Jean-Baptiste Colbert, né le 29 août 1619 à Reims, est une figure emblématique du XVIIe siècle français. Homme de foi et de devoir, il a consacré sa vie au service de la France sous le règne de Louis XIV, incarnant une vision du pouvoir centrée sur l’autorité royale, le développement économique et la défense de l’Église. Sa carrière, marquée par une ascension fulgurante, témoigne de son intelligence, de son travail acharné et de sa fidélité inébranlable au roi.

Origines et Formation

Issu d’une famille de marchands originaire de Reims, Colbert appartient à une famille qui dispose d'une fortune considérable. Une légende tenace faisait de Colbert le fils d'un marchand drapier de Reims. Les historiens ont eu raison de ce mythe en montrant que le grand ministre était issu d'une dynastie de grands marchands internationaux, banquiers et financiers. Laboureurs à la fin de la guerre de Cent Ans, entre Reims et les Ardennes, ils firent du transport de pierres pour reconstruire les villes détruites et devinrent maçons. Marchands grossistes à Reims au XVIe siècle, ils donnent des échevins à la ville et appartiennent à la bourgeoisie riche de la cité. Très liés à la fin du siècle aux milieux bancaires italo-lyonnais, proches du pouvoir sous Henri IV et sous Louis XIII, ils atteignent leur apogée sous Louis XIV.

Son père, riche négociant, le fait entrer à quinze ans chez le banquier lyonnais Mascranny, où il apprend le commerce. Un stage chez un procureur complète ensuite sa formation et lui apporte des rudiments de droit. Dès 1634, il fait son apprentissage chez Mascranny, banquier à Lyon, puis il travaille à Paris dans une étude de notaire, chez un procureur au Châtelet, avec un ancien munitionnaire devenu officier de finance ; il reçoit en somme une éducation de marchand et d'officier de finance, avec des notions juridiques acquises par la pratique.

Ascension Politique et Prise de Pouvoir

En 1640, Colbert entre au service de l’État. En 1645, Colbert se rapproche des allées du pouvoir en travaillant pour Michel Le Tellier, secrétaire d’État à la Guerre, dont Colbert de Saint-Pouange, un cousin, épouse la sœur. En 1645, il entre au service de Michel Le Tellier, secrétaire d'État à la guerre dans le gouvernement de Mazarin. En 1645, il entre comme commis au service de Michel Le Tellier, secrétaire d'État à la Guerre, qui lui fera obtenir un brevet de conseiller d'État. Cinq ans plus tard, il épouse Marie Charon, fille d'un conseiller du roi, qui lui apporte une dot de 100 000 livres. En 1648, son mariage avec la fille d'un intendant des turcies et levées de France lui apportera 100 000 livres de dot. Fort des protections qu'il s'est assurées, Colbert devient, en 1651, l'homme de confiance de Mazarin, qui lui abandonne progressivement la gestion de sa fortune. Colbert passa du service de Le Tellier à celui de Mazarin, dont il géra les immenses biens et auquel il servit d'intermédiaire avec la reine pendant son exil. Le cardinal le recommanda à Louis XIV comme « étant fort fidèle ».

Lorsque meurt le ministre de Louis XIV, le 10 mars 1661, le roi décide de gouverner seul. Principal artisan de la disgrâce du surintendant Fouquet, Colbert lui succède comme ministre d’État (1661). Il travailla à la disgrâce de Fouquet, réussit à influencer le roi, dut subir les assauts de la compagnie du Saint-Sacrement qui soutenait le surintendant, entra au conseil d'En-Haut et cumula peu à peu les responsabilités : bâtiments et manufactures, contrôle général des Finances, Maison du roi et Marine. Seules les Affaires étrangères et la Guerre lui échappèrent, quoiqu'il parvînt très vite à installer son frère Croissy au poste de ministre des Affaires étrangères. Il est nommé ministre par Louis XIV en 1661, et cumule peu à peu toutes les charges du gouvernement à l’exception des ministères de la Guerre et des Affaires étrangères. Contrôleur général des Finances, puis secrétaire d’État à la Maison du Roi, secrétaire d’État à la Marine et Surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures, il travaille avec le Roi cinq fois par semaine et entretient avec lui une correspondance régulière.

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Il avait pour devise Pro rege saepe ; pro patria semper (« Pour le roi, souvent ; pour la patrie, toujours »). Il fit preuve d'une activité débordante, accumulant de multiples attributions. Pour venir à bout de tant de tâches, il fallait un homme exceptionnel. Michelet le compare à un « bœuf de labour », mettant ainsi en évidence sa qualité fondamentale : l'archarnement au travail. Mais le roi, qui souhaitait gouverner son royaume et pas seulement y régner, n'abandonna jamais à son ministre autant de pouvoir que Louis XIII avait pu le faire avec Richelieu. Parvenu aux plus hautes charges de l'État, Colbert s'attacha néanmoins à favoriser ses parents et amis, créant le principal clan - avec celui, concurrent, des Le Tellier-Louvois - de la monarchie louis-quatorzienne. Son fils Seignelay fut secrétaire d'État de la Marine ; son frère Croissy, secrétaire d'État des Affaires étrangères ; son neveu Charles-Joachim Colbert de Croissy, évêque de Montpellier.

