Introduction

Jigoro Kano, né le 28 octobre 1860, est une figure emblématique du monde des arts martiaux. Il est le fondateur du Judo Kodokan, une discipline qui a transformé le jujutsu en un sport éducatif et une philosophie de vie. Cet article explore la vie de Kano, de sa jeunesse à son héritage durable, en mettant en lumière son impact sur le judo et son rôle dans la promotion du sport et de l'éducation physique au Japon et dans le monde. Chaque année du 27 au 29 octobre, l'Institut du Judo Kodokan célèbre la naissance de Kano Jigoro Shihan.

Jeunesse et Premières Influences

Jigoro Kano est né à Migake (Japon) le 28 octobre 1860, au sein d'une famille de cinq enfants, dont il était le troisième fils de Jirosaku Mareshiba Kano, un marchand. Issu d'une famille de commerçants prospères et influents, Kano bénéficie d'une éducation réservée aux étudiants de son rang social. Son grand-père paternel était Maretake (4).

A l'âge de dix ans, il reçut le sabre des Samouraï juste avant que l’empereur Meiji n’en interdise le port. En 1871, il arrive à Tokyo où il suivra de brillantes études à la faculté des sciences politiques et des lettres.

Kano n’était pas un être comme les autres ; à cause de sa petite taille et sa nature chétive, le jeune Kano était le souffre-douleur de ses camarades qui se moquaient de lui en permanence. Pour mettre un terme à cela, Kano décida de faire du sport afin de développer son corps fragile. Pacifiste de nature et désireux de vivre en paix avec autrui, Jigoro Kano décida d’étudier les arts. Attiré par les sports "modernes" comme le base-ball, Kano l'est aussi par les arts martiaux.

L'Apprentissage du Ju-Jutsu

C’est ainsi qu’à l’âge de 17 ans, il commença à étudier le ju-jutsu avec maître Hachinosuke Fukuta. En 1877, à l'âge de 18 ans, Kano débute le jujutsu (style tenjin shin yo) sous la direction de Fukuda Hachinosuke. Dans cette école Tenjin-shinyo Ryu, Kano découvrit les atemi waza et les katame waza. Après la mort du Maître Fukuda, il entra à l’école Kito Ryu. Ici, il s’imprégna d’un nouvel esprit : « minimum d’énergie, maximum d’efficacité ». Ce principe ne le quittera plus et il l’inclura dans sa méthode. Sa soif de connaissance ne le limita pas à ces deux anciennes écoles.

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La Création du Judo Kodokan

En février 1882, Jigoro Kano créa le Judo Kodokan et ouvrit son premier dojo dans le petit temple d’Eisho-ji où il avait élu domicile. En 1882 Kano Jigoro est étudiant à l'Université Impériale de Tokyo lorsqu'il ouvre l'Ecole du Kodokan ("école où l'on étudie la voie"). Il enseigne une pratique nouvelle : Le Judo.

A ses débuts, le dojo ne comptait que 12 tatamis et neuf disciples. Tomita Tsunejiro fut le premier élève. Saïgo Shiro, qui entra au Kodokan en août 1882, en est la plus grande figure. La réputation de l’école se propagea très vite. Le dojo ne cessa de déménager et de s’agrandir, passant de 12 à 167 tatamis en l’espace de sept ans. Mais c’est à Tokyo, lors de la plus grande rencontre organisée par la préfecture de police, au dojo de Fujimi-Cho, que le Judo du Kodokan établit sa suprématie.

Kano propose une relecture des Arts Martiaux et marque une rupture nette dans les conceptions et l'utilisation des méthodes de combat. Le Judo est fondé dans une période charnière du Japon. A l'ère Meiji (1868-1912), le pays connaît une période d'ouverture et de transformations essentielles et définitives. Après deux siècles de stabilité et d'isolement relatifs imposés par un régime féodal, l'archipel Nippon découvre un Occident qui lui inspire des sentiments contradictoires.

