L'approche de Noël est synonyme de préparatifs festifs, notamment la décoration de la maison et l'installation du sapin. Pour beaucoup, c'est aussi le moment de déballer les santons et de les installer avec soin dans la crèche de Noël. La crèche, profondément ancrée dans la tradition, est une représentation de la naissance de Jésus, entouré de la Sainte Famille, des bergers, des animaux et des habitants d'un village provençal typique avec leurs métiers traditionnels.

Les Origines Médiévales de la Crèche Vivante

La tradition de la crèche remonte au Moyen Âge. La légende raconte que la première crèche vivante fut créée en 1223. Cependant, des scènes similaires étaient déjà jouées depuis plusieurs siècles sur les parvis des églises. Saint François d'Assise aurait organisé en 1223 la première crèche de Noël avant la messe de minuit. Les scènes étaient jouées par des acteurs (des villageois de Grecchio) et de vrais animaux faisaient partie de l’événement. Les premières crèches étaient donc des crèches vivantes.

Depuis cette première crèche vivante, la tradition n'a cessé de perdurer. Les comédiens ont cependant été remplacés par des personnages en argile, en bois, en cire, en carton, en faïence ou en verre.

L'Évolution de la Crèche : Des Représentations Vivantes aux Santons

Au fil du temps, les crèches ont évolué, passant des scènes vivantes avec des acteurs à des représentations plus statiques avec des figurines. Au début du XIXe siècle, cette ancienne coutume va réapparaître dans notre région. D’abord dans les églises, puis ces crèches vivantes et parlantes vont sortir des églises et se poser sur les places publiques où des comédiens récitent des poèmes en provençal, donnant lieu à des spectacles mi-religieux, mi-folklorique, très populaires.

C'est au XVIe siècle qu'apparaissent les crèches semblables à celles d'aujourd'hui, dont la première fut créée à Marseille en 1775.

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Après la Révolution française, les églises ont été fermées, la messe de minuit supprimée et les représentations publiques discontinues. C'est à cette période que de petits personnages appelés les « petits saints » ou les « santoun » ont été créés, en Provence, pour permettre à chaque famille provençale de se former sa crèche de Noël, dans l'intimité.

L'Avènement des Santons de Provence

Les santons, originaires de Provence, sont des petites figurines fabriquées en argile et décorées, représentant différents personnages présents lors de la naissance de Jésus. Le véritable santon de Provence, en argile non cuite, a été créé à Marseille par Jean-Louis Lagnel. Il s'est directement inspiré de ses voisins qui exerçaient différents métiers, pour créer les moules des santons. C'est donc pour cela qu'ils sont traditionnellement habillés selon la mode populaire sous Louis-Philippe.

Lors de leur invention, les santons étaient fabriqués en mie de pain, avant d'être confectionnés en argile rouge de Provence.

En 1803, la première foire aux santons fut inaugurée à Marseille, et elle a toujours lieu chaque année, de fin Novembre à début Janvier. On y retrouve des petits santons peints, des santons en costume traditionnel de chaque métier, et tous les accessoires nécessaires pour décorer sa crèche. Dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, les potiers de Castellet, près d’Apt, et de Moustiers, avaient façonné de petites figurines en faïence. En 1803, s’ouvre à Marseille, sur le cours Saint-Louis, la première foire qui vend les fameux santons, œuvres d’Agnel, de Simon et de Pastouret. Des centaines de petites figurines en argile envahissent la ville à l’occasion de la plus grande foire aux santons des Alpes-Maritimes.

La Fabrication Artisanale des Santons

La fabrication des santons n'est pas chose facile, et les santonniers réalisent un travail minutieux. Après avoir réalisé leur modèle dans de l'argile crue, ils fabriquent le moule, et y placent ensuite de l'argile fraiche. Mais le plus difficile reste la décoration du santon, qui se fait à la main. Les santons existent aujourd'hui dans des centaines de modèles, de différentes tailles.

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On retrouve aujourd'hui de nombreux ateliers de santons à Marseille, Aubagne, Aix-en-Provence, Arles, dans les Bouches-du-Rhône, dans le Vaucluse et aussi dans le Var, les Alpes-de-Haute-Provence et les Alpes Maritimes.

Les Personnages Essentiels de la Crèche Provençale

La crèche classique et ses personnages habituels sont complétés par les santons de la crèche provençale. Il y a les santons placés dans l'étable, ceux qui apportent des cadeaux, qui représentent les différents métiers de Provence, les animaux, et les accessoires permettant de représenter un village provençal typique tels que l'étable, le puits, le pont, la rivière, le moulin, l'église, etc.

