La pandémie de COVID-19 a soulevé de nombreuses questions concernant son impact sur la santé des femmes enceintes et de leurs bébés. Bien que les données scientifiques soient en constante évolution, une compréhension claire des risques potentiels et des mesures préventives est essentielle pour assurer une prise en charge optimale pendant la grossesse. Cet article vise à synthétiser les connaissances actuelles sur les risques associés à la COVID-19 en fin de grossesse, en s'appuyant sur des études récentes et les recommandations des autorités de santé.

Symptômes et Risques Généraux

Les données scientifiques actuelles, bien que limitées, sont rassurantes. Les symptômes de la COVID-19 chez la femme enceinte sont généralement similaires à ceux de la population générale, incluant un état grippal, potentiellement associé à de la toux, de la fièvre ou une dyspnée. Cependant, il existe des cas plus graves de pneumonie ou de syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA), comme dans les populations à risque. Par précaution, les femmes enceintes sont considérées comme des sujets à risque.

Impact sur le Fœtus et le Nouveau-né

Concernant le fœtus, les études n'ont pas révélé de malformations fœtales associées à la COVID-19, ni de transmission intra-utérine avérée. Les rares cas d’infections chez les nouveau-nés semblent avoir été transmis après la naissance et non pendant la grossesse. Une étude parisienne publiée dans la revue Nature Communication a rapporté un cas de transmission pendant la grossesse, chez un bébé né en mars 2020, présentant des symptômes neurologiques, mais s’étant rétabli en trois semaines. Les chercheurs suggèrent que le virus pourrait utiliser une autre porte d’entrée chez ces bébés et que l’état inflammatoire des mamans COVID positif pourrait être une cause. D'autres équipes souhaitent comparer des échantillons placentaires et des prélèvements du sérum maternel de femmes enceintes, positives ou non au SARS-CoV-2, afin de suivre l’état inflammatoire du placenta et de déterminer s’il est « endommagé » et ne protège plus l’enfant.

Une étude de la Société radiologique d'Amérique du Nord a analysé les IRM fœtales de 33 patientes infectées par le covid-19, à 28 semaines de grossesse en moyenne, et a établi que le développement du cerveau de leur bébé était comparable avec celui des autres fœtus.

Risques Accrus sur l'Accouchement

Les cas publiés semblent indiquer un risque plus élevé de prématurité et de césarienne associé à l’infection au COVID-19. Une étude nationale rétrospective de cohorte a comparé les risques de morbidités maternelles des femmes diagnostiquées ou non Covid-19 et hospitalisées avant ou pendant l’accouchement sur la période de janvier à juin 2020 en France.

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Les résultats de cette étude indiquent que les femmes infectées par le Covid-19 étaient significativement plus âgées, plus souvent obèses, avec grossesses multiples, avec antécédent d’hypertension artérielle (HTA), moins souvent primipares ou présentant un tabagisme actif.

En analyse univariée et multivariée, les risques de pathologies maternelles et fœtales étaient majoritairement significativement augmentés dans le groupe Covid-19 par rapport aux autres accouchées non diagnostiquées Covid-19. Ces risques mesurés concernaient la prééclampsie/éclampsie, l’HTA gestationnelle, l’hydramnios, l’infection du liquide amniotique, les hémorragies pendant le travail, du post-partum et la détresse fœtale pendant le travail.

La fréquence des accouchements prématurés était également accrue. En analyse multivariée, le risque d’accouchement prématuré était significativement augmenté dans le groupe COVID-19, y compris pour la grande prématurité et la très grande prématurité. Le risque était augmenté tant pour la prématurité induite que spontanée.

Une étude de l'Université d'Edimbourg (Grande-Bretagne) montre que le risque de complications est surtout présent au cours du dernier mois de grossesse. "Les résultats montrent que les naissances prématurées, les mortinaissances et les décès de nouveau-nés sont plus fréquents chez les femmes qui ont attrapé le virus 28 jours ou moins avant leur date d'accouchement" soulignent les auteurs. "La majorité des complications, qui incluent également les admissions en soins intensifs liées au Covid, se sont produites chez des femmes non vaccinées" ajoutent-ils.