Le Judo : Un Système d'Éducation et de Philosophie

Le professeur Kano n’a pas seulement construit son judo autour d’une synthèse de différentes techniques. Pour lui, le judo est avant tout un système d’éducation et de philosophie. Ainsi, il compléta la transition du Jutsu en Do en ajoutant un code d’éthique stricte. Il demanda aux élèves et aux instructeurs d’être des exemples tant au niveau de la conduite que du caractère. Aussi, le moindre déshonneur à cette école entraînait la suspension ou l’exclusion.

« Le but du judo et d’utiliser la force physique et mentale d’une façon plus effective. En pratiquant le judo, on comprend le vrai sens de la vie à travers l’entraînement. Vous devez-vous développer en tant que personne et devenir un citoyen utile à la société », écrit Jigoro Kano.

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Kano est un homme de son temps. En valorisant l'activité corporelle, les systèmes d'éducation physique élaborés vers la fin du siècle dernier poursuivent tous des objectifs similaires: former des corps sains, vigoureux, et forger des caractères aptes à mieux servir la nation. Le judo de Kano est avant tout un système d'éducation. Il est fondé sur un principe d'équilibre entre "trois cultures", intellectuelle, physique et morale, dont seul le développement harmonieux peut garantir le progrès de l'individu et, par conséquent, son utilité pour la société. Kano écrit: "Quelque excellente que soit la santé d'un individu, son existence reste vaine s'il ne la met pas au service de la société". Sa méthode s'appuie sur les formes ancestrales de combat, mais les finalités divergent. Pour bien marquer cette différence, Kano met un soin particulier à choisir le nom de sa méthode. Il introduit une rupture sémantique révélatrice de ses intentions.

"Pourquoi j'appelais ceci Judo au lieu de jujutsu? Parce que ce que j'enseigne n'est pas seulement jutsu (art ou pratique). Bien sûr, j'enseigne jutsu , mais c'est sur do (coie ou principe) que je voudrais insister spécialement. Il existe deux autres raisons pour lesquelles j'évitai le terme "jujutsu". L'une est qu'il y avait des écoles de jujutsu qui souvent se laissaient aller à pratiquer de violentes et dangereuses techniques, en projection ou en torsion de bras ou de jambes. "La seconde raison est celle-ci. Lorsque je commençais à enseigner, le jujutsu était tombé en discrédit. Quelques maîtres de jujutsu gagnaient leur vie en organisant des troupes composées de leurs disciples et faisaient des combats exhibitions, pour lesquels l'entrée était payante. D'autres allaient jusqu'à se faire les acteurs de combats entre lutteurs professionnels de sumo et pratiquants de jujutsu.

Les Principes Pédagogiques du Judo Kodokan

La démarche éducative énoncée dans le principe des "trois cultures" se concrétise dans les procédés d'apprentissage : le randori et le kata sont des éléments de base de l'enseignement dispensé par Kano. Ils sont renforcés par les moyens complémentaires que représentent le shiai, compétition, et le mondo, entretiens que Kano aimait à utiliser avec ses élèves.

Exercice courant dans d'autres écoles, le randori est une forme d'entraînement où l'entière liberté de choix est donnée à chacun. Kano lui donne une définition éducative : "Durant le randori, personne ne peut deviner ce que son adversaire va faire; ainsi chacun doit être prêt à faire face à une attaque soudaine de l'adversaire. Jugé imparfait car trop axé sur la spécialisation du corps, l'exercice est complété par le kata, ou formes pré-arrangées. Laissée un temps à l'initiative des judokas expérimentés, la pratique des kata prend rapidement une part importante dans l'enseignement du Kodokan. Elle équilibre l'engagement physique du randori et donne au judo sa dimension culturelle et éducative. Kano affirme : "En cela, je n'ai pas prêté une importance exagérée à la dimension compétitive de l'exercice, comme cela était le cas précédemment, mais j'ai cherché une combinaison d'exercices destinés au combat et à l'entraînement de l'esprit et du corps".