On y retrouve donc de nombreux personnages : l'enfant Jésus, Saint Joseph, la Vierge Marie, le bœuf, l'âne, les bergers et l'ange. Dans la crèche provençale, apparaissent aussi le vieux et la vieille, le ravi, Pistachié, le tambourinaire. Sont aussi ajoutés des personnages aux petits métiers : le pécheur, la poissonnière, le porteur d'eau, le bûcheron, la jardinière, la fermière et ses produits de la ferme, le meunier et son sac de farine, le boulanger, le vannier, le rétameur, le rémouleur, la lavandière, le chasseur, le ramoneur. Il y a aussi le curé, le moine, le maire, l'Arlésienne, l'aveugle et son fils, les bohémiens et les rois mages. Et encore d'autres.

La Crèche : Un Miroir de la Société et de la Foi

La crèche de Noël est une tradition catholique qui met en scène l'histoire de la Nativité de Jésus. Telle un miroir de la société, elle est exposée dans les églises entre le premier dimanche de l'Avent et le 2 février, jour de la présentation de Jésus au Temple de Jérusalem. Depuis le 19e siècle, on la retrouve également dans les maisons.

La crèche raconte l’histoire de la Nativité, ainsi décrite dans l’Évangile de Luc, au chapitre 2 :

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Le recensement romain1 En ce temps-là, l’empereur Auguste publia un édit qui ordonnait le recensement de tous les habitants de l’Empire.2 Ce recensement, le premier du genre, eut lieu à l’époque où Quirinius était gouverneur de la province de Syrie.3 Tout le monde allait se faire recenser, chacun dans la localité dont il était originaire.

Le départ de Joseph et Marie pour Bethléhem4 C’est ainsi que Joseph, lui aussi, partit de Nazareth et monta de la Galilée en Judée, à Bethléhem, la ville de David : il appartenait, en effet, à la famille de David.5 Il s’y rendit pour se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui attendait un enfant.6 Or, durant leur séjour à Bethléhem, arriva le moment où Marie devait accoucher.7 Elle mit au monde un fils : son premier-né. Elle lui mit des langes et le coucha dans une mangeoire parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la pièce réservée aux hôtes.

Les anges annoncent la naissance aux bergers8 Dans les champs environnants, des bergers passaient la nuit pour garder leurs troupeaux.9 Un ange du Seigneur leur apparut et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux. Une grande frayeur les saisit.10 Mais l’ange les rassura : N’ayez pas peur : je vous annonce une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d’une très grande joie.11 Un Sauveur vous est né aujourd’hui dans la ville de David ; c’est lui le Messie, le Seigneur.12 Et voici à quoi vous le reconnaîtrez : vous trouverez un nouveau-né dans ses langes et couché dans une mangeoire.13 Et tout à coup apparut, aux côtés de l’ange, une multitude d’anges de l’armée céleste qui chantaient les louanges de Dieu :14 Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! Et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.

Les bergers se rendent à l’étable15 Quand les anges les eurent quittés pour retourner au ciel, les bergers se dirent l’un à l’autre : Allons donc jusqu’à Bethléhem pour voir ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître.16 Ils se dépêchèrent donc d’y aller et trouvèrent Marie et Joseph avec le nouveau-né couché dans une mangeoire.17 Quand ils le virent, ils racontèrent ce qui leur avait été dit au sujet de cet enfant.18 Tous ceux qui entendirent le récit des bergers en furent très étonnés.19 Marie, elle, conservait le souvenir de toutes ces paroles et y repensait souvent.20 Les bergers s’en retournèrent, louant et glorifiant Dieu au sujet de tout ce qu’ils avaient vu et entendu : c’était bien ce que l’ange leur avait annoncé.(Bible du Semeur)

Ainsi, à la naissance du bébé, Marie plaça Jésus dans une mangeoire. Mais il faut attendre le 12e siècle pour que naisse la nouvelle tradition de la crèche. Après un petit détour en Allemagne, le mot « krippe » a donné « crèche » en français au 12e siècle et « crib » en anglais. Le mot français est utilisé en tant que structure administrative qui accueille les petits-enfants pendant que leurs parents travaillent.

Les Différentes Formes de Crèches

Aujourd’hui, on trouve la crèche de Noël dans les églises, dans les lieux publics (marchés de Noël notamment) et bien sûr, dans les maisons. Dans les maisons en France, il est courant de la voir installée au pied du sapin de Noël. À l’avènement de la Réforme, elle fut bannie du monde protestant qui lui préféra la tradition du sapin de Noël. On distingue plusieurs types de crèches :

  • la crèche génoise : cette composition baroque contient des personnages en bois.
  • la crèche provençale : plus rustique que ses consœurs italiennes, elle s’inspire de la vie locale. Elle comprend des santons (« petits saints » en provençal). La crèche 2016 de Notre-Dame de Paris était une crèche provençale.
  • la crèche comtoise : née à la fin du 18e siècle, cette crèche vivante inclut les personnages de la Sainte Famille ainsi que ceux issus de la société franc-comtoise.
  • la crèche animée ou à automates.
  • la crèche contemporaine : à l’image de celle exposée dans l’église de La Madeleine à Paris.
  • la crèche de Cracovie (Szopki Krakowskie) : très colorée, sa structure reprend les formes architecturales de monuments de Cracovie en Pologne (les tours de l’église Mariacki, la tour de la cathédrale du Wawel, les voûtes de la Halle aux Draps).

Dans l’étable, signe de dénuement, il est courant de déposer de la paille qui rappelle l’éphémère de la vie. Généralement, on retrouve au casting les personnages suivants :

La Sainte Famille

La Sainte Famille est un terme de la liturgie catholique (il n’apparait pas dans la Bible). Il inclut l’enfant Jésus, sa mère Marie et son père adoptif Joseph.

  • L’enfant JésusDans la crèche, l’enfant Jésus apparait couché dans une mangeoire remplie de paille. Celle-ci est vide jusqu’à minuit le soir de Noël où l’on y place la figurine du bébé.
  • MarieMarie est souvent représentée à genoux devant la mangeoire. Traditionnellement, elle porte une robe bleue et un foulard blanc.
  • JosephJoseph se tient debout, un peu en retrait, de l’autre côté de la mangeoire. Le père adoptif de Jésus tient un bâton et porte la barbe.

Le Bœuf et l’Âne Gris

Posés à l’intérieur de l’étable, les deux animaux encadrent la Sainte Famille. D’après la tradition catholique, l’âne est celui qui aurait transporté Marie de Nazareth à Bethléhem. Quant au bœuf, il aurait réchauffé le nourrisson de son souffle. Ces animaux ne sont pas mentionnés dans l’Évangile de Luc. Toutefois, ils le sont dans le livre d’Ésaïe : « Un boeuf connaît son propriétaire et un âne la mangeoire chez son maître : Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas » (Ésaïe, 1:3). Les deux animaux sont les sujets du plus vieux chant de Noël français datant du début 16e siècle : Entre le bœuf et l’âne gris.

Les Bergers

En qualité des premiers témoins de la Nativité, les bergers viennent à l’étable adorer Jésus. Ce sont les pauvres qui sont avertis par les anges de la naissance de Jésus et non les riches et les puissants.

Moutons et agneaux accompagnent les bergers. Parfois les figurines représentent un berger portant un agneau autour de son cou.

Les Anges

Vêtus de blanc, les anges proclament la naissance de Jésus aux bergers. Certains sont représentés avec leurs ailes repliées ou dépliées, d’autres sonnant de la trompette…

Les Rois Mages

Les trois rois mages sont traditionnellement placés dans la crèche le 6 janvier, jour de l’Épiphanie. Gaspard, Melchior et Balthazar apportent l’or, l’encens et la myrrhe à l’Enfant Jésus. Ces tout-premiers cadeaux de Noël symbolisent dans l’ordre la royauté, la divinité et l’humanité. Les rois mages sont guidés par l’étoile du berger.

L’Étoile du Berger

Même s’il ne s’agit pas d’une figurine au sens propre, le placement de l’étoile du berger a une grande symbolique. C’est elle qui guide les rois mages vers l’étable. Elle peut également symboliser la présence de l’Esprit-Saint dans la crèche.

La Crèche Vivante dans les Alpes-Maritimes : Un Renouveau

Il semble que, si la première crèche régionale est née en 1687 dans le prieuré du village de Falicon, avec l’accord du prieur Dom Blavet, la tradition s’est vite répandue dans les Alpes-Maritimes et le Var. Puis au début du XVIIIe siècle, les personnages de la crèche se transforment en sortes de mannequins façonnés par la technique du « carton-pierre » (procédé par coulage et refoulage du carton pour imiter la pierre) et de l’estampage pour donner du relief aux personnages. Seuls les pieds et la tête sont exécutés en bois ou plâtre. Au fil du temps, aux côtés des personnages bibliques, apparaissent les représentants de tous les corps de métiers provençaux traditionnels avec leurs attributs. Vers 1800, les crèches appelées chapelles et confectionnées en verre filé, entrent dans les habitations.

Au début du XIXe siècle, cette ancienne coutume va réapparaître dans notre région. D’abord dans les églises, puis ces crèches vivantes et parlantes vont sortir des églises et se poser sur les places publiques où des comédiens récitent des poèmes en provençal, donnant lieu à des spectacles mi-religieux, mi-folklorique, très populaires.

Les personnages de cire et de carton-pâte peints à l’huile font place, à la fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe, aux figures en verre filé on en pâte de verre, que l’on installait dans les crèches des maisons bourgeoises. Mais, le goût du « santon » s’était répandu dans le public.

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