Jacques Perrin, figure emblématique du cinéma français, s'est éteint le 21 avril 2022 à l'âge de 80 ans à Paris. Né Jacques-André Simonet le 13 juillet 1941 à Paris, il a marqué le paysage cinématographique en tant qu'acteur, réalisateur de documentaires et producteur engagé. Son parcours exceptionnel, riche en collaborations prestigieuses et en œuvres marquantes, témoigne d'une passion inébranlable pour le cinéma et d'un profond respect pour la nature.
Un héritage familial et une vocation précoce
Issu d'une famille d'artistes, Jacques Perrin a baigné dès son enfance dans le monde du spectacle. Son père, Alexandre Simonet, était régisseur à la Comédie-Française, tandis que sa mère, Marie Perrin, était comédienne. C'est d'elle qu'il tire son nom de scène. Cette immersion précoce dans l'univers du théâtre a nourri sa passion pour la comédie et l'a conduit à suivre une formation au Conservatoire d'art dramatique. Cependant, il quitte rapidement les bancs de l'école pour monter sur scène.
Débuts prometteurs et reconnaissance internationale
Après quelques apparitions, c’est en 1960, que le jeune acteur obtient son premier grand rôle au cinéma dans La Fille à la valise de Valerio Zurlini. Le réalisateur italien lui offre un rôle de jeune premier romantique, lançant sa carrière sur les écrans. Sa performance subtile et son charme naturel lui valent rapidement une reconnaissance internationale.
Le cinéma italien lui permet d'exprimer son jeu subtil, dans La Fille à la valise (1961) de Valerio Zurlini, avec Claudia Cardinale, et, surtout, le poignant Journal intime (1962), du même réalisateur : le comédien y incarne le jeune frère du personnage interprété par Marcello Mastroianni.
En 1965, il reçoit le prix d'interprétation à Venise pour Un homme à moitié de Vittorio De Seta, consacrant ainsi son talent d'acteur.
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Il enchaîne ensuite les collaborations avec des réalisateurs prestigieux comme Constantin Costa-Gavras (Compartiment tueurs en 1965), Claude Chabrol (La ligne de démarcation en 1966), Vittorio De Seta (Un homme à moitié en 1966 et L'invitata en 1969), ainsi que Jacques Demy (Les Demoiselles de Rochefort en 1967 et Peau d'âne en 1970).
L'engagement et la prise de risque : la production comme vocation
En 1968, Jacques Perrin fonde sa propre société de production, Reggane Films, devenue plus tard Galatée Films. Cette initiative marque un tournant dans sa carrière, lui permettant de s'engager dans des projets qui lui tiennent à cœur et de défendre des causes qui lui sont chères.
Il s'allie avec le réalisateur Costa-Gavras pour le film Z (1969), dans lequel il joue également un rôle. Suivront État de siège (1973) et Section spéciale (1974), tournés dans la mouvance politique des années 1970, et toujours sous l'égide de sa maison de production. Le succès de Z lui permet de produire d'autres réalisations, et notamment celles de Costa-Gavras (État de siège, 1972 et Section spéciale, 1974) dans lequel il joue également.
Par la suite, malgré quelques rôles importants chez Pierre Schoendoerffer (Le Crabe-tambour, 1977 ; L'Honneur d'un capitaine, 1982 ; et bien plus tard Là-haut, un roi au-dessus des nuages, 2004) et, de nouveau en Italie, dans Cinema Paradiso (1989) de Giuseppe Tornatore, Jacques Perrin s'engage surtout dans la production indépendante de films documentaires, qui seront de grands succès publics pas toujours évidents au départ. Citons Le Peuple singe (2001), Microcosmos, le peuple de l'herbe (1996), récompensé par cinq césars, dont celui du meilleur producteur, Le Peuple migrateur (Jacques Perrin, Jacques Cluzaud et Michel Debats, 2001) ou encore Océans (J. Cluzaud et J. Perrin, 2010).
Jacques Perrin sait se montrer un brillant homme d'affaires : à peine âgé d'une trentaine d'années, il fonde en 1966 sa maison de production, "Reggane", et fait ses preuves en finançant la mise en scène de Z (1968) de Costa-Gavras, un des premiers films politiques.
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Des documentaires engagés pour la sauvegarde de la planète
À partir de Microcosmos, Le Peuple de l'herbe, de Claude Nuridsany et Marie Pérennou, qui lui vaut le César du meilleur producteur en 1997, Jacques Perrin, qui produit également avec son épouse la série télé documentaire La 25e Heure, va peu à peu élargir son champ d'action aux dimensions de l'univers.
