Ahmed Ben Bella, homme d'État algérien, a marqué l'histoire de son pays en tant que premier président de l'Algérie indépendante. Son parcours, intimement lié à la lutte pour l'indépendance, en fait une figure emblématique, tant pour les Algériens que pour les observateurs internationaux.
Jeunesse et formation
Ahmed Ben Bella est né à Maghnia, près de Tlemcen, dans l'Oranie, une région du nord-ouest de l'Algérie. Sa date de naissance officielle est le 25 décembre 1916, bien qu'il subsiste un doute à ce sujet, l'état civil de l'époque étant peu fiable. Il est issu d'une famille de petits paysans marocains, des berbères originaires de la région de Marrakech, qui ont émigré en Algérie au début du XXe siècle. Il effectue ses études secondaires à Tlemcen.
Passionné de football, il pratique ce sport dans sa ville natale, et certains biographes avancent même qu'il aurait joué pour l'Olympique de Marseille avant la guerre, ainsi que pour l'équipe de France militaire.
Engagement militaire et politique
Après des études secondaires écourtées à Tlemcen, il effectue son service militaire dans le 141e régiment d'infanterie alpine à Marseille. Démobilisé, il rempile en 1943, après l'occupation de l'Afrique du Nord par les alliés lorsque se forma la future armée d'Italie, et rejoint le 5e régiment des tirailleurs marocains.
La conduite héroïque de l'adjudant Ben Bella, et sa détermination dans la bataille de Monte Cassino - au cours de laquelle il sauve la vie de son capitaine Offel de Villaucourt -, lui valent d'être quatre fois cité et décoré de la Médaille militaire. Une distinction accrochée sur sa vareuse par le général de Gaulle en personne, ce qu'il ne manquera jamais de rappeler avec coquetterie à ses hôtes français.
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Les massacres de Sétif et Guelma en mai 1945, qui ont profondément marqué la population algérienne, le poussent à s'engager dans le mouvement nationaliste algérien radical dirigé par Messali Hadj, le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Il devient responsable local du Parti du peuple algérien (PPA), puis du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) qui lui succède. Élu conseiller municipal dans son village natal, il finit peu à peu par acquérir l'étiquette de "très dangereux" des agitateurs les plus recherchés de la police française.
Il est l'un des responsables, avec Hocine Aït Ahmed, de l'Organisation spéciale (OS), chargée par le MTLD de préparer la lutte armée. En mai 1950, il est arrêté pour avoir préparé et participé à l'attaque de la Grande Poste d'Oran, qui rapporte à l'organisation un butin de 3,17 millions de francs. Deux ans plus tard, il s'évade de la prison de Blida et parvient à gagner Le Caire, en Égypte, où se sont installés quelques-uns de ceux qui lanceront l'insurrection, le 1er novembre 1954, contre la puissance coloniale.
Rôle dans la guerre d'Algérie
Ahmed Ben Bella est un des neuf « chefs historiques » du Comité révolutionnaire d'unité et d'action (CRUA), futur Front de libération nationale (FLN), qui lance l'insurrection contre la France le 1er novembre 1954. Il est arrêté le 22 octobre 1956, avec Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Khider et Mostefa Lacheraf, lors du détournement par l'armée française de l'avion marocain qui les transportait. Cet événement a un retentissement international et contribue à populariser la cause algérienne.
Emprisonnés en France, ces dirigeants nationalistes algériens ne furent libérés qu'à l'indépendance en 1962. De sa prison, en France, il lance un appel, en septembre 1957, pour que cessent les affrontements sanglants entre les militants du F.L.N. et ceux, rivaux, du Mouvement national algérien. Mais cet appel n'est pas entendu.
Premier président de l'Algérie indépendante
Libéré en mars 1962 au moment de la signature des accords d'Évian qui accordent l'indépendance à l'Algérie, Ahmed Ben Bella participe au Congrès de Tripoli du F.L.N., où il s'oppose au Gouvernement provisoire de la République algérienne (G.P.R.A.). Après une série d'affrontements, durant l'été de 1962, contre les maquis de l'intérieur et d'autres responsables algériens, il rentre à Alger. Le 27 septembre 1962, il est nommé chef du gouvernement, puis le 15 septembre 1963, il devient le premier président de la République algérienne, poste qu'il cumule avec celui de Premier ministre.
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Il s'impose comme un tribun, un homme sachant parler aux populations, à la fois rurales et urbaines. La répression d'une révolte en Kabylie ou la « guerre des sables » contre le Maroc en 1963 n'ont pas terni, dans l'imaginaire algérien, l'image de cette période devenue synonyme d'effervescence politique.
Politique et idéologie
Ahmed Ben Bella a pour objectif, en mettant en place une politique d'autogestion, de construire un « socialisme algérien ». Il se rapproche de l'U.R.S.S. et de Cuba. À une époque où les nationalistes radicaux du Tiers Monde se paraient volontiers de l'étiquette « socialiste », l'étatisation des moyens de production s'imposait comme mesure indispensable pour bien des pays sous-développés qui, après avoir arraché l'indépendance politique, aspiraient à une indépendance économique, difficile à acquérir dans un monde dominé par l'impérialisme.
Il lance une réforme agraire qu'il promet "totale", nationalise à tour de bras le commerce et l'industrie, allant jusqu'à inaugurer lui-même une coopérative de teinturerie, et prône, sur les conseils du trotskiste Michel Pablo (de son vrai nom Michalis Raptis), l'autogestion. Réformes plus ou moins heureuses pour l'économie balbutiante d'une toute jeune nation qui en paie parfois encore le prix. "C'est un homme qui ne réfléchit qu'avec ses oreilles", disait de lui, non sans cruauté, l'un de ses anciens ministres. Profondément croyant sans être dévot - il a tenté, par un décret, d'interdire l'alcool en Algérie -, Ben Bella entend marier socialisme et islamisme. "L'islam est profondément socialiste, il condamne l'usure, déclare-t-il à la télévision française en 1963. L'islam nous aide à pratiquer le socialisme, il n'y a aucune contradiction."
Coup d'État et exil
Le 19 juin 1965, son ancien complice, le ministre de la défense Houari Boumédiène, le renverse par un coup d'État. Ben Bella est emprisonné pendant quatorze ans, jusqu'en 1979, avant d'être assigné à résidence et de pouvoir s'exiler en Suisse en 1981. Il est gracié le 30 octobre par Chadli Benjedid, troisième président de l'Algérie indépendante.
Retour en Algérie et fin de vie
À la fin des années quatre-vingt, il tente d'instaurer un compagnonnage avec les islamistes en plein essor, s'habillant en croyant et s'affichant avec sa femme désormais voilée. Ce fut sans succès. À la fin de la décennie sanglante opposant les islamistes du FIS à l'armée algérienne, Ben Bella n'eut pas d'autre politique à offrir que de soutenir Bouteflika et sa tentative de tourner la page, en jetant un voile sur les événements.
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En dépit de sa gloire passée, Ben Bella, isolé et impuissant, voit son pays basculer dans une horrible guerre civile. Partisan d'une réconciliation nationale - il participe à la réunion, à Rome, sous l'égide de l'organisation catholique Sant'Egidio, des principaux partis algériens, dont le Front islamique de salut pour tenter, sans succès, de trouver une issue -, il se réconcilie lui-même avec l'actuel président Abdelaziz Bouteflika en s'affichant à plusieurs reprises à ses côtés. En 2007, Ben Bella est nommé président du groupe des sages de l'Union africaine.
Après une évacuation d’urgence dans un hôpital parisien, le 4 janvier 2012, Ahmed BEN BELLA décède à 95 ans, le 11 avril 2012, à son domicile familial à Alger. L’Express annonce son décès via l’article intitulé « Décès d'Ahmed BEN BELLA, premier président de l'Algérie ». Le Point annonce le décès d’une « figure surprenante, qui, avant de s'illustrer dans la lutte armée, avait joué aussi un an pour l'Olympique de Marseille et pour l'équipe de France militaire » dans son article annonçant sa disparition. Pour sa part, Jean DANIEL du Nouvel Observateur annonce la disparition « d'un mythe exemplaire et comparable à ceux d'Abdel NASSER et de Fidel CASTRO ». Alors qu’Isabelle MANDRAUD du Monde parle de la disparition d’un « héros de l'indépendance algérienne à l’étrange destinée, qui ne verra pas son pays, célébrer, le 5 juillet, le cinquantième anniversaire de son indépendance, tout comme il n'a pas vécu les combats pour y parvenir ».
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