Réformes Financières et Législatives

Dès 1661, Colbert s’efforce de restaurer les finances. Il pose les bases de la comptabilité publique en établissant un véritable budget (« état de prévoyance » pour l’année à venir et « état au vrai » pour l’année écoulée) et en tenant trois registres (recettes, dépenses, fonds). Il fait restituer au Trésor royal 120 millions de livres détournées par les financiers en créant une Chambre de justice (1661). Il diminue de plus de la moitié les charges de l'État en rachetant des offices inutiles, et en procédant à des réductions et annulations de rentes. Il augmente les recettes grâce à un meilleur rendement de l'impôt. Il abaisse de 15 % le montant de la taille personnelle et entreprend une chasse aux exempts abusifs (faux nobles, notamment). Il augmente en revanche certains impôts (dons gratuits du clergé et des pays d'état) et accroît le produit des impôts indirects par une étroite surveillance des traitants. En 1681, il crée la Ferme générale en vue de rationnaliser la collecte des impôts autres que la taille.

Mais, avec les dépenses engagées pour la guerre de Hollande (1672-1678), le déficit réapparaît et le ministre doit revenir aux expédients : ventes d'offices, emprunts (création de la caisse des emprunts en 1674) et taxes nouvelles (monopole du tabac, extension de l'obligation du papier timbré [1674], etc.), qui provoquent des émeutes alors « fortement réprimées » (telle la révolte du papier timbré en Bretagne, en 1675). En 1680, Colbert signale au roi un excédent de dépenses de 20 millions sur les recettes et avoue son impuissance à combler le gouffre que creusent la guerre et les prodigalités royales.

L’œuvre législative louis-quatorzienne est en majeure partie l’œuvre de Colbert, qui s’attache, dès le début de son ministère, à étendre la compétence des intendants, qui seront les meilleurs agents de la centralisation monarchique. Mais, surtout, il tente d’établir une certaine unité de législation : sous sa direction sont élaborées les ordonnances civile (1667), criminelle (1670), des Eaux et Forêts (1669), du Commerce (1673) et de la Marine (1681), qui visent toutes à mettre de l'ordre dans le chaos judiciaire et administratif hérité des siècles précédents.

Le Colbertisme : Une Politique Économique Interventionniste

Colbert consacre la majeure partie de son ministère à l'expansion économique du royaume. Le système économique qu'il préconise, et qu'on appellera le colbertisme, est fondé sur les principes du mercantilisme. Comme beaucoup de ses contemporains, Colbert voit dans le commerce une « guerre d'argent ». Citadin, homme du commerce international, Colbert a le souci d'exporter pour accumuler à l'intérieur des frontières le maximum d'or et d'argent, et d'importer le moins possible pour éviter d'en perdre. À cette fin, les manufactures fourniront l'essentiel de l'effort, le grand commerce sera relancé et les paysans soulagés par la diminution de leurs impôts.

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Colbert crée des manufactures bénéficiant de privilèges (exemptions fiscales, monopoles de fabrication et de vente, aide financière et technique de l’État). Afin d’augmenter la production nationale, Colbert se lance dans la création de multiples manufactures royales. Celles-ci, tournées vers le luxe, devaient permettre à la France de ne plus importer ces biens onéreux mais au contraire de devenir une puissance exportatrice. Pour obtenir une production de qualité, sans égale en Europe, il multiplie les règlements dont il fait surveiller l’application par des inspecteurs généraux de manufacture.

Colbert restaure aussi la marine de guerre : il établit le système de l'Inscription maritime (1668) et fait aménager des ports (Rochefort, Brest, Toulon, Dunkerque). Conscient que la puissance économique passe aussi par la maîtrise des mers, Colbert consacre une énergie immense à la création d’une marine royale digne de ce nom. Pour y parvenir, il agrandit et modernise certains ports et arsenaux, comme Toulon ou Brest, et en crée d’autres, à Rochefort ou à Lorient.

Dans les années 1664-1671, les résultats des efforts entrepris par Colbert sont remarquables : vers 1670, la draperie française, par exemple, exporte en Italie, en Espagne, en Allemagne, au Levant et en Inde.

Le Mécénat et l'Influence Culturelle

Dans son souci d'asservir l'art à la puissance et à la majesté royales, il édicte les règles, réglemente le travail des artistes avec le concours de Charles Le Brun, de Charles Perrault et des académies. Il protège les arts et lettres, fonde les académies de peinture et de sculpture, des belles lettres, l'Académie royale de musique, l'Académie d'architecture… Créée en 1671 par Colbert, l'Académie d'architecture sera supprimée en 1793 par la Convention. Dans l'intervalle, son histoire se confond dans une large mesure avec celle de l'architecture française. Attaché aux sciences, Colbert est à l’origine de la création de l’Académie des Sciences en 1666, ainsi que de l’Observatoire de Paris l’année suivante. Il favorise la recherche avec l'Académie royale des sciences de Paris et l'Observatoire de Paris. Lorsque Louis XIV prit personnellement le pouvoir, Colbert jugea nécessaire de rétablir dans son lustre la Bibliothèque du roi, quelque peu délaissée depuis qu'elle avait été ramenée à Paris sous Charles IX.

Limites et Contradictions du Colbertisme

La politique belliqueuse de Louis XIV ne suffit pas à expliquer l'« échec de Colbert ». Celui-ci est dû également à la puissance de la concurrence anglo-hollandaise, qu'il était impossible d'évincer en quelques années, et plus encore à la conjoncture de dépression liée à la raréfaction des métaux précieux en Europe, qui allait à l'encontre de principes économiques fondés sur l'accumulation de ces métaux.

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Le système de Colbert était inadapté aux redoutables concurrences, à la conjoncture économique et aux traditions de la France louis-quatorzienne, encore féodale dans une large mesure, et où une mutation capitaliste rapide était irréalisable. Cependant, malgré les efforts de Louvois, le ministre conservera jusqu'à la fin de sa vie un rôle essentiel dans la direction des affaires intérieures.

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