Jeanne d'Arc, figure emblématique de l'histoire de France, continue de fasciner et de diviser les opinions. Bien que son histoire soit l'une des mieux documentées du Moyen Âge, elle demeure entourée de mystère, à commencer par sa date de naissance.
Une date officielle sujette à caution
Officiellement, Jeanne d'Arc serait née à Domrémy dans la nuit du 6 janvier 1412, jour de l’Épiphanie, ce qui ferait d'elle une jeune femme de 17 ans lorsqu'elle rencontre le roi Charles VII à Chinon en 1429. Cependant, cette date est loin d'être établie avec certitude. L'absence de registres paroissiaux de baptêmes à Domrémy à cette époque rend toute affirmation catégorique impossible.
Les témoignages contradictoires de l'époque
L'hypothèse du 6 janvier 1412 repose principalement sur une lettre du chevalier Perceval de Boulainvilliers, chambellan de Charles VII, datée du 21 juin 1429. Bien que Boulainvilliers soit le seul à mentionner le 6 janvier, l'année 1412 est confirmée par d'autres chroniqueurs, tels que le Bourgeois de Paris, et par Jeanne elle-même lors de son procès. Toutefois, la Pucelle semble avoir une idée approximative de son âge, déclarant avoir "à peu près dix-neuf ans".
Le doute est également alimenté par la révision des minutes du procès de Jeanne par son principal accusateur, Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, et la disparition d'une grande partie de ces minutes. D'autres contemporains, comme le greffier de la Rochelle, suggèrent une naissance en 1413, tandis que certains chroniqueurs avancent les années 1411 ou 1410. Des témoignages plus tardifs, comme celui d'Hauviette, l'amie préférée de Jeanne, évoquent même l'année 1407 ou 1408.
L'hypothèse de la bâtardise royale
Une théorie plus audacieuse, défendue par certains historiens et écrivains, propose que Jeanne d'Arc serait en réalité une princesse royale, fruit des amours interdits entre la reine Isabelle de Bavière et Louis d'Orléans. Selon cette thèse, le dernier-né d'Isabelle, officiellement un garçon nommé Philippe décédé peu après sa naissance en novembre 1407, aurait été en réalité une petite fille, confiée à la famille d'Arc pour assurer sa sécurité.
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Cette hypothèse s'appuie sur le contexte historique troublé de l'époque, marqué par la folie du roi Charles VI et l'influence grandissante de Louis d'Orléans. Elle expliquerait également la reconnaissance rapide de Jeanne par Charles VII à Chinon et son ascension fulgurante. Certains partisans de cette théorie affirment même que Jeanne n'est pas morte sur le bûcher en 1431, mais aurait survécu sous le nom de Jeanne des Armoises.
Les enjeux de la date de naissance
La question de la date de naissance de Jeanne d'Arc n'est pas anodine. Elle a des implications importantes sur notre compréhension de son origine et de sa vie. La détermination de cette date permet des lectures différentes de l’origine et de la vie de Jeanne.
Les historiens de l'histoire "officielle" ergotent sur sa date de naissance, sans être capables de produire une synthèse exhaustive des connaissances en la matière. La date de naissance de la Pucelle est un sujet qui n’a jamais fait l’objet d’une analyse historique dédiée, ni d’une confrontation méthodologique et de valeur des témoignages ou chroniques, dont nous possédons la relation. Les auteurs se contentent d’effectuer une compilation de ces données pour en arriver à un choix arbitraire, ou à une moyenne entre des dates, dont l’origine et la valeur ne sont pas analysées.
L'importance de la critique des sources
Il est crucial d'évaluer la valeur des témoignages et des chroniques de l'époque en tenant compte du contexte politique, social et religieux. Les chroniqueurs, souvent liés à des intérêts particuliers, peuvent avoir déformé ou enjolivé la réalité. Il ne s’agira en aucune façon d’utiliser une méthode de compilation ou de statistique des dates des auteurs contemporains ou chroniqueurs anciens, pour trouver la bonne date, ou celui qui détient la vérité. Nous retenons les témoignages de Jeanne à son procès et celui d’Hauviette, son amie.
Les témoignages du procès d’annulation sur lesquels l’historien pouvait espérer n’apportent rien, y compris les témoignages de Domrémy. Les 19 témoins de Rouen interrogés en 1452, et ceux du nouvel interrogatoire de 1456, qui ne connaissaient pas Jeanne, ont donné une réponse toute préparée, car ils ne pouvaient avoir aucune idée de l’âge de la Pucelle. Les témoins d’Orléans et de Paris interrogés en 1456, au nombre de 61, ne donnent aucune indication sur l’âge de Jeanne, car cette question n’était pas à l’ordre du jour des interrogatoires. Vu l’échec sur Rouen, les enquêteurs se sont sans doute rendus compte que ces témoins n’ont aucune qualité pour répondre à ce type de question. Et pour obliger 61 témoins à donner une date convenant à l’attente du tribunal c’est plus difficile encore ! Les témoins de la région de Domremy interrogés en 1456 sont muets ! En dehors d’Hauviette, pas un des 34 témoins de Domremy, pas même ses parrains et marraines, ne donne d’indication sur l’âge de Jeanne. Pas même son amie Mengette Joyart ! On a 33 témoignages muets à Domremy et un qui contredit l’âge de référence retenu depuis.
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Jeanne d'Arc : un mythe en constante évolution
Au-delà de la question de sa date de naissance, Jeanne d'Arc est avant tout un mythe en constante évolution. Tour à tour sorcière, sainte, héroïne nationale ou figure politique, elle a été instrumentalisée à travers les siècles pour servir des causes diverses. Comprendre Jeanne d'Arc, c'est aussi comprendre les enjeux et les préoccupations de chaque époque.
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