Georges Bizet, né Alexandre César Léopold Bizet le 25 octobre 1838 à Paris, est un compositeur français du XIXe siècle, surtout connu pour son opéra Carmen. Sa vie, bien que courte, fut marquée par une passion dévorante pour la musique, des succès précoces, des déceptions et une œuvre posthume qui le consacra comme l'un des plus grands compositeurs de tous les temps. Issu d’une famille de musiciens, il intègre le Conservatoire de Paris et se montre très doué pour le piano. Il commence également très vite à composer : à 17 ans, il écrit sa Première Symphonie, et deux ans plus tard remporte le Prix de Rome.
Une Famille de Musiciens
Né dans une famille où la musique occupait une place centrale, Georges Bizet était prédestiné à une carrière musicale. Son père était professeur de chant et compositeur à ses heures, tandis que sa mère, Aimée Delsarte, était une pianiste talentueuse. Son oncle maternel, François Delsarte, était un professeur de chant réputé, spécialiste de Gluck et fervent défenseur du répertoire baroque. C'est sa mère qui l'initie véritablement à la musique et le fait rentrer au Conservatoire de Paris en piano, alors qu'il n'a que neuf ans. Le petit Georges montra très tôt des dons exceptionnels pour le piano, ainsi qu'une mémoire prodigieuse. Son père remarqua ses qualités de pianiste, notant qu’il jouait toutes les sonates de Mozart avec goût et sans affectation.
Formation et Premiers Succès
À seulement dix ans, Bizet entre au Conservatoire de Paris, alors dirigé par Auber, figure emblématique de l'opéra romantique et maître de l'opéra-comique. Il y fait une scolarité complète et accumule les prix. Il étudie le piano avec Marmontel (qui sera plus tard le professeur de Debussy) avec Ernest Guiraud, le solfège avec le frère d'Alkan avec Léo Delibes, l'orgue avec Benoist et la composition avec Halévy - le compositeur de La Juive - avec Lecocq et Paladilhe. Le jeune Bizet gagne un premier prix de solfège six mois après son entrée au Conservatoire, puis un premier prix de piano en 1852, année où il intègre la classe d'orgue. L'année suivante, il entre dans la classe d'Halévy en composition et se lie avec ce professeur et rencontre Charles Gounod. En 1851, il obtient un second prix de piano et un premier prix en 1852.
En 1855, il compose sa Première symphonie, marquée par celle que Gounod vient de publier pour piano à quatre mains. La même année, sa Symphonie en ut est créée sous la direction de Jules Pasdeloup. Bizet n'a que seize ans. En 1857, il remporte un premier prix pour une opérette, Le Docteur miracle, lors d’un concours organisé par Offenbach au Théâtre des Bouffes Parisiens. La même année, le prix de Rome couronne les études de cet élève brillant, pour sa cantate Clovis et Clothilde.
Séjour à Rome et Retour à Paris
De 1858 à 1860, Bizet séjourne à la Villa Médicis, à Rome, comme tous les lauréats du concours. Contrairement à Berlioz qui l’avait précédé vingt-cinq ans plus tôt, Bizet est heureux à Rome. Il profite de ses trois années italiennes pour se sentir « devenir artiste » et trouver sa voie dans l’opéra-bouffe. Il est contraint de rentrer en France en septembre 1860, lorsqu’il apprend que sa mère est malade. Il revient à Paris pour s’en occuper avant son décès, en septembre 1861.
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De retour dans la capitale, Bizet veut obtenir des succès rapides au théâtre lyrique. Il aurait pu faire une carrière de pianiste, lui qui, lors d’une soirée chez Halévy en 1861, a impressionné Liszt par sa mémoire et par sa virtuosité. Mais Bizet déclarait : Je joue du piano, et j’en joue très bien. J’y attache trop peu d’importance pour faire de la modestie. En revanche, il fonde de grands espoirs sur ses œuvres lyriques.
Après avoir obtenu deux premiers prix en orgue et en fugue en 1855, Bizet compose sa Première symphonie, marquée par celle que Gounod vient de publier pour piano à quatre mains. Il obtient l'année suivante un premier prix d'opérette au concours présidé par Offenbach avec Le Docteur Miracle avant de remporter en 1857 le Grand Prix de Rome.
