Sidonie-Gabrielle Colette, plus connue sous le nom de Colette, est une figure emblématique de la littérature française. Romancière, journaliste, mime et actrice, elle a marqué son époque par sa liberté de ton et de mœurs. Née le 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye, en Bourgogne, elle décède le 3 août 1954 à Paris. Son parcours, riche en expériences et en audace, a fait d'elle une des écrivaines les plus influentes du XXe siècle.

Une Enfance Bourguignonne et une Éducation Atypique

Colette voit le jour à Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l’Yonne, au sein d'une famille cultivée et ouverte d'esprit. Elle est la dernière des quatre enfants de Jules-Joseph Colette, un ancien capitaine de zouaves, amputé d’une jambe lors de la bataille de Melegnano, devenu percepteur, et d’Adèle Eugénie Sidonie Landoy, surnommée “Sido”. Sido, une femme libre et féministe, transmet à sa fille un amour profond de la nature et des lettres.

Colette passe une enfance heureuse dans ce petit village de Bourgogne. Elle grandit dans un environnement où la nature est omniprésente et où l'éducation est valorisée. Sido dispense à ses enfants une éducation atypique, marquée par le livre et l’amour pour la nature et les animaux. Colette lit très tôt Balzac, Alphonse Daudet et Mérimée. Elle fréquente l’école laïque de Saint-Sauveur, où elle est une bonne élève. Elle obtient le certificat d’études primaires en 1885 et le brevet élémentaire en 1889.

Cependant, la gestion imprévoyante du capitaine Colette ruine la famille, qui doit déménager en 1891 à Châtillon-sur-Loing (actuellement Châtillon-Coligny, dans le Loiret).

Le Mariage avec Willy et les Débuts Littéraires

En 1893, à l’âge de 20 ans, Colette épouse Henry Gauthier-Villars, dit “Willy”, un homme de lettres et critique littéraire parisien, de quatorze ans son aîné. Ce mariage marque le début de sa vie publique et de sa carrière littéraire.

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Le couple s'installe à Paris, où Colette se sent d'abord un peu dépaysée. Elle a la nostalgie de son enfance bourguignonne et aime raconter ses souvenirs d'école à son mari. Willy, flairant le potentiel littéraire de ces récits, encourage Colette à écrire ses souvenirs.

Colette se lance alors dans l'écriture de la série des "Claudine", des romans semi-autobiographiques publiés entre 1900 et 1903 : Claudine à l'école (1900), Claudine à Paris (1901), Claudine en ménage (1902) et Claudine s'en va (1903). Ces romans connaissent un immense succès, mais ils sont signés du seul nom de Willy. Colette ne reçoit ni reconnaissance ni droits d’auteur pour son travail.

Willy fut, entre autres, l'amant de Marie Louise Servat (dite Germaine), femme d'Émile Courtet, à qui il donna un fils, Jacques Henry Gauthier-Villars. Jalouse, consternée de devoir être enfermée dans un rôle d'épouse bafouée, Colette se libère de plus en plus de cette tutelle, et, encouragée par Georges Wague, commence une carrière dans le music-hall (1906-1912), où elle présente des pantomimes orientales dans des tenues suggestives, puis au théâtre Marigny, au Moulin-Rouge et à Bataclan.

L'Émancipation et la Carrière sur Scène

Après sa séparation d’avec Willy en 1906, Colette entame une carrière sur scène, devenant mime et actrice dans des music-halls parisiens. Elle scandalise le public avec des performances audacieuses, notamment aux côtés de Mathilde de Morny, dite “Missy”, avec qui elle entretient une relation amoureuse.

Le 3 janvier 1907, Colette et Missy se produisent sur scène au Moulin-Rouge dans une pantomime intitulée Rêve d’Égypte. Leur baiser sur scène provoque un tollé et une intervention policière.

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Parallèlement à sa carrière sur scène, Colette poursuit son travail d'écriture. Elle publie des ouvrages évoquant ces années, tels que La Vagabonde (1910), L'Envers du music-hall, En tournée, etc.

Le Mariage avec Henry de Jouvenel et la Naissance de "Bel-Gazou"

En 1912, Colette épouse Henry de Jouvenel, journaliste et homme politique. De cette union naît sa fille, Colette de Jouvenel, surnommée “Bel-Gazou”, le 3 juillet 1913 à Paris (16ème).

