Denis Diderot, figure emblématique du siècle des Lumières, est né le 5 octobre 1713 à Langres. Écrivain, philosophe, encyclopédiste, romancier, dramaturge, conteur, essayiste, critique d’art, critique littéraire et traducteur, il a marqué son époque par son érudition et son esprit novateur. Pour tenter de le connaître, il faut lire des biographies et ouvrir sa Correspondance, où l'on découvre un homme « naïf mais madré, enthousiaste mais rationnel, simple et pontifiant, jovial et mélancolique, généreux et intéressé, indiscret et fidèle, impudique et secret ».
Une Famille et une Éducation Bourgeoises
Issu d'une famille de la petite bourgeoisie provinciale, Denis est le fils d'un coutelier, figure paternelle qui aura une influence décisive sur sa vie et son œuvre. Il entre au collège des Jésuites de Langres en 1723. Il gardera de son père l'image d'un homme de bien et sévère, pleurant de joie en le voyant revenir du collège les bras chargés de prix. Après avoir reçu la tonsure en 1726, il quitte Langres pour Paris en 1728, échappant ainsi à la destinée ecclésiastique que son père lui avait initialement promise.
Les Années de Bohème et les Premières Œuvres
À Paris, Diderot mène une vie de bohème littéraire. Prodigieusement doué et avide de nouveautés, il s'informe, lit beaucoup, fréquente les salles de théâtre et les cafés Procope et de la Régence, hauts lieux de la nouvelle intelligentsia. Il apprend l'anglais, les mathématiques et les langues anciennes. En 1732, il obtient le titre de maître ès arts. Ses premières publications sont des traductions de l’anglais : Histoire de la Grèce (1743) de Temple Stanyan et Essai sur le mérite et la vertu (1745) de Shaftesbury. Il publie en 1746 Pensées philosophiques, condamnées aussitôt à être brûlées. L'année suivante, il rédige La Promenade du sceptique, dont le manuscrit est saisi quelque temps plus tard.
L'Encyclopédie : Un Projet Phare
En 1747, Diderot s'engage dans l'immense travail de l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, inspirée par la Cyclopaedia d'Ephraim Chambers. Il est engagé avec d'Alembert par le libraire Le Breton pour traduire la Cyclopedia de Chambers. Ce projet colossal, auquel il consacre vingt ans de sa vie, devient le symbole de son engagement philosophique et de sa volonté de diffuser le savoir. Il rédige personnellement le Prospectus (paru en 1750) et plus d’un millier d’articles. Le travail est mené par D’Alembert et par plusieurs encyclopédistes constitués en « société de gens de lettres ».
La parution de l'Encyclopédie, entre 1751 et 1772, est un long combat. La monarchie de Louis XV est divisée entre partisans de la répression et modernistes favorables à l'entreprise. En février 1752, L'Encyclopédie est interdite suites aux pressions des Jésuites sur le Conseil d’État. En 1759, le privilège accordé à L'Encyclopédie est réfuté et la détention de l'ouvrage est de nouveau interdite, suite à la publication de l'essai philosophique, De l'esprit de Claude Adrien Helvétius qui heurte considérablement l'Église. Diderot poursuit seul sa tâche, rédigeant clandestinement les dix derniers tomes de l'ouvrage monumental, publiés en 1766.
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Emprisonnement et Rencontres
Ses positions philosophiques audacieuses lui valent des démêlés avec les autorités. En 1749, la publication de la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient le conduit à la prison de Vincennes, où il passe un mois. Cette expérience douloureuse le conduit à reporter la publication de certains textes.
À Langres, il fait la connaissance de Sophie Volland, qui devient sa maîtresse et sa confidente. Leur abondante correspondance, partiellement retrouvée, est considérée comme une partie importante de son œuvre.
Il se lie également d'amitié avec Jean-Jacques Rousseau et Grimm. En 1758, Rousseau se retire du projet de l'Encyclopédie à cause de l'article « Genève » que d'Alembert donne à l'Encyclopédie. Diderot est profondément marqué par la rupture avec son ami.
Le Théâtre : Une Réflexion sur le Drame
L'œuvre dramatique de Diderot associe la réflexion critique et la pratique littéraire. Il publie Le Fils naturel en 1757 et Le Père de famille en 1758, suivis de discours sur la poésie dramatique. Il substitue à l'analyse des passions un pathétique d'essence sociale, et au discours littéraire le langage direct. Il s'éloigne de la tragédie classique pour laisser place au drame domestique bourgeois. Sa comédie Est-il bon ? Est-il méchant ? (rédigée entre 1777 et 1784) demeure cependant un essai de rupture plus profonde avec les conventions. Sa réflexion sur le comédien, notamment dans Paradoxe sur le comédien, reste majeure.
Les Salons : Un Nouveau Genre Littéraire
À partir de 1759, Diderot publie dans la Correspondance littéraire de Grimm ses Salons, qui font de lui l'un des fondateurs de la critique d'art. Habitué au maniement des principes abstraits, Diderot se réfère d'abord à la nature et à la sensibilité. Mais il rompt rapidement avec cette manière pour trouver dans la peinture de Chardin une expérience authentique. Il crée un langage « pittoresque », bénéfique pour son art d'écrivain.
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Les Romans : Exploration des Genres et des Idées
Abandonnant le caractère abstrait du dialogue philosophique classique, Diderot fait sortir la philosophie du cabinet d'étude et l'ouvre au romanesque de la vie quotidienne. À partir de 1760, il explore ce mélange des genres dans La Religieuse (publié en 1796). Il insère le récit de son héroïne dans une trame épistolaire, la faisant dialoguer avec son protecteur.
Jacques le Fataliste et son maître (composé en 1771, publié en 1796) est une éblouissante mosaïque qui mêle la réflexion philosophique et le plaisir de conter le récit des aventures de Jacques et de son maître et les propos adressés par Diderot à son lecteur.
En 1769, Le Rêve de d'Alembert met en scène un débat sur le matérialisme et ses conséquences morales. Le Supplément au Voyage de Bougainville (1773) aborde le problème moral et met en cause le principe même de la colonisation.
Voyage en Russie et Fin de Vie
En 1765, Catherine II lui achète sa bibliothèque. À l'invitation de l'impératrice, il arrive en Russie en 1773. Il passe cinq mois en compagnie de Catherine II. Mais, prenant conscience des limites du despotisme éclairé, il renonce à son projet d'encyclopédie russe et rentre en France un an après. Jusqu'à la fin de ses jours, grâce aux pensions attribuées par l'impératrice, il mène une existence confortable et studieuse.
Diderot meurt le 31 juillet 1784, victime d’une attaque d’apoplexie (19 février 1784).
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