Les Années Difficiles
De retour à Paris, Bizet fréquente les grands compositeurs de son temps tels qu'Offenbach, qui lui présente Rossini, mais également le pianiste Liszt, qu'il rencontre à l'issue de la représentation parisienne de Tannhäuser de Wagner, sans oublier Gounod, avec qui il correspond toujours et qui restera son mentor. Après avoir commencé puis abandonné plusieurs projets d'opéra, le jeune compositeur reçoit plusieurs commandes du Théâtre Lyrique pendant les années 1860 grâce au directeur Léon Carvalho : la première en 1863 des Pêcheurs de perles, dont la création fut suivie de près par Ivan IV, opéra abandonné et dont la création posthume aura lieu en 1951, et enfin La jolie fille de Perth en 1867. Les Pêcheurs de perles au Théâtre Lyrique (le Châtelet) est un succès. Berlioz lui consacre un article très favorable dans Le Journal des débats, ce qui l’encourage à composer d’autres opéras comme La Jolie Fille de Perth, qui sera créée en 1867.
Bizet écrit en parallèle plusieurs mélodies sur des poèmes de Lamartine ou encore Hugo, ainsi que plusieurs pièces pianistiques et des transcriptions pour piano qui lui assurent la majeure partie de ses modestes revenus. Le genre symphonique n'est pas pour autant abandonné comme en témoignent la Marche funèbre (1868) et la Symphonie Roma (révisée en 1871), inspirée par son séjour romain.
Malheureusement, ses débuts prometteurs ne lui assurent pas de quoi vivre car il ne rencontre pas le succès attendu. Le public est parfois même scandalisé par ses œuvres. Après une période dominée par des activités pianistiques souvent alimentaires (leçons et répétitions d'opéras, arrangements de partitions), il compose un premier opéra, Les Pêcheurs de perles (1863), dont l'accueil est assez médiocre et qui deviendra pourtant l'un de ses ouvrages les plus populaires. La Jolie Fille de Perth (1866) et Djamileh (1872) ne connaissent pas davantage le succès. Le choix de ses sujets révèle tout autant les goûts de l'époque que la curiosité intellectuelle de Bizet, qui recherchait volontiers l'exotisme et se plongeait parfois dans des études philosophiques.
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Mariage et Guerre
En 1869, Bizet épouse Geneviève Halévy, la fille de son ancien professeur de composition, et complète un opéra inachevé de son maître intitulé Noé. C’est l’année où il se marie avec Geneviève Halévy, vingt ans, fille de son ancien professeur de composition. Sous le nom de son deuxième mari, la brillante et mondaine Geneviève Straus deviendra pour Proust le modèle de la duchesse de Guermantes.
La guerre contre la Prusse interrompt divers projets et Bizet est mobilisé dans la Garde nationale. Après s'être engagé dans la Garde Nationale lors de la guerre contre la Prusse en 1870, Bizet est successivement nommé à deux postes : celui de chef des chœurs de l'Opéra de Paris, qu'il abandonne pour être chef de chant à l'Opéra Comique.
La correspondance de Bizet sur le début de la guerre est sans ambiguïté : il est atterré par les premières défaites et la facilité avec laquelle manœuvre l’armée prussienne. « Pauvre pays ! Pauvre armée ! Gouvernés et dirigés par une incapacité désormais notoire ! ». Il s’engage dans la Garde nationale : « Je commence demain à 7 heures mes exercices militaires, nos fusils pèsent quatorze livres, c’est lourd pour des musiciens ! Après la proclamation de la République, il reprend espoir et soutient Gambetta. Mais la capitulation de janvier 1871 puis le départ à Versailles de la nouvelle Assemblée nationale, qui désarme la Garde nationale, déclenchent la Commune et ses massacres. Bizet est toujours à Paris et rêve d’un gouvernement « purement artistique » avec une « Garde nationale remplacée par un immense orchestre » ! Il croit à l’ordre républicain et condamne les émeutiers. Il va même se mettre à la disposition du gouvernement, mais il ne voit aucun officier et ne reçoit aucun ordre. Il continue néanmoins son service dans la Garde nationale malgré les critiques de sa belle-famille, anti-républicaine. Finalement, face au désastre parisien, il décide de quitter la ville et s’installe au Vésinet avec son épouse, dans un état d’esprit très pessimiste, envisageant de s’expatrier pour pouvoir reprendre son activité musicale.
