L'irrégularité des cycles menstruels et l'ovulation précoce peuvent être source d'inquiétude pour de nombreuses femmes, en particulier celles qui cherchent à concevoir. Cet article explore en profondeur les causes potentielles de ces irrégularités, les méthodes de diagnostic et les options de traitement disponibles, tout en démystifiant certaines idées reçues.
Introduction à l'Ovulation et à ses Troubles
Le cycle menstruel féminin est un processus complexe régi par un équilibre hormonal délicat. L'ovulation, qui se produit généralement au milieu du cycle (entre le 12e et le 16e jour d'un cycle moyen de 28 jours), est la libération d'un ovule mature par l'ovaire. Un trouble de l'ovulation désigne toute perturbation de ce processus, qu'il s'agisse d'une absence totale d'ovulation (anovulation) ou d'une ovulation de mauvaise qualité (dysovulation). Les troubles de l'ovulation sont une cause fréquente d'infertilité féminine, représentant jusqu'à 30 % des cas.
Causes des Troubles de l'Ovulation et des Cycles Irréguliers
Les causes des troubles de l'ovulation et des cycles irréguliers sont variées. Parmi les plus courantes, on retrouve :
Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) : Il s'agit de la cause la plus fréquente de troubles de l'ovulation chroniques. Ce déséquilibre hormonal, caractérisé par une production excessive d'androgènes (hormones mâles), perturbe le cycle menstruel et peut entraîner des règles irrégulières, un gain de poids difficile à contrôler, de l'acné persistante et une pilosité corporelle accrue. Les ovaires des femmes atteintes de SOPK renferment de trop nombreux follicules ayant démarré leur maturation, sans jamais l'achever.
Les troubles hormonaux : Un déséquilibre hormonal, tel qu'un excès de prolactine (hyperprolactinémie), peut perturber le cycle menstruel et entraîner une absence d'ovulation. L'hyperprolactinémie est la sécrétion excessive de prolactine, une hormone sécrétée par l'hypophyse dans le cerveau, qui agit sur la glande mammaire pour préparer et stimuler la lactation.
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L'insuffisance ovarienne précoce : Elle correspond à une baisse plus rapide que la normale de la réserve d'ovocytes (avant 40 ans), avec pour conséquence une aménorrhée (absence de règles) et la diminution de la sécrétion des œstrogènes. Cette pathologie touche 1 femme sur 100 de moins de 40 ans et 1 femme sur 1000 de moins de 30 ans.
Les anomalies thyroïdiennes : La thyroïde joue un rôle important dans la régulation hormonale. L'hypothyroïdie (sous-activité) peut ralentir le métabolisme et perturber la production des hormones nécessaires à l'ovulation.
Le poids corporel : Un poids corporel déséquilibré (obésité ou perte de poids extrême) perturbe l'axe hypothalamo-hypophyso-ovarien. Dans le cas de l'obésité, l'excès de tissu adipeux peut entraîner une production accrue d'œstrogènes, causant alors un trouble de l'ovulation.
Le stress : Un stress chronique peut altérer la production des hormones nécessaires au cycle menstruel.
L'exercice physique excessif : En particulier chez les athlètes de haut niveau, peut provoquer une aménorrhée hypothalamique.
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Le diabète : En particulier s'il est mal contrôlé, peut altérer l'équilibre hormonal et nuire au processus d'ovulation.
L'anovulation d'origine hypothalamique : Due à un excès d'exercice, à un fort stress et/ou à une perte de poids trop importante ou trop rapide.
L'âge : Joue un rôle majeur après 35 ans.
L'Endométriose et son Impact sur l'Ovulation
L'endométriose, une affection où le tissu endométrial (qui tapisse la paroi interne de l'utérus) se développe en dehors de l'utérus, est une autre cause fréquente d'infertilité féminine. Elle est présente chez 30 à 40 % des patientes infertiles. Le tissu endométrial ectopique provoque des lésions, des adhérences et des kystes ovariens (endométriomes) dans les organes colonisés, ce qui peut obstruer les trompes et retentir sur l'ovulation. L'endométriose met en moyenne 7 ans pour être diagnostiquée car la douleur qu'elle provoque est souvent banalisée. Même si l'endométriose n'est pas nécessairement synonyme d'infertilité, ses lésions ou inflammations peuvent entraver la rencontre de l'ovocyte et du spermatozoïde ou l'implantation de l'embryon. Les douleurs peuvent également empêcher les rapports sexuels.
