D'après les médecins, apparemment non", avait-il déclaré. "Je n'ai pas envie de mourir à 50 ans, mais si c'est incurable, qu'est-ce que j'y peux ?" disait-il à Paris Match en janvier dernier. "J'aime la vie, j'adore rigoler, voyager, lire, bien bouffer, comme un bon Français. Je n'ai pas peur de la mort, je n'en ai juste pas envie !"

Son cancer: "C'est une saloperie. Mortelle. Qui fait peur. A soi et aux autres. Mais ce n'est pas une maladie honteuse !" "Une fois passé le premier diagnostic, j'ai admis, de mon propre chef, que la transparence pourrait participer de ma thérapie." "Quand je serai tout maigre, peut-être qu'on ne me verra plus beaucoup. Je n'ai pas envie de faire pitié. Mais si ça peut apporter quelque chose à d'autres de voir que je me bats…" "Je n'ai pas peur de mourir. Si ça devait s'arrêter rapidement, je n'aurais pas beaucoup de regrets. J'ai eu une belle vie.".

Ses obsèques ont eu lieu dans la plus stricte intimité. Laurent Fignon est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris, France. Sa tombe se trouve dans la 15ème division de ce célèbre cimetière parisien, permettant à ses admirateurs de lui rendre hommage.

Palmarès

Deux Tours de France, un Giro, deux Milan-San Remo, un Championnat de France, un Grand Prix des nations figurent notamment au palmarès cycliste professionnel de Laurent Fignon.

  • Courses d'un jour: Championnat de France 1984 Milan-Sanremo 1988 et 1989, Flèche Wallonne 1986 GP de Plumelec 1983, Paris-Camembert 1988, GP des Nations (contre-la-montre) 1989, Trophée Baracchi et GP de Baden-Baden (contre-la-montre avec Thierry Marie) 1989
  • Courses par étapes: Critérium international 1982 et 1990, Semaine Sicilienne 1985, Tour de la Communauté européenne 1988, Tour des Pays-Bas 1989, Ruta Mexico 1993 1 étape de Tirreno-Adriatico 1983, 2 étapes du Tour de Romandie 1984, 1 étape du Dauphiné 1986, 1 étape du Tour des Pays-Bas 1987, 2 étapes de Paris-Nice 1987, etc
  • Grands tours:
    • Tour de France: vainqueur en 1983 et 1984. 2e en 1989. Neuf étapes (Dijon contre-la-montre en 1983, Le Mans contre-la-montre, La Ruchère contre-la-montre en côte, La Plagne, Crans-Montana et Villefranche-en-Beaujolais contre-la-montre en 1984, La Plagne en 1987, Villard-de-Lans en 1989, Mulhouse en 1992).
    • Giro d'Italia: Vainqueur en 1989. 2e en 1984. Deux étapes (Arabba en 1984, La Spezia en 1989).

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