La notion de kata est indissociable des arts martiaux et sa pratique se retrouve jusque dans les bujutsu classiques. C'est un "langage de la forme" qui appartient à la culture japonaise et concerne un grand nombre d'activités. La formulation des kata du judo Kodokan reprend les grands axes de la méthode. Le nage no kata, formes de projections, est apparemment le premier à avoir été établi dans les années 1890. Vers la même époque, sont définis le katame no kata (formes de contrôle au sol) et le kime no kata (formes classiques de défenses individuelle). La réflexion théorique donne lieu à l'élaboration d'un système spécifique, le go kyo no waza (cinq principes de technique), qui met en forme les contenus d'enseignement. L'école de Kano substitue l'analyse construite aux procédés globaux et intuitifs du bujutsu et du budo traditionnels et se démarque, une nouvelle fois, des écoles classiques. Fruit d'un travail collégial et d'un affinement progressif, la hiérarchie des techniques de projection est organisée à des fins pédagogiques. Les premiers katas du judo virent la naissance en 1907.

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La Promotion Internationale du Judo

Très vite, il prend conscience que ce sport doit être exporté hors des frontières du Japon et s'engage dans des voyages à l'étranger. En 1889, il fait une démonstration à Marseille, malheureusement sans beaucoup de succès.

Si le Judo peut, extérieurement, paraître le fait marquant de la vie de Kano, on doit souligner l'importance de sa carrière au sein du Ministère de l'Education Nationale et son rôle est déterminant dans la définition des bases du sport et de l'éducation physique au Japon. En 1889, il effectue une première mission en Europe comme attaché du Ministère de la Maison Impériale. Il devient Conseiller au Ministère de l'Education Nationale pour lequel il effectuera de nombreuses missions à l'étranger. Parallèlement, il sera proviseur de plusieurs grands lycées du Japon.

Dans les années 1920, Mikinosuke Kawaishi commence à enseigner le judo aux Etats-Unis, puis en Angleterre et enfin en France en 1936. Très rapidement, la France devient une des meilleures nations dans ce nouveau sport. Ce n'est qu'après la 2ème guerre mondiale que la Fédération Française de Judo sera créée et que le judo commencera à devenir un sport reconnu au niveau international.

Jigoro Kano et les Jeux Olympiques

Jigoro Kano fut également le premier japonais membre du Comité International Olympique en 1909 et a assisté aux Jeux Olympiques de Los Angeles (1938), Amsterdam (1932) et Berlin (1936). Kano est nommé membre du Comité International Olympique (C.I.O.) en 1909. Il assista aux J.O. de Stockholm en 1912, puis Anvers en 1920, Amsterdam en 1928, Los Angeles en 1932 et Berlin en 1936.

Le judo devient sport olympique permanent à partir des Olympiades de Munich en 1972, après une première apparition aux JO de 1964 à Tokyo. En 1992, aux Jeux Olympiques de Barcelone, le Judo féminin fait sa 1ère participation : Cécile Nowak et Catherine Fleury-Vachon sont médailles d'or.

Héritage et Postérité

Jigoro Kano est mort en 1938 sur le bateau qui le ramenait du Caire. Seul titulaire de la ceinture noire 11ème dan, la ceinture noire 12ème dan lui fut décernée à titre posthume. Le 4 mai 1938, Kano meurt d'une pneumonie sur le paquebot qui le ramenait du Caire, à la suite d'une Conférence du C.I.O.

Kano est à l’origine d’innovations pédagogiques telles que l’utilisation des ceintures noires et blanches, et l’introduction du système des grades « Dan » pour marquer la différence de niveau entre pratiquants d’un art martial.

Aujourd'hui, le judo continue d'inspirer des millions de personnes à travers le monde. « L’UNESCO a confirmé le Judo comme le meilleur sport initial pour former les enfants et les jeunes de 4 à 21 ans. Les avantages pour l’enfant : avec une pratique assidue du Judo, il développe sa force, sa rapidité, sa flexibilité, sa coordination, ses réflexes, sa concentration, son équilibre, sa résistance, sa personnalité, sa confiance en lui et la connaissance de son corps.

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