Le signe merveilleux de la crèche, si cher au peuple chrétien, suscite toujours stupeur et émerveillement. Représenter l’événement de la naissance de Jésus équivaut à annoncer le mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu avec simplicité et joie. La crèche, en effet, est comme un Évangile vivant, qui découle des pages de la Sainte Écriture. En contemplant la scène de Noël, nous sommes invités à nous mettre spirituellement en chemin, attirés par l’humilité de Celui qui s’est fait homme pour rencontrer chaque homme. Cet article se propose d'explorer l'histoire et la mission des Petites Sœurs de Jésus, une congrégation religieuse née de l'inspiration de Charles de Foucauld et de l'intuition de Petite Sœur Magdeleine de Jésus.

L'origine de la crèche

L’origine de la crèche se trouve surtout dans certains détails évangéliques de la naissance de Jésus à Bethléem. En entrant dans ce monde, le Fils de Dieu est déposé à l’endroit où les animaux vont manger. La paille devient le premier berceau pour Celui qui se révèle comme « le pain descendu du ciel » (Jn 6, 41). C’est une symbolique, que déjà saint Augustin, avec d’autres Pères, avait saisie lorsqu’il écrivait : « Allongé dans une mangeoire, il est devenu notre nourriture » (Serm. 189, 4). Mais venons-en à l’origine de la crèche telle que nous la comprenons. Retrouvons-nous en pensée à Greccio, dans la vallée de Rieti, où saint François s’arrêta, revenant probablement de Rome, le 29 novembre 1223, lorsqu’il avait reçu du Pape Honorius III la confirmation de sa Règle. Après son voyage en Terre Sainte, ces grottes lui rappelaient d’une manière particulière le paysage de Bethléem. Les Sources franciscaines racontent en détail ce qui s’est passé à Greccio. Quinze jours avant Noël, François appela un homme du lieu, nommé Jean, et le supplia de l’aider à réaliser un vœu : « Je voudrais représenter l’Enfant né à Bethléem, et voir avec les yeux du corps, les souffrances dans lesquelles il s’est trouvé par manque du nécessaire pour un nouveau-né, lorsqu’il était couché dans un berceau sur la paille entre le bœuf et l’âne »[1]. la volonté du Saint.

Le 25 décembre, de nombreux frères de divers endroits vinrent à Greccio accompagnés d’hommes et de femmes provenant des fermes de la région, apportant fleurs et torches pour illuminer cette sainte nuit. Quand François arriva, il trouva la mangeoire avec la paille, le bœuf et l’âne. Les gens qui étaient accourus manifestèrent une joie indicible jamais éprouvée auparavant devant la scène de Noël. Puis le prêtre, sur la mangeoire, célébra solennellement l’Eucharistie, montrant le lien entre l’Incarnation du Fils de Dieu et l’Eucharistie. Le premier biographe de saint François, Thomas de Celano, rappelle que s’ajouta, cette nuit-là, le don d’une vision merveilleuse à la scène touchante et simple : une des personnes présentes vit, couché dans la mangeoire, l’Enfant Jésus lui-même.

La fondation des Petites Sœurs de Jésus

Magdeleine Huttin, née le 26 avril 1898 à Paris, mais originaire de l’est de la France, est la fondatrice des Petites Sœurs de Jésus. La Première Guerre mondiale marque douloureusement sa jeunesse : sa famille est décimée, son village détruit. Malgré ces souffrances, elle aime la vie et garde un regard positif sur chaque personne. Dès son enfance, elle désire donner sa vie à Dieu. Son père lui a communiqué l’amour des populations arabes.

En 1921, elle découvre la figure de Charles de Foucauld à travers la biographie écrite par René Bazin, et c’est une illumination. Elle se sent appelée à cette vie toute centrée sur Jésus passionnément aimé et vécue en plein monde musulman pour témoigner, silencieusement, comme Jésus à Nazareth, de l’amour du Seigneur à l’égard de tout être humain. L’attente sera longue car elle est malade et ne peut abandonner sa maman devenue veuve, dont elle est le seul soutien.

Lire aussi: Tout savoir sur la micro-crèche de Souppes-sur-Loing

En 1936, sa santé se dégrade encore et elle est sur le point de devenir infirme, et voilà qu’un médecin lui prescrit comme seul remède d’aller vivre dans un pays où il ne tombe pas une seule goutte d’eau… comme le Sahara ! Dans une profonde expérience spirituelle, elle reçoit l’enfant Jésus des mains de la Vierge Marie. Devant ce nouveau-né sans défense, elle est saisie par le mystère de la douceur et de l’humilité de Dieu, ce Dieu qui a voulu être l’un de nous et s’est fait petit enfant. Désormais, l’enfance spirituelle selon l’Evangile sera son chemin de confiance et d’abandon entre les mains du Père : « Il m’a prise par la main, et aveuglément j’ai suivi ».