Étude de l'Hôpital Bichat

Une étude de l'hôpital Bichat, à Paris, publiée dans Plos medicine, a étudié les dossiers médicaux de 245 000 futures mamans ayant accouché pendant la période de janvier à juin 2020. Leurs principales conclusions : les femmes enceintes d'au moins 22 semaines, diagnostiquées positives au covid-19 avaient plus de risques de complications de leur grossesse et de l'accouchement. Par rapport au groupe de femmes enceintes n'ayant pas le covid, elles avaient :

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  • plus de risque d'admission en unité de soins intensifs
  • plus de risque de mortalité
  • plus de risque de prééclampsie/éclampsie
  • plus de risque d'hypertension gestationnelle
  • plus de risque d'hémorragie péripartum et post-partum

Allaitement Maternel et COVID-19

Concernant l’allaitement maternel, il est plutôt encouragé si la maman le souhaite. En effet, les nombreuses données sur l’allaitement et la Covid-19 ne montrent aucun cas de transmission de l’infection par l’allaitement au sein. Sur une vingtaine de prélèvements, le virus n’a été retrouvé dans le lait que dans un cas, positif 24 heures après la naissance, puis négatif au 3ème jour. Le risque de contamination du bébé semble d’avantage lié à la proximité avec sa maman infectée. L’allaitement est possible en respectant quelques précautions standard, port d’un masque et lavage fréquent et soigneux des mains.

Surveillance et Prise en Charge Pendant la Grossesse

On sait que les femmes enceintes sont particulièrement sensibles aux infections pulmonaires. C’est pour cette raison que la Haute Autorité de Santé (HAS) a mis les femmes enceintes dans les populations à risque pour la COVID-19. Aujourd’hui, grâce aux observations des femmes enceintes ayant contracté le virus, il apparaît qu’elles et leur enfant à naître, ne soient pas particulièrement susceptibles de développer des formes sévères de Covid 19. Cependant, par précaution, le Collège National des Gynécologues Obstétriciens Français (CNGOF) recommande d’adapter la prise en charge de la grossesse au contexte épidémique.

Il est ainsi conseillé aux femmes ne présentant pas de symptômes de la maladie d’appliquer rigoureusement les gestes barrière. Le CNGOF recommande par ailleurs aux professionnels de suivre de très près les patientes atteintes par la Covid-19 durant la grossesse. Pour la plupart de ces patientes, l’accouchement et le suivi post-partum apparaissent toutefois très peu modifiés : l‘accouchement par voie basse reste possible, le bébé n’est pas séparé de sa maman à la naissance, le séjour en maternité n’est pas allongé, sauf si complications pour la maman ou le bébé.

Le suivi de grossesse est le même ! Prenez soin de vous, restez confinée, sauf pour vos rendez-vous médicaux. Les échographies du 2ème et du 3ème trimestre sont maintenues, avec les précautions d’usage et gestes barrières mis en place, espacement des rendez-vous pour que personne ne se croise dans la salle d’attente. Les consultations mensuelles de suivi auront lieu autant que possible en téléconsultation. Chaque maternité met en place un protocole spécifique qui peut varier d’une maternité à l’autre. Pour toute question, se rapprocher de sa maternité. Les consultations non indispensables, comme les séances de préparation à l’accouchement, d’acupuncture, de sophrologie etc… sont annulées mais peuvent avoir lieu à distance. La consultation obligatoire d’anesthésie du 7ème mois se fait en téléconsultation. Si votre accouchement est imminent, rendez-vous dans votre maternité habituelle. La plupart des hôpitaux refusent les accompagnants (y compris le papa).

Impact Psychologique et Dépression Postnatale

Dans tous les pays, on constate que la détresse psychologique chez les femmes enceintes est en hausse depuis le début de la pandémie de COVID-19. Le stress lié à l’épidémie, l’isolement lié au confinement sont des éléments supplémentaires pouvant déclencher cette dépression. La peur d’être contaminée ou d’infecter son bébé, l’angoisse d’accoucher à l’hôpital avec des patients atteints de la Covid-19, un suivi de grossesse chamboulé, l’absence de séances de groupe de préparation à la naissance, des conditions d’accouchement inédites avec parfois l’absence du papa lors de la naissance, l’impossibilité de présenter son bébé à la famille, l’incapacité d’être aidée par la famille et l’entourage sont tous les éléments qui alertent les professionnels de la santé et les incitent à mieux entourer et informer les parents.

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Une étude américaine réalisée par la Blue Cross Blue Shield Association établit un lien entre le coronavirus et l’augmentation constatée des cas de dépression post-partum. Cette étude montre aussi que les inégalités sont encore augmentées par la crise de la COVID 19 et que les femmes pauvres afro américaines sont les plus à risque.

Recommandations Actuelles

Toutes les recommandations actuelles convergent pour la vaccination des femmes enceintes, et, en amont, de celles qui souhaitent démarrer une grossesse, spontanément ou par AMP.

En pratique clinique, la connaissance du risque augmenté de ces complications liées à le Covid-19 semble essentielle, notamment dans les populations à risque connu de développer une forme plus sévère d'infection ou de morbidité obstétricale, pour que les professionnels de la naissance puissent fournir aux femmes enceintes une information claire.

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