Carmen : Un Chef-d'œuvre Controversé
L'année 1872 voit la création de Djamileh à l'Opéra Comique, la suite orchestrale L'Arlésienne (qui reprend la musique de scène composée pour une pièce d'Alphonse Daudet) ainsi que les suites pour piano puis pour orchestre Jeux d'enfants. C'est à l'issue des représentations de Djamileh que Bizet reçoit la commande de son opéra le plus célèbre, Carmen. En 1871, peu après la publication des pièces pour piano Jeux d’enfants, il participe à la fondation de la Société nationale de musique pour la promotion de la musique de chambre française, au côté de Guiraud et Saint-Saëns. L’Arlésienne est créée le premier octobre 1872 et doit être retirée de l'affiche après 20 représentations. Bizet retravaille aussitôt cette musique selon les recettes éprouvées : une suite d'orchestre et une réduction pour piano à quatre mains. Donnée aux concerts Pasdeloup en novembre 1872, la suite est un cuccès.
Mais avant de pouvoir se consacrer à la composition de celui-ci, Bizet écrit Patrie, ouverture orchestrale donnée pour la première fois en 1874 par les Concerts Pasdeloup, qui avaient créé avec succès L'Arlésienne. Mais c'est véritablement en 1875 que Bizet confirme son statut de compositeur : décoré de la Légion d'honneur le jour de la création de Carmen à l'Opéra Comique en mars 1875, trois mois avant sa mort soudaine.
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En 1875, il compose l’opéra Carmen. Commandé par la salle de spectacle de l’Opéra-Comique, Carmen ne correspond pas exactement aux attentes de son commanditaire, et Bizet a toutes les difficultés à le faire accepter. Le 3 mars 1875, Carmen, de Georges Bizet, opéra-comique en quatre actes sur un livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy d'après la nouvelle de Prosper Mérimée, est créée à l’Opéra-Comique de Paris (salle Favart).
Le sujet est sulfureux et la mort de l’héroïne n’est guère dans l’esprit des œuvres jouées à l’Opéra Comique. Le travail de composition commence dès 1873 et représente plus de mille pages de partition. Bizet est épuisé et le scandale qui accueille la création ne l’aide pas à se rétablir. Le public et la critique accueillent défavorablement l’opéra, dont le sujet est jugé à l’encontre de la bonne morale. Lors d’une représentation, il est victime d’une attaque et décède dans sa maison de Bougival le 3 Juin 1875.
Une Mort Prématurée et une Gloire Posthume
Tout le monde connaît les vies brèves de Mozart, Schubert, Chopin ou Bellini. Mais on oublie souvent que Georges Bizet, le compositeur de Carmen est mort à trente-six ans. Les circonstances de la mort de Bizet, à Bougival, le 3 juin 1875, restent obscures : quelques semaines après la création de Carmen, dans la nuit de la trente-troisième représentation, il succombait à une crise cardiaque. Déjà fréquemment sujet aux angines et aux rhumatismes articulaires, Bizet commet l’erreur de se baigner dans la Seine un soir de mai, en bas de chez lui, à Bougival.
Saint-Saëns est à l'origine de la légende selon laquelle Bizet se serait laissé mourir, croyant à l'échec de Carmen. Mais Carmen est pourtant une des œuvres les plus jouées au monde de nos jours. Dès octobre 1875 Carmen triomphe à Vienne. Des artistes aussi variés que Nietzsche, Wagner ou Tchaïkovski ne tarissent pas d’éloge. Toutes les capitales d’Europe les unes après les autres et même New York applaudissent Carmen et Paris sera finalement la dernière à retrouver l’enthousiasme en 1883, avant d’installer définitivement au répertoire cet opéra mythique. Les mezzo-sopranos sont innombrables qui brillent dans le rôle de la cigarière, de la créatrice et proche amie de Bizet, Célestine Galli-Marié, à Jane Rhodes, Teresa Berganza, Béatrice Uria-Monzon ou Elina Garança.
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