Le 8 septembre 1939, Magdeleine Huttin, devenue petite sœur Magdeleine de Jésus, fonde dans cet esprit, la Fraternité des Petites Sœurs de Jésus, consacrée d’abord exclusivement aux peuples musulmans. C’est à Touggourt, une oasis du Sahara algérien que naît la première fraternité, bâtie sur cette pierre de l’amitié et de la confiance réciproque avec les pauvres, vécue dans un partage de vie au jour le jour et un profond respect.

Il s’agit en réalité d’une nouvelle forme de vie religieuse et, pour être sûre d’agir selon la volonté de Dieu, petite sœur Magdeleine tient à soumettre à la médiation de l’Eglise toutes ses intuitions de fondatrice. Que ressort-il d’une telle vie ? Peut-être ce que petite sœur Magdeleine disait elle-même peu avant sa mort : « Je n’ai pas voulu faire autre chose qu’une œuvre d’amour.

La Mission des Petites Sœurs de Jésus

Les Petites Sœurs de Jésus sont environ 1300, originaires des cinq continents. Dans un monde en mouvement, les religieuses doivent faire des déplacements aussi bien intérieurs que concrets. Leur vie contemplative veut être un regard large et profond sur la réalité, un regard qui trouve les raisons d’espérer là où elles échappent à nos raisonnements. Le travail, ou la situation de chômage est une manière naturelle de vivre la solidarité avec les travailleurs et les pauvres, d’entrer en relation avec eux et de subvenir à leurs besoins.

Ces femmes, viennent du monde entier, elle sont africaines, asiatiques, orientales, américaines, européennes et de l’Océanie, appelées, comme petites sœurs de Jésus, à être porteuses de vie au cœur de l’humanité. Chacune est marquée par sa culture, par l’histoire de son peuple, par son histoire personnelle et par son vécu à la Fraternité.

Lire aussi: Regard approfondi : Crèche des Sablons

Date et lieu de fondation : 8 septembre 1939.

Le charisme : Contemplatives au cœur du monde.

Tous les 25 du mois, les Sœurs méditent les 12 mystères de l’enfance de Jésus. Chaque mystère approfondit une attitude spirituelle particulière. Ainsi, en s’adonnant à l’exercice surnaturel qu’offre ce chemin, les Sœurs s’enracinent et grandissent dans la voie de la sainteté.

  • L’Incarnation du Verbe donne l’axe directeur de la vie de Jésus sur terre : Il est venu pour accomplir la volonté de son Père, dans une parfaite obéissance. Ce mystère ouvre à l’obéissance dans un esprit de confiance filial et d’abandon.
  • La Visitation pose la vie de Jésus, dès sa conception, dans le souffle de l’Esprit. Et toute sa vie, Jésus restera sous la mouvance de l’Esprit Saint qu’Il transmettra, à l’Ascension, à son Eglise. Ce mystère demande à laisser façonner son cœur par l’Esprit de Vérité.
  • L’attente de la naissance de Jésus nous montre qu’Il a accepté de prendre chair et nouveau, dont parle saint Paul. Ce mystère rend grâce pour le projet que Dieu a sur nous de toute éternité et ouvre à une réponse de reconnaissance et d’amour.
  • La Nativité de Jésus glorifie Dieu et apporte la paix aux hommes. Ce mystère entraîne au pardon à recevoir et à donner.
  • L’Enfant-Dieu reçoit le Nom de Jésus. Ce mystère nous plonge dans l’œuvre du salut. Il nous conduit à la prière et là l’invocation du Nom de Jésus.
  • La Présentation de Jésus au Temple nous rappelle que Jésus offre sa vie pour nous sauver. Cette offrande de Lui-même se prolonge tous les jours dans le sacrifice de la messe. Ce mystère nous pousse à nous offrir avec Jésus et à aimer la présence de notre Rédempteur dans l’Eucharistie.
  • L’hommage des Rois Mages nous montre le désir de Dieu d’être connu et cherché par des cœurs qui L’aiment en vérité. Ce mystère nous pousse à garder un cœur humble.
  • La fuite en Egypte nous dit que le péché fait partie de notre monde et qu’en nous coupant de Dieu, il nous plonge dans la mort. Ce mystère veut nous ouvrir à un esprit de sacrifice et de renoncement et nous apprend à unir notre souffrance à celle de Jésus, dans l’espérance de Sa victoire.
  • Le séjour de la sainte Famille en Egypte souligne que Jésus et ses parents ont connu l’exil. En terre étrangère, ils ont vécu dans la confiance en Dieu. Ce mystère apprend l’abandon ;
  • Le retour d’Egypte a permis à Jésus de retrouver son peuple. Ainsi, de manière spirituelle, en suivant la voie de notre conscience, nous pouvons retourner à Dieu. Ce mystère ouvre à la communion avec Jésus et à désirer le Ciel.
  • La vie cachée à Nazareth est une vie humble, cachée, laborieuse et pourtant heureuse. Ce mystère nous achemine vers la pauvreté du cœur et nous encourage à accomplir tous nos devoirs avec ardeur et simplicité
  • Le recouvrement au Temple souligne l’importance de la foi. Ce mystère permet d’honorer ce don de Dieu avec reconnaissance, de le faire grandir et de nous ouvrir à la charité.