Depuis l'enfance, il a le goût de la nature, mais son alliance avec le cinéma se fait à travers deux films, Le Territoire des autres, documentaire animalier de François Bel, Gérard Vienne et Michel Fano, tourné un peu partout dans le monde, qu'il découvre en 1970, et surtout, en 1989, Le Peuple singe, où il est le collaborateur de Gérard Vienne.
Ses documentaires animaliers, tels que Le Peuple migrateur (2001) et Océans (2010), ont marqué les esprits par leur beauté et leur engagement en faveur de la protection de l'environnement. Il a le don de réunir des équipes de scientifiques et de techniciens de haute compétence dans une intimité chaleureuse. Former des alliances, c'est sa fierté, discrète et sans esprit de domination : « Si j'ai un peu de talent, c'est celui de réunir des gens de talent. Je me vois comme un réceptacle de leur savoir et de leur énergie - et rassembler tout cela pour faire quelque chose ensemble. De l'humain collectif.
Un artiste aux multiples facettes
Parallèlement à sa carrière de producteur, Jacques Perrin a continué à jouer dans de nombreux films, explorant différents genres et collaborant avec des réalisateurs de renom. Jacques Demy l'entraîne dans la comédie musicale. Sans savoir chanter ni danser, dit-il, il devient le marin blond peroxydé des Demoiselles de Rochefort, puis le prince de Peau d'âne.
Il sera là pour Agnès Varda, qui rappelle la mémoire de Demy dans Les demoiselles ont eu 25 ans (1992), pour le premier film de Frédéric Schoendoerffer, Scènes de crimes (2000), et celui de son neveu Christophe Barratier, Les Choristes (2004), dont il est aussi coproducteur.
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Au cours des années 1980, il apparaît dans plusieurs films (Cinema Paradiso, 1988, de Guiseppe Tornatore ; Vanille-fraise, 1989, de Gérard Oury) et produit des oeuvres à risques (Le peuple singe, 1984, de Gérard Vienne ; Microcosmos, 1995, célèbre voyage à travers la vie des insectes signé Claude Nuridsany et Marie Pérennou, pour lequel il reçoit en 1997 le césar du meilleur producteur).
Également acteur et producteur pour la télévision, Jacques Perrin joue dans Médecins des hommes, dans Le Biafra et dans Mer de Chine, dont il est aussi le réalisateur. Parmi ses autres participations, on note Manon Roland (1989) d'Edouard Molinaro, Le Château des oliviers (1992) de Nicolas Gessner ou Groupe nuit (1995) de Patrick Jarmain.
Il prête également sa voix à la narration de plusieurs documentaires, témoignant de son engagement pour la diffusion de connaissances et la sensibilisation du public.
Héritage et distinctions
Jacques Perrin laisse derrière lui une œuvre riche et diversifiée, marquée par son engagement, sa passion et son talent. Ses films ont touché des millions de spectateurs à travers le monde et ont contribué à faire rayonner le cinéma français.
Il a reçu de nombreuses récompenses au cours de sa carrière, dont le César du meilleur producteur pour Microcosmos en 1997 et Océans en 2011. En 1965, il décroche un premier grand rôle dans La 317e Section, de Pierre Schoendoerffer. En 1968, il se lance dans la production en créant Reggane Films, qui deviendront Galatée Films. En 1969, il joue et produit Z, de Costa-Gavras, récompensé par deux oscars. En 1970, après Les Demoiselles de Rochefort, retrouve Jacques Demy pour Peau d'âne. En 1989, il joue dans Cinema Paradiso, de Giuseppe Tornatore. En 1991, il présente et produit l'émission documentaire La Vingt-Cinquième Heure. En 1996, il produit Microcosmos. Le peuple de l'herbe, de Claude Nuridsany et Marie Perennou.
Son talent, confiait-il sans fausse modestie, était de savoir réunir des gens qui en possédaient. Jacques Perrin aimait prendre et apprendre des autres, trouvait en eux le savoir et l’énergie nécessaires pour mener à bien ses aventures.
Vie privée
Côté vie privée, Jacques Perrin est marié depuis 1995 avec Valentine. Ensemble ils ont deux fils : Maxence, né en 1995, avec qui il joue dans Les Choristes en 2004, et Lancelot, né en 2000. Il laisse derrière lui trois enfants : Mathieu Simonet, né en 1975, Maxence Perrin, né en 1995, et Lancelot Perrin, né en 1999.
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