Joseph Alois Ratzinger, connu sous le nom de Benoît XVI après son élection à la papauté, a marqué l'histoire de l'Église catholique par son parcours intellectuel, son pontificat et sa décision historique de renoncer à sa charge. Né en Bavière, en Allemagne, il a traversé les épreuves du XXe siècle et a consacré sa vie à la théologie et au service de l'Église.
Une Jeunesse Bavaroise Marquée par la Guerre
Joseph Alois Ratzinger est né le 16 avril 1927 à Marktl am Inn, en Bavière. Sa famille, profondément catholique, était opposée au nazisme. Son père, gendarme, était issu d’une vieille famille d’agriculteurs de Bavière du Sud. Sa mère était fille d’artisans. Il grandit à Traunstein, près de la frontière autrichienne.
En 1939, il entre au petit séminaire de Traunstein. En 1941, il est intégré de force dans la Hitlerjugend. En 1943, il est affecté comme auxiliaire dans une unité de DCA protégeant une usine BMW. À l’automne de 1944, il est enrôlé dans le Service du travail du Reich (Reichsarbeitsdienst, RAD) et envoyé en Autriche. En novembre, il est incorporé dans un régiment d’infanterie. Profitant de la débâcle du printemps de 1945, il retourne à Traunstein. Il déserte la Wehrmacht en 1945 et est emprisonné dans le camp de prisonniers de guerre de Bad Aibling d’où il est libéré après 6 semaines.
Parcours Académique et Ascension Ecclésiastique
Après la guerre, Joseph Ratzinger entreprend des études de philosophie et de théologie à l’université de Munich. De 1946 à 1950, il étudie la philosophie à Freising, puis la théologie à Munich. Il se passionne pour les ouvrages philosophiques d’Heidegger, de Jaspers et de Bergson, et s’imprègne de la pensée des Pères de l’Église et de la théologie médiévale.
Il est ordonné prêtre le 29 juin 1951, en même temps que son frère Georg. En 1952, il est nommé enseignant au séminaire de Freising. En 1953, il obtient son doctorat en théologie avec une thèse intitulée : « Peuple et maison de Dieu dans la doctrine de l’Église chez Saint Augustin ». Nommé professeur en 1957, il enseigne ensuite à Bonn, à Münster et à Tübingen.
Lire aussi: Retour sur le parcours de Fernando Alonso
De 1962 à 1965, il contribue au Concile Vatican II en tant qu’expert. Grâce à son intense activité théologique, il vient à assumer d’importantes charges au sein de la Conférence épiscopale allemande et de la Commission théologique internationale.
Le 25 mars 1977, le pape Paul VI le nomme archevêque de Munich et de Freising. Sa devise épiscopale est alors : « Collaborateur de la vérité ». Puis, le 27 juin 1977, il est désigné cardinal par le pape, avec pour titre « Santa Maria Consolatrice al Tiburtino ». En 1978, il prend part aux deux conclaves qui élisent respectivement Jean-Paul 1er puis Jean-Paul II, lorsque le premier meurt 33 jours après son élection pontificale.
En 1981, il est nommé par Jean-Paul II « Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi » et Président de la Commission biblique pontificale ainsi que de la Commission théologique internationale. Ces différents titres lui confèrent une autorité majeure dans la préservation du dogme catholique. Il renonce au gouvernement pastoral de l’archidiocèse de Munich et Freising le 15 février 1982. Le 6 novembre 1998, le Saint-Père approuva l’élection du Cardinal Ratzinger comme Vice-Doyen du Collège des Cardinaux, élection qui avait été faite par les Cardinaux de l’ordre des évêques. En 2002, Jean-Paul II le nomme doyen du Sacré Collège.
L'Élection et le Pontificat de Benoît XVI
Le 19 avril 2005, le cardinal Ratzinger est élu, à l’âge de 78 ans, 265e pape de l’Église de Rome. Il succède à Jean-Paul II. Il prend alors le nom de Benoît XVI et se place volontairement dans la continuité de la mission exercée par Benoît XV lors de la Première guerre mondiale, à savoir réconcilier les hommes et les peuples. Il inaugurera son pontificat le 24 avril.
Son pontificat est marqué par plusieurs temps forts :
Lire aussi: Thibault Rabiet : son engagement dans l'édition
Le dialogue œcuménique et interreligieux : Dans la lignée de son prédécesseur, Jean-Paul II, Benoît XVI s’attache au dialogue interreligieux (en particulier avec le judaïsme et l’islam), au dialogue œcuménique et aux initiatives pour la paix. Un événement fort qui illustre cette volonté de réunir catholiques et orthodoxes est la rencontre avec le patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier. Le 30 novembre 2006, Benoît XVI est reçu à Istanbul, dans la cathédrale Saint-Georges du Phanar, par le chef de l’Église orthodoxe. Il assiste alors à la liturgie orthodoxe. Puis, le lendemain, c'est au tour de Bartholomée Ier d’assister à une messe catholique.