Pour conclure ce chemin de Bethléem, les sœurs récitent les invocations à l’Enfant Jésus :

Je Te salue, ô Enfant Dieu, plein de grâce. Paix et miséricorde sont avec Toi. Tu es le plus beau des enfants des hommes et le Fruit béni de la très Pure et Immaculée Vierge Marie. Ô Jésus, Tu es le Seigneur tout-puissant du ciel et de la terre. Je crois en Toi, j’ai confiance en Toi, je mets en toi toute mon espérance et mon amour et je Te demande :

Lire aussi: Livre d'activités : l'outil idéal pour les crèches

Exauce-moi - car Tu peux tout

Inspire-moi - car Tu peux tout

Gouverne-moi - car Tu peux tout

Soutiens-moi - car Tu peux tout

Fortifie-moi - car Tu peux tout

Apprends-moi la douceur - car Tu peux tout

Apaise-moi - car Tu peux tout

Garde-moi du mal - car Tu peux tout

Défends-moi - car Tu peux tout

Cache-moi - car Tu peux tout

Conduis-moi - car Tu peux tout

Bénis-moi - car Tu peux tout

Veille sur moi - car Tu peux tout

Enseigne-moi - car Tu peux tout

Eclaire-moi - car Tu peux tout

Purifie-moi - car Tu peux tout

Pardonne-moi - car Tu peux tout

Sauve-moi - car Tu peux tout

Ô mon Bon Jésus, je viens à Toi le cœur rempli d’amour et de reconnaissance, et sachant mon indignité et ma misère, je Te supplie, ô Enfant Dieu, purifie mon cœur par ton regard miséricordieux, et avec ta petite main qui bénit le monde, attire-moi à Ton Cœur plein de compassion et exauce mes prières.

L'influence de Charles de Foucauld et la vie à Nazareth

Petite Sœur Magdeleine de Jésus, notre fondatrice, s’est toujours située dans l’ombre du Père de Foucauld qui, fasciné par l’Incarnation, n’aura de cesse dès l’instant de sa conversion, de vouloir imiter Jésus, son Modèle unique, dans sa vie humble et cachée de Nazareth. Toutefois, avant de la recevoir dans son diocèse, l’évêque du lieu l’envoya faire un an de noviciat chez les Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique, tout en lui demandant d’écrire des Constitutions, alors qu’elle-même n’avait jamais songé à fonder une Congrégation.

La Fraternité est née de la rencontre de petite sœur Magdeleine avec des nomades musulmans devenus ses amis, mais, comme pour le Père de Foucauld, c’est le choix de suivre et d’imiter Jésus qui l’a poussée à ce « vivre avec » de proximité et de partage de vie, pour leur dire l’amour de Jésus, leur dire que nous sommes tous frères et enfants du même Père, et le dire à travers une présence de prière, de travail, d’amitié, de solidarité. Déjà marquée par la vie de Nazareth, la vocation de petite sœur Magdeleine se précise à la lumière de Bethléem: elle est saisie par le mystère de la douceur et de l’humilité de Dieu qui a voulu se faire l’un de nous et passer par l’état de dépendance du tout-petit enfant.

Cependant, née en terre d’Islam, et au départ exclusivement pour le monde musulman, la Fraternité reste fidèle à cette première orientation en maintenant le quart des insertions en pays ou en milieu d’Islam. Mais où que nous soyons, nous sommes appelées à développer un esprit de confiance et de dialogue autour de nous, et aussi en Église. En 1948, petite soeur Magdeleine, consciente que nous avons beaucoup à recevoir de l’expérience et de la spiritualité des Églises Orientales, demande et obtient des évêques concernés, que les fraternités d’Orient puissent adopter le rite des Églises locales. Quelles que soient nos insertions, notre fondatrice nous rappellera toujours avec force que c’est un regard contemplatif sur Jésus qui leur donne sens et fécondité.

