Karl Lagerfeld, une figure emblématique de la mode, un créateur de génie, un photographe talentueux, et un personnage haut en couleur, a marqué le XXe et le début du XXIe siècle de son empreinte indélébile. Décédé le 19 février 2019, il continue de fasciner et d'inspirer. Cependant, derrière l'icône aux lunettes noires et à la queue de cheval se cachait un homme complexe, entouré de mystères, notamment en ce qui concerne sa date de naissance. Cet article se propose d'explorer la vie de Karl Lagerfeld, en mettant en lumière les raisons pour lesquelles il a entretenu le flou autour de son âge, et de dévoiler d'autres aspects méconnus de sa personnalité.
Une Date de Naissance Enigmatique
Alors que l'on commémorait les quatre ans de sa disparition en février 2023, l'âge de Karl Lagerfeld a longtemps fait débat. Le couturier allemand était né à Hambourg. Lagerfeld était toujours resté très évasif sur son année de naissance. Il a menti sur son année de naissance, aimant semer le doute et déformer la réalité. Peu de temps après son arrivée à Paris, à 18 ans, il se rajeunit de cinq ans sur les documents officiels. Il assurait que sa mère est à l’origine de cette démarche, et qu’elle aurait aussi brûlé l’acte de naissance officiel. Ailleurs, il annonce être né en 1935, semant le doute, en fonction des interviews. « Je ne suis même pas né un 10 décembre. Quant à savoir si c’est en 1933 ou 1938, mon âge c’est moi qui en décide », déclarait même le couturier.
En 2003, un journal allemand enquête et retrouve le registre de baptême, qui confirme la date de 1933. Karl Lagerfeld est né le 10 décembre 1933.
Une nouvelle biographie, "Paradise Now", écrite par son ami William Middleton, apporte un éclairage nouveau sur cette question. Selon Middleton, la falsification de sa date de naissance "lui permettait de déplacer son enfance loin des Nazis. En disant être né en 1938, il sous-entendait avoir été trop jeune pour se rendre compte de ce qu'il se passait à la fin des années 30".
Il n'était pas à l'aise avec sa date de naissance. La vraie raison du mensonge était de ne pas être associé à la naissance du Troisième Reich. "J’avais honte. J’avais honte d’être né la même année que celle qu’avait choisi Hitler pour commencer sa politique antisémite en Allemagne en tuant les juifs."
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Jeunesse et Premiers Pas dans la Mode
Né à Hambourg, en Allemagne, Karl Otto Lagerfeldt de son vrai nom, est le fils d’un homme d’affaires scandinave et d’une mère prussienne. Sa mère est prussienne et son père, représentant de commerce de profession, a des origines suédoises. Il grandit au sein d’un milieu aisé, entre le domaine de Bissenmoor, propriété de ses parents près de Bad Bramstedt, et Hambourg. Au début des années 50, Karl et sa mère quittent l’Allemagne et s’installent à Paris. Il suit sa scolarité au lycée Montaigne, puis débute sa carrière comme illustrateur de mode.
Rapidement, en 1954, Karl Lagerfeld reçoit le premier prix du concours international de laine et finit ex aequo avec Yves Saint-Laurent. C’est grâce à ce concours qu’un grand couturier présent dans le jury le remarque : Pierre Balmain. Celui-ci lui propose un poste d’assistant alors que Karl a tout juste 17 ans. Remarqué par Pierre Balmain, membre du jury, Karl Lagerfeld est embauché comme assistant personnel du couturier de 1955 à 1962. Il travaille pour Monsieur Balmain jusqu’en 1962 avant de rejoindre Jean Patou. Directeur artistique du couturier Jean Patou à partir de 1959, il rejoint ensuite la marque Chloé, en 1963, pour sa collection de prêt-à-porter et sa ligne d’accessoires. Il conserve ses fonctions jusqu’en 1983 et parallèlement collabore avec la maison italienne Fendi à partir de 1965.
L'Ascension chez Chanel
S’il est bien une année marquante dans la carrière de Karl Lagerfeld, c’est son arrivée au poste de Directeur Artistique chez Chanel en 1983. En 1983, la maison de couture Chanel périclite depuis la disparition de Coco Chanel et frôle la fermeture. Karl Lagerfeld est alors choisi pour perpétuer l’esprit de la styliste et devient directeur artistique de la marque. Il métamorphose la marque et lui évite ainsi la faillite. Les top-modèles qu’il choisit deviennent de véritables célébrités, à l’image d’Inès de la Fressange et Vanessa Paradis. De talent prometteur de la Haute Couture, le designer passe alors au rang de créateur de génie à la pointe de la tendance.