Autres Facteurs Affectant la Fertilité
Outre les troubles de l'ovulation et l'endométriose, d'autres facteurs peuvent affecter la fertilité féminine :
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- Les atteintes des trompes : L'obstruction des trompes, partielle ou totale, souvent suite à des infections (salpingites).
- Les anomalies utérines : Au niveau du col de l'utérus ou de la glaire cervicale, ce liquide sécrété par les cellules du col de l'utérus, peuvent empêcher le passage des spermatozoïdes, ou encore des polypes ou des fibromes, gênent l'implantation de l'embryon.
- Les anomalies congénitales.
- Les myomes ou fibromes : Tumeurs bénignes des tissus qui poussent à partir du myomètre. Les myomes pourraient être à l'origine d'un échec de nidation ou responsables d'une fausse couche, surtout lorsqu'ils sont situés au plus près de l'endomètre. De même, ils pourraient être liés à certains symptômes comme les saignements abondants ou les dysménorrhées.
- Une glaire cervicale défaillante : Peut empêcher la mobilité des spermatozoïdes. La glaire cervicale est un liquide sécrété par les glandes au niveau du col de l'utérus. Il s'agit de ce qu'on appelle communément les « pertes blanches ». Sa consistance évolue au fil du cycle sous l'effet des hormones pour permettre aux spermatozoïdes de se rendre jusqu'à l'ovule au moment de l'ovulation. La glaire peut être défaillante en cas d'infection du col de l'utérus par des mycoplasmes ou des chlamydiae.
- Les modes de vie : Comme pour l'homme, les modes de vie peuvent avoir un impact négatif sur la qualité des ovocytes (tabac, abus d'alcool, obésité, sédentarité, drogue, etc.).
Diagnostic des Troubles de l'Ovulation
Le diagnostic des troubles de l'ovulation est basé sur un interrogatoire et un examen clinique. Le médecin peut également prescrire des examens complémentaires, tels que :
- Des analyses hormonales : Pour évaluer les niveaux d'hormones impliquées dans le cycle menstruel, comme la FSH, la LH, l'œstradiol, la progestérone et la prolactine. Pour évaluer la réserve ovarienne, on vérifie plusieurs paramètres dont : le dosage sanguin de l’AMH ou hormone anti-mullérienne, qui est une hormone produite par les follicules.
- Une échographie pelvienne : Pour visualiser les ovaires et l'utérus, et rechercher d'éventuelles anomalies, comme des kystes ovariens ou des fibromes. On fait une échographie des ovaires pour regarder le nombre et la taille des follicules et le comptage des follicules dit « antraux », c’est à dire de ceux qui ont commencé leur maturation sur les ovaires à chaque cycle,la taille des ovaires (qui est plus petite si la réserve est basse).
Traitements des Troubles de l'Ovulation
Le traitement des troubles de l'ovulation dépend de la cause sous-jacente. Les options de traitement peuvent inclure :
- Des médicaments inducteurs de l'ovulation : Ces médicaments stimulent les ovaires à produire et à libérer des ovules. Les traitements peuvent être identiques à ceux de la PMA, soient des inducteurs de l'ovulation. Si le trouble de l'ovulation est lié à un taux trop important de prolactine, des médicaments sont prescrits pour faire baisser le taux de prolactine.
- Des modifications du style de vie : Une alimentation saine, une activité physique régulière et la gestion du stress peuvent aider à réguler les hormones et à améliorer l'ovulation. Si les troubles d'ovulation sont dus à une obésité la perte de poids peut améliorer l'ovulation.
- La chirurgie : Dans certains cas, une intervention chirurgicale peut être nécessaire pour traiter des anomalies utérines ou des lésions d'endométriose.
- La procréation médicalement assistée (PMA) : Si les traitements précédents ne sont pas efficaces, la PMA, comme la fécondation in vitro (FIV), peut être une option.