Le Père de Foucauld nous a légué son amour de l’Eucharistie dans laquelle il puisait sa force d’aimer, et son désir d’être sauveur avec Jésus. L’Eucharistie marque donc particulièrement notre prière, et soutient notre vie offerte en l’unissant à l’offrande et à l’intercession du Christ pour la vie du monde. C’est là le cœur de notre mission : « enraciner toujours plus notre vie de Nazareth dans le mystère eucharistique pour qu’il illumine le quotidien de notre existence et nous entraîne à nous donner au Seigneur et aux autres.

Actuellement, nous sommes environ 1200, réparties en 66 pays. Après quelques mois provisoires dans un wagon de la RATP, la fraternité de Paray-le Monial a été créée de façon stable en février 1959 dans le quartier de Saulnin pour offrir un cadre de prière et de verdure à quelques-unes de nos soeurs qui venaient s’y ressourcer après plusieurs mois de détention volontaire à tour de rôle, à la Centrale de Rennes. Le Coeur de Jésus, Foyer de Miséricorde, si cher au Père de Foucauld, avait bien sûr inspiré le choix de Paray le Monial. Plusieurs amies de ces petites sœurs, connues en prison, y sont venues par la suite chercher un havre de réconfort avant de reprendre pied dans la société. C’est en 2004 qu’en raison de l’âge et des capacités plus réduites, la fraternité s’est rapprochée des Sanctuaires pour permettre à chaque petite sœur de pouvoir s’y rendre plus facilement. Présence toute simple, ouverte à tous, qui s’appuie sur l’amour de Jésus, mais aussi sur la compréhension et la délicatesse de tous ceux qui nous soutiennent de leur confiance et de leur amitié.

La crèche : un symbole de simplicité et d'enfance

Durant chaque nuit de Noël, la crèche s’intègre à la liturgie. Il est donc important de vivre ce lien fort entre crèche et eucharistie. Bethléem ne signifie-t-il pas « maison du pain » ? Au dessus de la mangeoire de la crèche vivante de St François, le saint y célébra l’eucharistie.La nativité étant comme ordonnée au mystère de la Passion, la messe de Noel actualise ainsi le mystère de la venue de Dieu parmi les hommes. La crèche, son histoire, ses personnages nous révèlent la simplicité de la présence de l’Emmanuel.C’est la simplicité de l’Amour annoncé aux hommes, nous qui sommes souvent beaucoup plus compliqués à cause de notre péché.

La dévotion à l'Enfant Jésus à travers l'histoire

La dévotion à l’Enfant-Jésus a pris différentes formes à travers l'histoire, comme en témoignent les exemples suivants :

  • Beaune (Bourgogne) : En 1630, une jeune carmélite, Sœur Marguerite du Saint-Sacrement, noue une relation privilégiée avec l’Enfant Jésus qui lui demande de « faire connaître au monde les trésors de Son enfance ». En 1636, le Christ lui demande de fonder la Famille de l’Enfant-Jésus. En 1637, l’Enfant-Jésus demande à Sœur Marguerite de prier pour l’obtention d’un héritier au trône de France. La dévotion à l’Enfant-Jésus de Beaune acquiert un grand rayonnement. En 2014, l’ancien carmel de Beaune est érigé en sanctuaire diocésain.
  • Prague : La statuette de l’Enfant Jésus de Prague, serait originaire d’Espagne et aurait appartenu à sainte Thérèse d’Avila. Elle fut offerte aux Carmélites de Prague en 1628. La dévotion à l’enfance du Christ acquit rapidement la réputation d’être très riche en grâces. La statue eut les mains brisées en 1631, mais la dévotion reprit en 1637. De nombreux faits miraculeux encouragèrent à nouveau la dévotion envers l’enfance de Jésus à travers la statue et celle-ci acquit une nouvelle réputation. La dévotion ne cessa alors de s’amplifier et la statue reçut la visite de Ferdinand III ou encore du comte Philippe de Mansfeld. Le pèlerinage continua à s’épanouir jusqu’à l’arrivée du joséphisme à Prague. À partir de 1878, l’église fut toutefois restaurée et un nouvel autel mis en place. Le cardinal Kaspar, archevêque de Prague encouragea la renaissance de la dévotion à l’Enfant-Jésus à Prague même. Lors de son voyage en République tchèque en septembre 2009, le pape Benoît XVI se recueillit aux pieds de la statue le 28 septembre.
  • La crèche provençale : C’est la plus célèbre des crèches. Elle offre au regard de multiples santons, ces petits personnages d’argile, fabriqués dans un moule, séchés, puis colorés à la peinture à l’eau. Ils apparaissent après la Révolution, à la toute fin du XVIIIème siècle. Au sein des familles provençales, on installe une crèche avec des santons d’argile.

tags: #crèche #petites #sœurs #de #Jésus #histoire

Articles populaires: