Le secteur des crèches, tant privées qu'associatives, traverse une période de turbulences financières. Alors que People & Baby vient d’annoncer le placement en redressement judiciaire d’une de ses filiales, beaucoup de crèches privées et associatives finissent l’année dans le rouge. Le nombre de procédures collectives dans le secteur devrait doubler sur un an selon les calculs de la fédération française des entreprises de crèches. Cette situation alarmante met en lumière des problématiques profondes, allant des irrégularités financières à la gestion des dettes, en passant par les préoccupations concernant la qualité de l'accueil des enfants.
Les Difficultés Financières des Crèches Privées
Redressement Judiciaire de People & Baby Développement
People & Baby ne se sera pas longtemps éloigné du tribunal de commerce de Paris. Après avoir clôturé une procédure de sauvegarde accélérée en mars, le groupe de crèches privées vient d’annoncer le placement en redressement judiciaire d’une de ses filiales, People & Baby Développement. Cédric Dugardin, nouveau directeur général de People & Baby depuis fin 2024, explique que cette décision fait suite à la découverte d'irrégularités dans la facturation de la TVA entre 2021 et 2023, datant de l’ancienne direction. Ces irrégularités ont entraîné un redressement fiscal de plus de 10 millions d’euros.
Deux options étaient sur la table : soit rembourser directement cette dette au risque de mettre sérieusement en péril la trésorerie du groupe en 2026, soit placer la filiale en redressement judiciaire afin de négocier avec l’État un étalement sur 10 à 15 ans. Le dirigeant assure que cette décision n’aura pour le moment « aucun impact sur l’activité des crèches ou le maintien de l’emploi ». La filiale en question abrite des fonctions support du groupe et emploie 339 salariés sur 4 950.
L'Endettement des Entreprises du Secteur de la Santé
Après les restructurations des Casino, Atos et autres Altice, les inquiétudes se portent sur des emprunteurs, dans le secteur de la santé notamment, qui souffrent d’un endettement trop élevé après avoir fait l’objet d’un LBO, ce mécanisme de rachat avec effet de levier qui fait gonfler la dette des sociétés. Au sein du petit monde de la finance spécialisé dans les restructurations de bilan - « restructuring », dans le jargon -, banquiers, avocats, prêteurs tiennent à jour une liste secrète : celle des entreprises qui risquent de ne pas pouvoir refinancer leur dette. En ce moment, cet inventaire déborde, le signe qu’une partie de l’économie française a abusé de l’argent gratuit prodigué par la Banque centrale européenne jusqu’en 2022.
Entre Technicolor, Emeis (anciennement Orpea), Casino, Atos ou Altice, la place de Paris a déjà connu son lot de douloureuses restructurations financières. Mais les professionnels du restructuring, basés pour l’essentiel à Londres, sont persuadés que la clinique de la dette tricolore va bientôt accueillir une vague de nouveaux malades, celle des LBO (pour leveraged buy-out), les rachats avec effet de levier menés par les fonds d’investissement. « Les entreprises françaises représentent environ un quart du portefeuille de LBO que nous couvrons en Europe, souligne Andrea Bonaventura, analyste en “leveraged finance” pour l’agence de notation Fitch Ratings. Cela explique pourquoi la France est bien représentée parmi les pays dont sont issus les principaux emprunteurs sur les marchés dont nous estimons la situation financière préoccupante. » Et de préciser : « Cela explique également pourquoi figurent, dans ce palmarès, des acteurs de la santé ou des télécoms, autant de secteurs pourtant jugés résilients mais qui, pour cette raison même, ont suscité de nombreux rachats avec effet de levier. »
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Scandales et Pratiques Douteuses dans les Crèches Privées
Révélations du Livre "Le Prix du Berceau" et du Documentaire "Razzia sur les Bébés"
Un nouveau coup dur pour People & Baby, épinglé par l’enquête Les Ogres, de Victor Castanet, pour les errances de gouvernance de son ancien dirigeant, Christophe Durieux, aujourd’hui écarté. Désormais piloté par le fonds Alcentra, le groupe peine à remonter la pente. En 2023, le livre choc "Le prix du berceau" alertait déjà sur les pratiques de certains groupes de crèches privés. Le documentaire "Razzia sur les bébés", diffusé ce mardi 9 septembre à 21 heures sur Arte, confirme l’ampleur du scandale, sur fond de financements publics. Où l’on reparle de la scandaleuse gestion humaine et financière dans de grands groupes de crèches privés. Sous-effectifs organisés, repas rationnés, captation de financements publics via des montages financiers… Ce film met en exergue des déviances que dénonçait déjà, il y a tout juste deux ans, le livre choc "Le prix du berceau" (Daphné Gastaldi et Mathieu Périsse). Sa sortie faisait suite au sordide fait divers du 22 juin 2022, à Lyon, dans une crèche du groupe People & baby.