SPM Pré-Ovulatoire : un Syndrome Méconnu
Alors que le Syndrome Prémenstruel (SPM) est bien connu, certaines femmes ressentent des symptômes semblables au SPM bien avant l’ovulation. Ces symptômes, souvent méconnus, méritent pourtant une attention particulière et une exploration approfondie. Il y a sans doute un manque de recherches solides et de données scientifiques étayant l'existence de symptômes pré-ovulatoires similaires au SPM. Le SPM est défini de manière très spécifique, avec des critères diagnostiques centrés autour de la phase lutéale du cycle, ce qui peut rendre difficile la reconnaissance de symptômes similaires survenant à d'autres moments du cycle menstruel. Il y a historiquement une stigmatisation et une incompréhension généralisées concernant les problèmes de santé féminine.
L’intolérance à l’histamine, les déséquilibres hormonaux, et le stress sont autant de pistes à explorer pour comprendre et traiter ces symptômes inconfortables. L’histamine est une molécule endogène qui joue un rôle clé dans diverses fonctions physiologiques, notamment la régulation de l’immunité, la digestion et les réponses allergiques. Les œstrogènes peuvent augmenter les niveaux d’histamine en stimulant sa libération par les mastocytes et en inhibant l’activité de l’enzyme DAO, qui est responsable de la dégradation de l'histamine. Le lien entre l’intolérance à l’histamine et les œstrogènes offre une piste sérieuse pour expliquer la présence de symptômes semblables au SPM avant l’ovulation. Certains déséquilibres hormonaux comme le Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) peuvent être confondus avec un SPM pré-ovulatoire. Un SOPK peut également être présent en cas de SPM pré-ovulatoire, et aggraver les symptômes ressentis.
Stratégies pour Gérer l'Intolérance à l'Histamine
Si vous suspectez une intolérance à l'histamine, voici quelques stratégies qui peuvent vous aider à gérer les symptômes :
- Adopter une alimentation pauvre en histamine : Évitez les aliments fermentés, les aliments transformés, les fromages affinés, les charcuteries, les épinards, les tomates, les aubergines, les avocats, les agrumes, le chocolat, le café, l'alcool et les additifs alimentaires. Lire les étiquettes : lisez bien les étiquettes de vos aliments pour éviter au maximum les additifs et conservateurs. Attention aux régimes d'éviction qui peuvent entraîner des carences et s'avérer contre-productifs.
- Prendre des suppléments :
- DAO (diamine oxydase) : La DAO est l'enzyme principale qui dégrade l'histamine dans l'intestin. Une supplémentation en DAO peut aider les personnes ayant une faible activité de cette enzyme.
- Vitamine C : La vitamine C peut aider à dégrader l'histamine, aidant ainsi à réduire sa concentration dans le corps.
- Quercétine : La quercétine est un flavonoïde présent dans de nombreux fruits et légumes, qui semble inhiber la libération d'histamine par les mastocytes.
- Probiotiques : Certaines souches probiotiques peuvent aider à dégrader l'histamine dans l'intestin, ce qui peut être bénéfique pour les personnes intolérantes.
- Vitamine B6 : Joue un rôle dans la régulation des niveaux d'histamine et peut soutenir l'activité de la DAO.
- Réguler les œstrogènes : La relation entre œstrogènes et histamine est complexe. Les œstrogènes peuvent stimuler la libération d'histamine des mastocytes, augmentant ainsi les symptômes chez les personnes intolérantes à l'histamine. Par ailleurs, l'histamine peut aussi augmenter la production d'œstrogènes, créant un cycle qui peut aggraver l'intolérance. Consommer régulièrement des graines de lin, riches en lignanes, peuvent également aider à réguler l'œstrogène.
Quand Consulter un Médecin ?
Il est conseillé de consulter un médecin après une période de 12 mois de rapports sexuels réguliers sans grossesse. Cependant, tout dépend de votre âge et de vos antécédents. Pour un jeune couple sans risque connu, la « règle des 12 mois » peut s’appliquer. On ne conseille plus aux femmes d'attendre un ou deux ans en cas de troubles d'ovulation et de désir de grossesse. Les gynécologues peuvent aider les femmes à améliorer leur ovulation sauf dans le cas de l'insuffisance ovarienne sévère. Une femme qui a des cycles de 40 ou 60 jours ovule peu et a peu de chances de grossesse.
Consultez un gynécologue ou un endocrinologue : il pourra réaliser des analyses hormonales, une échographie pelvienne ou tout autre examen pour poser un diagnostic précis.
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