Création de sa Propre Marque et Diversification
Parallèlement, en 1984, il crée Karl Lagerfeld, sa propre maison de couture. En 2004, H&M demande au couturier de collaborer avec l’enseigne pour lancer une collection accessible à toutes. En 2007, après avoir revendu toutes ses marques à Tommy Hilfiger, il crée K par Karl, une ligne pour hommes et femmes plus accessible. En 2008, il collabore avec Coty pour lancer une ligne de parfums et pose sur une publicité pour la sécurité routière pour inciter le port du gilet jaune réfléchissant.
Karl Lagerfeld ne brille pas seulement dans le milieu de la haute couture, il crée en effet le parfum Chloé en 1975 qui connaît un vif succès. En 1987, il se charge lui-même de ses campagnes et se révèle être un photographe de talent. En 1992, il dessine une soixantaine d’illustrations pour le conte d’Andersen Les Habits neufs de l’empereur. Il se lance en 1999 dans l’ouverture d’une librairie à Paris, le 7L, puis crée une maison d’édition éponyme dédiée aux arts graphiques et à la photographie. En 2000, il écrit Le Meilleur des Régimes, un livre à succès, après avoir perdu 42 kilos. En 2004 il conçoit pour H&M une collection capsule dont le succès est fulgurant. Il joue dans La doublure de Francis Weber en 2006 et prête sa voix au méchant dans Totally Spies ! Le film en 2009.
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Une Personnalité Complexe
C’est aussi sa personnalité, son humour grinçant, sa grande culture et son style singulier qui ont fait de Karl Lagerfeld une véritable icône. Sa vie semble proche de celle d’un personnage de roman. Karl Lagerfeld est toujours resté discret sur sa vie sentimentale mais a néanmoins partagé la vie de Jacques de Bascher, son unique amour, pendant 18 ans jusqu’à ce que celui-ci ne meure du sida en 1989. Il a déclaré avoir toujours vécu une relation platonique avec ce dandy habitué des soirées mondaines et des excès en tous genres.
Karl Lagerfeld n’aime pas le contact physique. Sa mère, paraît-il, était pareille. Le sexe ? Il ne s’en cache pas, il trouve cela « presque dégradant ». On ne sait même pas si avec Jacques de Bascher, l’amour de sa vie, ils ont eu des rapports physiques. « Perdre le contrôle, c’est horrible, j’ai horreur de ça », confiera le créateur au catogan. Par ailleurs, il sort beaucoup mais rentre toujours avant minuit. Pas une goutte d’alcool. La drogue, jamais. Ce qu’il aime lui, c’est le labeur, le contrôle. « J’adore les gens qui font la fête, mais je suis tout le contraire de ça, explique-t-il. J’ai un côté austère, nordique, puritain. Je ne suis fait que pour travailler (…)». Des vacances ? Il n’en prend pas depuis le début des années 1980. Même l’été, il passe ses journées à dessiner. Au Sept, ou au Nuage, clubs ultra-branchés où il sort avec toute sa bande dans les années 1960-1970, il ne danse pas mais observe, scrutant attentivement la faune qui l’entoure, s’imprégnant des looks, des comportements. « Mon rêve est de devenir invisible, confiera-t-il. Juste une paire d’yeux, regardant. »
Sa Mère : Une Influence Déterminante
Les anecdotes au sujet d’Élisabeth, sa mère, foisonnent. Elle n’est certainement pas pour rien dans le sens de la repartie du grand couturier. La reine des bons mots, des saillies cinglantes, et de l’humour grinçant, c’est elle. Avec son fils, comme avec les autres, elle est très dure. Elle se moque de son nez « en pomme de terre », de ses mains « pas très belles ». Le petit Karl a les cheveux couleur poil-de-carotte. Elle l’envoie se les faire teindre en bleu-noir. Dès l’enfance, le garçon s’exprime très bien, avec un débit de mitraillette. Là encore, Élisabeth n’y est pas étrangère. « Mes propos ne l’intéressaient pas. Dès que je commençais à parler, elle s’éloignait, je me dépêchais d’achever mes phrases avant qu’elle ne referme la porte du salon », raconte le styliste. Elle lui lance aussi Tu as six ans, moi non, alors s’il te plaît, fais un effort. Mais jamais il ne la critiquera. Pas le genre de la maison, bien au contraire. « Sa mère le brime, mais au lieu d’admettre la blessure, il la transforme en force de caractère, en ligne de conduite », analyse Marie Ottavi.