Durant cette période, Colette écrit des œuvres majeures comme Chéri (1920) et Le Blé en herbe (1923), qui abordent des thèmes tels que l’amour, le désir et le passage du temps. Elle collabore également au journal Le Matin, où elle rencontre Henry de Jouvenel.

En ce qui concerne Chéri, il s'agit d'un fantasme qui est devenu réalité, puisque le livre est publié en 1920 mais sa conception remonte à 1912, soit quelques années avant sa liaison avec Bertrand de Jouvenel. Le divorce d'avec Henry de Jouvenel sera prononcé en 1923. Comme elle le fera pour Willy dans Mes apprentissages, Colette se vengera de son ex-mari dans Julie de Carneilhan.

Journalisme, Engagement et Reconnaissance Littéraire

Dans les années 1920 et 1930, Colette s’engage dans le journalisme, couvrant des événements mondiaux et écrivant des chroniques pour divers journaux. Elle devient une figure influente de la vie culturelle parisienne. Mélomane avertie, Colette collabore avec Maurice Ravel entre 1919 et 1925 pour la fantaisie lyrique L'Enfant et les sortilèges.

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En 1935, Colette épouse Maurice Goudeket, courtier en perles, qui restera à ses côtés jusqu’à sa mort. En 1938, elle réalise son rêve d’habiter l’étage noble du Palais Royal.

En juillet 1931, Colette (Renée) de Jouvenel (des Ursins) débute dans le cinéma, comme assistante de la réalisatrice Solange Bussi pour le film La Vagabonde. Elle devient ensuite assistante de réalisation pour des films scénarisés par sa mère : Lac aux dames de Marc Allégret, (sorti en 1934), puis Divine de Max Ophüls. Mais, le 11 août 1935, sous la pression familiale, qui la trouve probablement trop aventurière, elle épouse un médecin de 32 ans, Camille Dausse, qu’elle quitte deux mois plus tard et dont elle divorcera en juillet 1936. Ce choc sera suivi d’un second, celui de la mort de son père, dont elle se sentait proche, en octobre de la même année. En juin 1940, elle part s’installer en Corrèze, dans le château de Saint-Hilaire de Curemonte, château de famille. Elle se rapproche des antifascistes, puis participe à des activités de résistance. Elle se met au service de l’Œuvre de secours aux enfants par l’intermédiaire de sa belle-sœur. Il s’agit de mettre à l’abri des enfants dont les parents ont été arrêtés ou déportés. Devenue gaulliste, la guerre lui donne l’envie d’écrire. En novembre 1944, son premier article paraît dans Femmes françaises, sous le titre « Travail urgent ; travail social ». Juliette Jonvaux, directrice du journal Fraternité, lui propose une place au sein de la rédaction. Ses articles vont faire grand bruit. Profondément marquée par ce qu’elle a vu et entendu, elle part alors en Allemagne. Là, pendant trois semaines, elle photographie et note les témoignages pour rendre compte de la barbarie nazie. Son reportage, Été allemand, paraît dans Fraternité en plusieurs livraisons, au cours de l’été 1945. Mais ce reportage paraît sans les photographies car la direction craint un trop gros choc sur ses lecteurs. Puis, dès octobre 1945, elle utilise sa plume dans Fraternité pour défendre l’égalité des sexes. Elle réclame un statut plus juste pour les femmes, ainsi que leur promotion à des postes de responsabilité. En 1948, elle reprend son travail de décoratrice et ouvre un magasin d’antiquités, rue de Verneuil. Après la mort de se mère, elle lance aussi l’idée de créer les Cahiers Colette, dont le premier numéro (édité par la Société des Amis de Colette) est publié en 1977.

Colette est élue membre de l’Académie Goncourt en 1945 et en devient la présidente en 1949, une première pour une femme. Elle est également décorée de la Légion d’honneur.

Les Dernières Années et la Consécration

Atteinte de polyarthrite et contrainte à l’immobilité, Colette ralentit l’écriture et la publication malgré le soutien indéfectible de Maurice Goudeket. Elle meurt le 3 août 1954, à l’âge de 81 ans, dans son appartement parisien du Palais-Royal.

Malgré sa réputation sulfureuse et le refus, par l’Église catholique, des obsèques religieuses, Colette reçoit des funérailles nationales, un honneur exceptionnel pour une femme à l’époque. Elle est enterrée au cimetière du Père Lachaise à Paris.

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