L'Impact de la Politique de Surbooking
En 2003, sous le mandat de Jacques Chirac, le gouvernement a demandé au privé de compenser la pénurie de places sur fond de subventions et de délégations de service public. Résultat, l’enfant se gère en mode compagnie aérienne depuis 2010 et le décret de Nadine Morano autorisant le surbooking. Soit la possibilité d’ajouter 20 % de places supplémentaires pour chaque crèche à leur quota.
Fermetures Administratives et Manquements
Fermeture de la Crèche Babilou de Narbonne
La crèche Babilou de Narbonne est fermée pour trois mois. Cette décision administrative, prise par la préfecture de l'Aude, survient après le constat de manquements et de dysfonctionnements répétés entre juin et décembre 2023. À la suite de la fermeture administrative de l’établissement, le groupe Evancia-Babilou de Toulouse a transmis le 26 décembre 2023 des documents justificatifs en vue de la mise en conformité de la crèche Babilou de Narbonne.
Réactions à la Fermeture
Pour Cécile Lacaille, la fermeture de la crèche Babilou a comme un goût amer. Elle, qui avec son époux, est toujours propriétaire du bâtiment, était à l’origine du projet, à savoir créer une crèche fonctionnant sous forme de partenariats privé-public. Près d’1,6 million a été investi par le couple dans la construction d’un bâtiment quasiment passif, réalisé par l’architecte Amélie Fontaine, une Avesnoise, qui a d’ailleurs été primée pour cette réalisation. La crèche Kiwaoo a ouvert en 2016. Mais le couple a vite déchanté.
Contrôles et Perspectives d'Avenir
Le Rapport de l'IGAS sur La Maison Bleue
A l’issue de la présentation, interrogés sur le rapport IGAS sur La Maison Bleue, Christophe Fond et Mathieu Quéré, ont réagi avec gravité et prudence. Ce rapport, particulièrement critique, alerte sur des dysfonctionnements graves : défaillances en matière de qualité d’accueil, optimisation financière et fiscale, libertés avec la réglementation…« On a lu, et on va le relire à nouveau », insiste Christophe Fond, PDG du Groupe Babilou Family. Les dirigeants ont ajouté avoir immédiatement mobilisé plusieurs responsables internes (anciens DG, directions financière et affaires publiques) pour étudier de façon exhaustive le rapport IGAS. Ils soulignent l’importance de distinguer les deux volets : celui sur la qualité de l’accueil et le fonctionnement des crèches, et l’autre sur les aspects économiques, financiers et structurels. « On reprend ligne à ligne le rapport pour savoir quelle est notre position actuelle, savoir si nous sommes mieux-disants, indique Christophe Fond. Et notre première lecture, nous sommes mieux. Mais nous voulons nous assurer qu’il n’y ait pas d’ambiguïté dans la lecture de ce que nous sommes chez Babilou, par rapport à ce qui a été écrit dans ce rapport.
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Préparation aux Contrôles
La direction est restée très prudente dans ses propos sur La Maison Bleue :« Je ne veux pas jeter la pierre à La Maison Bleue. La situation est assez dramatique, non seulement pour eux, mais pour le secteur. », relève le PDG du groupe. Sur la suite, Babilou s’attend a être contrôlé : « C’est une évidence, on se prépare. À partir du moment où on reçoit de l’argent public, il est normal que l’utilisation de cet argent soit contrôlée. » La Maison Bleue, était le premier contrôle d’un groupe de crèches privées, en application de la loi du 18 décembre 2023 pour le plein emploi qui confie des nouvelles compétences de contrôle à l’IGAS. Les dirigeants affirment n’avoir reçu aucune information officielle à ce sujet, ils considèrent que ce type d’audit est justifié et « aide à progresser, à partir du moment où on engage un dialogue.
Gestion de la Dette et Optimisation Fiscale
En réponse aux critiques du rapport IGAS concernant la politique d’endettement de La Maison Bleue, les dirigeants de Babilou clarifient leur position : leur dette a été renégociée en 2024 pour arriver à maturité en 2030. Ils déclarent tenir leurs échéances et avoir la confiance de leurs investisseurs, mais ne souhaitent pas communiquer le chiffre exact de la dette. Concernant l’optimisation fiscale, Babilou affirme avoir travaillé le sujet en amont et que tout est conforme.
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