Jacques de Bascher : L'Amour de sa Vie
Alors qu’il virevolte entre Chloé et Fendi, en 1971, un homme réussit à faire vibrer le cœur de ce créateur en apparence si froid et intransigeant et au contrôle à toute épreuve. Jacques de Bascher, beau, très cultivé, impertinent. Il a 20 ans, Karl presque 38. Il est son opposé total. Un dandy, fêtard à l’extrême, exubérant, virevoltant d’amant en amante, gros consommateur de drogue et d’alcool, qui brûle la vie par les deux bouts. Les contraires s’attirent, paraît-il. Karl Lagerfeld en est fou. Avec lui, chose rare, il rit beaucoup. Ils vivent une relation extrêmement libre. Jacques sera aussi l’amant d’Yves Saint-Laurent, ce qui brisa la longue amitié entre les deux stylistes. Il meurt du sida en 1989, veillé par Karl à l’hôpital.
Choupette : La Muse Féline
En 2011, après avoir gardé Choupette, le chat du mannequin Baptiste Giabiconi, il l’adopte et en fait une égérie notamment pour Opel et Shu Uemura. C’est devenu le matou le plus célèbre du Tout-Paris, avec une marque de maquillage à son nom, un compte bancaire à son nom et plus de 96 000 abonnés sur Instagram (181 000 en 2019). Karl adorait Choupette, sa chatte birmane. Son histoire est insolite : le mannequin Baptiste Giabiconi, proche du couturier, lui demande en décembre 2011 de garder sa chatte pendant les fêtes. Il accepte même s’il n’a aucune idée de comment s’en occuper. Au début, il la porte maladroitement, l’étrangle sans le vouloir, raconte Marie Ottavi. Mais les jours passent et il se décontracte. S’attache à cette boule de poils aux yeux saphir. Lui, si coincé, devient même tactile à ses côtés. Quand Baptiste rentre de vacances, il veut récupérer son félin. Karl veut l’en dissuader, mais rien n’y fait. Le couturier, triste et vexé, ne répond plus aux messages de son ami. Qui finit par céder et rapporte la chatte à Karl. Il fera d’elle une star. « Choupette a fait de moi une meilleure personne, moins égoïste », racontera-t-il en 2015. Il ne refera jamais sa vie et vivra avec sa muse, Choupette, héritière de sa fortune.
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Les Dernières Années et la Disparition
Le couturier allemand était tellement dans le contrôle de son image, que lorsqu'il a appris, en 2015 selon William Middleton, qu'il était atteint d'un cancer de la prostate, il n'a pas voulu que qui que ce soit le sache. À l’instar de Caroline Lebar, proche collaboratrice, qui, pour Gala, s’est souvenue des derniers jours du génie, lors d'une interview en novembre dernier. "Ce n’est qu’après sa mort que j’ai appris qu’il était atteint d’un cancer , a rapidement déploré Caroline Lebar. La dernière année, je l’ai vu souffrir d’un lumbago, de maux de dents, d’épanchements. Mais Karl interdisait qu’on le ménage. Il refusait de montrer sa fatigue ", a-t-elle ensuite concédé.
Le 19 février 2019, Karl Lagerfeld meurt après avoir été admis à l'hôpital la veille.
Hommages et Héritage
Au cours de sa carrière, Karl Lagerfeld reçoit de nombreux prix, notamment celui du Couture Council Fashion Visionary Award en 2010 et la Légion d’honneur la même année. En 2010, il est fait Commandeur de la Légion d’honneur, par Nicolas Sarkozy. Le 20 juin 2019, un vibrant hommage lui est rendu au Grand Palais de Paris.
Et comme disait Karl en 2018 dans Numéro : « Il n’y aura pas d’enterrement. On connaît son visage, rarement souriant. Sa repartie, toujours cinglante. Sa voix, aussi, et cet irrésistible accent allemand dont il n’a jamais pu, ou voulu, se défaire. Il fallait raconter sa vie, ou plutôt ses vies, tant elles détonent.
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