Publication du Motu Proprio « Summorum Pontificum » : En 1969, la mise en vigueur du rite romain rénové à la suite du concile Vatican II, a suscité des tensions entre l’Église et les catholiques traditionalistes, alors attachés au rite antérieur dit « tridentin ». Afin de rouvrir un chemin de dialogue avec les partisans de Mgr Lefebvre, Benoît XVI publie son motu proprio « Summorum pontificum ». Celui-ci rappelle que l’usage du rite tridentin, en vigueur avant le concile Vatican II, est toujours possible, en tant que « forme extraordinaire ».
Dénonciation du scandale de la pédophilie dans l’Église : Dès la fin du pontificat de Jean-Paul II, plusieurs scandales concernant des abus sexuels sur mineurs commis par des prêtres émergent au sein de l’Église catholique. Leur révélation progressive s’intensifie durant le pontificat de Benoît XVI. Celui-ci décide alors de prendre ouvertement position en dénonçant publiquement le 11 juin 2010 le scandale de la pédophilie dans l’Église. Pour la première fois, le pape demande « pardon » aux victimes d’abus et promet « de faire tout ce qui est possible pour que de tels abus ne puissent jamais plus survenir. »
Ses encycliques principales sont «Deus caritas est », sur l’amour, « Spe salvi », sur l’espérance, et « Caritas in Veritate » sur la doctrine sociale de l’Eglise.
Une Renonciation Historique et une Retraite Méditative
Le 11 février 2013, Benoît XVI annonce, par surprise, sa renonciation pour le 28 février à 20h. Il l’expliquera par la “vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié. ” La renonciation d’un pape est alors inédite depuis 500 ans. Le 13 mars 2013, à l’issue d’un conclave, c’est Jorge Bergoglio, qui est choisi pour le succéder, en choisissant le nom de François.
Lire aussi: Le pilier de la vie de Julien Courbet
Devenu pape émérite, Benoît XVI vit retiré dans le monastère Mater Ecclesiae jusqu’à sa mort en 2022. Après sa démission, le pape émérite vit retiré au sein du monastère Mater Ecclesiae, situé dans les jardins du Vatican.
Décès et Héritage
Benoît XVI est mort ce samedi 31 décembre 2022 à l’âge de 95 ans. Le pape François avait annoncé, le 28 décembre, qu'il était « gravement malade » et demandé qu'on prie pour lui « qui, dans le silence, soutient l'Eglise ». Ses funérailles officielles ont lieu le 5 janvier 2023. Près de 200 000 fidèles sont venus lui rendre hommage à la Basilique Saint-Pierre. Il sera inhumé dans une crypte de la basilique Saint-Pierre de Rome. Le corps de Joseph Ratzinger sera exposé à partir de lundi matin dans le cadre solennel de la basilique Saint-Pierre pour permettre aux fidèles de lui rendre hommage.
Le pontificat de Benoît XVI, bien que relativement court, a été marqué par des efforts pour maintenir l’héritage de Jean-Paul II, en particulier les Journées Mondiales de la Jeunesse. Il a également travaillé à concilier les différentes tendances de l’Église, notamment sur la liturgie. Son héritage reste un sujet de débat, partagé entre ceux qui saluent sa défense de la tradition et ceux qui critiquent son manque d'ouverture sur certains sujets.
Chronologie de la vie de Benoît XVI
- 16 avril 1927 : Naissance à Marktl am Inn, en Bavière.
- 29 juin 1951 : Ordination sacerdotale.
- 1952 : Nommé enseignant au séminaire de Freising.
- 1957 : Docteur en théologie.
- 1959-1969 : Professeur de théologie à Bonn, Münster et Tübingen.
- 1962-1965 : Participe au Concile Vatican II en tant qu’expert.
- 24 mars 1977 : Nommé archevêque de Munich et Freising.
- 27 juin 1977 : Créé cardinal par Paul VI.
- 25 novembre 1981 : Nommé Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi par Jean-Paul II.
- 19 avril 2005 : Élu pape et prend le nom de Benoît XVI.
- 11 février 2013 : Annonce sa renonciation.
- 28 février 2013 : Renonciation effective et retrait au Vatican.
- 31 décembre 2022 : Décès au monastère Mater Ecclesiae.
Citations de Benoît XVI
- « Si le contact avec Dieu me fait complètement défaut dans ma vie, je ne peux jamais voir en l’autre que l’autre, et je ne réussis pas à reconnaître en lui l’image divine. »
- « Nous ne sommes pas le produit accidentel et dépourvu de sens de l’évolution. Chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu. »
- « L’activité caritative chrétienne doit être indépendante de partis et d’idéologies. Elle n’est pas un moyen de changer le monde de manière idéologique et elle n’est pas au service de stratégies mondaines, mais elle est la mise en œuvre ici et maintenant de l’amour dont l’Homme a constamment besoin. »
- « L’époque moderne est dominée par différents courants d’une philosophie de progrès, dont la forme la plus radicale est le marxisme. »
- « Il y a autant de chemins qui mènent à Dieu qu'il y a d'êtres humains. »
tags: #date #de #naissance #Benoît #XVI
