L'adolescence est une période de transition critique dans la vie, marquée par un rythme important de croissance et de changements physiques et psychiques. La pratique du sport chez les enfants ou les adolescents est de façon générale conseillée pour leur santé et leur épanouissement physique et psychologique. Cependant, l'impact de certaines activités, notamment la danse, sur la croissance et les menstruations des jeunes filles suscite des interrogations. Cet article vise à explorer les liens complexes entre la croissance, les menstruations, la danse et leur impact sur les adolescentes, en s'appuyant sur des données scientifiques et des études récentes.
Croissance et Puberté : Une Période de Changements Rapides
La croissance staturale durant la petite enfance est relativement régulière, d’environ 5 à 6 cm par an, alors que lors de la puberté elle est d’environ 20 à 30 cm. Cette croissance est sous la dépendance de facteurs hormonaux de l’axe somatotrope : growth hormone-releasing hormone (GH-RH) hypothalamique, hormone de croissance (GH) hypophysaire, insulin-like growth factor-1 (IGF-1) produite par le foie sous la dépendance de l’hormone de croissance. L’hormone de croissance est également stimulée par une hormone stomacale, la ghréline. La somatostatine hypothalamique (SRIH) a, en revanche, une action inhibitrice sur l’hormone de croissance. Cet axe est également sous la dépendance d’une alimentation adéquate (calories, protides, insuline, éléments minéraux, dont le calcium). Lors de la puberté, le pic de croissance est dû aux effets conjugués des stéroïdes sexuels (testostérone, estradiol) et de l’augmentation de l’IGF-1 elle-même due à l’augmentation de la concentration plasmatique de l’hormone de croissance sous la stimulation des stéroïdes sexuels. Ainsi, lors de la puberté, l’impact de ces derniers associés à l’IGF-1 sur le cartilage des os longs permet cette augmentation de la vélocité de croissance par la prolifération et la différentiation des cellules chondrocytaires jusqu’à leur minéralisation, qui induit l’arrêt de croissance. Chez les filles, la fin de la croissance est souvent marquée par l'arrêt de la poussée de croissance pubertaire, qui survient généralement environ deux ans après les premières menstruations. La croissance ralentit progressivement jusqu'à atteindre un plateau, signe que la maturation osseuse est presque terminée. Bon à savoir : la génétique, l'alimentation et l'état de santé général influencent aussi cette évolution.
Impact du Sport Intensif sur la Croissance et la Puberté
Il est fréquent, en pédiatrie, que des sportifs, le plus souvent adolescent(e)s, consultent pour un retard de croissance staturo-pondéral associé ou non à un retard pubertaire. Si un bilan, comme pour tout enfant, s’impose, ces retards sont souvent en relation avec certains sports où la charge d’entraînement et le niveau de compétition sont élevés, associés à un manque d’adaptation des apports caloriques et protidiques à la dépense énergétique. Il faut, dans ces situations, s’informer sur le type d’exercice physique (activité d’endurance, de résistance, sport collectif ou individuel, sport loisir ou sport de haut niveau), sur le nombre d’heures par semaine, sur l’intensité de l’entraînement, le niveau de compétition, la qualité de l’alimentation, la qualité de l’encadrement, la situation psychologique ou de stress que peut subir l’adolescent. Enfin, l’analyse des antécédents familiaux concernant les tailles et les retards simples de puberté doit faire partie du bilan.
Certains sports sont décrits comme plus à risque, tels les sports dits à silhouette ou d’apparence pour lesquels la performance est favorisée par la petite taille ou le faible poids, comme surtout la gymnastique (rythmique ou artistique), la danse, le patinage artistique, et à un moindre degré la natation. Un ralentissement de la vitesse de croissance peut être constaté dès 15 heures d’entraînement hebdomadaire et encore plus au-dessus de 20 à 25 heures. Le mécanisme en serait une inhibition de l’axe hypothalamo-hypophyso-somatotrope avec une réduction de la sécrétion de l’hormone de croissance et d’IGF-1 en liaison avec l’intensité de l’exercice et les apports nutritionnels insuffisants. Un certain déterminisme génétique peut être également impliqué ; en effet, les caractéristiques de morphotype prédisposant à un type de sport sont sélectionnées par les adolescents eux-mêmes et par les entraîneurs.
Troubles du Développement Pubertaire et Menstruations
Les troubles du développement pubertaire ont été rapportés par de nombreux auteurs, comme un retard à l’initiation de la puberté. Des antécédents familiaux de puberté tardive ne peuvent qu’aggraver ce retard chez les sportifs dans certaines situations (activité intensive) et notamment dans certains sports nécessitant une composition corporelle « contrôlée ». La ménarche est en effet souvent retardée notamment chez les danseuses ou les gymnastes, même s’il faut prendre en compte les facteurs génétiques et environnementaux, comme la nutrition. Les oligo-aménorrhées chez les adolescentes sportives sont fréquentes. Une activité physique très intense (entraînements de l’ordre de 20 h/semaine) en association avec des apports nutritionnels inadéquats retentit sur les fonctions endocrines et concerne en plus de l’axe somatotrope (déficit en GH, IGF-1) l’axe hypothalamo-hypophysaire-gonadique (déficit en hormone lutéinisante [LH] ; hormone folliculostimulante [FSH], estradiol), ainsi que les sécrétions hormonales du tissu adipeux (perturbation du couple leptine-ghréline). Enfin, sont parfois notées une suractivité corticotrope et une protéine C-réactive (CRP) élevée, témoins du sport intense, du stress et de l’inflammation.
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Tout cela retentit sur l’acquisition de la masse osseuse et de sa minéralisation, qui est physiologiquement maximale pendant et juste après la puberté grâce aux stimulations conjointes de l’hormone de croissance, de l’IGF-1 et des stéroïdes sexuels, comme évoqués précédemment. Ces anomalies majorent les risques de fractures de fatigue et d’ostéoporose d’autant qu’un déficit en calcium et vitamine D est parfois noté.
La Danse : Un Sport à Risque ?
Certains sports, plus à risques que d’autres (notamment gymnastique, danse), nécessitent une plus grande vigilance de la part des parents et des encadrants, notamment lorsque la pratique de certaines disciplines s’effectue dès un très jeune âge. L'intensité de la pratique sportive (heures d'entraînement et de compétition supérieure à 20-25 h/semaine), le manque d’adaptation des apports caloriques et protidiques à la dépense énergétique et le manque d'encadrement et de suivi médical et psychologique de ces jeunes sportifs, surtout de haut niveau, sont des facteurs de risque. Le stress de l’environnement : enjeux des compétitions, étapes de sélection pour le haut niveau, parfois sur-stimulation des entraîneurs ou de la famille, l’insuffisance des apports nutritionnels, les anomalies de l’axe gonadotrope, de l’axe somatotrope et de la diminution de la minéralisation osseuse lors de la pratique de certains sports (notamment gymnastique, danse…), qui peuvent induire des blessures musculo-tendino-osseuses, sont également à prendre en compte. Le stress, notamment pour le sport de haut niveau, les blessures, la fatigue, la diminution des performances qui peuvent être le lit de prises de produits dopants.
La petitesse des gymnastes performantes n'est pas due qu'à la loterie génétique. Le corps des jeunes promises à une carrière est façonné par les (nombreuses) heures d'entrainement. "La gymnastique est certainement le sport où les volumes d'entraînement sont les plus importants, constate la chercheuse. En général, 5 heures par jour, 6 à 7 jours sur 7. Les filles seules sont soumises précocement à cette rigueur, avant la puberté. ". Au-delà de 18 heures hebdomadaires, l'entrainement est sans effet sur le développement. Au-delà, la croissance peut prendre du retard. Les petites filles et pré-adolescentes sollicitent tellement leur masse musculaire que la croissance osseuse est entravée. "Les muscles tirent considérablement et continuellement sur les insertions ostéo-musculaires. Les chocs répétés sur le squelette ne sont pas non plus sans conséquences. La croissance se fait à partir de zones osseuses spécifiques (les cartilages de croissance) qui sont des points de fragilité. L'entrainement intensif induit aussi des perturbations neuro-endocriniennes. "
Nutrition et Activité Physique : Un Équilibre Essentiel
Une alimentation équilibrée est essentielle pour soutenir le développement des adolescentes. Les nutriments tels que le calcium, présent dans les produits laitiers, et la vitamine D, que l'on trouve dans les poissons gras et l'exposition au soleil, sont essentiels pour renforcer les os en pleine croissance. De même, les protéines provenant de sources telles que la viande, les légumineuses et les noix sont tout autant importantes pour la construction musculaire et la santé générale. L'activité physique régulière contribue non seulement à maintenir un poids corporel sain, mais elle favorise également le développement musculaire et osseux des jeunes filles. Les activités comme la course, la natation, ou encore le sport collectif renforcent les os et améliorent la posture. Les activités de renforcement musculaire, telles que la musculation ou le yoga, sont également bénéfiques pour favoriser une croissance harmonieuse et développer la force physique.
Dopage et Santé des Adolescents Sportifs
Ainsi, un encadrement et un suivi médical des jeunes sportifs est absolument nécessaire, surtout s’il s’agit de sport de haut niveau. De nombreuses études ont analysé depuis les années 1970 la prévalence de la consommation de produits dopants chez les adultes et les enfants/adolescents. En 2014, une méta-analyse sur 187 études avait montré une prévalence concernant les prises de stéroïdes anabolisants de 6,4 % chez les hommes et de 1,6 % chez les femmes.
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En France, différentes études entre 1999 et 2007 avaient établi la prévalence du dopage (tous produits confondus), à l’occasion de la pratique du sport, chez les enfants et adolescents (garçons et filles entre 12-20 ans) entre 2,4 et 5 % de la population générale du même âge.
La prévalence était supérieure chez les garçons, les sportifs compétiteurs et augmentait avec l’âge, le nombre d’heures d’activité sportive par semaine, le niveau de compétition mais aussi en fonction d’une activité en équipe (consommation plus forte qu’en individuel). Les substances les plus citées dans un but d’augmenter la performance étaient variables d’un sport à un autre et comprenaient caféine en comprimé, bêta-2-mimétiques, cannabis, corticoïdes et moins souvent amphétamines, créatine, stéroïdes anabolisants, hormone de croissance, érythropoïétine (EPO) ou déhydroépiandrostérone (DHEA). Il est à noter par ailleurs la consommation importante de vitamines, de magnésium, de fer, de compléments alimentaires, d’antalgiques, de tranquillisants et de somnifères. La consommation d’alcool, de tabac, de cannabis est moins forte dans la population des sportifs modérés par rapport aux témoins non sportifs ou aux sportifs intensifs.
Les raisons invoquées pour se doper sont variables : amélioration de la performance, réalisation d’un succès sportif, récupération des blessures, prévention d’un déficit nutritionnel, élimination de la fatigue, lutte contre l’anxiété, contre les douleurs pendant l’entraînement ou la compétition, pression importante du sport élite, voire gain financier, et le fait que les autres doivent utiliser aussi des substances pour augmenter la performance.
Les sources d’apport sont variables, sans même avoir l’impression de favoriser le dopage : parents, médecins traitants pour des corticoïdes à visée anti-inflammatoire pour blessures, analgésiques, stimulants, etc. D’autres cherchent à augmenter la performance : amis, environnement des sportifs, dealers et bien sûr internet.
S’il s’agit d’un sportif pratiquant une compétition, une attention particulière de la part des médecins doit concerner les thérapeutiques prescrites lors de pathologies aiguës banales pour éviter d’administrer des substances interdites par l’Agence mondiale antidopage. Cependant, certains jeunes sportifs peuvent être atteints de pathologies chroniques variées : asthme, déficit statural, insuffisance surrénalienne ou gonadotrope, nécessitant respectivement bêta-2-mimétiques, hormone de croissance, stéroïdes corticoïdes ou androgéniques. Il est alors nécessaire, s’il s’agit d’un sportif compétiteur, de présenter auprès de l’Agence française de lutte antidopage* un dossier médical pour une autorisation d’utilisation temporaire de ces médicaments appartenant à la liste des produits dopants.
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Conseils pour Soutenir la Santé et le Bien-être des Adolescentes Sportives
Pour soutenir le bien-être des adolescents pendant la période de croissance, il est essentiel de promouvoir des habitudes de vie saines. Cela comprend de : Favoriser une alimentation équilibrée en incluant des aliments riches en nutriments essentiels comme les fruits, les légumes, les protéines maigres et les produits laitiers. Encourager l'activité physique régulière en proposant des activités amusantes et adaptées à l'âge, telles que la marche, le vélo, la natation, ou la danse. Promouvoir un sommeil suffisant et de qualité en établissant des routines régulières pour le coucher et en limitant les écrans avant le sommeil.
Fournir des ressources éducatives spécifiquement conçues pour les adolescents, telles que des livres, des vidéos ou des applications interactives, afin d'expliquer clairement et de manière accessible les aspects physiques, émotionnels et hormonaux de la puberté. Organiser des séances d'éducation sexuelle dans les écoles ou les communautés, animées par des professionnels de la santé ou des éducateurs spécialisés, pour aborder ouvertement des sujets comme la reproduction, la contraception et les relations saines. Encourager les discussions ouvertes et sans jugement entre adolescents et adultes, favorisant ainsi un dialogue respectueux qui normalise les expériences individuelles et renforce les connaissances sur la santé sexuelle et le développement.
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